29 octobre 2013

The Boys : Fin & Bilan

C'est ce mois que sort le dix-neuvième et dernier tome de The Boys en France. L'heure est maintenant au bilan et il n'est pas exclu que l'on y aille de notre petite larmichette.

L'avant-dernier tome offrait déjà une première conclusion avec une confrontation attendue entre les "Gars" et les "super-slips". Cette fois, les sept derniers épisodes sont centrés sur l'aspect barbouzard et politique. Difficile d'en parler précisément en évitant les spoilers, sachez juste que cela se passe, évidemment, dans la douleur, le sang et les larmes. L'on a droit aux dernières révélations, à quelques coups fourrés supplémentaires et à des scènes choc dans le plus pur style de Garth Ennis, chef d'orchestre talentueux de la saga.
Et maintenant que l'on a le fin mot de l'histoire, que retenir de The Boys ?

C'est incontestablement une page importante de l'Histoire des comics qui se tourne, la série se distinguant par une approche "réaliste" et sans concession du genre super-héroïque. Alors bien entendu, il y a du cul, de la violence, des gros mots et l'on pourrait s'arrêter à cette première couche superficielle. Cela serait faire fi d'une profondeur certaine, d'un humour efficace, d'une émotion bien présente et d'une charge, ultra-violente, sur le capitalisme sauvage et les multinationales déshumanisées. Pas mal pour une BD chargée en sperme et hémoglobine. 
Tout est-il parfait pour autant ? Probablement pas, mais l'auteur a tout de même réussi à nous tenir en haleine pendant 72 épisodes et à nous faire aimer des personnages multifacettes, aussi effrayants ou détestables que parfois touchants. 

La représentation de la méchante société qui fait du fric avec cynisme n'est par contre ni nouvelle, ni nuancée. Vought-American est ainsi implicitement comparée au nazisme, rien de moins. Un exemple ? Stillwell évoque sa dévotion à la société en ces termes : "La loyauté envers l'entreprise est le principe qui surpasse tous les autres. Vought-American est l'air que nous respirons. Ça nous donne la vie." En 1935, Goebbels déclarait, à propos du national-socialisme : "Ce n'est pas seulement une doctrine politique, notre vie entière doit être basée sur lui. Un jour, plus personne n'aura à parler de national-socialisme car il sera devenu l'air que nous respirons."
Le parallèle semble évident mais quelque peu décevant tant tout ce que l'on souhaite critiquer, de nos jours, est aussitôt affublé d'une lointaine accointance avec les fantômes vert-de-gris qui constituent les munitions standard du prêt-à-penser. D'Ennis, l'on pouvait attendre mieux qu'un énième radotage à base de svastika rouillée. Condamner le monde des affaires et ses dérives est possible, mais mieux vaut le faire autrement qu'en employant un slogan d'adolescent ahanant péniblement des insultes qu'il ne comprend pas. 

Tout le reste est cependant brillant. Que ce soit les premiers épisodes, il y a cinq ans (cf. tome #1), avec une entrée en matière aussi brutale qu'intelligente ; la déclinaison, très ironique, des différents groupes de super-héros (cf. tome #7) ; le passage obligé des "origines", souvent fort bien écrites si l'on excepte celles du Français (cf. tome #10) ; la violence et la folie qui s'insinuent partout et salissent les plus nobles des sentiments (cf. tome #12), et le tout sans flingue ni combat ; une parenthèse à base de spleen écossais qui en dit long sur le héros principal (cf. tome #13) ; ou encore l'habile mise en scène des pratiques douteuses d'un monde devenu amoral (cf. tome #15).
Peu d'auteurs pourront se vanter d'avoir fait autant, et aussi bien, avec un matériel d'encapés.

Ce qu'il reste de The Boys ? Le regard poignant de la Fille, l'amour platonique du Français, le destin tragique de la Crème, la cruelle nécessité d'un Butcher, la plume amère d'un Ennis vertigineux, et puis Hughie, la touche d'innocence et d'espoir nécessaire pour avaler la noirceur d'un monde trop ignoble pour être sauvé, même par des types en collants.
Cette série, aussi désespérée qu'optimiste, aussi trash que subtile, est un pur chef-d'oeuvre de Conteur, honnête et évitant, la plupart du temps, la tentation d'imposer ou de mettre le cap sur les écueils, pourtant nombreux, des idées reçues liées aux sujets abordés.

Excellent. A lire absolument.

+ 19 tomes sans quasiment aucun faux pas ni temps mort
+ des personnages creusés et touchants
+ un cynisme constant, tempéré par ce qu'il faut d'humour et une petite touche d'espoir
+ une approche dure et réaliste du genre super-héroïque
+ une happy end à la Ennis, pas si happy que ça...
- putain... c'est fini !
 




23 octobre 2013

Côté Comics, saison 02 - épisode 05


Episode #5 de la deuxième saison de Côté Comics.
Au menu : les news et sorties comics (avec une flopée de nouvelles séries Marvel), une présentation de l'ouvrage Des Comics et des Artistes, et un point complet sur la série animée Batman.


Côté Comics : s02e05





22 octobre 2013

Punk Rock Jesus : oh my God !

Un clone de Jésus Christ, embringué dans une télé-réalité et finissant dans un groupe de rock punk, voilà le sujet de Punk Rock Jesus, un titre Vertigo à la hauteur de la réputation du label.

