30 septembre 2013

Dylan Dog : détective du surnaturel

L'on reste sur le vieux continent aujourd'hui avec un détective anglais qui vient en réalité tout droit d'Italie : Dylan Dog.

Les fumetti, comprenez par là BD italiennes, se rapprochent quelque peu des comics de par leur publication mensuelle et l'aspect feuilletonnant de leurs intrigues. Certains titres sont de véritables institutions de l'autre côté des Alpes et comptent des centaines de numéros. Dylan Dog, pourtant méconnu en France, est l'un d'entre eux.
Bien que son créateur soit italien, Dylan Dog vit à Londres. Ancien inspecteur de Scotland Yard, l'homme est maintenant détective privé et possède une spécialité peu commune : les cas paranormaux, du fantôme au vampire, en passant par les morts-vivants, bref, les nuisibles nocturnes et autres bestioles qui font dégringoler le prix de vente de votre baraque quand elle en est infestée.
Dog est en général accompagné de diverses conquêtes passagères et de Groucho, son assistant déjanté, amateur de vannes et accessoirement sosie du fameux Groucho Marx.

Les tentatives d'imposer Dylan Dog en Gaule se sont révélées relativement chaotiques. Lug a ouvert le bal dans les années 80, suivi plus tard par Glénat, Les Presses de la Cité (sous le label Hors Collection) pour enfin aboutir... chez Panini cette année. C'est aux deux ouvrages sortis chez cet éditeur (les plus récents donc) que nous allons nous intéresser.
Tout d'abord, sachez qu'ils ne se suivent pas. Ah ben non, ça serait trop simple. On sait que Panini a toujours eu du mal à afficher autre chose qu'un joli #1 sur une cover (cf. cette chronique), et comme ce serait dommage de se priver d'une stratégie idiote, qu'est-ce qu'on fait chez Panini ? Ben on la garde. Bon, j'exagère un peu, car si l'exemple linké plus haut concernait une même série publiée dans une même collection, les deux albums concernés aujourd'hui sont différents et le choix éditorial de les différencier peut se comprendre. Il n'en reste pas moins que le lecteur potentiel, un peu perdu déjà entre les différents éditeurs, se retrouve avec deux numéros #1 devant le nez. Lequel choisir ? Eh bien, cela dépend grandement de vos attentes. Voyons cela en détail.

Le premier est un 100% Fusion Comics (qui ne ressemble pas du tout aux 100% classiques) et le second est un Deluxe Fusion (dont le format ne correspond pas non plus aux Deluxe habituels). Normal, le format fumetti est différent de celui des comics.
Commençons par le 100%. Il s'agit des deux premiers épisodes (200 planches environs) de la série en noir & blanc, publiée donc ici dans l'ordre chronologique (ça parait évident mais ce n'est pas toujours le cas). Le scénariste est Tiziano Sclavi (le créateur du personnage), accompagnés aux dessins par Angelo Stano et Gustavo Trigo.
La première intrigue repose sur un meurtre très particulier puisque son auteur - une jeune femme - assure avoir tué son mari alors que celui-ci était déjà mort. La seconde histoire oppose Dog à l'esprit (plus tueur que farceur) de Jack l'Eventreur. On l'aura aisément compris, les thèmes horrifiques habituels sont déclinés, avec d'ailleurs certaines originalités parfois, qui mêlent polar classique, surnaturel et habiles fausses pistes. Le graphisme n'est pas à tomber par terre (pour sortir une centaine de planches en un mois, on imagine que l'ambiance n'est pas au fignolage) mais il reste efficace et parfois même étonnamment fouillé (avec une mention spéciale pour les planches de Trigo, clairement au-dessus).
Le point fort de la série réside cependant dans le ton employé, et notamment les dialogues, fort bien écrits et véhiculant un humour caustique (jouant par exemple sur la manière qu'a Groucho de rebondir à contretemps sur les répliques des personnages).

Le Deluxe, bien qu'intéressant également, est très différent. On a droit à une hardcover et, surtout, à des planches en couleurs issues de Dylan Dog Color Fest, une collection "parallèle" qui propose des histoires plus courtes, écrites par de nombreux auteurs.
L'ambiance change radicalement de celle de la série originale. L'humour en est absent et l'on bascule dans quelque chose de plus étrange, onirique ou dérangeant, selon les épisodes. Tout n'est pas parfait ; la fin de ce volume notamment, qui impose une longue tirade à la Miss France ("la guerre c'est bien du malheur et j'aimerais que les enfants soient tous heureux, et que les gens aient tous un parapluie sous la main lorsqu'il se met à pleuvoir !" (ah merde, je n'arrive pas à faire l'accent du Sud à l'écrit, je ne sais pas pourquoi, je l'imagine toujours avec cet accent-là la parfaite pintade décérébrée)) saupoudrée de maladresse (c'est à la fois niais ET prétentieux, bel exploit). Mais pour un final raté, que de bons moments, que ce soit dans l'épisode d'ouverture, présentant une dystopie qui se sert des zombies d'une manière très intelligente, ou encore dans un récit basé sur une vidéo présentant le personnage principal se faisant assassiner dans le futur... tout cela est original et plutôt captivant.

Reste à voir l'adaptation. Contre toute attente, ce n'est pas catastrophique. Il y a même un effort clairement visible : textes de présentation de la série, page de garde pour chaque épisode du Deluxe avec un topo sur les auteurs, rien d'extraordinaire bien sûr, c'est un boulot éditorial normal, mais pour Panini, c'est quand même suffisamment rare pour être relevé.
Le texte maintenant. Pas immonde, mais très loin d'être correct. L'on trouve des confusions (entre "évoquer" et "invoquer" par exemple), des absences qui font mal (toujours cette habitude dégueulasse de virer l'adverbe de négation), et des trucs presque drôles ("il y a eu plus de morts tués pendant ces 60 années de paix que pendant les deux guerres mondiales" ; voilà que l'on tue les morts maintenant ! les gens ne respectent plus rien).
Bon, allez, c'est un peu dommage mais pas complètement rédhibitoire si l'on se base sur le fond plus que sur la forme. 

Dylan Dog mérite d'être découvert, que ce soit au travers de sa série principale, inspirée et drôle, ou des épisodes hors série, flirtant avec une ambiance à la Twilight Zone. Reste le prix, un peu trop élevé pour être totalement attractif.

+ une série horrifique intelligente
+ un humour constant (série principale)
+ des thèmes variés
+ un réel effort de présentation
- dessins de qualité inégale
- le prix
- VF largement perfectible



25 septembre 2013

Côté Comics, saison 02 - épisode 03


Voilà l'épisode #3 de la nouvelle saison de Côté Comics.
Au menu : les news et sorties comics, une rencontre avec Eric Powell (auteur de The Goon), et un point complet sur les Green Lantern de la Terre (six déjà quand même).

Côté Comics : s02e03


24 septembre 2013

Les absurdités de la BD (partie 2 : comics)


Oui, j’ai mis plus de deux ans a écrire la suite de cette chronique (que j’avais tout bonnement mise de côté, faute de temps), mais après m’en être honteusement pris au genre franco-belge et au manga, il était temps de rétablir la balance en se moquant un peu des planches américaines.

