16 décembre 2014

Sélections UMAC : spécial "10ème Saison"

En attendant le grand concours qui sera lancé samedi prochain (nous vous proposerons des lots d'une valeur totale de 450 euros !) pour célébrer le lancement de la dixième saison de UMAC, il m'a semblé qu'il était temps de jeter un petit regard en arrière en vous proposant une sélection de dix comics incontournables ayant été chroniqués sur ce blog.

Le choix fut difficile. Pendant toutes ces années, nous avons en effet vu défiler un grand nombre d'œuvres exceptionnelles, écrites et dessinées par des artistes talentueux. Et si l'on accepte l'idée que l'art séquentiel peut parfois enivrer, surprendre, émouvoir... il faut bien alors admettre qu'il arrive aussi que sortent des ouvrages moins inspirés, mal édités ou carrément bâclés par des margoulins qui n'ont rien d'artistes véritables.
C'est cette différence, basée sur des éléments techniques démontrables et non des inclinations personnelles, que j'ai toujours tenté de montrer, au fil du temps et des chroniques. Parce que tout ne se vaut pas. 

Alors bien sûr, il m'arrive de tremper ma plume dans l'acide. Non pour démolir le travail d'amateurs honnêtes, mais pour souligner l'impéritie et le cynisme de certains "professionnels". Cette intransigeance, totalement assumée, je la pense indispensable pour plusieurs raisons.
D'une part, c'est une question de respect envers les lecteurs qui me font confiance en visitant régulièrement ce lieu. D'autre part, si les sites et blogs se multiplient, peu ont une approche véritablement critique. Parfois même pour des raisons valables, ou que je peux en tout cas comprendre. Or la critique, lorsqu'elle est argumentée et se tient en dehors de l'agitation parfois malsaine des fora, a évidemment sa place dans tout domaine artistique. Et bien des auteurs, voire même des éditeurs, sont aussi demandeurs d'une forme de critique qui ne soit pas uniquement de la publicité déguisée.
Enfin, c'est parce que UMAC s'attache à développer une forme d'exigence (que l'on applique aussi à nos propres articles) que l'on peut demeurer crédibles lorsque l'on vante les mérites d'une œuvre. Chez nous, les compliments ne sont pas distribués à la louche. Ils se gagnent.

Passons maintenant à cette fameuse sélection, personnelle et donc forcément subjective (l'ordre des titres n'est pas un classement et n'a donc pas d'importance).


1. Echo de David Mack

Là, ça n'a pas été très dur, c'est pour moi le chef-d'œuvre absolu en matière de bande dessinée. C'est beau, original, intelligent, émouvant, mais surtout Mack parvient à exploiter les particularités propres au medium BD. On ne pourrait pas notamment évoquer le handicap de Maya de la même manière dans un film ou un roman. 
Si je suis sensible au récit et au style graphique, je suis également bluffé par la maîtrise de l'artiste. Et j'éprouve un infini respect pour les artisans qui savent manier leurs outils aussi bien.
Puissant et aérien. Imparable.
Article (2007) : Echo


2. We3 de Grant Morrison et Frank Quitely

Un choix évident pour moi également ici. Si j'ai vraiment du mal avec l'espèce humaine, j'avoue être particulièrement sensible à la cause animale. Faire du mal à une bestiole (pas juste les animaux mignons, tous les animaux), c'est un peu comme s'en prendre à un gamin ou un vieillard, c'est ignoble et intolérable. Et du coup, que ce soit ce bon vieux Dean Koontz ou Morrison, quand il y a des chats, des chiens ou des lapins dans l'affaire, forcément, je craque.
Une belle histoire de toute façon, parfaitement dessinée.
Article (2008) : We3 (le comic a été réédité depuis par Urban Comics sous le titre "Nou3")


