18 décembre 2014

Infinite Crisis

Retour sur le plus gros évènement éditorial DC Comics de ces dernières années avec le premier tome de Infinite Crisis.

En 1985, l'évènement Crisis on Infinite Earths bouleverse l'univers DC et met fin aux Terres parallèles. Il faut attendre 2006, et la remise à plat provoquée par Infinite Crisis, pour voir le retour du multivers, bouleversant par la même occasion les séries régulières de l'éditeur américain.
Urban Comics réédite maintenant cette importante saga dans cinq tomes librairie de la collection DC Classiques. Le deuxième sortant en février 2015, c'est donc le premier opus, intitulé Le Projet OMAC, que l'on va aborder aujourd'hui.

Au sommaire : Countdown to Infinite Crisis, The OMAC Project #1 à #6, Superman #219, Action Comics #829, Adventures of Superman #642 et Wonder Woman #219, soit plus de 300 pages en tout.
Beaucoup de monde aux manettes, citons Greg Rucka, Geoff Johns ou Judd Winick au scénario, Rags Morales, Ed Benes, Ivan Reis ou Phil Jimenez au dessin. 

Tout commence en fait par l'enquête de Blue Beetle, héros secondaire et complexé, qui découvre par hasard une machination visant à éradiquer tous les méta-humains. Maxwell Lord, a la tête de l'organisation Checkmate, a en effet pris le contrôle de l'Œil, un satellite dont Batman se servait pour surveiller les agissements - et les éventuels dérapages - de ses collègues justiciers. Pire, Lord va même réussir à contrôler Superman, l'obligeant à s'en prendre à ses amis...
L'histoire impacte tous les personnages de l'univers DC. Tout comme pour Identity Crisis, qui peut être considéré comme une sorte de prélude, certains évènements de la saga ayant ici leur importance, le récit s'avère sombre et désenchanté. Surtout, de nombreuses questions sont soulevées concernant le rôle des héros, les limites morales qu'ils s'imposent et la menace qu'ils peuvent représenter.

Cependant, contrairement à Identity Crisis qui fonctionnait sur le mode du whodunit [1], Infinite Crisis s'avère plus ambitieux, plus dramatique aussi. Les auteurs accentuent encore le sentiment de suspicion qui règne entre les Masques, ils les poussent à remettre en cause leurs principes les plus chers (dont celui de ne pas tuer) et n'hésitent pas à joncher leur récit de quelques cadavres.
La manière d'utiliser les seconds couteaux, comme Blue Beetle ou Booster Gold, est très habile et permet de modifier un peu le regard que le lecteur peut avoir sur les poids lourds que sont Batman, Superman, Wonder Woman ou Green Lantern. La hiérarchie implicite au sein de la communauté super-héroïque est notamment fort bien décrite, tout comme les conséquences qui en découlent (que ce soit des erreurs de jugement ou une certaine pression psychologique pour les encapés les moins puissants).

Malgré la multitude de personnages et les ramifications nombreuses, l'ensemble se suit sans trop de problème (la lecture préalable d'Identity Crisis peut constituer un plus, d'autant que c'est une excellente saga).
Comme toujours, Urban Comics a soigné l'aspect rédactionnel. En plus de la traditionnelle frise chronologique permettant de situer les évènements importants, l'on dispose d'un texte d'introduction, de topos sur les personnages principaux et même de fiches de personnage très complètes sur les protagonistes secondaires. Une galerie de covers conclut l'ouvrage.

Une saga importante, bien écrite, qui soulève une problématique complexe interrogeant également sur l'évolution globale d'un genre. 
A ne pas rater. 

+ une étape majeure pour le DCU
+ un récit tendu et bien mené
+ une utilisation habile des personnages secondaires
+ une approche psychologiquement réaliste
+ le soin apporté au rédactionnel 
- l'aspect des OMAC, pas très folichon, mais c'est vraiment une question de goût


[1] Le whodunit (littéralement "qui l'a commis ?", en parlant d'un crime) est un sous-genre de la littérature policière dans lequel l'intrigue est basée sur la résolution d'une énigme.