On commence avec Peter Parker. Je sais, personne ne va faire un arrêt cardiaque d’étonnement, mais d’une part, bien moins de gens connaissent Luther Arkwright, d’autre part, il y a tout de même de quoi s’interroger avec ce brave Pete. D’abord, qu’est-ce que c’est que cette façon d’acquérir des pouvoirs ? Monsieur se fait mordre par une araignée radioactive et hop, je marche sur les murs, je deviens balèze… déjà une morsure d’araignée à la base, on en ressort au mieux avec une boursouflure douloureuse dans la plupart des cas, mais si en plus elle est radioactive, il y a de grandes chances pour que ça n’arrange rien. Si vous avez les dents qui deviennent fluorescentes par exemple, ce n’est pas bon signe. Ah ben les exemples ne manquent pas, Marie Curie - pour se rattacher à un exemple scientifique - qui s’est bien éclatée pendant des années à manipuler du radium, elle n’en a pas retiré des pouvoirs. Bon, on remarquera qu’elle a eu plus de chance que Pierre, son mari, qui lui est décédé bien avant elle en se faisant renverser par une voiture à cheval. Bon ben là, pareil, le mec est scientifique de formation, il se fait piétiner par un canasson, il a le bon sens de mourir, il ne se relève pas en proclamant qu’il peut maintenant battre un poney à la course ou qu’il peut déféquer en marchant.

Pour rester dans la science, prenons le cas de Reed Richards. C’est LE cerveau du marvelverse, le mec est capable de tout : voyager dans des univers parallèles, botter le cul d'entités métaphysiques, résoudre des équations qui pourraient causer des saignements de nez à Einstein, bref, lui, on l’a compris, il faisait ses devoirs quand il était à l’école. Pourtant, cela ne l’empêche pas d’échouer dans le seul domaine qui le touche de prêt : rendre son aspect humain à son pote Ben Grimm, alias la Chose.
— Heu, Reed, comment on fait, là, pour mon problème d’apparence ?
— Oui ben cinq minutes, merde, je suis génie élastique moi, pas dermatologue !
Le mec n’y met pas du sien, ça se voit.

Un truc positif avec les comics par contre, c’est qu’ils ont résolu le problème de la mort. On pourrait penser que mourir a quelque chose de définitif, or non, pas du tout, dans le DCU ou chez Marvel, c’est plus ou moins l’équivalent d’un gros rhume. Tout le monde finit par revenir. Imaginez si l’on transposait ça dans le monde réel, au boulot.
— Il est où Patrick, encore en retard ?
— Non, il est mort ce week-end, il s’est fait renverser par une voiture à cheval.
— Tiens ? Comme Pierre Curie ?
— Comme qui ?
— Non, rien. En 2013, comment on peut se faire renverser par une voiture à cheval bordel !? J’espère qu’il sera là la semaine prochaine, putain, je lui avais confié un dossier super important !
Les plus attentifs auront remarqué que, même dans notre univers, la mort n’est pas forcément une bonne excuse pour se lancer dans la flemmardise. Ainsi, Michael Jackson ou Bob Marley continuent de sortir des inédits, ce qui constituent probablement le plus bel exemple de professionnalisme post mortem à ce jour.

Un aspect bien connu des comics tient également à la manière de dessiner et habiller les personnages féminins. Emma Frost, Power Girl ou Wonder Woman sont plutôt adeptes du petit short ras des fondations et du décolleté tendance vertigineux. Quoi de plus normal ? La nana se choppe des pouvoirs, elle se dit qu’elle va se castagner avec des super-vilains et, du coup, la première idée qui lui passe par la tête, c’est de se foutre presque à poil. Ah ben je ferais pareil si j’étais une gonzesse.
Soyons francs, elles le disent parfois elles-mêmes, ça permet de déconcentrer l’adversaire. M’enfin, du point de vue de l’éditeur, des nibards sur une cover, ça permet aussi de ratisser large, du gamin pré-pubère qui n’a pas d’accès internet au vrai pervers qui s’excite uniquement sur du crayon gras.

Bon, il y a tout de même un domaine qu’il faut évoquer, même si ça fait mal : les costumes. Tout de suite, j’ai envie de dire « pourquoi ? ». Pourquoi des couleurs que même les Kiabi refusent ? Pourquoi des trucs moulants ? Pourquoi le slip par-dessus le pantalon ? Et surtout, à quoi ça sert une cape ?
On est d’accord, quand c’est bien dessiné, une cape, ça en jette. Par contre, ça en jette uniquement sur « image arrêtée ». En dessin quoi. Parce que sinon, avec les capes, vous avez deux choix : la « capounette », qui est très petite, ridicule et permet aux gens de ne plus s’interroger sur vos tendances sexuelles, ou la « vraie » cape. Longue et classe. Essayez simplement de courir ou faire vos courses avec une cape de ce type. Imaginez ensuite ce que ça doit être quand il faut se battre avec, voire sauter d’un immeuble à l’autre… c'est comme si vous étiez obligé de vous trimballer une couette attachée à votre veste. 
Voilà, évidemment que c’est n’importe quoi ! Sinon les pompiers auraient des capes, les parachutistes auraient des capes, les mecs du GIGN auraient des capes. S’ils n’en ont pas, c’est bien pour une raison : une cape, c’est chiant !

Les comics ne sont heureusement pas limités au seul genre super-héroïque.
Commençons avec Girls, la série des frères Luna. Vous ne trouvez pas le début pour le moins peu… vraisemblable ? Le mec vit dans un trou paumé, il se tape une soirée de merde dans un bar miteux, il rentre chez lui la queue entre les jambes et, au final, en plein milieu de la forêt, il tombe sur quoi ? Une fille ultra sexy qui fait du stop. Entièrement nue. Manque plus qu’elle ait une bouteille de JB dans une main, une tarte aux pommes dans l’autre, et on a un perfect pour la soirée. A moins de tenir absolument à se faire rembourser l’essence, ça ne s’engage pas trop mal quand même.
Prenons ensuite Preacher. Ce n’est pas une série, c’est un catalogue de tout ce qu’il est possible de faire, dire et dessiner pour se mettre des communautés à dos et se faire censurer ! Je vous rappelle le pitch dans les grandes lignes ? Un révérend, dont la copine se fait sauter par son pote vampire, veut botter le cul de Dieu, parce que c’est un gros connard, et il rencontre, sur sa route, une avocate sado-maso et néonazi ou encore différents chefs d’entreprise ou péquenots dégénérés. Mais… mais enfin ! L’auteur cherche les ennuis ! Où est passé le bon temps où l’on respectait les conventions, avec des gentils « gentils » et des méchants identifiables ? C’est bien simple, avec Ennis, on ne sait pas qui est Tintin, qui est Rastapopoulos, tout cela est très perturbant, surtout pour la « jeunesse », cible apparemment éternelle – selon les media – des comics en particulier et de la BD en général.
Continuons avec Y, the last man. Si ça, ce n’est pas un pur fantasme d’auteur ! Un type banal se retrouve, du jour au lendemain, être le seul survivant mâle dans un monde exclusivement peuplé de… femmes. Tu vas en boite, t’es sûr de ne pas rentrer seul. Ou alors faut vraiment merder. Là c’est la honte, imagine quand tu racontes ça à ton ta pote.
— Alors ?
— Soirée de merde.
— Quoi, ça s’est mal passé ?
— Il est à peine vingt-deux heures, je rentre seul en tirant la tronche, je te laisse déduire.
— T’es le seul mec… comment t’as pu faire foirer ce rencard ? La nana n’a pas le choix normalement !
— Ben…
— Non ? Ne me dis pas que tu as ressorti ta cape à la con ?
— Mais comme tu le dis, je suis le dernier mec, je pensais que je pouvais m’habiller comme je le voulais. Ça se serait bien passé, putain, s’il n’y avait pas eu ce connard avec sa putain de calèche !
— Une calèche ?
— Une sorte de voiture à cheval, un truc pour touristes, je ne sais pas. La cape s’est prise dans une des roues quand on quittait le resto, j’ai été traîné sur plus de 50 mètres. Regarde mes genoux, dans quel état ils sont... je m'en fous, je ne vais pas au boulot lundi, je dirai que je suis mort.

