19 juillet 2014

Red Team

Un petit Ennis au menu du jour, avec Red Team, tout juste sorti chez Panini.

La Red Team est une unité spéciale de la police de New York. Ses membres s'occupent des crimes les plus graves. Malheureusement, après une infiltration qui tourne mal, ils en viennent à s'interroger sur le système et ce qu'il serait possible de faire pour contourner la loi.
Le groupe décide alors de supprimer un criminel légalement intouchable.
Ils vont froidement préparer leur action. Mesurer les conséquences de leurs actes. Penser à ne laisser aucun indice. Et même instaurer quelques règles. 
Pourtant, le pire scénario imaginable se produira...

A priori, avec Garth Ennis aux commandes, l'on s'attend à une réflexion pertinente enrobée d'action et d'une pointe de trash pour faire passer le tout. C'est pourtant un polar très classique, certainement pas maladroit mais convenu, qu'il nous livre ici.
Tout démarre pourtant très bien avec une scène d'interrogatoire efficace et parfaitement dialoguée. Puis, tout de suite après, une réunion de l'équipe de super-flics qui discutent, une bière à la main, d'un possible assassinat. Le ton est réaliste, le suspense présent, au moins au début.
Quant aux dessins de Craig Cermak, ils servent le propos et assurent l'essentiel, sans forcément nous en mettre plein la vue.

Alors, qu'est-ce qui ne va pas ensuite dans cette histoire ?
Eh bien c'est simple, presque tout.
Sur les quatre personnages principaux, deux sont sans personnalités et les deux autres frisent la caricature (la nana qui est obligé d'en faire deux fois plus que les mecs pour prouver sa valeur, et le flic qui a des problèmes avec sa femme et se réfugie dans son boulot).
Les invraisemblances, ensuite, sont légion. Pour le premier assassinat, passe encore, mais les autres cibles semblent ensuite n'être là que pour continuer le récit.
Et, sans vouloir trop en dévoiler, l'équipe concurrente n'est guère crédible non plus.

Le propos est également relativement aseptisé et vain, surtout pour du Ennis. On est loin de l'acidité d'un Preacher ou d'un The Boys, ou même du douloureux constat de La Pro. Tout ici n'est que fadeur, jusqu'au happy end improbable.
Panini nous dit en guise d'introduction (tiens, ils ne font jamais de point quand il en faut un, mais pour une histoire complète qui s'auto-suffit, ils se fendent d'une bafouille...) qu'Ennis a su "s'approprier les codes du genre en leur donnant une épaisseur et une intensité dramatique nouvelle". Pour les codes, ok, ils sont là, mais pour la nouveauté et l'intensité dramatique, on repassera : non seulement on a l'impression d'avoir vu ça - et en mieux, ne serait-ce que dans The Shield - maintes et maintes fois, mais le groupe n'est jamais mis en danger, à part lors de la longue et rocambolesque conclusion (qui défile pesamment sans que l'on en vienne à craindre pour la vie de l'un des protagonistes).

Un Ennis sans aspérités ni originalité, que l'on oubliera bien vite par considération pour l'auteur et ses œuvres précédentes.

+ une réelle aisance dans la narration...
- qui ne parvient pas à masquer le manque d'ambition de l'ensemble
- personnages caricaturaux
- invraisemblances