31 août 2014

Onslaught : la montagne qui accoucha d'une souris


1997 : Marvel France décide de publier le méga-crossover Onslaught sous la forme d'une saga en 11 phases et plusieurs tie-in concernant la majeure partie des super-héros et destinée à changer leur univers à tout jamais. 
Mais revenons un peu à la situation telle qu’elle était aux premiers frémissements du crossover : 
Lors de leur ultime confrontation, le professeur Xavier avait décidé une bonne fois pour toutes d’empêcher Magnéto de nuire à nouveau – le souvenir des souffrances inhumaines qu’il avait fait subir à Wolverine en lui extrayant l’adamantium de son squelette le motivait davantage. Pour ce faire, une seule solution s’était imposée à lui, qu’il avait jusque lors répugné à envisager : user de son pouvoir pour effectuer un lavage de cerveau sur son ennemi. Depuis, le doute le rongeait quant à la justification de son acte, ses pouvoirs lui jouaient des tours. Parallèlement, une menace sournoise commença à s’en prendre aux X-Men, sous la forme de Post, un adversaire redoutable qui avoua n’être que le héraut d’un péril à venir plus grand encore, nommé Onslaught. Lorsque Jean Grey tenta d’en savoir davantage, ses dons télépathiques lui dévoilèrent la terrible vérité : aura-t-elle le temps de révéler au monde entier qui se cache derrière Onslaught ?


J’ai tout récemment relu la saga Onslaught, un de ces trucs que balancent de temps en temps les deux éditeurs US qui ont la mainmise sur l’industrie des comics de super-héros, le genre à révolutionner le monde, à bouleverser la vie des personnages tout en se débarrassant des scories du passé. J’en gardais un bon souvenir, quoique assez confus et teinté de frustrations diverses. Après avoir mis la main sur un épisode manquant, j’ai décidé de me retaper l'intégrale parue en kiosques – inutile de vous dire, vous le savez sans doute si vous êtes intéressé aux parutions librairies et si vous suivez régulièrement ce blog, qu’il existe en France une édition Omnibus éditée par Panini, un gros pavé très cher dans l’investissement duquel je ne trouvais aucune pertinence.


Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’à la base, l’ambition était bien là. Le plus réussi vient probablement de la montée en puissance, dans les phases préparatoires : on pouvait remarquer un réel souci de continuité. Certaines planches des séries plus contemporaines qui annonçaient Civil War m’y font d'ailleurs irrémédiablement penser. Cependant, le déroulement de l’intrigue, faussement dispersée, et la multiplication des artistes (pourtant souvent renommés) font beaucoup de mal à l’ensemble : c’est nerveux, coloré mais terriblement embrouillé. Quant aux scénaristes, certains tout aussi réputés que les dessinateurs, ils ont bien du mal à tout faire tenir ensemble, avec des épisodes annexes bien ternes (le sauvetage du Fauve, le destin des ex-Nouveaux Mutants), des flottements dans la logique narrative et une psychologie des personnages pour le moins déconcertante. On ne comprend pas trop les atermoiements de Hulk ou les initiatives de X-Man et on a souvent l’impression que l’emploi de « lieutenants », comme Post, par Onslaught résultait surtout d’une volonté d’étoffer l’ensemble en proposant de grosses bagarres. Ces dernières en outre, qui auraient dû constituer autant de points d’orgue du crossover, sont souvent, il faut l'avouer, assez confuses. 



N’empêche… les moments se concentrant sur Jane Storm et sa volonté de sauver Franklin, les actions désespérées des X-Men et le renfort bienvenu des Avengers redonnent un coup de fouet. L’intensité atteint à ce moment précis les sommets attendus, et certaines confrontations ont le punch et l’amplitude souhaités au départ. Kubert, sans être au top – c’est indéniable – parvient néanmoins à passer beaucoup de choses dans certaines des dernières cases. Au final, la saga foncièrement intéressante par son ambition première s’avère globalement ratée par son côté fourre-tout, sa longueur et sa complexité inutiles et, si elle est effectivement parfois jouissive dans certains actes-clefs, procure davantage de frustration et d’agacement que de satisfaction. Rétrospectivement, la gestion catastrophique de l’univers Heros Reborn (malgré l’appui de nouvelles équipes artistiques prometteuses) et l’impact quasi nul de la saga sur le long terme (en dehors du sort réservé à Xavier) ruinent sérieusement la pertinence d’un tel investissement éditorial.