Cette histoire complète est écrite et dessinée par Sean Murphy. L'auteur se saisit de divers thèmes importants et très actuels mais il parvient surtout à aborder la question religieuse avec intelligence et sans tomber dans la condamnation facile. Mais commençons par le début du récit, aussi brillant qu'original.
Une société de production parvient à contourner la loi sur le clonage et, à l'aide d'ADN récupéré sur le Saint Suaire, obtient un clone de Jésus Christ en personne. La naissance de ce dernier va donner le coup d'envoi d'une télé-réalité qui va suivre le petit Chris sur de nombreuses années. Rapidement néanmoins, pour des raisons de sécurité, la supposée réincarnation du fils de Dieu, ainsi que sa pauvre mère, sont emprisonnées dans un complexe isolé, sous l'oeil inquisiteurs des caméras.

Dès les premières planches, Murphy nous scotche au récit. La scène d'ouverture est tendue, totalement immersive, en un mot magistrale. La suite est du même acabit. Pendant toute la première moitié de l'histoire, c'est surtout de l'industrie du divertissement et de ses dérives qu'il s'agit. Nous avions évoqué il y a peu de temps la real-TV et ses risques (cf. cette chronique), ils sont ici parfaitement mis en scène, avec ce qu'il faut d'humanité pour que l'on ressente presque physiquement la souffrance des personnages.
La deuxième partie se recentre plus sur la religion, voire la question de la foi en général, et cela sans prendre de partis pris trop grossiers. Si l'auteur condamne sans ambages l'embrigadement (traité de différentes manières), il est plus nuancé lorsqu'il aborde l'opposition entre croyants et athées (rappelons que l'athéisme est aussi une question de foi puisque l'inexistence de Dieu n'est pas plus prouvable que son existence). Ainsi, contrairement à ce que le titre pouvait laisser supposer, l'on est plus dans la réflexion, posée et sereine, que dans la provocation gratuite.

Attention néanmoins à ne surtout pas limiter ce comic au seul propos religieux. En plus de la foi et des ravages que peut commettre la télévision (et sa seule religion : l'audimat), l'auteur aborde bien d'autres sujets qui, même s'ils sont indissociables car imbriqués au sein d'une même intrigue, permettent de s'interroger sur les dérives de la science ou encore la possibilité d'une rédemption après des crimes violents. 
Là encore, l'auteur n'assène rien, il n'impose pas une idée brutalement mais nous amène, par sa maîtrise narrative, à tout doucement mettre en perspective même les faits les plus abjects ou les dogmes les plus admis. Seul Slate, le producteur, échappe à cette bienveillance et n'engendre que colère et mépris, alors que même certains membres de l'IRA (je ne parle pas du personnage principal mais de son oncle) conservent un côté humain malgré leurs actes. Ce choix n'est sans doute pas innocent : le seul personnage totalement noir et condamnable est celui qui contrôle les caméras et fait passer le flux de ses ignominies télévisuelles avant toute autre considération. 

La construction des personnages pourrait, à elle seule, faire l'objet d'une analyse poussée tant il est clair que tout ici est mûrement pensé et orchestré. Les "gentils" et les "méchants" ne sont nullement simplement déclarés, comme c'est encore trop souvent le cas dans certaines oeuvres, mais construits sur le long terme, par petites touches permettant d'insuffler de l'émotion dans le moindre flashback ou certaines cases, silencieuses mais poignantes.
Le style graphique est lui aussi d'une efficacité rare. Bien qu'en noir & blanc, les dessins sont loin d'être austères et sont porteurs d'une puissance brute qui n'empêche pas le souci du détail. Bluffant.
Niveau adaptation, du très bon travail si l'on excepte une ou deux coquilles (et toujours ce problème récurrent de confusion entre futur et conditionnel, à croire que plus aucun éditeur ne maîtrise ces temps pourtant basiques). L'ouvrage est complété par une postface de l'auteur, une intéressante tracklist, les covers originales (en couleur) et quelques dessins non utilisés. Le tout avec hardcover et pour 18 euros. 

Alors oui, ce comic est clairement indispensable. Non seulement parce qu'il se veut sérieux (sans jamais être pédant) mais aussi, et peut-être surtout, parce qu'il est divertissant et totalement abouti sur la forme, prouvant ainsi, une fois de plus, que l'on peut aborder les sujets les plus graves ou les plus iconoclastes tout en préservant l'accessibilité du récit. 
C'est typiquement ce genre de BD qui donne à ce medium toute sa noblesse et sa spécificité. L'on ressort de cette lecture plus riche, plus confiant aussi malgré les doutes qu'elle a pu instiller. Presque apaisé. Car si tous les idéaux ont été mis à mal, toutes les opinions, elles, ont été respectées. Une manière élégante de rappeler qu'un idéal n'est bien souvent qu'une idée corrompue par la certitude.

Une excellente histoire évitant habilement les pièges d'un sujet plus que sulfureux.
Excellent à tous les niveaux.

+ originalité
+ puissance graphique
+ thèmes nombreux et délicats mais brillamment traités
+ personnages profonds et attachants
+ parfait équilibre entre émotion et réflexion
- Chris, un peu moins fouillé et charismatique une fois adolescent
- quelques raccourcis factuels (sur l'IRA, Bush ou l'Amérique en général) qui peuvent éventuellement donner une image tronquée de ces sujets pour ceux qui n'en ont qu'une connaissance partielle 




20 octobre 2013

Superior 2 : l'Ame d'un héros

Il y a quelque temps de cela, Neault vous avait parlé de Superior, nouvelle mini-série du surdoué et prolifique Mark Millar, expliquant que le concept, rendant hommage aux super-héros du Golden Age, semblait plutôt (et jusque-là) bien maîtrisé par un auteur jamais avare de bonnes idées, habitué des introductions fracassantes mais également connu pour conclure laborieusement ses séries.
Il se trouve que je partageais son avis.

