25 février 2014

Côté Comics, saison 02 - épisode 12




Le nouvel opus de Côté Comics est disponible !
Au sommaire : les news et sorties comics, un "j'ai lu pour vous" consacré à Transmetropolitan, et enfin un point complet sur les différentes incarnations de Flash, histoire de pouvoir s'y retrouver au milieu de tous ces bolides.


Côté Comics : s02e12


ps : oups, il se trouve que j'ai pris un peu de retard concernant les émissions, la numéro 13 est déjà disponible et aborde notamment l'excellente série Midnight Nation ainsi que les suites de séries TV en comics. Voilà qui vous fera double dose ! ;o)




18 février 2014

Marvel Universe : What If ?

Le Marvel Universe (v.3) #3 est sorti aujourd'hui en kiosque et contient divers What if consacrés à des évènements ayant marqués le marvelverse.

Rappelons brièvement le principe du what if : il s'agit de récits hors continuité, en général assez courts, qui explorent des alternatives à certains faits bien connus. En gros, l'on peut résumer ça par un "que se serait-il passé si... ?". 
La revue concernée est intitulée Civil War et peut laisser penser que tout tourne autour de la guerre civile ayant ravagé la communauté surhumaine alors qu'il n'en est rien. La seconde partie du comic est au contraire centré sur l'event Secret Invasion et la troisième s'intéresse à la formation des Young Avengers. Un contenu donc plutôt hétéroclite, complété par quelques planches humoristiques (pas très drôles d'ailleurs, mais bon, question de goût).

Il faut signaler que Panini a depuis peu effectué un petit changement (que l'on retrouve ici) au niveau des noms des Fantastic Four, Red étant enfin appelé Reed et "Jane" Storm Richards retrouvant également son prénom original, à savoir Susan. Il me semble logique de ne pas traduire les noms des personnages (même s'il y a quelques dizaines d'années, la francisation des noms pouvait sans doute se justifier) et ce retour aux sources s'avère donc pleinement justifié. Une excellente idée de la part de Panini (ça me fait tout drôle d'écrire ça).

Bon, voyons de quoi il retourne.
Le what if concernant Civil War nous montre un Stark perdu, très touché par la mort de Captain America (dans le Marvel Icons #30, je vous fais la blague "il va mieux depuis" ?) et qui découvre ce qui aurait pu se produire si Cap avait rassemblé tous les héros autour de lui, transformant ainsi l'affrontement entre surhumains en une guerre opposant héros et gouvernement. 
Assez sanglant et parsemé de bonnes idées, malheureusement, tout cela va très vite - même si c'est un peu le principe - et ne permet pas vraiment d'installer une dimension dramatique ou un début de suspense. 

Le second récit met en scène des skrulls ayant réussi leur invasion de la Terre. Seul le Wakanda résiste encore, avec l'aide des héros rebelles refusant "d'embrasser le changement". 
Cela nous donne l'occasion de voir un affrontement entre Thor et Sentry mais aussi de découvrir une surprise assez bien amenée concernant le rôle de Norman Osborn (déjà central dans la saga originelle). 
Une autre partie, centrée sur les Thunderbolts partant pour la Terre Sauvage, est déjà plus brouillonne et moins intéressante. 

Vient ensuite l'interlude que constituent les quatre pages de "gags". C'est tellement navrant que l'on a l'impression que c'est écrit par Anne Roumanoff. Je me marre plus quand je vais chez le dentiste.

Enfin, on termine par une équipe remaniée des Young Avengers, qui puise en fait ses effectifs chez les Runaways. Logique puisque les deux groupes sont liés, au moins éditorialement, depuis un moment (ils partagent notamment leurs tie-ins lors des events, cf. cet article ou celui-ci).
L'histoire reprend le bon vieux principe du voyage dans le temps, avec quelques traits d'humour néanmoins. Rien d'extraordinaire mais sympa si l'on connaît les personnages. A ce sujet, Panini a même tenté une page de présentation. Wow. Bon, c'est très succinct, il aurait été avisé de rajouter quelques informations (sur les pouvoirs des différents personnages par exemple, ce qui aurait été utile sans prendre beaucoup de place), mais enfin, c'est un début. On n'attend pas du cancre qu'il batte les premiers de la classe dès le premier signe d'amélioration.