Bon, avouons-le, parfois, rien que le titre de la série, le nom du perso quoi, c’est déjà improbable. Batman, passe encore. Iron Man, soit. Mais… Green Lantern. Sérieux ?
Imaginez la réaction de l’éditeur quand le mec se pointe pour lui proposer ça le lundi matin.
— J’ai une super idée pour un nouveau personnage !
— Vas-y, balance ! 
— La Lanterne Verte.
— La… la quoi ?
— La Lanterne Verte. C’est un mec qui…
— Attends, attends, c’est quoi ce nom à la con ?
— C’est super original, ça va cartonner.
— Tu délires ou quoi mon pauvre Bill ? Pourquoi pas l’Abat-jour Mauve aussi ? Ou le Presse-papier Ocre ? Oh ! Copain ! On publie des séries avec des super-héros, pas des catalogues de décoration. Tu fumes tes poils de cul ou bien ? On va revoir le nom hein, c’est pas possible ça. Bon, il obtient comment ses pouvoirs ton connard vert ?
— Heu… j’avais pensé… à… un anneau de pouvoir…
— Tu me charries ? Une putain de bague ?
— Non, un anneau. Plus dans le genre… anneau, comme dans le Seigneur des Anneaux.
— Mais en vert ?
— Heu, oui… en vert. Et il se recharge avec une… une lanterne, quoi.
— Ok. T’es viré.

Non, en fait, le mec ne se fait pas virer car, au final, comme j’ai déjà tenté de l’expliquer, une idée n’est jamais bonne ou mauvaise en soi, seule la manière de raconter l’histoire fera qu’elle fonctionnera ou pas.
Beaucoup de choses sont absurdes ou mal faites dans les comics, et c’est une source d’inspiration sans fin pour qui voudrait se moquer un peu de la BD. Mais on sait tous que cela nous apporte plus qu'un vague sourire moqueur. Cela peut même donner naissance à des œuvres extraordinaires.
Je ne piétine pas ces monuments avec méchanceté, mais avec le recul que permet un sentiment sans doute proche de la tendresse, pour ne pas dire plus. ;o)




22 septembre 2013

[Avant-Première] Top 10 : les mini-séries

Urban poursuit la publication de Top 10 avec la sortie d'un excellent tome #3 prévu pour décembre. Retour sur un pur chef-d'oeuvre.

La fin de l'année risque d'être marquée par deux énormes comics signés Alan Moore : une nouveauté, Neonomicon, qui sortira en VF d'ici un mois, et la réédition, un peu avant Noël, des mini-séries The Forty-Niners et Smax, se déroulant dans l'univers de Top 10.
Pour ceux qui n'auraient pas suivi les deux premiers tomes (cf. cette chronique), pas de souci, les récits rassemblés dans ce nouvel opus peuvent se lire indépendamment. Revenons tout de même un instant sur le background de la série. Top 10 suit la vie d'un commissariat dans une ville, Neopolis, peuplés de surhumains, robots et autres créatures étranges. Les intrigues policières se déroulent au milieu de scènes de vie plus intimistes, qui donnent une grande profondeur aux personnages, confrontés à des problèmes personnels variés.

La première histoire, en quatre chapitres, se déroule lors de la création de Neopolis et du commissariat surnommé Top 10. Les évènements surviennent juste après la seconde guerre mondiale, et les "héros de la science" (en gros les encapés) sont priés d'aller vivre bien sagement dans une sorte de ghetto, loin des gens "normaux". Pour tenter de conserver un peu d'ordre dans ce cloaque explosif, toute activité de justicier est interdite et la tâche de faire respecter la loi est confiée à une police composée d'agents tout aussi bardés de pouvoirs que les criminels qu'ils combattent.
Les dessins sont ici confiés à Gene Ha qui réalise un travail remarquable, dans un style rétro appuyé par une colorisation tout à fait adaptée. La ville se révèle notamment très impressionnante, aussi immense et démesurée que rendue effrayante par sa faune.
L'intrigue, elle, repose sur un affrontement entre les sangsues (des vampires immigrés) et la police, avec en toile de fond la menace d'un coup d'état militaire si la situation dérape.

L'on est immergé dans cette ambiance si particulière dès les premières planches, alors que l'on suit l'arrivée de nouveaux venus. Bien que l'époque ne soit pas la même, l'on conserve l'atmosphère de la série principale, avec des protagonistes tourmentés, s'interrogeant sur leur destinée ou, de manière plus terre-à-terre, leur sexualité.
Le propos est brillant et parvient à retranscrire l'essence de cette période, mélange de stupeur due au traumatisme de la guerre et d'espoir insensé devant les possibilités immenses offertes par un monde qui se reconstruit. De la très grande BD, même si ma préférence va à la seconde mini-série, très différente mais tout aussi passionnante.

Smax est en effet à part, tant dans le style graphique, dû à Zander Cannon cette fois, que le genre abordé. Moore se lance ici dans une relecture de la quête d'heroic fantasy traditionnelle, non en se contentant de s'en moquer mais en la sublimant. 
Pour cela, l'auteur fait appel à deux des personnages centraux de la série : Jeff Smax, flic taciturne et baraqué, et sa collègue Robyn, jeune blondinette débrouillarde. Les deux policiers quittent Neopolis pour le monde parallèle d'origine de Jeff, afin d'assister à l'enterrement de son oncle. Ils arrivent dans un univers féérique, peuplé de nains, d'elfes et de dragons. Robyn, peu à peu, va alors en apprendre plus sur le passé de son partenaire.

Première chose qui frappe dans ces cinq chapitres ; l'humour omniprésent. Même si Moore a déjà démontré l'étendue de son talent de scénariste dans des classiques comme Watchmen ou From Hell, l'on ne peut pas dire qu'il se soit imposé comme un spécialiste de la vanne, à part peut-être dans La Ligue des Gentlemen Extraordinaires. Il parvient cependant ici à faire rire en tordant et triturant les clichés communs aux grandes sagas épiques, aux contes et aux jeux de rôles.
Attention, tout ne repose pas sur le rire non plus. Les personnages sont incroyablement fouillés et attachants, l'émotion est également présente (grâce notamment à un très intelligent triangle amoureux), et le "méchant" de l'histoire s'avère être une saloperie parfaitement détestable, mais le ton est franchement à la légèreté, ce qui est aussi inattendu que réussi.

