16 mai 2014

Step Back in Time #1 : Karaté & petits soldats


L'acronyme UMAC désigne en général le nom de ce blog ; Univers Marvel & autres Comics. Mais il existe une autre manière de l'interpréter, comme Univers Multiples, Axiomes & Calembredaines. Il s'agit là évidemment d'une manière différente de parler de pop culture, au sens large, en proposant de nouvelles rubriques, comme celle-ci, basée essentiellement sur la nostalgie.
Step Back in Time vous propose de remonter dans le temps, à la rencontre de films, jeux ou séries. Et pour ce premier numéro, ça fight !


Sur les écrans

Nous sommes dans les années 80. Internet n'existe pas, vous n'avez ni profil facebook, ni pub pour Meetic dans votre boîte aux lettres qui est encore bien physique. Jeanne Mas crie des noms de couleurs à la radio et vous pensez que le top de la branchitude, c'est de porter une veste aux manches retroussées au-dessus de votre t-shirt. Et lorsque vous voulez appeler quelqu'un, c'est impossible. Le téléphone, à cette époque, sert à appeler un lieu, pas une personne. Mais, dans ce qui semble un enfer pour ceux qui sont nés dans les années 90, il y a tout de même une bonne nouvelle : les jeux vidéo existent déjà !
Alors, attention, on ne parle pas de Mac ou de PC, mais de bécanes style Amstrad et autres Commodore. Si tu as de la chance, tu échappes aux cassettes et tu as le dernier cri technologique : la disquette. Et pour lancer un jeu, on ne clique sur rien, on rentre des lignes de commande. 
Oui, le monde a bien changé... mais ce qui reste identique, c'est que déjà à l'époque, on avait envie de flinguer tout le monde, au moins virtuellement. Et dans ce domaine, il existe un jeu qui a clairement atteint son but : Who Dares Wins II.
il s'agit de tableaux, remplis de petits soldats, qu'il va falloir calmer au flingue et à la grenade. 

Oui, les captures d'écran sont dégueulasses, c'est parce qu'à l'époque, tout était visuellement proche d'un assemblage de Lego vu par un myope qui aurait paumé ses lunettes. C'est comme le papier peint d'époque, ça fait mal aux yeux. 
Pour ce qui est de l'Intelligence Artificielle, tu oublies. Les ennemis, quand ils ne sont pas statiques (avec une grosse mitrailleuse entre les pognes tout de même), se baladent en tirant au hasard, à droite, à gauche, vers leurs lignes même. On pourrait appeler ça de la Bêtise Artificielle, mais ces pauvres combattants demeurés font pourtant figure de génies en comparaison des stars télévisées actuelles.
Par contre, c'était le bonheur. Et pour une raison simple : le challenge était assez relevé et varié.
Les nombreux tableaux devaient être nettoyés pour pouvoir progresser. Si les premiers ne présentaient pas de réelles difficultés, les "salauds d'en face" s'organisaient rapidement pour avoir des appuis. Ainsi, au fil des décors, l'on devait faire face à des avions, des jeeps, des bateaux, autant dire un univers d'une richesse incroyable pour l'époque. Et terminer le jeu (après bien des heures) vous faisait passer dans les rangs des vétérans... ceux qui ont le regard perdu à l'horizon et qui, taciturnes, avalent leur whisk... leur lait-fraise avec cet air détaché et blasé de ceux qui ont connu le "merdier". Ouaip.

Bon, bien sûr, WDWII a été très vite détrôné, notamment par des jeux comme Ikari Warriors, qui permettait, sur un long scrolling vertical, de jouer à deux et de prendre le contrôle des chars ennemis. Malgré tout, cette première expérience ludique du massacre de connards pixelisés reste mémorable. Une Rolls, c'est luxueux, mais ça a bien moins de charme que la première diligence sans chevaux, propulsée à la vapeur, sur laquelle personne ne s'inquiétait de la dureté des sièges, tout simplement parce que le mouvement en soi était magique.

Ikari Warriors et ses tanks contrôlables, c'est déjà le futur...