Au final, difficile d'émettre un avis tranché sur ce recueil d'histoires courtes tant le plaisir éprouvé à le lire dépendra essentiellement de l'inclination de chacun pour ce genre d'exercice et, surtout, de la connaissance d'évènements importants mais qui datent un peu. Ces what if datant de 2008, 2009 et 2010, on se demande bien pourquoi l'éditeur a choisi de les publier maintenant.  
A réserver aux amateurs d'effet papillon.

+ quelques bonnes idées au niveau des "variations"
+ dessins globalement agréables
+ la plupart des "poids lourds" Marvel sont présents
+ une bonne décision éditoriale de Panini concernant les prénoms des FF
- des intrigues assujetties à un format ne permettant pas vraiment d'installer des nuances 
- des gags pathétiques
- une impression de "fourre-tout"





16 février 2014

Spider-Man : Superior, Scarlet & Team-Up

Le Spider-Man #8 de ce mois accueille un nouveau titre et voit Otto employer les grands moyens dans sa lutte contre le crime.

Le mensuel commence par Superior Spider-Man (cf. cette chronique pour les retardataires), avec Dan Slott au scénario et Humberto Ramos au dessin.
Otto/Spidey s'attaque à l'empire du Caïd en lançant une offensive sur Shadowland, la forteresse située en plein Hell's Kitchen. Il utilise pour cela des arachnaughts, sorte de robots puissamment armées, et des hommes de troupe organisés en spider-patrouilles. Autrement dit une petite armée dont la base est spider-island
Cela donne évidemment une dimension particulière et assez inhabituelle au Tisseur, plutôt habitué à agir de manière isolée. L'ensemble reste néanmoins intéressant, d'autant qu'Otto utilise aussi bien les media que le chantage pour parvenir à ses fins, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est efficace.
Le tout est parfaitement mis en scène par un Ramos au style impressionnant.

L'on passe ensuite à Scarlet Spider. Le scénario est assuré par Chris Yost & Erik Burnham, les dessins sont de Carlo Barberi & Horacio Dominguez.
Habituellement, la série est très bonne, mais l'intérêt de l'épisode de ce mois se trouve amoindri par le fait qu'il se compose uniquement d'un long et morne combat. Wolverine et Kaine affrontent en effet la Mort Rouge, une déesse aussi charismatique qu'un pneu crevé. 
La situation avec la Guilde des Assassins est réglée par un tour de passe-passe assez gros, mais bon, c'est finalement le seul élément qui fait un peu avancer l'histoire. 
Graphiquement, c'est plutôt honnête, mais c'est loin d'être suffisant pour susciter l'intérêt.

On arrive ensuite à Superior Spider-Man Team-Up, la série censée prendre la suite (si ce n'est être le clone) du souffreteux Avenging Spider-Man
L'on retrouve de nouveau Chris Yost au scénario, la partie visuelle étant l'œuvre de David Lopez & Marco Checchetto.
Le premier épisode est franchement insignifiant, Spidey se contentant de se fritter avec un tas de super-héros avant finalement une intervention des Avengers et une conclusion aussi plate que téléphonée. Le second est toutefois plus réussi, aussi bien sur le plan des dessins, bien meilleurs, que celui de l'intrigue. Outre une rencontre musclée entre Spider-Man et Kaine, Yost remet sur le devant de la scène le Chacal, un personnage à l'origine de la ribambelle de clones dont Spider-Man fut affublé (cf. cette Intégrale pour l'origine de la saga et ces Omnibus pour le long crossover - et la polémique - qu'elle engendra des années plus tard).

Un mot sur le courrier des lecteurs (rubrique qui en plus d'être inutile s'avère maintenant agaçante). Un lecteur écrit une longue missive pour raconter son sentiment sur l'évolution éditoriale du Tisseur mais, surtout, il commence en expliquant pourquoi il a arrêté de lire du Marvel quelques années auparavant : il a mal pris une réplique du Captain America ultimate qui visait les français...
Un personnage peut vexer un type dans la vie réelle ? Au point qu'il n'arrête pas seulement la série mais boycotte carrément l'éditeur ? C'est énorme.
D'une part, en comparaison des tonnes d'immondices que les français déversent chaque année sur les américains, je les trouve relativement fairplay, mais surtout, même si Millar a je pense effectivement une piètre opinion (justifiée en grande partie) des français et de leur politique, il ne faut pas confondre dans l'absolu ce que dit un personnage avec ce que peut éventuellement penser l'auteur. Encore moins l'éditeur. Cela me rappelle une anecdote où, dans un jeu de rôle, un type s'était vexé parce que mon personnage parlait mal au sien. Heureusement que je ne l'ai pas buté, qu'est-ce que j'aurais entendu !  