Chez Moore, l'humour cache souvent une critique sociale, souvent subtile au moins dans la forme (libre ensuite à chacun d'être en accord ou pas avec les opinions du type). Par exemple, dans le monde de Jeff - Jaffs Macksun de son vrai nom - partir en quête nécessite quelques démarches... administratives. Il faut obtenir des autorisations et remplir différents critères, comme la présence d'un magicien ou celle de trois nains. ;o)
Evidemment, l'on peut reconnaître là une critique, probablement justifiée et à peine dissimulée, de l'uniformisation de ce genre de récits, souvent très "inspirés" de Tolkien, pour ne pas dire plus. Moore se joue aussi des a priori et autres idées reçues, en montrant par exemple l'elfophobie latente chez certains personnages, mais il va plus loin en flinguant au final la tendance contraire qui voudrait idéaliser et rendre intouchable une catégorie d'individus sous couvert de lutte contre les clichés. Bien pensé, couillu et drôle.

Le travail de Cannon aide grandement Moore dans son entreprise. Non seulement le style convient parfaitement au trip "quête", mais le côté cartoony permet de rendre, par contraste, toutes les scènes sérieuses ou poignantes encore plus percutantes.
C'est une technique connue mais fort bien employée ici : personne ne sera surpris si des planches réalistes, installant un climat sombre, développent progressivement un drame. Par contre, avec des traits plus gentillets, plus naïfs, tout propos un peu sérieux devient automatiquement plus impactant (attention, ça ne crée pas de l'intelligence, elle doit être présente, mais ça la renforce, un peu comme un effet d'optique). 

Les références sont également multiples (certaines m'échappent d'ailleurs probablement). Au hasard, citons un capitaine Haddock, visible dans un bar dans The Forty-Niners, ou une version un peu "Walt Disney" de l'Argonath du Seigneur des Anneaux, dans Smax. Tant qu'à utiliser des figurants ou des monuments, autant qu'ils fassent sens.
Bref, la lecture est un pur moment de bonheur et plus l'on avance, plus l'on a envie de chialer. Parce que l'on sait que ça va faire mal quand ce sera fini, et que ce n'est pas tous les jours que l'on pourra lire quelque chose d'aussi bon. Pourtant, je n'ai pas toujours considéré Moore comme un génie, loin de là, j'ai même prétendu, à ma grande honte aujourd'hui, qu'il était l'homme d'un seul coup de génie et d'une production ensuite bien moins intéressante (cf. cet article, que j'ai un peu de mal à assumer aujourd'hui, ou la chronique de V pour Vendetta, qui mériterait sans doute d'être réécrite avec une plume dépassionnée et recentrée sur le sujet : les années passent, les opinions peuvent évoluer). Il est vrai que je continuerai toujours à cracher sur des choses comme Lost Girls, mais je dois reconnaître que Moore est un sacré putain de conteur (et qu'il a encore des surprises à nous réserver, cf. le Neonomicon cité plus haut).

J'aurais adoré pouvoir dire du mal de ces deux mini-séries, en pourfendant ainsi une entreprise bassement commerciale, mais non, je m'incline, c'est excellent. Mieux, c'est inspirant. Et même réconfortant, surtout lorsque l'on voit certains comics actuels, aussi vides qu'impuissants à faire naître chez le lecteur le moindre début d'intérêt. 
Si vous connaissez quelqu'un qui aime la BD, ce Top 10 #3 est un cadeau intéressant pour les fêtes, mais si vous connaissez quelqu'un qui ne connaît pas les comics, alors c'est un cadeau presque obligatoire, tant ces récits sont une preuve que le medium ne peut se juger en tant que contenant mais sur la seule base de son contenu. Et quel contenu dans ce cas !

Un coup de maître, une référence absolue.
Sortie prévue le 6 décembre 2013, chez Urban Comics.

+ dessins servant parfaitement les deux récits
+ excellent mélange entre profondeur et humour
+ des personnages monstrueusement humains
+ une écriture d'une intelligence remarquable
+ parfait exemple que l'art n'a pas à s'excuser lorsqu'il se permet d'être "divertissant"




20 septembre 2013

Happy ! (or not)

Au menu aujourd'hui : polar musclé et bien cuit servi avec un coulis de fantasy cartoonesque. Alors, Happy ! ou pas après la lecture ? C'est ce que nous allons voir de suite.

Nick Sax était flic. Aujourd'hui, il a tout perdu : illusions, femme, boulot et dignité. Il est devenu un tueur, un peu par hasard, en se laissant suffisamment bercer par l'amertume et le désespoir.
Le dernier contrat dont on l'a chargé se termine cependant assez mal. Nick est blessé, traqué par les flics et la mafia. Mais surtout, lorsqu'il se réveille, il n'est pas seul. Une petite licorne bleue, tout droit sortie d'un cartoon, lui parle. Et pour lui dire en plus qu'il est le seul à pouvoir sauver une petite fille, enlevée par un sadique.
Pendant que Nick va tenter de sauver sa peau, Happy va essayer de le convaincre qu'il est un peu plus qu'une simple hallucination...

Au scénario, l'on retrouve Grant Morrison (We3, JLA, Joe : l'aventure intérieure, Batman : Arkham Asylum, Chapeau Melon & Bottes de Cuir, The Mystery Play...), les dessins sont de Darick Robertson (Transmetropolitan, Fury, The Boys...).
L'idée de départ est on ne peut plus étrange : faire cohabiter du polar sanglant avec une touche de fantastique tendance conte de fées. Le contraste est du coup particulièrement violent entre un Nick Sax désabusé et au bout du rouleau d'un côté, et un petit être imaginaire tout mignon de l'autre. Le problème (ou l'un des problèmes) vient du fait que l'on sent venir l'histoire de rédemption à cent kilomètres. Et surtout, au final, cheval (ou licorne apparemment) ou pas, le récit aurait pu être sensiblement le même. Car si l'idée est originale, elle est largement sous-exploitée. Happy aurait pu être bien plus drôle ou émouvant si Morrison ne s'était pas contenté de le faire radoter la même chose pendant toute l'histoire (qu'il passe à convaincre Nick).

Un autre souci concerne le langage. Je n'ai personnellement rien contre un peu de vulgarité (c'est même parfois indispensable) mais à trop en faire, l'on obtient parfois un effet involontairement comique (rappelez-vous Joe Pesci dans le JFK de Stone), ou simplement un effet... ben, juste vulgaire. Car, contrairement à ce que semble affirmer le texte sur la quatrième de couverture, l'on n'obtient pas une touche "à la Tarantino" en mettant simplement des "putain" à la place des virgules. Les gros mots sont même secondaires en réalité, puisque le propre des truands dans les films de Tarantino, c'est d'être "humanisés" par des discussions décalées, souvent en rapport avec la pop culture au sens large (la bouffe dans les MacDo dans Pulp Fiction, la chanson Like a Virgin de Madonna dans Reservoir Dogs...). Or, de tout cela, il n'est point question ici. Exit donc la référence tarantinesque que l'éditeur tente de nous imposer aux forceps.
Reste juste les "putain" (parfois même mis à l'intérieur des mots !). Jetez un oeil à la planche illustrant ce paragraphe, c'est édifiant.