Dans les salles

On reste dans le combat mais dans quelque chose de plus fin tout de même avec Karate Kid.
Je vous vois venir, vous allez me dire "fin" et "Karate Kid", ce sont deux notions incompatibles. Détrompez-vous.
Tout d'abord, oui, le film a très mal vieilli. C'est normal, il date de 1984 et on ne raconte plus du tout les histoires de la même manière aujourd'hui. Regardez L'Arme Fatale, Top Gun ou même le premier Die Hard, vous verrez que les répliques sont caricaturales, les situations parfois absurdes, les personnages risibles, etc. La narration évolue, bien plus vite que les effets spéciaux en réalité. Donc, oui, Karate Kid est un film des années 80, qu'il convient de voir avec un regard non pas actuel mais en le remettant dans son contexte. Chaussons donc nos lunettes spéciales eighties.

Les personnages principaux, surtout pour l'époque, sont loin d'être parfaits et monolithiques. Daniel Larusso est issu d'une famille monoparentale et pauvre. Monsieur Miyagi, bien que d'origine japonaise, a combattu en Europe dans le 442nd RCT, une unité réservée aux américains d'origine asiatique dont les familles étaient pourtant parfois détenues sur le sol américain, pour des raisons de sécurité.
Les arts martiaux également sont montrés, pour la première fois dans un film occidental, comme ce qu'ils sont : non un simple sport ou une technique de self-defense, mais une voie qui élève l'individu et l'enrichit spirituellement. N'oublions pas qu'à l'époque, il existe encore une idée reçue dans les cours d'école qui veut que le judo soit conçu "pour la défense" et le karaté "pour l'attaque". Pire encore, dans les années 60, voire 70, un sport de combat utilisant des techniques de pied était considéré par beaucoup (en France du moins) comme un sport de "voyous". Autre temps, autres mœurs...

Surtout, avec certes de gros sabots, le film a le mérite de présenter de manière assez exacte la différence fondamentale qui existe entre la culture occidentale, pressée de donner un sens immédiat et de trouver une utilité à toute chose, et la culture asiatique, reposant sur une manière d'enseigner qui ne suppose pas une pré-validation par l'élève. 
Enfin, au contraire des films "d'art martiaux" du moment, le héros ici n'est pas un guerrier musculeux qui combat des hordes de bandits ou s'entraine comme un taré en cognant dans des murs. C'est un gamin, mince, désemparé parfois, qui repeint des clôtures et nettoie des bagnoles.
Oui, c'est ultra-niais aujourd'hui mais en 1984, c'est aussi révolutionnaire qu'un souffre-douleur se faisant piquer par une araignée radioactive. Et ça a amené un tas de gamins dans les dojo... malheureusement, il y ont rencontré plus de John Kreese que de monsieur Miyagi (ceux qui veulent approfondir le sujet pourront le faire en lisant les mémoires d'un vrai sensei, un "monsieur Miyagi" français, aussi humble qu'intelligent dans son parcours : Roland Habersetzer (et plus précisément ici, si vous avez la patience de télécharger ce pdf)).

Le film a été un tel succès que plusieurs suites ont suivi. Le deuxième opus, qui se passe sur Okinawa, est assez décevant. Le troisième, qui montre la différence entre karaté traditionnel et karaté "sportif", est plus sympathique. Et l'envoûtante musique de Bill Conti est toujours présente. 
Plus tard, l'on aura droit à une version féminine (The Next Karate Kid), avec le même monsieur Miyagi faisant le lien entre les deux protagonistes principaux. Plus moderne mais plus anecdotique aussi. 
Enfin, très récemment, un remake a été osé, avec le fils de Will Smith dans le rôle titre, et Jackie Chan en vieux maître. Je ne l'ai pas vu. Et ne le verrai pas. ;o)
Il est des souvenirs qu'il vaut mieux garder intacts. Et s'il faut qu'ils se lézardent, alors il vaut mieux que ce soit à cause de notre propre regard et non par la profanation d'un clone qui ne peut avoir le même impact et ne joue que sur une hypothétique "marque".

Les temps changent, les passions restent et les stratégies marketing tentent de nous faire prendre des Venom pour des Lantern. La télévision nous explique pourquoi certains jeux sont dangereux, et à quel point certains films sont géniaux...
En réalité, l'art populaire, lorsqu'il est rigoureux, touche toujours sa cible, parce que la sincérité de la démarche répond à un besoin, pas si compliqué que ça : être diverti sans être pris pour un con.
Une exigence qui ne semble pas si absurde finalement. Aujourd'hui comme hier.

Guns & Apple Pie !