Le bilan de ce numéro est mitigé, avec un Superior dont l'intérêt ne faiblit pas et des séries secondaires en dents de scie. Le mois prochain, une nouvelle série débarque encore (Superior Foes of Spider-Man) ce qui devrait stabiliser le sommaire pour un moment.   

+ Otto et ses méthodes
+ Ramos
+ un deuxième épisode team-up bien meilleur que le premier
- Scarlet Spider en baisse
- un premier team-up bien fade





     

14 février 2014

Spider-Man : The Other en Deluxe

La saga Spider-Man : The Other vient d'être rééditée il y a deux jours. Point complet sur l'histoire et le Deluxe en question.

Après une blessure par balle reçue lors d'une confrontation avec un nouveau super-vilain, Spidey se voit dans l'obligation de passer quelques tests médicaux. Les résultats sont aussi clairs que terrifiants : il est condamné. La source radioactive de ses pouvoirs semble être en train de le détruire...
Parker tente d'abord de faire le tour des génies scientifiques qu'il connaît (ce n'est pas cela qui manque dans le marvelverse) avant de se rendre à l'évidence et de profiter du temps qu'il lui reste en le passant avec sa famille.
Mais l'Araignée réserve encore quelques surprises à l'homme. S'il accepte d'évoluer, Peter pourrait renaître et découvrir enfin toute l'étendue de ses pouvoirs.

A l'époque, voilà déjà huit ans, ce crossover interne aux séries du Tisseur avait été largement survendu. C'est en général souvent le cas, quel que soit l'event (cf. cet article sur les différences entre crossovers et events), mais contrairement à House of M ou Civil War, dont les effets ne se font plus sentir aujourd'hui mais qui avaient tout de même eu un impact à court et moyen terme, The Other détient sans doute la palme du récit ayant eu le moins de conséquences. Les nouveaux pouvoirs (des dards au niveau des poignets, la capacité de voir dans le noir et celle de tirer des informations des vibrations de sa toile) ne seront quasiment jamais réutilisés par les différents auteurs.
L'intérêt de ce récit est donc ailleurs.
Signalons que J.M. Straczynski, Peter David et Reginald Hudlin sont aux commandes en ce qui concerne le scénario. Les dessins sont réalisés par Mike Deodato Jr, Mike Wieringo et Pat Lee.

La principale force de ces épisodes réside dans le fait qu'ils se basent sur l'origine mystique des pouvoirs de l'Araignée, une théorie mise en place par Straczynski lors de son long run sur Amazing Spider-Man. Cela permet d'opposer une sorte de but métaphysique au simple hasard qui, jusqu'ici, tenait lieu de point de départ aux aventures du Monte-en-l'air. Cela permettra aussi de développer divers éléments, comme la société secrète dont on parlera surtout dans la série consacrée à Araña, mais aussi un vilain assez impressionnant : Morlun.
Ce dernier fait ici son retour et offre à Spider-Man l'un de ces plus épiques combats, dans lequel il se fera même dévorer un œil ! (cf. scène #4 des combats d'anthologie).

Outre un adversaire franchement costaud, l'intrigue permet également de faire la part belle aux guests : Hulk, Strange, Black Panther ou encore Daredevil font tous une apparition. Comme à cette époque Peter et sa famille (MJ mais aussi évidemment la tantine !) vivent dans la tour des Vengeurs, l'on retrouve donc aussi Stark (qui commence à prendre Peter sous son aile, on le voit d'ailleurs travailler sur le costume que Spidey portera pendant la guerre civile, ces épisodes se déroulant juste avant) ou Captain America. Même Wolverine est de la partie. 
Les sous-intrigues, qui ne commencent pas toutes dans ce recueil et ne sont pas toutes réglées (il s'agit d'un morceau arraché à la continuité, pas d'une véritable histoire complète), sont tout de même intéressantes et exploitent au mieux la situation, que ce soit les tensions avec Wolvie ou les potins autour de Mary Jane et Tony. Tout cela contribue à donner à l'ensemble un aspect crédible et humain.

