29 avril 2014

Le Silver Surfer, par Stan Lee & Moebius

Deux légendes de la BD se rencontrent dans Silver Surfer : Parabole, réédité il y a quelques jours.

Le monde est sous le choc lorsqu'un astronef extraterrestre est repéré. Alors que l'engin se pose sur Terre, un être immense en sort : il s'agit de Galactus. Rapidement, le géant est déifié et une foule de fanatiques se met à suivre ses préceptes. Le révérend Candell, qui comprend l'avantage qu'il pourrait tirer de la situation, se proclame alors prophète.
Un seul être va se dresser contre la folie qui s'empare de l'humanité. Il va se débarrasser des guenilles sous lesquelles il se dissimulait pour affronter son ancien maître... 
Ainsi peut-on résumer le pitch de ce récit de 50 planches, écrit par Stan Lee et dessiné par le regretté Jean Giraud, alias Mœbius.

Voilà une rencontre artistique aussi improbable qu'excitante, qui a généré une œuvre possédant de vraies qualités graphiques mais de tout aussi indéniables défauts. Ces derniers sont pratiquement tous imputables au seul Stan Lee qui, s'il a maintes fois démontré qu'il pouvait inventer d'excellents concepts, est à peine un véritable scénariste et n'a guère évolué depuis les années 60 (cette histoire date de la fin des années 80).
Ce qui pose réellement problème, c'est l'ambition démesurée affichée par Lee dès l'introduction (il souhaiterait conter une fable philosophique, censée nous interroger sur la destinée de l'Homme) et le manque criant de moyens dont il dispose pour atteindre son objectif.

Plus gênant encore, l'éditeur nous parle de "chef-d'œuvre" sur la quatrième de couverture. Encore une fois, le terme est si galvaudé qu'il perd toute signification. Le scénario repose en effet sur un fond si niais et naïf qu'il en devient ridicule. A peine pourrait-on, avec un tel propos, s'adresser à de très jeunes enfants, et encore. On en est quand même à du "tant qu'il y a de la vie, l'espoir est permis" et autres envolées du même acabit. La description de la versatilité de la foule est ridicule, l'emprise du révérend ne repose sur rien, le Surfer déblatère des banalités sur un ton sentencieux et le tout dégouline d'une morale aussi minimaliste qu'agaçante.
Bref, au niveau de l'écriture, c'est zéro, le vide absolu.

Si l'on considère donc ce comic uniquement par le biais de son histoire insipide, il n'y a pas grand-chose à en tirer. Heureusement, le présence de Mœbius change tout. Non seulement l'artiste apporte sa sensibilité et son talent à des planches élégantes, à la colorisation douce et plutôt nuancée pour l'époque, mais il se livre dans les bonus à diverses explications et confidences assez intéressantes.
En tout, ce sont 27 pages supplémentaires qui viennent enrichir l'ouvrage. Les commentaires de Mœbius sont nombreux et denses (l'on regrettera cependant la présence de fautes et coquilles). Il évoque notamment la manière de travailler chez Marvel (en réalité, c'est plus la méthode Lee que la méthode Marvel), les difficultés techniques qu'il a pu rencontrer, la façon dont il voit les personnages ou encore l'importance du lettrage.

Panini a eu la bonne idée de joindre aux bonus les illustrations de divers personnages Marvel que Mœbius a réalisées. Elles sont tout bonnement magnifiques. Vous pouvez apercevoir un Spider-Man à la fin de cet article, mais il y a aussi la Chose, Elektra, le Punisher, Wolverine, Daredevil et Iron Man. Tous sont très réussis, avec peut-être une mention spéciale pour la puissance dégagée par la Chose, ou l'animalité d'un Wolvie. 
A voir cela, l'on regrette finalement que ce soit le Surfer (et son concept philosophico-pleurnichard, très européen) qui ait été retenu pour cette collaboration. Un thème plus proche du super-héroïque classique aurait certainement donné une meilleure matière que cette SF verbeuse. 

Une curiosité, qui ne vaut que par la présence et le talent de Mœbius. 

+ Mœbius !
+ bonus nombreux et intéressants
- scénario d'une naïveté confondante...
- du coup, la prétention affichée en devient (très) gênante