Encore un problème (décidemment !), cette fois au niveau de l'adaptation française. Là on en arrive tout doucement à une orthographe complètement délirante. Je ne vais pas répéter de nouveau les arguments longuement développés dans cette chronique sur la retranscription à l'écrit des dialogues, mais je vous donne tout de même quelques exemples relevés :
- 'y a quelqu'un ? (qu'est-ce que ça apporte de plus que "il y a" ? surtout avec une apostrophe en début de phrase... misère)
- quek'chose (difficile de faire plus "paysan arriéré", ce que le personnage n'est pas)
- ch'aipas (pareil, pourquoi pas "j'sais pas" si l'on souhaite à tout prix faire une élision inutile ?)
- chuicassé (bizarrement, tout attaché, allez hop !)
- chuiprêt (idem)
- et le meilleur pour la fin : castwa (là j'avoue, j'ai mis deux ou trois secondes avant de comprendre que c'était censé vouloir dire "casse-toi")
Revenons sur le dernier exemple un instant.
"Casse-toi" se lit bien phonétiquement "castwa" (plus ou moins disons), donc l'intérêt n'est pas ici de retranscrire une éventuelle supposée "autre" manière de prononcer. En fait, ce qui est tenté ici, c'est tout simplement de retranscrire l'état psychologique du personnage (qui à ce moment-là, est défoncé). Non seulement cela se voit très bien déjà au niveau du dessin, mais en plus, la manière logique de renforcer un état d'esprit du personnage grâce au texte, ce n'est pas de dénaturer la langue mais de modifier la police. Tout comme l'on crie en BD avec des lettres plus grosses et en gras, l'on peut "simuler" un état d'esprit altéré en utilisant une police adéquate ("tremblotante" par exemple), ce qui évite de se retrouver avec du charabia qu'il faut décoder (parce que "castwa", fallait en avoir dans le slibard pour le tenter quand même).
Encore une fois, avec de telles dérives, il ne faut pas s'étonner que la BD soit encore considérée par certains comme un art au rabais et un loisir pour demeurés.

Difficile finalement de trancher en faveur ou contre ce comic. Je rappelle qu'il n'y a pas de "moyen" dans le système de petits bonhommes "caraliesques" que j'utilise à la fin des chroniques. Soit on déconseille (avec l'équivalent d'un "nul" ou d'un "pas terrible"), soit on incite à se plonger dans le binz (avec un "bon" ou un "génial"). Et là, un "moyen" m'aurait bien arrangé...
L'histoire n'est pas nulle, les dessins sont très bons, l'idée de base sympa. Mais, en fin de compte, c'est là un Morrison bien anecdotique (il a fait pire, bien sûr, cf. Kill your Boyfriend) et un polar qui mise presque tout sur une surenchère maladroite (n'est pas Ennis qui veut). Si l'on ajoute à ça une VF franchement irritante (quand on lit des trucs comme "castwa", on n'a que deux envies : ou s'arracher les yeux en hurlant un Notre Père à l'envers, ce que je ne conseille pas forcément, ou prendre un Carcano 6.5 mm et tirer sur la première décapotable qui passe (ah ben, on ne sait pas, Oswald avait peut-être lu un mauvais comic ce jour-là)) cela fait beaucoup (désolé pour ceux qui ont oublié le début de cette phrase insupportablement longue).

Alors oui mais... non.

+ l'idée de départ
+ un personnage principal fort bien écrit
+ très bons dessins
- un Happy pas suffisamment bien utilisé
- des dialogues de "gangsters" frisant la caricature
- des choix VF regrettables




--------

ps : je profite de cette chronique pour vous signaler une promotion chez Diable Blanc Comics qui fête à sa manière les 75 ans de Superman. En gros, pour 35 euros d'achat, vous avez droit à un comic gratuit, et pour 60 euros, vous obtenez un t-shirt en cadeau. Tous les détails sur le site et sur l'image ci-dessous.




17 septembre 2013

Marvel Best-Sellers : Fantastic Four

Les Fantastic Four débarquent aujourd'hui en kiosque avec la réédition du premier arc de la série Marvel Knights : 4.

Les temps sont durs pour la famille Richards. En effet, suite à une escroquerie dont ils ont été victimes (et à quelques caprices du marché), les Fantastiques sont ruinés. Les voila obligés de licencier leurs employés, vendre le Baxter Building et... chercher un emploi.
Ben Grimm trouve un boulot sur un chantier, Susan devient prof dans un établissement accueillant des élèves en difficulté...
L'épreuve pourrait bien avoir raison des liens qui unissent la famille. Car si Reed Richards est à l'aise avec les équations ou les univers parallèles, la vie quotidienne lui pose parfois certains problèmes.

Marvel Best-Sellers est l'une des collections à petits prix lancées par Panini (à ne pas confondre avec la collection qui portait le même nom et était naguère vendue dans les boutiques MaxiLivres, cf. cet article). Les épisodes au sommaire de ce numéro constituent le premier arc de la série Marvel Knights : 4 et avaient été publiés il y a quelques années en français au format Graphic Novels (cf. le guide de lecture pour plus de précisions sur les collections).
Le scénario est signé Roberto Aguirre-Sacasa (The Stand, Angel), les dessins sont de Steve McNiven.

Graphiquement, rien à redire, c'est une pure merveille et Susan (enfin, Jane en VF) a rarement été aussi belle. Le récit, quant à lui, est centré sur les relations entre les personnages, dans une optique plus réaliste voire "adulte" que lors des traditionnelles aventures extra-dimensionnelles, qui sont ici laissées de côté. L'idée est plutôt bonne et permet à l'auteur de faire la part belle à l'émotion (la scène dans laquelle Reed tente de secourir un type qui veut se suicider par exemple).
De même, le fait de confronter les FF à une réalité plus pragmatique, alors qu'ils sont d'habitude blindés de pognon et bardés des gadgets les plus insensés, ouvre de nouvelles perspectives. Sue semble d'ailleurs être celle qui s'en sort le mieux, assumant parfaitement le rôle d'une femme forte qui assure dans tous les domaines. Elle est d'ailleurs considérée de nos jours comme probablement le membre le plus puissant de l'équipe (on la voit à son apogée pendant Civil War, lorsqu'elle s'oppose violemment à son mari, cf. ce Marvel Icons, entre autres), autant dire qu'elle a fait du chemin depuis les années 60, où Marvel devait justifier sa présence (parfois avec des réponses en BD, intégrées aux histoires !) suite aux lettres des fans qui la jugeaient inutile. Aujourd'hui les lecteurs ont grandi et la plupart ont compris l'utilité des filles. ;o)

Dans le Graphic Novel dont je vous parlais plus haut, l'on trouvait également le deuxième arc de la série (intitulé The Pine Barrens), ici absent. Un peu dommage car ces trois chapitres mettaient de nouveau très fortement en avant l'Invisible (qui l'était pour le coup de moins en moins). Néanmoins, Panini complète la sélection de ce comic par le Fantastic Four : The Wedding Special, de Karl Kesel et Drew Johnson, publié en 2004 dans le Marvel Icons #37.
Le choix est pertinent et sensé puisque ce court récit revient sur les moments importants de la vie du couple Sue/Reed et permet de rester dans une ambiance plutôt intimiste, et ce bien que les concepts de voyages dans le temps et d'univers parallèles fassent leur grand retour.
Les dessins sont clairement moins impressionnants que ceux de McNiven mais restent corrects, en tout cas pour les planches, la cover étant, elle, parfaitement hideuse (voici un petit comparatif avec à gauche Susan Storm-Richards en couverture, et à droite sa version tout de même plus réussie dans les pages intérieures).