Il y a cependant parfois des scènes surréalistes, comme lorsque la tante May se retrouve aux commandes d'une armure Mark I d'Iron Man (ce n'est pas une blague !). Un peu too much. D'ailleurs, la tantine, soi-disant si fragile qu'on peut la faire crever si on lui annonce un truc en élevant un peu la voix, commençait déjà à l'époque à reprendre du poil de la bête (expression ô combien de circonstance) puisqu'elle fricotait avec Jarvis (elle traumatisera son neveu - qui n'avait pas besoin de ça - quelques années plus tard en faisant des galipettes devant lui avec le gentil pôpa Jameson, cf. cette chronique).
Mis à part l'incroyable May ("heuargh... brbll... mon cœur... argh... heu... ah non, ça va mieux... il est où Jarvis ?"), cette saga offre donc de bons moments, de l'émotion, un combat franchement éprouvant, un peu d'humour, le tout avec une flopée de personnages secondaires parfaitement employés. Il faut néanmoins attirer l'attention sur le fait que l'intérêt supposé de cette "évolution" est bien moindre qu'à l'époque, puisque l'on sait que ça n'a eu d'impact, même léger, sur rien (ce qui fait tout de même très peu).

Passons maintenant au traitement paninien de cette réédition.
Arf, misère, je ne sais plus quoi dire... c'est un peu comme un gamin qui ne fait que des conneries, au bout d'un moment, on baisse les bras en se disant "tant pis, il finira dealer ou candidat de télé-réalité".
Bon, c'est saoulant, certains vont me dire que "j'attaque" encore une fois Panini, mais on ne peut tout de même pas tout laisser passer sous prétexte qu'ils se foutent de tout. 
Déjà, on trouve bien trop de coquilles pour une réédition (surtout à ce prix !). Fautes de conjugaison ("dis" au lieu de "dit"), de concordance des temps, mots qui manquent (comme dans "il est temps pour neveu", ou encore "avec l'aide ceux pour qui"), bref, ce n'est pas (bien) relu et c'est clairement honteux. Une ou deux coquilles, ça passerait encore (ça arrive à tout le monde), mais là c'est trop en comparaison de la très faible densité de texte. Certains romans de 500 pages comportent moins de fautes.
Et en plus des conneries involontaires, on a droit aussi aux choix idiots, telle que la suppression des adverbes de négation, ce qui a des conséquences fâcheuses sur la fluidité du texte mais aussi sur l'image des personnages (cf. cet article consacré au problème des dialogues et de la dégradation volontaire d'un texte).
Alors, pas loin de 30 euros pour un truc plein de fautes, sans bonus (à part les covers, et encore, les alternatives sont réduites) ni même une introduction présentant le contexte, et avec une pauvre jaquette faisant office de cache-misère pour la hardcover uniformément noire, ben... ça ne fait pas envie.

L'histoire est sympa mais cette version est bien trop onéreuse, surtout si l'on considère le manque de travail et d'implication de l'éditeur. Les collectionneurs franchiront tout de même sans doute le pas avec néanmoins l'impression légitime de se faire un peu avoir.

+ Spidey à la grande époque de Straczynski
+ agréable mélange d'émotion, d'action et d'humour
+ un adversaire charismatique
- VF médiocre
- aucune valeur ajoutée de la part de l'éditeur  





11 février 2014

FF par Fraction & Allred

Une nouvelle série, sobrement intitulée FF (pour Future Foundation), vient de débarquer en librairie. Bonne nouvelle pensez-vous ? Ne vous réjouissez pas trop vite... 