3. Strangers in Paradise de Terry Moore

Probablement la série que je conseillerais à ceux qui réduisent les comics à des bastons manichéennes pour enfants. C'est drôle, sensible, il y a de l'action, bref, un mélange improbable mais terriblement efficace. Surtout, l'auteur aborde l'homosexualité féminine d'un point de vue non caricatural (presque non-masculin j'ai envie de dire). D'ailleurs, les personnages féminins sont toujours, sous sa plume, aussi réalistes que séduisants.
Le noir & blanc et le parcours éditorial sinueux n'ont pas vraiment aidé à rendre justice à cet excellent comic qui mériterait pourtant une belle place dans toutes les bibliothèques. 
Article (2009) : SiP


4. Identity Crisis de Brad Meltzer et Ralph Morales

Du DC Comics cette fois. Ce titre me semble incontournable pour plusieurs raisons : on a droit à un casting prestigieux, à de superbes planches, de très bons dialogues et le tout est parfaitement compréhensible, même par des néophytes. Que demander de plus ?
Surtout, cette saga permet de démontrer que le genre super-héroïque n'est pas condamné à être cantonné dans une sorte de bégaiement narratif ou dans des poncifs usés jusqu'à la corde.
A faire lire même aux réalisateurs mexicains. ;o)
Article (2010) : Identity Crisis


5. Walking Dead de Robert Kirkman, Tony Moore et Charlie Adlard

J'ai longuement hésité avant de sélectionner cette série, car elle n'est à l'heure actuelle que l'ombre de ce qu'elle fut. Néanmoins, il serait difficile, malhonnête presque, de passer sous silence l'extraordinaire qualité des premiers tomes (les 10 premiers TPB sont tout bonnement fantastiques).
Cela montre aussi sans doute à quel point le côté feuilletonnant des comics peut vite se révéler impardonnable lorsque l'on tombe dans la redite et la soupe tiède.
Dommage également que certains organes de presse se soient mis à vanter le truc quand il était sur la pente descendante...
Articles (2007, 2009, jusqu'à aujourd'hui) : TWD (2007), TWD (2009), TWD (2014)


6. Neonomicon de Alan Moore et Jacen Burrows

Alan Moore est un cas à part dans le monde des comics. J'aurais pu sélectionner le sublime Watchmen, mais cela aurait été un coup d'épée dans l'eau tant il est admis qu'il s'agit là d'un classique. J'ai choisi Neonomicon parce que Moore y revisite d'une manière très habile le mythe lovecraftien, mais surtout j'ai choisi Moore parce que c'est un putain d'auteur.
Je ne suis pas "fan" de ce mec, je trouve même que certaines de ses œuvres sont abjectes. Mais il faut lui reconnaître qu'il ne balance pas n'importe quoi, n'importe comment. C'est un bourreau de travail, il possède une maîtrise technique pointue de son art, il a une démarche souvent courageuse et l'on sent que pas mal de neurones s'agitent sous sa caboche. 
Il m'agace autant qu'il m'impressionne. Et il parvient encore à me surprendre.
Article (2013) : Neonomicon


7. Amazing Spider-Man : run de J.M. Straczynski

Panini réédite à l'heure actuelle le run de Straczynski sur Amazing Spider-Man, dans de gros volumes librairie, et c'est à ne pas rater. Pour moi, c'est tout simplement les plus belles années du Tisseur (le plus bel héritage en tout cas après Stan Lee).
Là encore, à travers un personnage, c'est surtout un scénariste que j'apprécie. Straczynski est un génie, ayant à son actif un grand nombre d'excellentes séries. Surtout, le mec est un auteur malin et "poli". Je m'explique. Bien des auteurs ont tendance à balancer leurs points de vue sur tout et n'importe quoi, d'une manière un peu brutale. Straczynski n'élude pas les sujets épineux mais, lui, il fait en sorte que le lecteur n'ait pas l'impression d'être pris dans un maelström d'idées reçues ou d'opinions "obligatoires". Sa finesse et sa régularité en font un auteur culte. J'aurais pu vous citer trois ou quatre de ses œuvres, tout autant incontournables, mais Spidey étant mon chouchou... ;o)

