28 septembre 2014

Batman - Le Chevalier Noir : Terreurs Nocturnes

Retour sur l'une des séries issues des New 52 avec le premier tome de Batman : The Dark Knight.

Rappelons tout d'abord un peu le contexte. Les New 52 désignent la nouvelle gamme de séries lancée par DC Comics après l'immense remise à plat de son univers, en 2011. Cela a engendré plusieurs effets. Le reboot de toutes les séries (même les titres historiques repartant au numéro #1), le passage à la trappe de la continuité du DCU (sauf de rares exceptions, notamment pour Batman), quelques grincements de dents de la part des fans mais aussi de vraies bonnes surprises concernant malheureusement souvent plus des personnages secondaires (Aquaman, Swamp Thing, Catwoman ou bientôt Shazam) que les titres les plus emblématiques (Justice League).

Urban Comics a bien entendu publié les titres concernant le Dark Knight et ses alliés, en kiosque dans Batman Saga et en librairie dans la collection DC Renaissance. 
Nous revenons donc aujourd'hui sur Batman : Le Chevalier Noir, un titre atypique qui a été accueilli en général plutôt froidement. Et ce pour une raison bien simple : il n'y a quasiment pas de scénario, ou en tout cas pas vraiment d'intrigue.
Voyons déjà qui est aux commandes. Ce volume comprend un premier long arc de sept épisodes, écrit par David Finch et Paul Jenkins et dessiné, évidemment, par le même Finch (qui a illustré, entre autres, Avengers : Disassembled, Moon Knight ou The Call of Duty). L'ouvrage comprend ensuite un épisode one-shot écrit par Joseph Harris et dessiné par Ed Benes mais c'est sur le récit principal que nous allons nous concentrer.

L'histoire tient en quelques mots. Une évasion massive a lieu à Arkham. Les anciens pensionnaires de l'asile sont lâchés sur Gotham en étant en plus boostés par une drogue qui les rend particulièrement agressifs et aussi musculeux que le premier Hulk venu. 
Il s'agit donc en gros d'une série de confrontations, plutôt spectaculaires mais répétitives, Batman passant d'un ennemi à l'autre d'une manière assez mécanique. Il n'y a pas d'enquête, les personnages ont tous une psychologie des plus basiques, et la thématique - la peur - est à peine survolée.
La première tentation est de se dire que Finch a merdé, qu'il a écrit une connerie insipide pour pouvoir se donner l'occasion de dessiner les scènes qu'il souhaitait. Cela pourrait être une explication valable s'il n'y avait pas la présence de Jenkins.

Et Jenkins, c'est loin d'être le pisse-copie de base. Il a toujours excellé, ou au moins fait un travail plus que correct, sur bien des titres, que ce soit la mini-série Penance, les Inhumans, Sentry (dont il est le papa) ou même Révélations. Pourquoi diable, d'un seul coup, serait-il incapable de donner un peu d'épaisseur à une aventure de Batman ? Peut-être parce qu'en réalité, le but de cette série est tout autre.
Si l'on considère qu'un comic est avant tout un récit, bien construit, avec un début, une fin, une intrigue solide, là, forcément, on en est loin. Les premiers tomes de la série Batman (La Cour des Hiboux) correspondraient déjà plus à cette description. Mais la bande dessinée ne sert pas qu'à raconter une histoire de manière classique...

Certains comics sont en fait des essais ou des ouvrages techniques (Understanding Comics), d'autres méritent réellement l'appellation de roman graphique (C'est un oiseau...) ou sont des portes d'entrée vers certains domaines, comme la science (Logicomix), d'autres enfin se basent sur une recherche plus formelle (le génial Echo de Mack). Autrement dit, le support est suffisamment souple et riche pour permettre de s'écarter parfois de l'intrigue moderne traditionnelle.
Ce n'est pas la seule présence de Jenkins qui permet de soutenir qu'il y a dans ce Terreurs Nocturnes un vrai but mais bien le fait que l'on passe au final un bon moment pour peu que l'on apprécie l'univers du Dark Knight. 

Tout est fait, dans ce premier arc, pour plonger le lecteur sous le charme, brut et gothique, de Batman et de la faune qu'il côtoie. La galerie d'ennemis est vaste (le Joker, Bane, Double-Face, le Grand Requin Blanc, l'Epouvantail et bien d'autres), les alliés font tous une apparition (Robin, Nightwing, Batgirl, Batwoman, Gordon) et l'on a même droit à quelques guests de poids (Superman, Flash, Wonder Woman). Niveau décors, l'on a droit là aussi aux éléments les plus emblématiques, de la batcave aux buildings et ruelles sombres de Gotham. 
Ajoutons à cela des combats bien bourrins, le rappel des origines, de jolies poses et quelques filles sexy, et l'on est presque devant un catalogue des pires stéréotypes véhiculés sur les comics de super-héros. Et pourtant, ce n'est pas forcément désagréable. C'est léger, un peu old school sur le fond, moderne sur la forme, accessible et franchement fait pour se défouler et en mettre plein les yeux. Un peu comme si les auteurs tentaient de faire passer ici une ambiance, une atmosphère particulière, quelque chose de viscéral plus que cérébral.
Et pour une fois, pourquoi pas ?

Presque enfantin sur le fond, beaucoup moins sur la forme (la violence et l'aspect sanglant étant présents), cet album au graphisme léché peut surprendre si l'on accepte de se prendre au jeu et de plonger sans retenue dans cette accumulation de scènes qui oscillent entre le cliché grossier et l'hommage archétypal.

+ franchement beau dans l'ensemble
+ casting prestigieux et complet
+ accessible, voire instructif pour les novices tant tout ce qui touche à Batman défile dans ces planches
+ le Lapin Blanc (forcément, knock knock, follow the White Rabbit, ça ne peut que me parler, même si je préfère Trinity à Alice)
- une intrigue quasiment inexistante !
- une fois ça passe, c'est même savoureux, mais mieux vaut ne pas continuer trop longtemps dans cette voie