L'idée de départ est plutôt sympathique : les Fantastic Four se barrent dans un autre univers et décident de trouver des remplaçants pour s'occuper de la Fondation du Futur et, accessoirement, des éventuels vilains qui pourraient en profiter pour ramener leur trogne.
Le casting est lui aussi plutôt pas mal : Scott Lang, alias Ant-Man, est accompagné d'un trio féminin musclé composé de She-Hulk, Médusa et Darla Deering qui va tenir le rôle de la Chose.
Le tout est résolument axé sur le (supposé) fun, avec une touche rétro et quelques vannes sympa.
Du coup, c'est bien alors ? 
Ben non, parce que trois pauvres vannes ne sauvent pas huit longs épisodes lorsqu'ils sont autant blindés de défauts.

La série a été confiée à Matt Fraction pour le scénario et Michael Allred pour les dessins. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils se sont bien trouvés ces deux-là.
Commençons par les dessins. On oscille entre le simple mais correct et le purement hideux. Certains personnages sont raides, dans des postures improbables ou ont même des soucis de perspective. Il a pourtant eu un Eisner Award ce cher Allred, mais bon, c'est presque plus dur de ne jamais en avoir de nos jours. Tu sonnes à la porte, s'ils sont de mauvaise humeur, ils t'en jettent un à la gueule.
La colorisation, par madame Allred, qui devait avoir du temps entre le repassage et la vaisselle (oui, c'est affreusement misogyne comme blague, ouh, c'est immonde hein ?), est dégueulasse. Grosses couleurs flashy qui tachent et rendent le tout kitschissime. Certains vont me dire que c'est fait exprès, et effectivement, je soupçonne que ce soit le cas, ce qui n'excuse rien. C'est même bien pire si c'est volontaire.

Quant à Fraction, c'est loin habituellement d'être un auteur extraordinaire, mais là il s'est surpassé. A part les premières planches, plutôt bien fichues finalement, tout le reste part en cacahuètes, ou en couilles pour ceux qui ne supportent pas les arachides.
L'histoire, ou plutôt cet amalgame d'intrigues secondaires, est d'une platitude désespérante. La narration est pour le moins chaotique, avec des scènes incompréhensibles, et les dialogues sont misérables. Arrêtons-nous un instant sur ces derniers, qui figurent parmi les pires jamais écrits dans l'industrie des comics. Si certaines répliques sont inattendues, voire obscures, quelques échanges valent franchement le détour. Prenons cet extrait (bien réel) étalé sur deux planches :
- Lâchez-moi, petits.
- Elle !
- Pas elle !
- ... vous tuer...
- Tu vois !
- Grraah !
- Oh non. Médusa !
- Scott, aide-m... le tuer... aide-moi. Il est dans ma tête.
- On fait ce qu'on peut Médusa.
- Sangsue, accroche-toi bien.
- Je tiens.
- Miss Chose ?
- M. Drag.

C'est sympa hein ? Ah ben ça donne envie, on sent le mec inspiré, qui maîtrise parfaitement l'art subtil qui consiste à mettre des mots dans la bouche des personnages. Bon, ok, là j'ai pris un exemple hardcore, mais tous les dialogues sont globalement à chier. D'habitude je dis qu'un enfant de cinq ans aurait pu les écrire, mais là, non, à cinq ans, bien des gamins font mieux. Là c'est un dialogue écrit par une autruche. Et encore, pas l'intelligente de la bande, celle qui trouve le moyen de péter ses œufs quand elle les couve, la connasse du groupe, qui essaie de bouffer des barbelés ou met sa tronche dans un pot d'échappement pour voir ce que ça fait !
Alors, évidemment devant un tel désastre, Panini n'allait pas s'emmerder à changer ses habitudes. Autrement dit on a un speech d'introduction inutile, qui se concentre sur des considérations éditoriales, mais qui n'explique rien concernant les personnages ou la situation présente (comment Lang a-t-il perdu sa fille ? qui sont les Uhari et pourquoi Susan Storm Richards est-elle leur reine ? qui sont les enfants de la fondation ? autant de questions qui resteront sans réponse pour le lecteur novice).

Très mauvais et extrêmement pénible à lire. 

+ une équipe originale, qui avait du potentiel
- dessins parfois limites
- colorisation de peintre en bâtiment
- dialogues indigents
- narration maladroite
- aucune implication éditoriale de la part de Panini
- prix (mais vu le contenu, même gratuit ce serait trop cher)





08 février 2014

De la Technique dans l'Ecriture II : Vogler et le Voyage du Héros

C'est au travers d'un ouvrage riche et essentiel, The Writer's Journey, que je vous convie aujourd'hui à pousser un peu plus loin notre excursion dans les méandres de l'art du Conteur.