8. Bone de Jeff Smith

Une des rares exceptions de l'auto-édition, domaine casse-gueule s'il en est tant un véritable éditeur (et ce qu'il apporte) me semble indispensable à la construction d'un roman ou d'une BD.
Smith échappe ici aux stéréotypes en traçant une voie aussi étrange que savoureuse. Personnages cartoony à gros nez, faune inquiétante, love story et moments épiques, dans le plus pur style heroic fantasy, se mélangent parfaitement dans cette saga addictive. 
Il est conseillé d'opter pour la version colorisée, bien plus jolie.
Article (2009) : Bone


9. Perkeros de JP Ahonen et KP Alare

Si une BD finlandaise vient se nicher dans cette sélection, ce n'est pas par hasard. Non seulement elle est très bien fichue, elle parle de metal, mais elle permet aussi de ne pas se cantonner à une seule origine géographique. Comic est un terme générique qui veut dire BD. Et ce n'est pas parce que nous avons l'habitude, en France, de tout classer (comics, manga, manhua...) que l'on va se mettre des œillères et passer sous silence ce qui nous paraît brillant.
Un récit efficace, drôle, tendre aussi, qui met parfaitement en valeur le pouvoir de la musique.
Et il y a plein de références hard rock, donc... ;o)
Article (2014) : Perkeros


10. VHB du collectif Phylactères

Du "french comics" cette fois, bien que je n'aime guère cette appellation qui, au final, ne désigne pas grand-chose. J'avais envie de terminer cette sélection par de l'artisanal, par quelque chose de bon, agréable à lire, mais en dehors du circuit traditionnel. Et je vais la faire un peu longue du coup.
Pour moi, la différence entre un "bon" auteur et un trou du cul se fait au niveau du travail. Parce que, en réalité, le "talent", le "génie", "l'inspiration", tout ça, en fait, c'est du boulot. Et, avec le temps, on voit très bien quand quelque chose est chié en cinq minutes ou quand au contraire il y a un réel investissement dans une œuvre. C'est le cas pour VHB qui propose un univers attractif, cohérent et pourtant multi-facettes : humour, polar, SF ou même horreur sont au programme.
Comment aurais-je pu ne pas évoquer ces BD françaises, d'inspiration américaine, dans un bilan retraçant ce qui m'a le plus marqué ces dernières années ?
Cela ne veut pas dire que tout est bon à prendre dans ce courant artistique (loin de là), mais il y a au moins, dans la démarche associative, un réalisme qui me plait et qui ne tend pas à péter plus haut que son cul. J'ai notamment plus de mal avec certaines micro-structures qui se prétendent "éditeurs" et qui ne sont distribuées nulle part.
Toutes les BD auto-produites ne sont pas dignes d'intérêt, mais je vous encourage à vous balader un peu dans N²O. Vous y découvrirez peut-être quelques-uns de ces personnages dont on a du mal à se défaire et qui nous entraînent à tourner les pages, l'une après l'autre...
Article (2010) : VHB


Dix œuvres pour résumer tant d'années, tant de bons moments, ce n'est pas suffisant. Mais choisir, c'est aussi prendre position. Non pas bêtement "soutenir", comme tant le font parfois, mais s'engager, avec passion, pour défendre des comics de qualité, et par là même des auteurs qui, malgré la difficulté de ce métier, le font encore avec un sérieux évident. 
Vous connaissez peut-être la règle des 3, en matière de survie ?
On ne peut rester trois minutes sans respirer, trois jours sans boire, trois semaines sans manger.
Mais combien de temps pourrions-nous vivre sans lire ? Une fois que les besoins primaires sont assouvis, que reste-t-il ? 
Un besoin de raconter des histoires ? Sans doute parfois.
Le besoin d'en entendre ? Assurément.
Certains ont parfois cru voir dans ce besoin une forme de fuite, de négation du réel. Rien n'est plus faux. La fiction nous permet au contraire de nous projeter plus sereinement dans la réalité. Elle arrondit les angles, ouvre l'esprit, permet de prendre du recul sur les pires des actes...
La fiction n'occulte pas la réalité, elle permet de la supporter.
Parfois même de la modifier.