03 mars 2014

East of West

Une uchronie, sauce western apocalyptique, c'est la toile de fond de East of West dont le premier tome est disponible chez Urban.

Les tribus amérindiennes s'unissent au sein de la Nation Indienne Infinie pendant que la guerre civile américaine s'éternise. Le Nord, pris entre deux feux, ne parvient pas à prendre l'avantage. Alors qu'un statu quo s'installe, une comète s'écrasant sur le sol américain met fin aux hostilités.
Le territoire américain est alors divisé en sept nations. 
De nos jours, de mystérieux cavaliers de l'Apocalypse s'éveillent. Une prophétie annonce la fin du monde. Mort, l'un de ces cavaliers, est à la recherche de ce qui lui a été dérobé. Il laisse derrière lui une traînée de cadavres alors que la tension entre les différentes puissances pourrait de nouveau les pousser dans une confrontation globale.
Peut-être la dernière...

Cette série Image est scénarisée par Jonathan Hickman. Et c'est bien là le problème. Il faut revenir sur les travaux de cet auteur pour comprendre ses tics d'écriture qui, ici, nuisent profondément à l'histoire. Comme sur Red Wing, qui avait néanmoins des qualités, les personnages sont étonnamment peu creusés. Sans profondeur ni psychologie, sans failles ni "épaisseur", ils ne parviennent pas à susciter l'empathie. Aussi, peu importe les rebondissements ou l'action, tout reste froid et sans saveur. L'apparente complexité du récit (en réalité surtout de la maladresse) n'arrange rien. Ces mêmes défauts se retrouvaient également dans Pax Romana, une œuvre qui avait cependant le mérite d'utiliser un univers de référence connu - ce qui simplifiait nettement les choses - et de dévoiler petit à petit les changements apportés à l'Histoire classique.
Dans East of West, ces changements sont expédiés en deux planches qui résument plusieurs décennies d'évènements. Evènements ou plutôt un salmigondis invraisemblable mélangeant guerre de sécession, prophétie, entités métaphysiques, indiens et... Mao Tsé-Toung. L'on est ensuite plongé dans un univers dont on ne sait finalement rien et qui se révèle être surtout sans charme ni intérêt. 

Reste heureusement les dessins de Nick Dragotta. L'artiste parvient à donner un peu de souffle épique à certaines scènes, tout en réalisant des décors impressionnants. Mais aussi grand soit son talent, la seule beauté esthétique ne parvient pas à faire d'un personnage de papier un être charismatique et crédible. 
L'on parle sur la quatrième de couverture de "série ambitieuse", elle n'est malheureusement que prétentieuse. Il manque à Hickman la technique et le travail qui auraient permis d'insuffler un peu d'âme dans ce fatras insipide et incompréhensible. 
La série a pourtant eu bonne presse (et un bon accueil de la part des lecteurs) de l'autre côté de l'Atlantique, ce qui prouve qu'un peu d'esbroufe et quelques grands mots peuvent parfois faire illusion. Il manque pourtant à ce comic l'essentiel, ce qui fait que l'on est pris aux tripes, bousculé, fasciné, bref, la véritable magie qui transforme un conte en émotions brutes ou en réflexion surprenante. 

L'antithèse de ce qu'est une bonne histoire. 

+ Dragotta et son excellent coup de crayon
- background confus et bâclé
- personnages creux et interchangeables
- une narration très loin d'être à la hauteur de "l'ambition" affichée