Alors, une bonne histoire, un prix cassé (encore que non, pas tellement, c'est le prix d'un hors série pour une pagination sensiblement équivalente, si le contenu avait repris l'intégralité du graphic novel, avec le deuxième arc, là on aurait pu parler de prix réellement cassé), de chouettes dessins, on ne serait pas devant un petit perfect ma p'tite dame ? Pas tout à fait. Contrairement à un House of M (réédité de manière irréprochable en Marvel Select), il reste ici un problème, récurrent d'ailleurs, au niveau de la traduction. Principalement l'absence de l'adverbe de négation "ne". Je ne sais pas pourquoi, mais il semblerait qu'une partie des traducteurs et correcteurs soient fâchés avec lui, ce qui a un effet désastreux sur le texte ET les personnages (comme il a été tenté de l'expliquer dans cette chronique).
Ceci dit, l'ensemble reste correct et hautement recommandable, même (et peut-être spécialement) pour ceux qui ne connaissent pas bien la famille FF ou n'apprécient pas habituellement leurs aventures.

+ émouvant et plus réaliste que ce qui se fait d'habitude sur la série
+ superbes dessins de McNiven
+ une Sue Richards qui s'impose de plus en plus comme un personnage central
+ un épisode complémentaire bien choisi
- un texte VF perfectible



15 septembre 2013

Superior Spider-Man, Scarlet Spider : l'évolution badass du Tisseur

La sortie du troisième numéro de la nouvelle version du mensuel Spider-Man nous permet de faire un petit point sur l'évolution du Monte-en-l'air.

Peter Parker est un gentil garçon. Il est poli, serviable, ne tue pas les super-vilains qu'il combat et mange cinq fruits et légumes par jour. Sympa, mais à l'époque de Irrécupérable, Powers ou The Boys, le héros paraît un tantinet lisse. La mode est en effet au pétage de plomb, aux vices plus ou moins cachés et aux défauts assumés. Seulement voilà, comment faire prendre un virage de plus au Tisseur sans pour autant se mettre les lecteurs à dos ?
Rappelons qu'en la matière, Marvel a déjà été plus qu'échaudé par la célèbre Saga du Clone. Et la contre-évolution récente, précipitée par One More Day, n'a pas non plus été accueillie par une salve d'applaudissements. L'éditeur marche donc sur des oeufs lorsqu'il s'agit de triturer le destin de sa mascotte.

La dernière trouvaille consiste donc à faire évoluer le "costume" sans toucher à celui qui le porte. Le numéro de ce mois du mensuel Spider-Man illustre particulièrement bien le principe. Dans un premier temps, l'on suit les aventures de Superior Spider-Man, avec un Otto Octavius aux commandes (cf. cette chronique). Peter est relégué au rang de témoin passif, dans un recoin de l'esprit du bon docteur, pendant que ce dernier campe une araignée bien plus musclée. Il n'hésite pas à verser le sang voire à supprimer l'un de ses ennemis histoire d'en finir avec le cycle perpétuel "tu fais des conneries, je t'entoile, tu t'évades de prison et on recommence".
Même évolution du côté de Scarlet Spider qui, s'il devient le protecteur de Houston (ah, l'exotisme texan !), a fait très largement usage de la violence par le passé et, comme le proclame le slogan de la série ("All of the Power, None of the Responsibility"), n'a pas vraiment le même sens moral que Parker.

La première conséquence qui saute aux yeux est, par contraste, l'immobilisme de Peter Parker. Dans un cas, il passe le relais à un type qui squatte son corps, dans l'autre, il s'agit d'un de ses clones. Pendant que Spider-Man se radicalise, obligeant même les Vengeurs à se pencher sur son cas, Peter Parker sert de point d'ancrage, voire de référence morale absolue.
Si l'on peut y voir une manière de préserver les fondamentaux du personnage, l'on peut aussi s'interroger sur la pertinence et les effets à long terme d'un tel immobilisme.
En effet, ce qui donne de la profondeur à un personnage reste, entre autres, les crises qu'il traverse et doit surmonter. Il peut également se nourrir de ses erreurs et même, soyons fous, s'écarter pour un temps de sa philosophie. Or, à trop vouloir préserver Parker, la Maison des Idées risque bien en réalité d'en faire un pantin sans âme.

Déjà crétinisé, au mieux, ou rendu détestable, au pire, par son choix étrange et son égoïsme oedipien dans OMD, le voilà maintenant simplement mis entre parenthèses le temps que d'autres assument à sa place une expérimentation qu'on lui refuse.
Car le fait est là, si un personnage subit bien le surplace narratif et le manque d'audace des séries mainstream, c'est bien ce pauvre Parker. Il y a bien eu par le passé quelques tentatives intéressantes, comme lorsque Spidey révèle au monde son identité pendant Civil War (cf. cet article), mais son statut de fugitif (qui collait pourtant parfaitement au personnage, censé souffrir de son activité super-héroïque) n'aura duré qu'un (bref) moment. Depuis, Marvel a décidé que le confort de l'identité secrète convenait mieux au Tisseur et a d'ailleurs, par la même occasion, fait table rase de toutes les patientes et cohérentes évolutions mises en place dans le run de Straczynski.

L'on aboutit ainsi à une situation assez paradoxale où l'on peut suivre de plutôt bonnes histoires desquelles Peter est quasiment absent, et ce pour de basses raisons conservatrices. C'est un peu comme si, pour moderniser Tintin (ah mince, j'ai dit "Tintin" dans un article, que Moulinsart SA se rassure, mon chèque part dès demain matin), on l'écartait de ses propres BD.
Bien entendu, d'aucuns me rétorqueront - avec raison sans doute - que devenir plus sombre n'est pas en soi une évolution et que le propre de Parker est d'être justement un parangon de vertu. Raison de plus, répondrai-je avec fougue, malice et un rien d'agacement dans la voix, tout l'intérêt est là !

