05 mars 2014

Spider-Man & Black Cat : l’Enfer de la violence



The Evil than men do est une mini-série en 6 épisodes écrite par Kevin Smith, le créateur de films comme Clerks et Dogma, autant dire un « geek » (interprète de Silent Bob qui plus est) connaissant son petit Marvel illustré sur le bout des doigts mais n’hésitant pas à réinterpréter les personnages avec un ton iconoclaste et des préoccupations très actuelles en faisant appel à tous les ingrédients de la pop culture. J’avoue ne pas connaître ses scénarios pour DC (pour les séries Green Arrow et Batman) mais je n’avais pas été conquis outre-mesure par son travail sur Daredevil (Neault en parle ici)– qui lui a pourtant valu une nouvelle notoriété.
Ce qu’il nous propose ici m’a profondément décontenancé, m’agaçant souvent, me laissant parfois perplexe et parvenant même de temps en temps à me surprendre. C’est vrai que je n’avais pas eu d’histoire complète avec le Tisseur depuis un bon moment déjà, mais la manière de faire évoluer ses personnages, de placer les punchlines, d’enchaîner les situations scabreuses m’a pris à froid ; j’avais par moments l’impression de lire un script d’ado en mal de sensations : haché, maladroit, poseur et caricatural constellé de dialogues faussement acérés avec un humour en porte-à-faux. En d’autres termes, je n’ai pas du tout adhéré au style. Pourtant, dans la manière dont il faisait interagir les deux héros, tiraillés entre leur devoir, leur mission et leur attachement respectif pour l’autre, il y avait quelque chose de subtil, ténu mais persistant, qui permettait de passer outre les lourdeurs de l’exposition et de l’enquête proprement dite.
Parlons-en de l’exposition : 3 pages sur Felicia Hardy avant de passer au vrai tenancier de la série, mais 3 pages où elle se déshabille, se douche, se rhabille, histoire de glorifier ses formes pulpeuses pour la mise en valeur desquelles Dodson était sans aucun doute l’artiste idéal. Je dois aussi confesser que c’est davantage son nom sur la couverture qui m’a convaincu (il faudra peut-être que je pense à soigner ma fixation sur les bonnets C et les tailles fines...). Le problème est qu’on est bien loin du remarquable rendu de Songes : c’est souvent grossier, les visages au second plan sont caricaturaux, les décors sont anecdotiques et le dynamisme des scènes d’action est inexistant. La faute peut-être à la colorisation et à l’encrage (réalisés ici par Rachel Dodson) ou à une finition moins soignée…

Reste que, si la première moitié est vraiment poussive, sauvée uniquement par quelques piques bien senties que s’envoient les anciens tourtereaux, histoire de faire monter la tension sexuelle inévitable entre eux, la seconde, clairement plus adulte, plus osée, moins « mainstream », se permet quelques passages très sombres, des aveux et des témoignages lourds de sens mal servis par une intrigue qui part à vau-l’eau et surtout des guests très mal gérés. Certains choix, décisions et traumatismes ressurgiront alors du passé de nos héros en une catharsis touchante, comme pour envisager d’un œil neuf leur destin héroïque. Pour y arriver, Smith aura mené sa barque de manière bien chaotique. A cause de cela, d’un bad guy inconsistant et d’un traitement graphique décevant, ce Marvel Deluxe est loin d’être incontournable, mais il peut ravir les inconditionnels de la Chatte noire.


Cette mini-série a été publiée en France en plusieurs épisodes notamment dans des Spider-Man hors-série. A l’époque de la sortie du dernier (décembre 2006), Neault avait eu semble-t-il la même appréciation que moi (lire son article).

+ la Chatte noire sous la douche !

+ des révélations intéressantes sur le passé des protagonistes

+ la Chatte noire dans une combi moulante !

+ un chassé-croisé amoureux plutôt réussi
+ Daredevil et Diablo en guests
-  c’est mou

- l’intrigue est maladroite, les personnages secondaires fades

- les guests ne servent à rien