Passons à présent en revue les éléments constitutifs de la saga.

En dehors de quelques épisodes des X-Men vaguement annonciateurs, c’est en France avec X-Men Extra n°5 de novembre 1997 qu’Onslaught fait officiellement parler de lui, avec deux épisodes signés Mark Waid, dans lesquels Jean Grey se retrouve face à un ennemi redoutable mais encore inconnu. 
On peut considérer ce numéro comme le véritable prologue à la saga. 

Celle-ci se constituera de 11 phases (des magazines comportant les épisodes les plus importants pour la continuité) et 4 « Impacts » (épisodes secondaires, objectivement bâclés ou de peu d’intérêt). 

Phase 1 : Marvel Mega HS 2 de janvier 1998 : un épisode de Cable et deux des X-Men, avec les artistes les plus en vue de l’époque (Waid, les Kubert, Scott Lobdell). On a aussi Ian Churchill que j’avais beaucoup apprécié à l'époque et le calamiteux Rick Leonardi. Premiers affrontements d'envergure (Cable face à Post, les X-Men face à Onslaught) et premières révélations : la course contre la montre commence. 

Phase 2 : Marvel Mega 4 ;  X-Force, Excalibur et un épisode spécial sur le Fléau emprisonné par Onslaught dans le cristal de CyttorakJeph Loeb et Warren Ellis essaient de nous conter des histoires cohérentes tout en les intégrant à la saga, mais les dessins ne suivent pas, c’est très décousu. Le One-shot sur le Fléau est le plus intéressant pris séparément, avec Docteur Strange en vedette.



Phase 3 : X-Force 32 et Loeb nous replacent dans la saga, avec une ligne plus sombre et passionnante ; à l’ombre d’ApocalypseSinistre intervient alors que X-Force va tenter d’aider Nate Grey à résister à Onslaught, lequel désire l’enlever afin d’accroître son immense pouvoir. Grâce aux dessins très dynamiques de Skroce, l’intensité croît de manière substantielle, mais ça reste confus avec des sous-intrigues qui se multiplient.  

Phase 4 : Cable 21 ; 
les duos Loeb/Churchill puis Peter David/Medina nous narrent l'affrontement épique entre Cable et Hulk. Des dessins explosifs dans l'une des meilleures histoires de la saga, avec un duel sur tous les plans (physique et psychique), un Cable qui va payer de sa personne (et nécessitera l'aide de Tornade) et un Hulk qui ne sait pas qu'il est manipulé. La grosse artillerie déployée met en valeur la grande maîtrise des scénaristes.


Impact 1 ;  le numéro 400 des Avengers par la paire Waid/Wieringo marque la prise de conscience par le groupe de la menace Onslaught. Mais elle n’arrive qu’à la toute fin, le temps pour eux d’affronter la plupart de leurs anciens ennemis derrière lesquels se cache celui qui est à l’origine de leur création. Les autres séries (Spider-Man et DD) n’ont rien à voir avec Onslaught. Ca sent un peu l’arnaque. ; un épisode des X-Men, signé Madureira (dont j’étais grand fan à l’époque) et deux de X-Factor écrits par Jeff Matsuda. Ca se voulait le sommet de la saga, avec l’intervention des Vengeurs, l’irruption d’Apocalypse dans le combat, la menace des Sentinelles. Ça reste assez faible dans la réalisation, avec un Onslaught qui préfère se défiler et Dark Beast terriblement mal employé. Sans doute le numéro qui plombe le plus l’aura de la saga. 



Impact 2 : Génération X 1Bachalo et Lobdell racontent comment Emma Frost va tout faire pour sauver les jeunes mutants des griffes d'Onslaught. Assez intéressant dans sa conception, avec une vision plus intimiste, une pause bienvenue dans la fureur chaotique de la saga. 

Phase 6 Avengers 13 ; un bon épisode de Waid & Deodato où les Vengeurs et quelques X-Men traquent Magnéto et tombent sur... Joseph, défendu becs et ongles par Malicia. Ça n'ira pas sans heurts, tandis qu’Iron Man se retrouve face aux Sentinelles qui ont envahi New York, avec la Panthère Noire pour seul appui. En bonus, un épisode de Captain America… qui n'a rien à voir dans la saga.

