23 mai 2014

Step Back in Time #2 : Conquête & Intrusion

Petit retour en arrière, encore une fois, avec cette fois des rêves de conquête et des mecs en seringue.


Sur les écrans

On avait commencé à la préhistoire la dernière fois, avec un vieil Amstrad, on fait un bon dans le temps aujourd'hui, en aboutissant sur Amiga et même PC. Oui mon gars ! Le truc moderne. Enfin, moderne dans les années 90.
Le jeu ?
Civilization.
Rien que le nom devrait, ô gamer, te faire frémir et saliver. Mais bon, on peut aussi remettre le truc dans le contexte, d'accord.
Imaginez... vous en avez assez des R-Type et compagnie, vous êtes un vétéran de Barbarian (vous rêvez même de décapitations parfois), bref, vous êtes revenu de tout, même des wargames balbutiant, à la Battle for RFA. Vous êtes un dur, un coriace, un mec qui en veut.

Pour assouvir vos envies de conquêtes, Civilization tombe à point. Non seulement parce que l'on peut se castagner à l'échelle planétaire, mais parce qu'il va falloir développer votre nation dans tous les domaines. Dans chaque cité, construite ou durement conquise, il faudra décider quoi bâtir, quoi favoriser. La culture, avec une bibliothèque, le commerce, avec un marché, la défense, avec un mur protecteur...
En réalité, à cette époque, les possibilités sont si immenses que l'on en trépigne de joie. Bon, tout n'est pas toujours très bien optimisé (notamment les rencontres entre unités militaires à la pointe du développement et celles censées être obsolètes), mais c'est un détail en comparaison de la sensation jouissive d'être à la tête d'une nation entière.

Les Civilization connaitront bien des versions, la plus marquante restera à jamais Civilization II. Là, on passait dans un autre monde. Pensez, à l'époque où, sur PC, la mémoire vive standard était de 8 Mo, il fallait monter à 16 Mo de ram pour pouvoir bénéficier des avancées de Civilization II, sinon, tu pouvais remballer le binz dans sa boîte, le jeu ne démarrait même pas. Un truc de dingue, une course à la puissance quoi ! Nous voilà parti dans la démesure.
Mais, vraiment, c'est si bien que ça Civilization ?
Evidemment ! Il y a deux trucs que l'on peut à tout jamais graver dans le marbre au panthéon des jeux vidéo, et qui constituent une sorte de Yin et de Yang ludiques : Mario Kart, pour le fun, et Civilization, pour tout le reste.
Tout le reste, ça veut dire commencer avec des trous du cul à poil, qui ne savent même pas lire, en passer par les classiques légions romaines, découvrir la poudre, et finir par atomiser les connards récalcitrants avec des bombes atomiques. Et ça, c'est génial.

Non, il n'est pas "génial" de disperser une nation voisine à l'aide d'armes basées sur les joyeusetés de l'atome (encore que...), il est par contre excitant de traverser les époques pour avoir la véritable sensation d'influer sur le destin d'un monde. D'autant qu'il y a (il parait) plusieurs manières de gagner (économique, scientifique...), mais bon, on ne va pas se mentir, je ne connais personne qui n'ait jamais joué "bourrin" à ce jeu. Et ça marche pas trop mal si l'on est un peu patient au début et pas avare sur les recherches technologiques.
Des versions plus modernes (parfois bien buggées d'ailleurs) existent, mais le plaisir de décider de la construction d'une pyramide ou d'une phalange, d'opter pour un régime politique particulier ou de simplement renommer des villes, était déjà présent et reste inoubliable et orgasmique.
Le brave Sid Meier a fait de nous des Alexandre numériques, et des gamins passionnés, ce qui n'est déjà pas si mal.


Dans les salles

On repart dans les années 80. Attention, 1987 quand même, la partie "moderne" quoi.
L'Aventure Intérieure, film typique de l'époque mélangeant action, SF soft et gros gags, fait un carton. Je vais même le voir plusieurs fois au cinéma, un sourire béat aux lèvres. Bien des gens se disent aujourd'hui qu'un remake ne ferait pas de mal, au moins technologiquement, mais ils ignorent que le film surfait déjà dans le sillage du Voyage Fantastique, réalisé vingt ans plut tôt par le mythique Richard Fleischer. Eh oui, on recycle, on modernise, on adapte, mais on invente rarement.

Mais revenons à cet Innerspace de 87. Tout est réuni pour faire un honnête divertissement : Dennis Quaid en héros viril, Martin Short en "Pierre Richard" maladroit et la douce, belle et pétillante Meg Ryan en atout charme. Il y avait de quoi vous faire faire délaisser une partie de Gauntlet, je vous assure.
On a aussi droit à une histoire assez improbable qui se base sur une sorte d'espionnage technologique. Une excuse pour balancer des gags, une love story convenue et quelques péripéties (on pouvait même s'attendre à une suite qui, finalement, ne viendra pas).

Il y a là tous les défauts narratifs (et le charme) des eighties : c'est surjoué, bizarre, cliché, mais... c'est parfois (encore) drôle et finalement pas si mal fait si l'on a une vague tendresse pour le héros, monolithique et prévisible, de l'époque.
Tuck Pendleton n'est pas un mauvais personnage, il est une émanation de son temps. Le mec cool, qui affronte tout sans paniquer, a toujours une bonne vanne en réserve, et se tape la meilleure nana du film. On le regarde aujourd'hui avec tendresse, car l'on sait qu'il n'existe pas. Il est l'un de ses fumeux personnages qui hantent les légendes et les panthéons. Une incarnation, malhabile, d'un besoin, d'un moment.
Là où le film parvient à être innovant, c'est quand il écarte (en le rapetissant de plusieurs manières) ce héros propre sur lui pour finalement donner la vedette à un Jack Putter, timide, angoissé, gauche mais capable de se dépasser. Il parvient même à charmer, un peu, la très sexy Lydia qui finira par comprendre que... ce qu'elle aime est en lui.
Ouais ben, à l'époque, c'était top. Avec un double sens et tout. 

Il existe plusieurs manières de regarder en arrière. Jeter un œil rapide et suffisant, en ricanant de tout ce qui parait suranné, en est une. Elle est parfois appliquée malheureusement même dans le domaine historique. Chausser des lunettes d'époque, pour comprendre les moyens techniques, le contexte, la culture, la narration, bref, les sables mouvants de l'Histoire (et des histoires), en est une autre. Il ne s'agit pas de dire que tout était sans défauts, mais de se remémorer les émotions éprouvées devant nos bécanes, dans les salles ou l'oreille collée à nos radios.
Ce n'était pas forcément mieux, mais c'était indéniablement souvent bien.

Guns & Apple Pie !