Nous avions déjà abordé la question de la technique dans l'écriture à l'occasion d'une chronique qui avait engendré un débat et - surtout - une confusion que je vais une nouvelle fois tenter de dissiper en préambule. Je l'affirme donc encore : la technique ne s'oppose pas à la liberté artistique. Elle n'induit rien. 
Un guitariste ou un pianiste passent par une formation technique pour pouvoir utiliser leurs instruments, pourtant, bien que cette formation technique soit identique, elle n'engendre pas uniquement des génies et des compositions extraordinaires, loin de là. Elle n'influe pas non plus sur le genre de musique que x ou y va composer. Elle ne limite pas, elle libère. Sans elle, vous ne jouez pas, ou alors vous tapez au hasard sur les touches du piano, comme un enfant émerveillé et fasciné, mais qui se lassera vite de ces sons discordants.

Prenons un exemple concret avec une technique simple et couramment admise par les conteurs (j'utilise le terme générique "conteurs" pour englober romanciers et scénaristes) : il faut montrer et non dire. 
Pour que cela soit clair, voyons concrètement ce que cela donne. Imaginons que je vous dise "John s'avança sur le chemin et aperçut une maison lugubre." J'énonce un fait mais je ne montre rien. Qu'est-ce que c'est une "maison lugubre" exactement ? Vous le savez vous ? Moi pas. Par contre, si j'écris "John s'avança et aperçut une maison à la façade sombre. Le lierre qui la recouvrait semblait dégouliner le long des fenêtres, comme une sève empoisonnée s'écoulant d'une mauvaise blessure.", là, le lecteur pourrait se dire "houlà, elle pue du cul cette baraque !".
C'est au lecteur de trouver la description lugubre, l'auteur, lui, se contente de montrer pourquoi ça l'est. Il y a des milliers de façons de rendre la maison lugubre, mais la déclarer arbitrairement "maison lugubre" est la pire de toute. En "montrant au lieu de dire", l'auteur emploie une technique qui permet de faire passer l'information de manière plus agréable tout en ajoutant une dimension émotionnelle. Dans ce cas précis, l'on voit bien que la technique n'influe en rien sur le contenu, cela permet juste de "taper juste", d'obtenir l'effet voulu.
Toute technique est par là même enrichissante et bonne à prendre, elle ne limitera jamais rien, elle multipliera les possibilités. Sans technique pour la sous-tendre, une histoire s'effondre.
Si vous n'êtes pas convaincu de ce principe, c'est votre droit, mais mieux vaut alors arrêter là votre lecture car ce qui suit vous paraîtra sans doute angoissant et vertigineux (et ça l'est sans doute un peu car cela touche à notre condition).

Je n'avais fait qu'évoquer l'ouvrage de Vogler dans le précédent article sur la technique, mais un tel livre mérite largement que l'on prenne le temps de le découvrir. Comme il est de nouveau disponible en version française (il est régulièrement épuisé et certains margoulins en profitent pour tenter de le refourguer à des prix ahurissants), le moment semble bien choisi pour en parler.
Vogler se base sur les travaux de Joseph Campbell (auteur de The Hero with a Thousand Faces), un universitaire et écrivain qui a notamment étudié les mythes, les contes, les légendes du monde entier pour finir par découvrir que toutes les histoires que l'on se racontait depuis la nuit des temps avaient de nombreux points communs structurels. Qu'ils soient péruviens, anglais ou chinois, de l'antiquité à l'époque moderne, les conteurs emploient les mêmes techniques universelles (qui donnent donc des histoires très différentes, rappelons encore une fois que la technique sert uniquement à être "juste", pas chiant, clair, non-bancal).