Kaine, avec toute l'amitié que l'on peut avoir pour lui, n'est qu'un clone dont les actes ont infiniment moins de portée que ceux de son modèle. Et personne n'est surpris à l'idée qu'un Octopus puisse commettre des actes violents. Lorsque Peter reprendra inévitablement sa place, tout cela sera oublié et - une fois de plus - sans conséquences. Pourtant, si ces mêmes écarts de conduite étaient imputables à Peter, ils auraient là un intérêt tout autre.
Non seulement cela permettrait au personnage de grandir, en passant par une crise l'impactant durablement, mais cela lui donnerait une véritable dimension humaine et une profondeur qui a presque disparu. Que Parker ne soit pas un tueur, c'est un fait, qu'il lui soit impossible de tuer, c'est là un postulat bien plus hasardeux. Parker pourrait évidemment tuer, par accident, par nécessité, dans un coup de folie, peu importe, et faire ensuite avec. Puisque les scénaristes adorent le faire se morfondre dans ses sempiternelles crises de culpabilité, voilà qui lui donnerait de quoi faire et changerait un peu de l'oncle Ben ou la famille Stacy.

Même d'un point de vue moral, cela serait plus pertinent. Car condamner la violence dans l'absolu, tout le monde peut plus ou moins bien le faire, et sans risque (c'est comme dire "je hais les caries", vous n'avez pas beaucoup de chances d'être pris pour cible par un groupe pro-caries, encore que... c'est peut-être une branche peu connue de la tendance SM, il faudra que je vérifie).
Tuer, comme "tolérer" d'ailleurs, est une question de contexte, pas une valeur (positive ou négative) en soi. La preuve en est que bien des gens se sentent capables de tuer (dans l'absolu toujours) lorsqu'on leur pose la traditionnelle question "si vous pouviez remonter dans le temps et tuer Hitler, le feriez-vous ?". Outre le fait que l'on sauverait plus de gens (si tel est bien le but) en flinguant Staline, la question est pernicieuse car hors contexte. En voici quelques-unes bien plus intéressantes : vous pouvez tuer Hitler mais lorsqu'il est bébé, le faites-vous ? Oh, j'ai oublié, vous ne disposez que d'un couteau pour le faire. Ou alors, vous avez une fenêtre dans le temps qui vous permet de tuer la mère d'Hitler, lorsqu'elle est enceinte, le faites-vous ? Et s'il s'agit de tuer sa grand-mère, lorsqu'elle n'a que quatre ans et qu'elle est en train de jouer à la poupée ? Sous les yeux de ses parents, pendant qu'elle vous sourit avec une innocence non feinte...
Ah ben oui, c'est pas tout à fait pareil, on est d'accord.

Le contexte, en toute chose, est essentiel. Les moralistes de l'absolu sont légion car ce qu'ils affirment et défendent ne coûte rien. Tuer demande parfois plus de courage et de sens moral qu'épargner un monstre.
Et faire de Peter un adepte absolu du no-kill n'a pas plus de sens ou de valeur, sauf peut-être si l'on parle de pêche. Lui permettre de tuer, une seule fois, puis de s'interroger sur cet acte serait infiniment plus intéressant à lire et certainement à écrire. C'est là tout ce qui est essentiel dans le fait de raconter une histoire : que le lecteur puisse passer un bon moment, sans s'ennuyer, qu'il en retire quelques émotions (bien réelles, elles) et peut-être même, pourquoi pas, une réflexion.
Mais pour que cela arrive, il faut ne pas faire semblant. Y aller pour de bon, sans filet ni airbags.
Tant que les scénaristes ne permettront pas à Peter Parker, ce garçon si sympathique et bourré de principes, de se frotter avec la réalité, de sortir de sa si confortable morale de salon, le personnage n'évoluera pas, pire, il risque bien de devenir froid et artificiel. En tout cas bien plus artificiel que certains de ses clones.

John Updike a dit que ce que le lecteur attendait d'un récit était l'expérience vécue par procuration. C'est on ne peut plus vrai, et sans doute nécessaire. Mais qu'un personnage en vienne à vivre lui-même par procuration est aussi étrange qu'improductif.
On ne peut bien protéger que ce qui est mort et momifié, les personnages encore en activité méritent d'être malmenés. C'est la seule manière qu'ils ont d'exister. 


12 septembre 2013

Côté Comics s02e02, maintenant disponible !


On retrouve l'équipe de Côté Comics, avec toujours l'actualité des sorties comics par Julien (qui se lance dans une magnifique interprétation de l'hymne canadien, un grand moment pour tous ceux qui aiment le Canada et le chant en général), Thomas qui dans sa rubrique "j'ai lu pour vous" nous parle de Temps Morts, publié chez Delcourt, et bien sûr Jeff et une petite sélection d'oeuvres signées Mark Millar.
A ne pas rater !

Côté Comics : saison 02 épisode 02 
(et toujours visible sur Mirabelle et Nolife) 

07 septembre 2013

La Stratégie Ender : comic vs novel

Nous partons pour l'espace et une impitoyable école militaire avec La Stratégie Ender.

Andrew "Ender" Wiggin est ce que l'on appelle un troisième. Dans une société qui ne tolère que deux enfants par couple, sa venue au monde est plus qu'exceptionnelle mais autorisée par les autorités qui voient en lui un futur officier de la Flotte Internationale. 
C'est ainsi qu'Ender, à seulement six ans, quitte sa famille pour rejoindre une école réservée à l'élite de la jeunesse terrienne. Il n'aura pas de permission avant l'âge de douze ans. Il n'aura plus de contacts avec les siens. Et il devra faire face à l'hostilité des autres aspirants officiers. Ainsi qu'aux manipulations des professeurs, prêts à tout pour qu'il puisse réaliser son potentiel.
Car dans l'espace, une menace extraterrestre se précise. Deux fois déjà, l'humanité a repoussé l'invasion. L'Homme a maintenant besoin d'une victoire décisive. Et pour mener ses armées, il a besoin d'un Alexandre, d'un Jules César... ou, à défaut, d'un génie de six ans à peine...

Voilà une BD plutôt pas mal qui cache en fait un roman bien meilleur. L'histoire est en effet adaptée de Ender's Game, de Orson Scott Card (un auteur de SF et de fantasy qui a inspiré le Seventh Son of a Seventh Son de Iron Maiden, et qui a aussi tâté du comic en réécrivant les origines du Iron Man Ultimate). Bien qu'il s'agisse de science-fiction, sur fond de conflit inter-espèces, l'auteur a donné la priorité à la psychologie de ses personnages et laissé de côté les grandes batailles traditionnelles. Tout tourne autour du jeune Ender, manipulé pour le "bien" de l'humanité et maltraité par la plupart de ses pairs. Ce premier roman, qui fait partie d'un cycle, peut en fait se lire seul et se termine sur un véritable coup de génie de romancier, parfaitement amené d'ailleurs par une construction patiente de l'intrigue et des protagonistes.
L'adaptation en comics a été laissée aux bons soins de Christopher Yost, pour ce qui est du scénario, et de Pasqual Ferry, en ce qui concerne les dessins. Mais disons-le tout de suite, ce qui fait de ce premier tome une réussite est entièrement dû à Card.

