27 juin 2014

Step Back in Time #3 : Space Opera & Maison Hantée

Revenants et Trouducul (en un mot !) de l'espace sont au menu de cette nouvelle petite incursion dans le passé de la Pop Culture. 

Sur les écrans

Notre machine à remonter le temps s'arrête tout d'abord en 1995 pour découvrir de jeunes gamers, le sourire aux lèvres, rentrant chez eux dépouillés de leurs économies mais avec un bon jeu sous le bras et le fol espoir de chier dans leur froc à la nuit tombée. 
Bon, vous me direz, à l'époque, rien que le système d'exploitation des PC vous filait déjà des sueurs froides. Pour tenir deux heures sans un reboot, il fallait s'y connaître en vaudou et sacrifier quelques poulets. M'enfin, malgré cela, certains souhaitaient stresser encore plus et hurler derrière leur écran pour une autre raison que la millième apparition d'un "écran bleu de la mort".  
Et Phantasmagoria semblait être tout désigné pour ça. 

L'histoire est assez simple. Une jeune romancière, Adrienne Delaney (interprétée par la jolie et inconnue Victoria Morsell) débarque avec son photographe de mari dans un manoir qu'ils louent pour trois fois rien et qui a autrefois appartenu à un certain Zoltan, un magicien qui avait aussi comme hobby de trucider ses épouses en faisant preuve d'une certaine inventivité (le mec a mauvais fond, mais il est créatif).
Bon évidemment, quand on demande 35 dollars le mois pour un 150 pièces, c'est qu'il y a une couille quelque part. Soit c'est Valérie Damidot qui a refait la déco, soit il y a un fantôme qui traîne. 
Le mari se transformant peu à peu sous l'influence des lieux, l'on peut aussi y voir quelques similitudes avec le Shining de Stephen King.

Techniquement, c'est un point & click, avec des scènes filmées plutôt bien fichues et parfois même assez gore. C'est cependant surtout l'ambiance, très réussie, qui fit le succès et la renommée du jeu. L'angoisse est constante, les lieux inquiétants et la progression suffisamment facile pour finalement privilégier la narration et ne pas se coltiner des énigmes trop tordues.

Je vous ai prévenu, il est inventif le Zoltan !
La musique joue aussi un rôle crucial et permet une immersion parfaite. Evidemment, tout cela fonctionne bien une fois et pas deux, mais le côté flippant était tellement réussi que même pour un jeu à "usage unique", on en avait pour son argent.
Pratiquement au même moment, Gabriel Knight 2 : The Beast Within, sortira également chez Sierra et reprendra le même environnement ludique (cinématiques et point & click) ainsi qu'une intrigue également horrifique. Il échouera cependant à véritablement effrayer (le jeu se basant par contre sur des énigmes bien plus relevées).
C'est ce que l'on retiendra sans doute de Phantasmagoria : ça faisait vraiment peur. Et c'était délicieusement bon !


Dans les salles

On repart à bord de notre Logan (oui ben, sur UMAC, on n'a pas les moyens d'avoir une DeLorean, soyez déjà contents qu'on ait trouvé un machin pas trop cher à bricoler avec les moyens du bord !) pour atteindre ces bonnes vieilles années 80.
Oh, regardez ! Voici un fringant jeune homme s'apprêtant à pénétrer dans une salle obscure. Ne prêtez pas attention à son look (une veste aux manches relevées, portée négligemment sur un t-shirt, et quelques litres de gel dans les cheveux), n'oubliez pas que nous ne sommes pas là pour juger (et puis bon, c'était ma période Miami Vice, ça va, on a tous fait des erreurs, ok !?). 
Faisons un zoom sur le ticket que l'adolescent vient d'acquérir en échange de quelques sesterces francs... il y est inscrit La Folle Histoire de l'Espace.

Ce film de Mel Brooks est essentiellement une parodie, potache, de Star Wars. A l'époque, j'ai déjà failli mourir d'ennui devant la première trilogie, mais j'étais encore insouciant et je n'imaginais pas quel courage et quelle abnégation il allait me falloir pour aborder la seconde brochette de films spatio-insignifiants, quelques années plus tard. Mais bon, ayant survécu à la platitude de Lucas (qui n'était pas à l'époque considéré comme un génie, c'est dire si le temps qui passe pousse parfois les peuples à la ruine), je m'étais dit qu'une parodie ne pouvait être pire. Et que, au contraire, elle allait se rire de ces mauvais films, peut-être avec panache.

Bon, oubliez le panache. On est plutôt dans le gros lourd qui tache. C'est un navet mais... un navet sympathique, qui bascule parfois - certes pendant de très brefs instants - dans le génie. Ou disons dans l'efficace. Les dialogues notamment sont surréalistes (tout le film ne tient que par ça en réalité). 
De la princesse qui exige que tout soit nettoyé parce qu'elle refuse d'être "secourue dans cette crasse", aux Trouducul (c'est un nom de famille) qui entourent Lord Casque Noir, en passant par "la" révélation du film (Casque Noir annonçant à l'un des personnages qu'il est le cousin du neveu du frère du père de son premier copain de chambrée), tout contribue finalement à dérider l'adolescent des années 80 et même l'adulte contemporain. 
C'est gentiment débile mais l'on ne peut s'empêcher de sourire la plupart du temps, voire même de lâcher régulièrement un petit ricanement. Ou un gros éclat de rire ! Et si en plus vous matez ça avec quelqu'un qui ne pige pas les références, c'est encore plus drôle. Parce qu'évidemment vous passez pour un idiot ("il rigole pour ça ??") et que la mine consternée des personnes présentes fait que vous riez encore plus... 

Si l'univers Star Wars est plutôt fascinant, les films le sont beaucoup moins et démontrent que l'action, même soutenue par quelques concepts sympa, ne suffit pas à rendre une histoire intéressante. S'en moquer, même de manière aussi "bourrine", reste aussi jouissif que salutaire. Il faut tout de même reconnaître que pour pouvoir s'en moquer, il faut que le matériel original ait connu un succès populaire (un succès tel que certains se l'approprient de manière assez effrayante parfois, cf. cet article).
La pop culture n'a pas que des aspects positifs. Elle glorifie parfois des œuvres qui ne semblent guère le mériter ou qui, au minimum, mériteraient d'être relativisées au lieu d'être érigées en absolus. 
Heureusement, la pop culture génère aussi souvent ses propres vaccins, non sous la forme - assez terrifiante et pathologique - d'acerbes exigences de fans, adressées à des auteurs en panique, mais bien par le biais d'une désacralisation artistique, certes percluse de défauts mais essentielle tout de même.
La parodie est encore la manière la plus polie de dire à ceux que l'on aime qu'ils ne sont pas parfaits.   

Guns & Apple Pie !