1e de couverture
Curieux de savoir ce que nous concoctait l’Ecossais pour la suite de Superior, je me suis procuré le second album publié dans la collection 100% Fusion Comics – et qui ne contient que trois épisodes puisque la série se clôt au septième. N’allez pas croire pour autant que Panini compense le coût en ajoutant une profusion de bonus : vous aurez droit aux traditionnelles couvertures originales et à leur version brute, ceci afin d’admirer le travail de Leinil Francis Yu. Ce dernier nous gratifie d’ailleurs d’un travail agréable avec des traits légèrement moins anguleux que d’habitude tout en conservant une grande dynamique dans ses scènes d’action et en jouant habilement des angles. Cela dit, certaines cases sont à la limite de l’intelligible du fait de cet encrage particulier, très appuyé et renforcé de couleurs sombres.
Le résultat me laisse un petit peu perplexe. Mais laissez-moi d’abord vous affirmer que j’ai plutôt apprécié. Il y a dans le déroulement de drame faustien aux ressorts très classiques quelque chose de réconfortant, d’apaisant presque, et qui détonne chez celui qui n’aime rien tant que provoquer, parfois pour le simple plaisir de faire parler. Donc ce garçon, atteint de sclérose en plaques et au bout du rouleau, se voit offrir la possibilité d’incarner le héros de ses rêves, une version de Superman à peine modifiée (c’est bien entendu voulu), invulnérable et droit. C’est un petit singe de l’espace ( !) qui lui a accordé ce vœu, dont les contreparties seront bien vite présentées, le lecteur étant prévenu dès la fin du quatrième épisode. Et pour compliquer le choix qu’il devra être amené à faire, il devra mettre dans la balance la sauvegarde de la Terre, rien que ça.


Avec un tel matériau, Millar aurait pu surfer sur la vague actuelle consistant à décliner les conséquences d’une telle promesse de pouvoir sur la psyché humaine (en effet, et si celui qui recevait le don – par magie, par un coup du sort, une morsure radioactive ou des rayons cosmiques – en usait de la pire des manières ?). Un grand pouvoir implique… vous connaissez la suite. Ici, rien de tout cela, on est assez loin de the Cape, pour ne prendre qu’un exemple. Uniquement une quête élaborée dans les règles de l’Art avec un ennemi retors mais d’une banalité éhontée, contre lequel ce brave Simon Pooni devra compter sur l’appui d’amis proches, dont une accorte journaliste à la générosité proportionnelle aux appas plutôt bien mis en valeur. Le suspense naît par conséquent chez le lecteur habitué à l’iconoclastie millardienne (millardesque ?) : jusqu’où l’auteur suivra-t-il ce schéma traditionnel ? On peut du coup être déçu, fort légitimement du résultat. Pourtant, à ma grande surprise, j’ai été touché par les choix effectués et cette plongée en nostalgie opérée avec un respect très digne de ses aînés (rappelons que la mini-série est dédiée à Richard Donner et Christopher Reeve).


Pas bouleversant ni renversant, Superior s’avère une aventure confortable, agréablement menée, sans imagination mais avec maîtrise. Et puis il y a ces petits moments magiques pendant lesquels ce garçon de douze ans, le même qui sommeille en nous, réalise ses souhaits les plus chers avec une candeur et un aplomb qui se savourent sans retenue.

12 octobre 2013

Minimum Carnage

Retour sur la saga Minimum Carnage publiée dans le Spider-Man Universe #7.

Le dernier numéro de Spider-Man Universe est sorti le mois dernier mais reste toujours disponible en kiosque. Il contient six épisodes qui sont bien entendu une allusion à la saga Maximum Carnage, datant des années 90.
Le Spidey original est absent du récit mais l'on retrouve son clone, Scarlet Spider (incarné de nos jours par Kaine) ainsi que Venom, ou plutôt l'agent Venom (alliance du fameux symbiote et de Flash Thompson).
Tout commence lorsque Cletus Kasady parvient - une nouvelle fois - à s'évader. Après le massacre d'usage, il s'enfuit vers le Microvers où Venom et Scarlet Spider le poursuivent afin de le neutraliser.
Une fois sur place, ils découvrent que Carnage est utilisé par un taré local, bien décidé à détruire le Rédempteur, incarnation de la Force Enigma et vieux sage à la Yoda.

Précisons pour l'anecdote que la Force Enigma, qui donne notamment leurs pouvoirs aux différentes incarnations de Captain Universe (cf. la rubrique présentant les costumes de Spidey), est ici appelée "force énigmatique". Nouvelle bizarrerie de Panini, qui n'est d'ailleurs pas sans conséquence, car si "Enigma" est un nom qui se rapporte à un élément bien précis du marvelverse, en faire plutôt un adjectif transforme la dite Force en concept qui a l'air mystérieux même pour les personnages qui savent parfaitement de quoi il est question.
Cette saga complète est en réalité un crossover (à l'ancienne, cf. cet article pour plus d'informations sur le sujet) entre les séries Scarlet Spider et Venom. Le scénario est écrit par Cullen Bunn et Christopher Yost, les dessins sont de Lan Medina, Declan Shalvey, Khoi Pham et Reilly Brown.
Graphiquement, rien d'extraordinaire mais l'ensemble reste honnête.

Le récit, qui est surtout un prétexte pour réunir les nouvelles versions de Venom et Scarlet Spider, fait la part belle aux combats (sans beaucoup de finesse), avec une touche de SF métaphysique. Si en solo les deux protagonistes s'en tirent plutôt pas mal (cf. le premier Spider-Man Universe pour Venom, ou le Spider-Man  (v3) #6 pour Scarlet Spider), leur aventure reste ici un peu plate. Non seulement le côté dangereux et bestial de Carnage ressort mal, mais les ennemis rencontrés dans le Microvers s'avèrent complètement nunuches.
L'on peut toutefois penser que c'est un parti pris permettant de rendre hommage au "style" de la première saga, ce qui n'empêche pas de s'interroger sur la pertinence d'une telle idée. Le lectorat a évolué, les techniques narratives également, et même pour un bon vieux récit à l'ancienne, il conviendrait de s'inspirer du fond mais certainement pas de la forme (de nos jours, on n'utilise plus de caméras des années 30, même pour tourner un film en noir & blanc). 

