11 février 2014

FF par Fraction & Allred

Une nouvelle série, sobrement intitulée FF (pour Future Foundation), vient de débarquer en librairie. Bonne nouvelle pensez-vous ? Ne vous réjouissez pas trop vite... 

L'idée de départ est plutôt sympathique : les Fantastic Four se barrent dans un autre univers et décident de trouver des remplaçants pour s'occuper de la Fondation du Futur et, accessoirement, des éventuels vilains qui pourraient en profiter pour ramener leur trogne.
Le casting est lui aussi plutôt pas mal : Scott Lang, alias Ant-Man, est accompagné d'un trio féminin musclé composé de She-Hulk, Médusa et Darla Deering qui va tenir le rôle de la Chose.
Le tout est résolument axé sur le (supposé) fun, avec une touche rétro et quelques vannes sympa.
Du coup, c'est bien alors ? 
Ben non, parce que trois pauvres vannes ne sauvent pas huit longs épisodes lorsqu'ils sont autant blindés de défauts.

La série a été confiée à Matt Fraction pour le scénario et Michael Allred pour les dessins. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils se sont bien trouvés ces deux-là.
Commençons par les dessins. On oscille entre le simple mais correct et le purement hideux. Certains personnages sont raides, dans des postures improbables ou ont même des soucis de perspective. Il a pourtant eu un Eisner Award ce cher Allred, mais bon, c'est presque plus dur de ne jamais en avoir de nos jours. Tu sonnes à la porte, s'ils sont de mauvaise humeur, ils t'en jettent un à la gueule.
La colorisation, par madame Allred, qui devait avoir du temps entre le repassage et la vaisselle (oui, c'est affreusement misogyne comme blague, ouh, c'est immonde hein ?), est dégueulasse. Grosses couleurs flashy qui tachent et rendent le tout kitschissime. Certains vont me dire que c'est fait exprès, et effectivement, je soupçonne que ce soit le cas, ce qui n'excuse rien. C'est même bien pire si c'est volontaire.

Quant à Fraction, c'est loin habituellement d'être un auteur extraordinaire, mais là il s'est surpassé. A part les premières planches, plutôt bien fichues finalement, tout le reste part en cacahuètes, ou en couilles pour ceux qui ne supportent pas les arachides.
L'histoire, ou plutôt cet amalgame d'intrigues secondaires, est d'une platitude désespérante. La narration est pour le moins chaotique, avec des scènes incompréhensibles, et les dialogues sont misérables. Arrêtons-nous un instant sur ces derniers, qui figurent parmi les pires jamais écrits dans l'industrie des comics. Si certaines répliques sont inattendues, voire obscures, quelques échanges valent franchement le détour. Prenons cet extrait (bien réel) étalé sur deux planches :
- Lâchez-moi, petits.
- Elle !
- Pas elle !
- ... vous tuer...
- Tu vois !
- Grraah !
- Oh non. Médusa !
- Scott, aide-m... le tuer... aide-moi. Il est dans ma tête.
- On fait ce qu'on peut Médusa.
- Sangsue, accroche-toi bien.
- Je tiens.
- Miss Chose ?
- M. Drag.

C'est sympa hein ? Ah ben ça donne envie, on sent le mec inspiré, qui maîtrise parfaitement l'art subtil qui consiste à mettre des mots dans la bouche des personnages. Bon, ok, là j'ai pris un exemple hardcore, mais tous les dialogues sont globalement à chier. D'habitude je dis qu'un enfant de cinq ans aurait pu les écrire, mais là, non, à cinq ans, bien des gamins font mieux. Là c'est un dialogue écrit par une autruche. Et encore, pas l'intelligente de la bande, celle qui trouve le moyen de péter ses œufs quand elle les couve, la connasse du groupe, qui essaie de bouffer des barbelés ou met sa tronche dans un pot d'échappement pour voir ce que ça fait !
Alors, évidemment devant un tel désastre, Panini n'allait pas s'emmerder à changer ses habitudes. Autrement dit on a un speech d'introduction inutile, qui se concentre sur des considérations éditoriales, mais qui n'explique rien concernant les personnages ou la situation présente (comment Lang a-t-il perdu sa fille ? qui sont les Uhari et pourquoi Susan Storm Richards est-elle leur reine ? qui sont les enfants de la fondation ? autant de questions qui resteront sans réponse pour le lecteur novice).

Très mauvais et extrêmement pénible à lire. 

+ une équipe originale, qui avait du potentiel
- dessins parfois limites
- colorisation de peintre en bâtiment
- dialogues indigents
- narration maladroite
- aucune implication éditoriale de la part de Panini
- prix (mais vu le contenu, même gratuit ce serait trop cher)