Ce premier arc est en effet très fidèle au roman, parfois au mot prêt pour ce qui est des dialogues. Et l'histoire est suffisamment originale et intrigante pour que l'on ait envie de connaître la suite. La BD bénéficie donc directement de sa filiation mais possède aussi malheureusement des défauts que le roman n'a pas.
Tout d'abord, les scènes les plus "visuelles", les affrontements entre les différentes armées d'élèves par exemple, manquent de clarté. Preuve que les mots sont parfois plus parlants qu'un dessin. Certains passages sont également difficiles à suivre à cause d'un manque de différenciation des personnages ; tous les visages se ressemblant plus ou moins.
Enfin, difficile également de faire ressentir les sentiments et interrogations à la base du roman en recourant aux seules planches, trop souvent silencieuses et absconses. L'on perd ainsi beaucoup de sens mais aussi d'ambiance ou de profondeur psychologique. Un simple exemple : lorsque Valentine écrit à son frère, celui-ci, dans le comic, réagit au courrier en une seule case, d'une sentence un peu courte, alors que dans le roman, il s'interroge longuement sur la provenance même de la lettre, apportant ainsi une dimension oppressante et paranoïaque qui en dit long sur les professeurs et le monde dans lequel est plongé l'enfant.

Pourquoi diable, du coup, s'infliger une BD moins bonne et complète que le roman original ? Surtout si ses particularités propres (notamment la représentation graphique) ne sont pas bien exploitées ? Eh bien, il n'y a pas vraiment de raison, avouons-le, mais le comic a au moins le mérite d'exister et de constituer une publicité pour Ender's Game (disponible en français, même au format kindle, et bientôt réédité en poche). Ne nous leurrons pas, c'est encore une fois la proximité de l'adaptation cinéma qui a incité Marvel, puis Panini, à publier cette version maladroite et insuffisamment aboutie. Ceci dit, Yost et Ferry ont beau se planter sur ce coup-là, l'histoire de Card est tellement bonne qu'elle rattrape presque le tout.
A vous de voir donc. Vous pouvez opter pour le comic, version expurgée qui se lit plus vite mais est moins chargée en émotion et bien moins subtile, ou lui préférer un roman très bien écrit qui est tout de même détenteur (et pas pour rien) des prix Nebula et Hugo.

Un comic plutôt bon mais dont les qualités sont toutes issues de la plume de Card et qui fait surtout office de parent (cruellement) pauvre si on le compare au roman.

+ de la SF brillante
+ une intrigue basée sur l'émotion et une ambiance délicieusement paranoïaque
- des dessins (et un découpage) qui ne sont pas à la hauteur (scènes d'action, visages...)
- une perte évidente de profondeur par rapport au roman


05 septembre 2013

Walking Dead #18 : Lucille...

La série Walking Dead se poursuit avec la sortie, hier, du tome #18.

Après la mort de Glenn, la communauté d'Alexandria semble totalement sous l'emprise de Negan et ses hommes. Rick, qui s'est apparemment soumis aux Sauveurs, doit gérer la peur, la peine et les doutes de ses compagnons.
Carl, lui, décide de venger Glenn à sa manière, en suivant les Sauveurs jusqu'à leur repaire. Armé d'un fusil d'assaut, le jeune garçon va tenter d'apporter la réponse qui lui semble la plus évidente dans ce monde dévasté : la mort...

Nouvel opus de Walking Dead, une valeur sûre donc pour cette rentrée, malgré une certaine baisse de régime - et un manque d'innovation - depuis quelque temps.
Toujours Robert Kirkman au scénario et Charlie Adlard au dessin.
Cela se lit très bien mais, encore une fois, ronronne un peu. Negan a beau être un taré effrayant, voire surprenant parfois, il n'est rien d'autre qu'un Gouverneur bis. L'essentiel des attentes ne se situe donc pas là. Heureusement, Kirkman semble commencer à développer d'autres aspects, notamment politiques et sociétaux.

Même s'ils se rappellent de temps à autre à notre bon souvenir, nous savons depuis longtemps que les morts-vivants ne sont pas, et de loin, le sujet principal de cette épique quête pour la survie. Après la bestialité de l'Homme, mise à jour par la chute de la civilisation, l'auteur aborde maintenant sa capacité de résilience : organisation économique embryonnaire, mise en place de systèmes politiques (et même d'une... monarchie !), de moyens de production, bref, la projection dans le futur semble de nouveau possible. Même Rick y croit.

Comme on a déjà pu le faire remarquer, les possibilités narratives sont encore nombreuses pour la série. Entre les origines de l'épidémie, les éventuels autres groupes de survivants (hors des Etats-Unis par exemple), ou même quelques flashbacks sur les premiers jours de la catastrophe, il est tout à fait possible d'écrire au moins autant de tomes sans être redondant. 
Encore faut-il savoir si Kirkman pourra quitter le schéma classique qu'il a mis en place (havre de paix, arrivée d'un gros méchant, confrontation, fuite et nouvelle errance jusqu'au prochain refuge). Car la principale faille de Walking Dead, chef-d'oeuvre du genre, est probablement son auteur lui-même. Il suffit de jeter un oeil à ses autres travaux pour s'en convaincre (cf. cette chronique qui revient sur la plupart).

Or, force est de constater que ce tome n'a pas la puissance des premiers épisodes, où l'on était laissé exsangue et trépignant d'impatience toutes les 22 planches. Même humainement, l'on quitte parfois les rives de la vraisemblance pour s'engager dans les vilains remous de la facilité. Pourquoi diable, par exemple, Negan parvient-il, seul, à contrôler sa propre communauté ? Le Gouverneur dissimulait son véritable fond et était un habile manipulateur. Negan, lui, est un taré qui crame la gueule de ses propres hommes devant tout le monde. C'est certes plus trash, mais moins crédible.

Le succès de la série (et de son adaptation TV, plutôt pas mal d'ailleurs, même si très différente) ainsi que l'abondance de "produits dérivés" (jeu de plateau, romans, artbook, guide des personnages, chips au guacamole...) peuvent également avoir un effet pervers, que l'on retrouve déjà à plus grande échelle avec les adaptations de comics au cinéma : ce qui fait le succès d'une oeuvre, bien souvent, sont ses qualités intrinsèques, et ce qui fait sa perte, encore plus souvent, reste la tentation de conserver artificiellement l'intérêt du plus grand nombre, souvent à l'aide de recettes catastrophiques (et le radotage, en matière de comics, en est une toujours suremployée même si elle a fait la preuve de son inefficacité).
Tout va dépendre de la suite et de la capacité de résistance de Kirkman. Résistance à l'usure, à la facilité, aux vautours incompétents qui viennent prodiguer leurs conseils lorsque l'on devient rentable, et même un peu à Rick qui, pour ne pas devenir surhumain et ainsi faire mentir la série ("personne n'est à l'abri dans TWD"), devra bien, un jour, y passer. Espérons que ce soit avec panache.

C'était génial, c'est encore très bon, bien que beaucoup moins surprenant ou fort émotionnellement.
Une vraie avancée serait maintenant nécessaire.

+ découverte de systèmes politiques, développés par d'autres survivants, plutôt originaux
+ un joli baroud de Carl, personnage à la fois effrayant et touchant
- un schéma sans surprise et quelques longueurs
- Negan, sorte de Gouverneur en plus timbré mais moins crédible



ps : petit bonus du jour ; un très intéressant article sur la stylistique comparée, par Maurice Rouleau. Ne vous laissez pas effrayer par le titre, c'est captivant, très bien étayé, fort utile pour tous ceux qui manient la plume, et même parfois assez drôle (cf. la "froideur du concombre"). ;o)