Il y a bien quelques échanges parfois un peu amusants et une interrogation pseudo-philosophique à la fin (pour la énième fois sur le fait de tuer ou non un ennemi), mais ces éléments sont trop peu nombreux pour emporter l'adhésion et éviter un sentiment d'inachevé. La saga ne rend justice ni au nouveau défenseur de Houston ni à un Flash qui a pourtant pris une certaine ampleur depuis les évènements tragiques qui l'ont diminué physiquement. 
Etrangement, alors que le crossover devrait être une incitation pour les lecteurs d'une série à se précipiter sur l'autre, il aurait plutôt tendance dans ce cas à décourager les plus curieux. Dommage.

Du classique, déjà vu et bien terne malgré la présence de deux personnages aux capacités pourtant énormes.

+ rencontre des nouveaux Venom et Scarlet Spider
+ un peu d'humour fort bienvenu mais trop peu présent
- des combats ennuyeux, à l'enjeu superficiel
- un Microvers manquant singulièrement de panache
- habituels problèmes au niveau du texte VF 



10 octobre 2013

Runaways : une bonne série peut-elle survivre à Panini ?

Enfin, la suite de l'excellente série Runaways arrive en France ! Retour sur un parcours éditorial des plus confus.

Hier sortait en librairie un nouvel album inédit des Fugitifs, nom VF de l'on-going créée par Brian K. Vaughan. Si l'on y regarde bien, le lecteur français aura dû faire preuve d'une patience infinie et d'un certain goût pour les jeux de piste afin de suivre les aventures de Karolina, Nico et le reste de la bande.
La première série (de 18 épisodes, cf. cette chronique) est à l'époque publiée en Mini Monsters, une collection qui se sera surtout fait remarquer pour sa faible durée de vie et des covers qui avaient tendance à se décrocher à la première manipulation, même délicate. La suite de la série paraît en Deluxe (avec du retard, puisque entre temps, le tie-in Civil War concernant les Runaways est publié, sans que l'on puisse donc lire les épisodes dans l'ordre chronologique). Ces deux volumes (cf. tome #1 et #2) clôturent alors le run de Vaughan de très belle manière mais signent aussi l'arrêt de la série en France, car depuis, à part de nouveaux tie-ins à l'occasion d'évènements particuliers (cf. le tie-in Secret Invasion), l'on ne voyait rien venir.
En mai dernier, Panini sortait enfin (cette fois au format 100% Marvel, troisième changement) la fin de la saison 2 (par Whedon). Et c'est seulement hier que l'on a eu droit au début de la saison 3, qui date tout de même de... fin 2008 ! 

Inutile de préciser qu'avec si peu de sérieux, la série a été clairement saccagée éditorialement par Panini (qui a même trouvé le moyen d'utiliser un épisode US gratuit comme matériel payant, mais on n'est plus à ça près). Car enfin, qui a envie de suivre des comics, même excellents, avec de tels délais entre les épisodes et surtout avec des spoilers dans tous les sens ? Ainsi, par exemple, le retournement de situation qui termine l'arc Dead Wrong était évidemment connu depuis longtemps puisque le groupe a continué à faire des apparitions régulières dans les revues kiosque, et ce avec des changements importants qu'il fallait forcément expliquer.
La sandwicherie a réussi un exploit de plus : transformer l'or en merde. Pas sûr que ça ait une grande utilité, m'enfin, s'ils parviennent à vendre leur matos, on ne pourra pas dire que c'est grâce à leur clairvoyance et leur sérieux. Laissons là cette nouvelle démonstration de leur impéritie chronique et revenons-en aux Runaways.

Le scénario de ce nouvel arc est signé Terry Moore (Strangers in Paradise, Echo), les dessins sont l'oeuvre de Humberto Ramos. Visuellement, ces épisodes sont plutôt agréables même si certains personnages souffrent un peu, sur certaines cases, du style de Ramos (qui ne manque pourtant pas de qualités). Nico Minoru est ainsi parfois presque méconnaissable et perd franchement en charme par rapport à la version d'Alphona. 
L'intrigue débute alors que le groupe, quelque peu agrandi, revient à Los Angeles (cet article vous permettra de vous remémorer les personnages principaux et leurs pouvoirs éventuels). Ils parviennent à trouver refuge dans une ancienne propriété du Cercle et s'installent tant bien que mal. Malheureusement, les ennuis ne vont pas tarder à leur tomber dessus. Non seulement des extraterrestres se pointent pour embarquer Karolina, mais un sort lancé à la va-vite par Nico va causer des dissensions à l'intérieur de l'équipe.
Moore conserve ici le ton installé dès le départ par Vaughan, avec un habile mélange d'action, d'humour (petite référence à Jay & Silent Bob au début) et d'émotion. Une attention particulière a été portée sur les dialogues, vifs et souvent drôles. Quant à Klara, une petite fille venant de 1907, son arrivée apporte quelques situations sympathiques et décalées.
Mais pourquoi diable cette série est-elle si bonne ?

