10 juillet 2014

Step Back in Time #5 : Peace & Love

Nouveau voyage temporel avec cette fois une série TV qui remplace le film habituel. Mais, pour l'instant, on commence par notre petite séance de retrogaming.


Sur les écrans

La guerre froide n'a pas eu que de mauvais côtés. Bien sûr la population vivait dans la terreur de recevoir une bonne grosse bombe sur la trogne, mais cela a également inspiré le jeu Nuclear War, sorti à la fin des années 80 sur Amiga (et PC).
Il s'agit d'un jeu de stratégie assez simpliste mais plutôt fun et au second degré clairement revendiqué.

Dès la scène d'introduction, on annonce la couleur : un bombardier s'élève lentement au-dessus des nuages. La trappe de la soute s'ouvre pour laisser passer une bombe atomique... chevauchée par un cowboy. 
Plan ensuite sur un paisible village au clair de lune. Quelques secondes s'écoulent avant que le bled soit pulvérisé dans une violente explosion nucléaire. 

Avec un sujet pareil, l'on aurait pu croire que l'on se dirigeait vers de la simulation très pointue, or il n'en est rien. Les actions sont même plutôt limitées : construire des bombes de différentes puissances, construire des avions pour larguer ces mêmes bombes, protéger vos villes à l'aide de systèmes interceptant bombes ou avions (pendant un seul tour), ou encore balancer de la propagande permettant d'influencer les populations étrangères.
Le but, aussi clair que jouissif, est de toute façon de vous débarrasser de tous vos adversaires. Bien à l'abri dans votre bunker, il vous faudra donc choisir le bon moment pour appuyer sur le bouton ou, au contraire, adopter une stratégie défensive.

Plutôt bourrin, parfois très aléatoire, Nuclear War, sans aller jusqu'à la subversion, flirtait avec une certaine critique de la course au surarmement et puisait ses références du côté du Docteur Folamour de Kubrick.
Les grands responsables politiques mondiaux étaient tous représentés sous des formes parodiques facilement identifiables (Reagan, Thatcher, Castro, Gorbatchev, Mao, Kadhafi, Khomeiny ou même Gandhi) et ils ne s'avéraient finalement pas si manichéens que ça, car tous dangereux et égocentrés.

Evidemment, ce serait abuser d'affirmer que l'on y voyait un réel message politique ou philosophique sur le moment. Mais être de l'autre côté des bombes (celui qui décide de les lancer, et non celui qui les reçoit) était sans doute libérateur, et pulvériser des millions de personnes (des bilans chiffrés arrivaient bien entendu au bunker) avait aussi son charme, sadique mais réel.
Et puis c'est beau une ville, la nuit, éclairée par le feu nucléaire.


A la télé

Puisque ce Step Back in Time n'est que paix et amour, on poursuit dans un autre registre avec Dempsey & Makepeace, une série connue en français sous le titre Mission Casse-Cou (vraiment un titre VF pourri, sans rapport avec la série et prêtant le flan aux quolibets).

Il s'agit d'une série policière, diffusée en France à partir de 1986, sur FR3 (en deuxième partie de soirée, si je me souviens bien). En gros, un flic américain, James Dempsey, doit quitter New York pour se protéger d'anciens collègues corrompus. Il est alors muté à Londres, où il va faire équipe avec la sublime Harriet Winfield, alias Makepeace.

Les intrigues sont parfois tirées par les cheveux, mais l'essentiel de l'attrait de la série repose sur la confrontation de deux univers opposés : d'un côté le flic américain, cool, fonceur et bourru, de l'autre la charmante aristocrate anglaise, réfléchie et respectueuse des procédures.
Rien de nouveau en soi, bien des séries (entre autres Clair de Lune, avec Bruce Willis) reposaient sur le même principe. Et pourtant...

Et pourtant, ça fonctionnait très bien. En premier lieu grâce au charme ahurissant d'une Glynis Barber lumineuse et divine. Glynis... est-il prénom plus doux ? On dirait une princesse de conte de fées, mais ça reste quand même moderne, comme dans "Glyn, j'espère que t'as fait à bouffer, je suis crevé et j'ai la dalle !" (ça se sent qu'elle a eu un très fort impact sur l'adolescent que j'étais ? Vous remarquerez que malgré tout, je me projette très bien dans le quotidien).
L'humour de la série a également beaucoup contribué à sa popularité (surtout en Angleterre, je ne sais pas si en France elle a rencontré un réel succès). Les deux personnages se titillaient souvent et s'opposaient sur de nombreux points : un Dempsey audacieux mais machiste, une Makepeace un peu "coincée" mais futée...

L'ambiance londonienne apportait également un indéniable plus et changeait de New York ou des autres villes américaines. Les récits, bien qu'inégaux, étaient relativement variés. L'on pouvait passer d'une guerre des gangs, à des terroristes, un serial-killer ou un classique whodunit [1] dans un vieux manoir.
Enfin, outre l'humour, les enquêtes et le côté flirt (qui se poursuivra dans la réalité puisque les deux acteurs principaux finiront ensemble), certains épisodes affichaient parfois un aspect plus sombre, voire mélancolique, qui acheva de donner à la série son cachet unique.

Les trois saisons (30 épisodes en tout) sont aujourd'hui disponibles en DVD (à un prix bien trop élevé, une intégrale à prix raisonnable se faisant attendre) ou sont visibles sur youtube en VO.

Et, puisque l'on a ici rendu un hommage visuel mérité mais très appuyé à Makepeace, il semble de bon ton de terminer par une réplique culte, souvent employée par ce bon Dempsey : Life is hard... then you die !
Une philosophie de cowboy, certes, mais qui n'est pas si éloignée de la réalité et a le bon goût d'aller droit au but. Yep !


[1] whodunit : littéralement "qui a commis le crime ?" (le "crime" étant sous-entendu dans l'expression). Sous-genre du polar basant le récit sur la résolution logique d'une énigme criminelle.
En littérature, tout l'art du whodunit réside dans le fait de faire croire au lecteur qu'il disposait de tous les éléments, au cours de l'enquête, pour pouvoir résoudre lui-même l'énigme. En réalité, ces éléments ne sont très souvent perceptibles qu'après la conclusion du récit. Il s'agit d'une astuce d'auteur qui est également utilisée, parfois, à des fins moins nobles, notamment, par exemple, dans l'interprétation des prophéties de Nostradamus : aucun quatrain ne peut permettre (et n'a jamais permis) de prévoir un fait futur, par contre, une fois un évènement produit, il est possible de faire se conformer le sens des quatrains à l'évènement en question.
Un bon whodunit donne donc l'impression au lecteur d'avoir "raté" quelque chose alors qu'en fait, l'auteur ne lui a jamais réellement permis d'enquêter à la place du personnage.