21 juillet 2014

Sexe : L'été du Hard

Un comic estival qui sort des sentiers battus et se veut quelque peu sulfureux : Sexe.

Simon Cooke fut il y a bien longtemps le protecteur de Saturn City, qu'il avait juré d'assainir. Aujourd'hui, suite à une promesse peut-être trop rapidement faite, il est revenu à la vie civile et a raccroché le Masque.
Actionnaires, hommes politiques et magnats de la finance ont remplacé les criminels qu'il affrontait autrefois. Il peut maintenant se concentrer sur ce qu'il a si souvent délaissé par le passé : son entreprise et sa vie privée.
Malheureusement, la première ne le passionne guère, quant à la seconde, elle reste à bâtir. En commençant par une vie sexuelle dont il a encore tout à explorer...

Le titre et le thème peuvent paraître racoleurs mais Sexe s'avère pourtant bien plus profond intéressant qu'une simple BD érotique. L'érotisme est d'ailleurs assez limité finalement, les scènes de sexe étant rares et surtout assez pudiques dans leur représentation. A ce niveau, Piotr Kowalski, à qui l'on doit les planches, n'en rajoute donc pas dans le voyeurisme et reste sobre. La colorisation, par contre, donne dans l'acidulé et joue un rôle important dans l'ambiance qui se dégage du récit.
Récit que l'on doit à Joe Casey, dont le scénario, patiemment construit, courageusement "lent",  installe progressivement personnages et trames narratives parallèles.

Casey retrouve une partie de la thématique qu'il avait explorée dans Wildcats 3.0, à savoir les multinationales et le monde de la finance. Il ne se limite cependant pas à cela ici et va se livrer à une ingénieuse variation sur le thème de l'identité en prenant le contre-pied d'un Bruce Wayne. Car il sera difficile de ne pas faire le lien avec Batman : un héros richissime, sans réels super-pouvoirs, ayant eu un sidekick, une adversaire sexy qu'il combat tout en la dragouillant, et de plus sérieux ennemis, dont certains font curieusement penser aux habitués du Dark Knight, le tout dans une ville corrompue et surdimensionnée. Tout y est, mais en négatif (au sens photographique).

Alors que Batman prend très largement le pas sur Wayne dans les comics de DC, nous retrouvons ici un Cooke dépouillé de son costume, de sa personnalité profonde. Obligé de réapprendre à vivre "normalement", de se reconstruire, Cooke trimballe son mal de vivre dans une ville gigantesque et colorée, aux lumières violentes, à l'activité incessante, aux buildings écrasants. 
Le rythme adopté par Casey est aussi rare qu'efficace. Pas d'action frénétique ici, mais une progression douce, pensée et constante, qui permet de découvrir la faune interlope (dont "le Vieux" fait partie, un mafieux que ne renierait pas Garth Ennis), l'ancien partenaire de Cooke ou encore son avocat et seul véritable ami.

On ne rentre pas tout de suite dans l'histoire, il faut un peu s'accrocher, mais ces huit épisodes en valent largement la peine. Peu à peu, un véritable suspense apparaît. L'on a droit à une intrigue criminelle intéressante, une intrigue plus "sexuelle", de l'humour venant désamorcer des situations qui pourraient, sans cela, devenir glauques, et quelques flashbacks apportant des précisions sur le passé du personnage principal.
Les scènes typiquement "super-héroïque" sont inexistantes, sauf justement sous forme de brefs flashs d'une case, brillamment intégrés dans la narration.
Quant au sexe, quitte à décevoir, je dirais qu'il est très secondaire.

Alors, "secondaire", j'exagère peut-être un peu. Il y a tout de même quelques scènes chaudes, avec fellations, godes, sodomies, un brin de SM, mais enfin, pas de quoi hurler au scandale ; si les auteurs avaient voulu rendre cela vraiment choquant, ils s'y seraient pris autrement. Dans le ton aussi bien que les dessins, ça reste soft, c'est juste que l'on n'a pas l'habitude de voir ça dans une BD de super-héros. 
Après, bien entendu, ça dépend des points de vue. Certains lecteurs s'offusquaient déjà d'une image un peu hot dans Catwoman, bon ben, j'imagine que ceux-là n'achèteront pas ce comic, et si certains le lisent tout de même, ils vont se chier dessus ou faire un AVC (si on est déjà mal sur les petits chevaux, ce n'est peut-être pas la peine d'aller tester les montagnes russes, il n'y a aucune raison pour que ça se passe mieux).

Une série qui demande de s'accrocher un peu au début mais dévoile de grandes qualités sur le long terme.
Brillant.

+ très bien construit
+ innovant
+ gentiment sexy
+ intrigues multiples
+ quelques pointes d'humour
+ l'ombre de Batman...
- pour ceux qui s'attendaient à "du cul et rien que du cul", désolé, mais ce n'est pas ça du tout