Une sorcière, une alien, une petite fille adorable et possédant une super-force, un ado utilisant des gadgets high-tech, le groupe est plutôt hétéroclite. Ce qui les différencie surtout d'autres jeunes de leur âge, comme les Young Avengers, c'est leur "statut social". Ils ne se revendiquent nullement comme super-héros mais souhaitent simplement vivre librement, loin des adultes qui les ont déçus. Rappelons que leurs parents étaient des criminels et qu'ils ont fugué à cause de cela.
S'ils doivent parfois faire face à des ennemis liés au passé de leurs parents, ils doivent aussi gérer au jour le jour leur situation précaire. Trouver un abri, de l'argent, échapper aux forces de l'ordre ou à Iron Man, voilà qui n'est pas évident pour des enfants livrés à eux-mêmes et déjà durement frappés par le destin (l'un d'entre eux est mort pendant la deuxième saison, une mort pour l'instant "définitive", ce qui rend leur épopée encore plus poignante).

Enfin, la série aborde, à travers ses personnages atypiques et attachants, des thèmes parfois très sérieux (le pardon, le sacrifice, l'homosexualité...) qui contrastent avec l'âge et l'aspect des protagonistes. Vaughan surtout, avec une grande intelligence, avait su instaurer un climat doux-amer et désabusé qui n'était cependant pas complètement noir, rendant ainsi la série relativement réaliste et émotionnellement forte. 
Terry Moore, dont le talent n'est plus à démontrer, semble poursuivre dans cette voie, même si l'impact de ce premier arc a considérablement été gâché comme il l'a été expliqué plus haut.
Dans l'introduction de ce tome, Panini a l'audace d'affirmer qu'il constitue un "point de départ idéal". Mieux encore, l'éditeur conseille à ceux qui voudraient en savoir plus sur les personnages de se tourner vers le précédent 100% Marvel, donc les épisodes #25 à #30 de la deuxième saison... comment peut-on écrire des inepties pareilles avec autant d'aplomb ?
Evidemment que non !

Cette série est brillante, pour la savourer, il faut la lire depuis le début (d'autant que le run de Vaughan est exceptionnel). Commencer avec la saison 3 ou la fin de la saison 2 serait ridicule, car c'est sur la durée que les personnages ont acquis une véritable profondeur. Les aborder en faisant l'économie de leurs premières aventures serait tout bonnement catastrophique sur le plan narratif. Cet arc n'est pas un début, c'est une suite basée sur des évènements qui se doivent de suivre une logique chronologique pour pleinement impacter personnages et lecteurs.
Pourriez-vous décemment conseiller à quelqu'un de regarder Watchmen en commençant le film à la quarantième minute ? Ou de suivre Game of Thrones à partir du cinquième épisode de la saison 2 ? Il en est ici de même. Et, en commençant par le début, il n'est nullement question de respecter l'auteur mais de simplement conserver notre plaisir de lecteur, ce qui semble tout de même essentiel dans une... lecture (et ce qui devrait être au centre des préoccupations de certains "éditeurs" qui parviennent à dégoûter même les plus passionnés).

Une très bonne série, commercialisée d'une manière imbécile par des incapables notoires. A lire absolument en VO si vous en avez la possibilité.

+ dialogues à l'humour souvent efficace
+ personnages touchants et réalistes dans leurs réactions
+ thèmes "sérieux" traités avec intelligence
+ graphismes agréables
+ une profondeur réelle, trop souvent absente des séries plus en vue
- Panini, dans toute sa splendeur : même si la traduction n'est pas ici en cause, la manière dont la série a été "publiée" est tout bonnement ahurissante et les "conseils" de l'éditeur sont mensongers et font fi de la plus élémentaire conscience professionnelle 




09 octobre 2013

Côté Comics, saison 02 - épisode 04


Episode #4 de la deuxième saison de Côté Comics.
Au menu : les news et sorties comics, un zoom sur Punk Rock Jesus, et Jeff qui nous parle des (nombreux) ennemis des Tortues Ninja.

Côté Comics : s02e04


06 octobre 2013

Quand la télé-réalité s'invite dans les comics


Quand une mode s'inscrit dans la durée, elle cesse d'être une mode et devient un phénomène de société. C'est un peu ce qui est arrivé avec la "real-TV", très décriée à son apparition en France (rappelons-nous que Loft Story occasionna à l'époque des manifestations demandant la "libération" des candidats) et devenue aujourd'hui un élément incontournable des grilles de programme de nombreuses chaînes. La définition du genre est cependant suffisamment floue pour faire cohabiter des programmes fort différents, allant du défi sportif (Koh-Lanta) au culte de la stupidité (Secret Story), en passant par l'alibi culturel (Pékin Express) ou l'éternelle recette "du cul et des nichons" (L'île de la Tentation). Mais toutes ces émissions ont deux réels points communs : un certain voyeurisme et la manipulation.
[ceci est un article, dont je suis évidemment l’auteur, publié à l’origine dans le webzine accompagnant les publications WEBellipses, je ne modifie en rien sa structure mais ajoute quelques précisions en fin de chronique]


Le voyeurisme, nul besoin de l'expliquer, il fait partie du pack de défauts et autres habitudes honteuses dont nous sommes tous en général dotés. C'est ce qui nous fait lever le pied sur la route à la vue d'un accident, ou encore ce qui nous fascinait et terrorisait dans les films d'horreur bas de gamme lorsque nous étions enfants : le choc, la violence des faits, sans recherche de sens, sans autre plaisir que celui, coupable, de la satisfaction d'une curiosité aussi malsaine que répandue.
La manipulation, qu'elle soit subtile ou grossière, répond, elle, à un impératif technique : une télé-réalité se doit d'être un spectacle. Il faut donc alimenter les tensions, les antagonismes, les heurts, quitte pour cela à prendre quelques libertés avec la morale ou, dans les cas les plus extrêmes, avec la sécurité même des candidats.