Phase 7 : Silver Surfer 13 ;
les Fantastiques se retrouvent dans la mêlée, avec une Jane qui refuse que qui que ce soit puisse tenter d’enlever Franklin. Aidés de quelques X-Men et de Vengeurs, ils vont devoir combattre Onslaught. Mais l’assaut est déjà désespéré. Pacheco est aux dessins dans un très bon épisode, un peu naïf mais moins brouillon que les précédents. Ensuite, sous les pinceaux de Deodato, les Vengeurs essaient de sauver New York des griffes d’Onslaught qui, pour gagner du temps, envoie ses hérauts Post et Holocauste. Ça dépote, c’est assez bourrin mais salvateur. On se dit alors que si on perd en cohérence et en profondeur pour y gagner en énergie et en destruction, ça vaudra tout de même le coup. Evidemment, on se trompe.  

Phase 8 X-Men 13 ; tous contre Onslaught ! C’est l’ère des combats, attendus pour la plupart. Les X-Men en quête des protocoles de Xavier tombent les premiers. Nate Grey n’a plus que Sinistre pour l’aider à échapper à Onslaught : cruel dilemme ! Hulk est revanchard, et veut lui faire payer la façon dont il s’est servi de lui. Mais encore une fois, il ne sera qu’un jouet pour l’esprit tout-puissant d’Onslaught. L’épisode d’X-Force est curieusement décalé, sur un ton nostalgique limite puéril.
  
Phase 9 : Wolverine 50 ; belle couverture pour deux épisodes de Larry Hama où Logan, redevenu bestial depuis la perte de son adamantium, est en quête d’humanité, en même temps qu’il cherche l’identité de celui qui est derrière Onslaught. Il aura besoin de l’aide affectueuse d’Elektra pour deux histoires séduisantes - bien que peu convaincantes pour la saga.  

Impact 3 : Spider-Man 13 ; le Tisseur essuie les plâtres et apporte son soutien aux habitants de New York face à des Sentinelles implacables. Il lui faudra l'aide de Peter Parker (oui, le vrai-faux clone) pour y arriver, dans des épisodes inégaux dont le plus beau est signé Romita Jr.    

Impact 4 : X-Factor 51 ; X-Factor à la recherche du vrai Fauve et Excalibur complètement à l'ouest, qui ne fait que constater les dégâts. Un tie-in pas du tout nécessaire. 

Phase 10 : X-Men Saga 5 ; Pacheco aux commandes d'un numéro des FF où Namor et Fatalis entrent à leur tour en scène pour épauler les parents de Franklin. Ce n’est qu’un prologue à la suite, un épisode des X-Men d’une rare intensité où Madureira fait des merveilles pour rassembler tout ce beau monde face à Onslaught, tandis que Xavier et Franklin luttent de leur côté pour s’en sortir, sous le regard d’Apocalypse et de l’incontournable Gardien.

 
Phase 11 : Marvel Mega HS 3 ;  l’ultime assaut. La phase 10 avait montré qu’une brèche était possible dans la défense d’Onslaught et nos héros vont tout faire pour retenter le coup, sous l’impulsion d’une Jane qui refuse de voir son enfant prisonnier du tyran omnipotent, suivie de Cable allié ( ?) à Apocalypse. Puis les autres, séparément d’abord, et tous ensemble ensuite, se lancent dans un combat perdu d’avance, où les petites victoires n’effacent pas une défaite inéluctable. On peut y établir de nombreux parallèles avec la saga Infinity Gauntlet, lorsque les héros s’assemblent pour lutter contre un Thanos tout-puissant, où ceux de Crisis on infinite earths avec une panoplie de héros contre l’omnipotent Anti-Monitor. Certains duels sont très réussis (Hulk est impressionnant) mais la fin s’avère décevante et, qui plus est, pas très intelligible. On y sent la préparation de ce qui allait devenir Heroes reborn, des signes avant-coureurs mal pensés, mal gérés, mal insérés.

On peut ajouter à cette saga :



Onslaught Epilogue : X-Men Saga 7 ; le professeur Xavier s'étant rendu aux autorités, le voilà incarcéré par Bastion. Les tortures mentales succèdent aux manipulations pour un épisode intéressant marquant un tournant dans l'approche du monde mutant, par Hama et Green

Magneto : Marvel Mega 5 ; Peter Milligan et Kelley Jones se penchent sur l'avenir de Joseph, celui qui pourrait être un Magneto amnésique et rajeuni, et qui se retrouve avec un très lourd héritage. Pas capital ni passionnant, mais prometteur.



Neault vous a déjà parlé de Onslaught Reborn qui n’a d’intérêt que pour ceux qui en auraient trouvé à Onslaught – très, très limité donc.