L'on ne s'étonnera donc pas que les comics qui accueillent en leur sein la télé-réalité en profitent pour la maltraiter un peu et en dénoncer les égarements. Dans Bertrand Keufterian, Guillaume Matthias met en scène une émission populaire basée sur une chasse à l'alien. Chasse qui, bien entendu, ne se déroule pas de la meilleure manière qui soit pour les malchanceux habitants de Metz. Les fondamentaux sont présents : une communication qui ne reflète pas la réalité, des stars à la popularité aussi rapide que fragile, un danger réel qui passe largement après la perspective de profits faciles. L'auteur illustre notamment la dichotomie existant entre la pseudo-réalité de la télévision et les faits objectifs en opposant et superposant des images violentes, reflétant l'anarchie totale, à un discours de présentateur policé et rassurant.
Les artistes ne pouvant pas se couper de l'époque dans laquelle ils vivent, il ne sera pas surprenant de retrouver d'autres exemples d'émissions, à la filiation plus ou moins évidente, dans nos bandes dessinées.
En 2006 déjà, Mark Millar, chez Marvel, base le début de l'évènement Civil War sur une télé-réalité qui tourne mal. Un groupe de héros - les New Warriors - font en effet filmer leurs interventions lorsque l'une d'entre elles vire au cauchemar et occasionne des centaines de morts. La décision des justiciers d'intervenir à la va-vite, sans réelle préparation, est motivée par l'envie de booster l'audience d'une émission en perte de vitesse. Là encore, la course au spectaculaire et à la surenchère est en ligne de mire. Les résultats seront d'ailleurs à la hauteur du désastre puisque Robert Baldwin, alias Speedball, un héros ayant participé à l'assaut, deviendra "l'homme le plus détesté d'Amérique". Rejeté par ses propres parents, hanté par la culpabilité, il finira par prendre l'identité de Penance, un nom prédestiné pour un surhumain dont les pouvoirs sont générés par la souffrance qu'il s'inflige. Le message est clair ; à trop jouer avec le feu, même les super-héros peuvent se faire prendre au piège de la télévision.

Plus récemment, chez Vertigo (et plus précisément sous le label Vertigo Crime), Dark Entries (édité en VF chez Panini) va également aborder le sujet des dérives télévisuelles. Le détective John Constantine, spécialisé dans le paranormal, va être plongé au milieu d'un jeu d'enfermement où de jeunes candidats sont censés être confrontés à la peur. Une maison faussement hantée, génératrice de frissons sécurisées pour les spectateurs, est au centre du concept. Pourtant, malgré le lieu et l'apparent contrôle de la production, les dérapages ne sont pas loin. C'est d'ailleurs la manipulation que Ian Rankin va mettre en exergue dans cet ouvrage. Les responsables parviennent en effet à faire rentrer Constantine de lui-même dans le jeu, sans jamais véritablement l'y obliger. Un grand classique en fait de la psychologie élémentaire : convaincre un individu qu'il est à l'origine de la décision qu'on le pousse à prendre. Dans une véritable émission française, la même technique avait été employée afin de parvenir à un résultat souhaité par des moyens détournés. Alors que la production avait demandé aux candidats de décrire les défauts des autres participants, tous, flairant le piège, avaient refusé. La production n'insista pas et proposa le lendemain un jeu qui enthousiasma tout le monde : que chacun se livre à une petite imitation de l'un de ses "collègues". L'imitation étant par nature basée sur le grossissement et l'exagération, tous les candidats livrèrent donc de bon cœur, sans même s'en rendre compte, la liste des défauts qu'ils voyaient chez les autres.
Beaucoup le prirent naturellement mal et le climat voulu fut obtenu.
Ce que montre Rankin, et qui peut sembler anecdotique, c'est cette facilité, pour un système organisé, à obtenir les réactions attendues de la part d'individus qui, s'ils ne sont pas déjà préalablement choisis pour leur fragilité, sont rendus vulnérables par un contexte inhabituel (enfermement, promiscuité, interdiction de communiquer avec leurs proches, pression du jeu et des caméras, appât du gain, et cetera).

Certains pourront penser qu'il est un peu facile de juger, dénoncer ou se moquer. L'on pourrait même objecter que les comics en particulier, ou les livres en général, ne sont pas, par nature, forcément plus éclairés que d'autres media ou formes artistiques. Et c'est assez vrai. Un livre aussi peut être médiocre, faire appel à de mauvais réflexes chez le lecteur ou simplement être basé sur la provocation et la vision à court terme.
Les comics, et la littérature dans son ensemble, ont pourtant cet avantage particulier d'appartenir au Temps du Papier. Et peu importe le support de lecture ; que vous lisiez une oeuvre sur votre PC, sur un iPad ou sur votre smartphone, le travail qui apparaît à l'écran a été longuement pensé. Il a fallu coucher des idées sur le papier, écrire un scénario, faire des essais de personnages, dessiner des crayonnés, modifier et remodifier, encrer, puis passer à la colorisation, écrire les textes définitifs, choisir l'emplacement des bulles, ergoter sur des détails entêtants, et, à deux doigts de la folie, mettre enfin un point final à une œuvre certes imparfaite mais assumée. Le contraire même de l'évènement tape-à-l’œil basé sur l'impulsivité du moment et les réactions espérées.  
Bien évidemment, la télévision demande également un certain travail. Il faut créer un concept, bâtir un décor, faire un casting, installer et maîtriser des moyens techniques complexes. Seulement, alors que l'auteur de comics livre un produit fini, qui ne demande plus que la magie du regard des lecteurs pour prendre vie, le spectacle télévisuel est tributaire du plus grand impondérable qui soit : les réactions humaines. Et alors que l'on peut tout faire subir, souvent avec un plaisir évident, à des personnages fictifs, la manipulation de véritables personnes, même volontaires, devrait nous interroger sur ce que nous sommes prêts à infliger aux plus fragiles - ou aux plus avides, qui ne le méritent finalement pas plus - au nom de notre besoin de distraction.

Bien sûr, ce n'est pas (encore) les jeux du cirque. Il y a des limites. L'on nous assure même qu'il y a un suivi psychologique des candidats. Mais si naguère les gladiateurs pouvaient craindre les morsures des lions ou la lance des hoplomaques, les acteurs du spectacle télévisuel ont tout intérêt à se méfier de ces coups de dents dans l'ego et autres balafres psychologiques que laissent les caméras et la sauvagerie de la médiatisation.
Il y a, dans le regard de la masse, plus de glaives que l'on n'en pouvait compter dans tout l'empire romain. Et, bien que le but de nos comics soit avant tout le divertissement, s'ils peuvent éclairer les plus jeunes sur la cruauté des écrans, cela sera un effet secondaire des plus bénéfiques.
Pour ce qui est de nos écrans à nous, rassure-toi ami lecteur, ils ne te veulent pas de mal. Car au final, tu en gardes le contrôle et choisira, seul, de faire évoluer nos aventures ou d'en détourner ton regard... c'est aussi là sans doute une différence cruciale autant que douloureuse entre comics et télé-réalité : lorsque le lecteur ferme les yeux, le personnage fictif cesse de gesticuler et s'en retourne au doux royaume de l'Imaginaire, alors que lorsque le téléspectateur va se coucher, les personnages réels sont toujours enfermés, dans l'attente d'une gloire éphémère qui, malheureusement, brûle autant qu'elle enivre.



Addenda


1. La première image qui illustre cet article (sans rapport avec la version WEBellipse) est issue du nanar horrifique Cannibal Holocaust. A l’époque, le style narratif employé (proche de celui d’un Projet Blair Witch) avait suscité polémiques et rumeurs, certains allant jusqu’à soupçonner de véritables meurtres. Une enquête disculpa le réalisateur des soupçons farfelus qui pesaient sur lui mais révéla le mauvais traitement d’animaux, tués pour les "besoins" du tournage. 
Bien évidemment, comme pour toute merde mal fagotée, certains y ont vu aussi l’acte d’un génie dénonçant les dérives de la société occidentale.  

2.  L’article a été écrit avant certains évènements dramatiques, notamment l’accident qui coûta la vie à un participant de Koh Lanta et entraina le suicide du médecin qui supervisait l’épreuve incriminée et assurait la sécurité.
Il convient d’apporter quelques précisions à la lumière de ces faits.
Tout d’abord, la mort de candidats de télé-réalité est statistiquement inéluctable, du fait même du nombre de ces émissions. Le présentateur de Pékin Express a lui-même failli mourir lors d’un accident de la route particulièrement violent (et diffusé car sans conséquences graves), mais les participants sont sans cesse en danger et à la merci d’accidents, très fréquents dans certains pays traversés.
Faut-il interdire tout ce qui comporte un danger ? Non, sinon on ne jouerait pas au football, encore moins au rugby, on ne prendrait pas l’avion, ni le bus, et on ne mangerait pas de fast food.
Il y a une grande différence entre mettre volontairement en danger la vie de quelqu’un et faire face à l’imprévisible. Il convient de ne pas amalgamer ces deux aspects fondamentaux et contraires : ce qui est clairement suscité par les nécessités de la production et ce qui est de l’ordre de l’aléatoire. Une émission comme Koh Lanta, bien qu’elle ne soit pas (et de loin !) la pire des émissions de real-TV, repose sur des principes télévisuels. Il faut un minimum de "crises", de pleurnicheries, de situations "limites". C’est très facile à obtenir : on donne vingt bananes à deux mecs et rien aux autres, on file un téléphone à une minette et rien à un père de famille qui chiale tous les jours en pensant à ses gosses, etc. Immonde mais sans danger. Le reste est totalement lié aux risques "normaux" imposés par le simple fait de vivre. Rien n’est sans danger (votre histoire se terminera mal, même l’univers vogue tranquillement vers sa fin, froide et sinistre). Le "tout sécuritaire" qui consiste à donner l’illusion que quelqu’un est responsable du vent, du moindre orage ou du cycle naturel qui impose aux gens de crever un jour ou l’autre est aussi ridicule qu’absurde. 
Parfois des gens meurent. Même jeunes. C’est injuste, épouvantable, très dur à avaler, mais il n’y a pas toujours pour autant un coupable, si ce n’est la fatalité et notre condition fragile. Il est d’ailleurs étonnant de constater à quel point la société française développe une étrange dichotomie qui consiste à trouver des excuses à ceux qui commettent des actes volontaires violents et, dans le même temps, à incriminer, pour des faits fortuits, de pseudo responsables.
Il reste néanmoins que la mort du médecin a, elle, été provoquée, notamment par le déchainement, stupide et incontrôlé, qui a suivi l'annonce d'une mort sur l'émission  (pourtant prévisible et ayant lieu dans des circonstantes mal définies, ce qui ne veut pas dire "troubles" ; tout n'a pas heureusement vocation à finir sur la place publique). Alors que la télévision semblait poser un réel problème éthique et moral il y a encore quelques années, le net et ses pratiques, par leur violence, leur effet de meute et la quasi impunité qui les accompagne, posent maintenant un questionnement plus fondamental encore, qui fait passer des Angela Lorente pour des saintes et des Morandini pour de vrais journalistes.
Il appartient à chacun maintenant non de se restreindre sur le fond, car la liberté de parole est une liberté précieuse, grignotée d'ailleurs sans cesse par des lois absurdes et inefficaces, mais de s'interroger sur la forme donnée à une critique, même argumentée, et encore plus à une simple morsure facile, précipitée par un écran décidemment trop protecteur pour être respectable.  




Fête de la BD

La médiathèque de Basse-Ham (en Moselle) organise du 8 au 26 octobre une Fête de la BD proposant un menu aussi varié qu'alléchant.

Outre une exposition sur la Fantasy (revenant sur les oeuvres fondatrices du genre, romans, BD et films confondus), le festival sera ponctué d'évènements divers qui devraient toucher un large public :

- ateliers BD Fantasy le samedi 12
- Illustration Musicale les 19 et 20 (réalisation d'illustrations en direct le temps d'une chanson)
- ateliers jeux de plateau aux mêmes dates
- tournoi Magic le dimanche 20
- BD Concert "Le pantin sans visage" le samedi 19 (spectacle vivant avec projection d'animations)
- Rencontres-Dédicaces les 19 et 20

Enfin, un concours BD (de genre Fantasy) est également organisé.

D'autres informations sur la page facebook de la médiathèque : extrait du concert (qui donne vraiment envie !), infos sur les ateliers et les auteurs présents en dédicace...




02 octobre 2013

X-O Manowar

Les nouveaux titres Valiant ont débarqué en France, la série X-O Manowar va nous permettre de se faire une idée sur ce que propose cet éditeur.

Aric est un guerrier Wisigoth, fier et courageux, qui lutte contre les puissantes armées romaines. Après une cuisante défaite, Aric et les siens doivent se résigner à battre en retraite. C'est non loin de leur campement, au nord de l'Italie, qu'ils découvrent un moyen de transport aussi étrange qu'imposant, gardés par des hommes en armes qu'ils prennent pour des romains.
Les gardes s'avèrent cependant d'une tout autre nature. Il s'agit d'extraterrestres qui enlèvent Aric et ses hommes et les emmènent à bord de leur vaisseau afin de servir d'esclaves. 
Mais comme on l'a précisé, Aric est fort et courageux, il va donc piquer une armure surpuissante aux esclavagistes venus des étoiles, leur mettre une branlée et retourner sur Terre avec l'idée de dérouiller également les sbires de Rome tant qu'il est chaud.
Problème : Aric débarque bien en Italie, mais de nos jours...

Ouille. Autant le dire tout de suite, lire ce genre de truc est tout de même douloureux. Pourtant, ça partait plutôt bien. Avec Robert Venditti au scénario, l'on pouvait espérer que l'auteur de The Surrogates allait nous pondre quelque chose d'ambitieux ou au moins de correct. Surtout que le côté "Alix au pays des aliens" pouvait être fun. L'idée de placer le début de l'intrigue dans une antiquité finissante est d'ailleurs plutôt originale, malheureusement, la suite est particulièrement décevante.
C'est bien simple, d'un point de vue narratif, on se croirait revenu dans les années 70. C'est aussi mauvais que les récents titres de Stan Lee (The Traveler et cie).
J'en vois déjà un ou deux venir me dire "c'est une question de point de vue, on peut aimer ce genre...", blablabla. Mais non, malheureux étourdi par un enthousiasme inapproprié ! Car le plantage complet n'est pas un genre en soi.
Essayons de voir un peu pourquoi c'est si mauvais.

Tout d'abord le personnage principal, Aric de Dacia, nom prédestiné pour un perso low cost (enfin, comprenez par là que sa série est dépouillée de certains équipements pourtant essentiels, le prix, lui, reste standard) : en quatre épisodes (88 planches quand même !) on n'apprend rien de lui, si ce n'est qu'il possède le charisme d'un paquet de chips au vinaigre. Il n'a pas peur de se battre et il cogne fort, voilà tout ce qui le caractérise. Le stéréotype même du héros fade et lisse. Il pourrait même faire la prochaine pub Carglass.  
Le récit en lui-même constitue presque une caricature de tout ce qu'il est possible de rater dans une histoire : de l'action ennuyeuse (étant donné que l'on se fout du personnage, on se fout encore plus de ce qui lui arrive), des ennemis ridicules, déjà vus cent fois, et enfin la fameuse armure sacrée, qui permet de résoudre toutes les situations en quelques cases, sans aucune construction dramatique ni suspense.
Quant à Cary Nord, qui assure la partie graphique, on l'a déjà vu plus inspiré. Il faut dire qu'illustrer des combats soporifiques ne doit pas être spécialement motivant.

Rien à sauver dans ce bilan désastreux. X-O Manowar se veut nerveux et palpitant, mais il ne suffit pas d'aller vite, en expédiant les scènes, pour arriver à ce résultat. La série souffre d'un amateurisme édifiant, pourtant loué à coups de superlatifs bien exagérés, que ce soit dans le texte de présentation ou sur la quatrième de couverture.
Le pire c'est qu'à en croire certains échos, le relaunch des séries Valiant aurait été plutôt bien accueilli aux Etats-Unis. Et les ventes US, bien que relatives (entre 12 000 et 14 000 exemplaires pour les derniers numéros de Harbinger et Manowar), restent étonnamment élevées en comparaison de la qualité de ces comics, dépourvus du moindre intérêt.
Comme quoi, sur un malentendu, on peut vendre n'importe quoi. 

De l'action décérébrée et sans saveur. 
A éviter. Non, à fuir en hurlant.

+ un héros wisigoth, c'est tout de même rare
- un héros aussi naze, c'est rare aussi
- combats sans enjeux et mal réalisés
- intrigue plate
- narration maladroite