Vogler a repris ces travaux en orientant son propos dans une optique plus adaptée à l'écriture au sens large. The Writer's Journey (le voyage de l'écrivain) est maladroitement traduit en français sous le titre Le guide du scénariste, ce qui tend à réduire très largement le propos, touchant pourtant à de nombreux domaines.
L'auteur s'intéresse ici à la structure du récit et aux différentes fonctions archétypales. Dit comme ça, ça a l'air chiant et compliqué, mais en réalité, sous les "gros mots" se cachent des évidences limpides et fascinantes. 
Commençons par les archétypes. L'erreur la plus courante est de confondre archétypes et personnages, aussi je préfère parler de "fonctions". La dénomination de ces fonctions permet presque à elle seule de les comprendre : héros, messager, mentor, gardien, ombre...
Une ombre est une menace ultime à laquelle le héros est confronté. Cela peut être Dark Vador ou Sauron, mais aussi un ouragan ou un conflit intérieur. Vogler ne dit pas "vous devez mettre une ombre dans votre histoire", il constate que toute histoire possède l'archétype "ombre". 
Les archétypes ne sont pas forcément incarnés par un personnage, mais lorsqu'ils le sont, le personnage n'est pas figé pour autant. Un messager peut devenir un mentor puis endosser la fonction d'ombre. Pour prendre un exemple lié aux comics, dans Civil War, Tony Stark fait d'abord office de mentor pour Peter Parker, avant ensuite de revêtir le masque de l'ombre. Dans Walking Dead, Rick est clairement un héros, mais il assume aussi la fonction de mentor, et même de gardien, vis-à-vis de son fils (le terme "gardien" n'est pas à prendre dans le sens "protecteur", il s'agit plutôt d'un obstacle vous empêchant de franchir un seuil).
Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que ces fonctions, que vous en ayez conscience ou pas, vont apparaître dans une intrigue efficace, permettant de toucher le lecteur/spectateur.

Certains vont m'objecter que l'on peut faire "exprès" de ne pas employer certains archétypes. Admettons, il est possible de ne pas tous les faire défiler, mais n'en utiliser aucun est impossible, car ils participent du fondement même d'une histoire. Tout comme le principe des trois actes d'Aristote : les choses ont un début, un milieu (ou "développement") et une fin. Cette évidence nous amène à nous intéresser à la seconde partie de l'ouvrage : les différentes étapes du "voyage".
Tout comme pour les archétypes, je ne vais pas toutes les citer mais plutôt tenter de vous amener à comprendre en quoi elles sont essentielles et magiques. Ces étapes symboliques sont décrites avec un vocabulaire très heroic-fantasy (l'appel de l'aventure, l'approche de la caverne, la récompense, le retour avec l'élixir...) mais elles sont présentes dans n'importe quel récit, qu'il s'agisse d'un western, d'une comédie romantique à l'eau de rose, d'un polar ou d'un film d'horreur.
Les trois premières sont l'exposition du monde ordinaire, l'appel de l'aventure et le refus de ce même appel. Nous allons nous concentrer sur l'une de ces étapes pour voir ce qu'elle désigne réellement : le refus de l'appel.

Dans toute histoire, le héros est appelé à agir. Et, dans presque toutes les histoires, le héros traîne les pieds avant d'agir. Ce refus n'est pas simplement "mieux" sur le plan de l'intrigue, cela permet de faire appel à des principes inconscients qui permettent l'identification et la catharsis. 
Je vais prendre un exemple de la vie réelle pour illustrer le refus. Imaginons que vous assistiez à une agression. Une jeune femme se fait molester par trois voyous. Logiquement, votre morale (ou votre intellect, peu importe) vous pousse à agir (c'est "l'appel"). Pourtant, aussitôt, le refus de l'appel vient tout aussi logiquement, et ce pour des raisons qui vous apparaissent comme relativement bonnes :
- c'est dangereux d'intervenir
- les mecs sont plus nombreux
- vous n'êtes pas un surhomme
- c'est l'affaire de la police
- vous ne la connaissez pas après tout cette gonzesse, etc.
La plupart des gens n'interviendront pas, et pour, selon eux, de très bonnes raisons. Loin de moi l'idée de juger un tel comportement, mais l'on peut au moins s'en servir pour dégager un principe : c'est difficile d'agir "bien", d'être en accord, tout le temps, avec ses principes. Et cela engendre de la souffrance. Car tout le monde se voudrait courageux et irréprochable. 

Si le héros refuse l'appel de l'aventure, non seulement le lecteur se sent proche de lui (il connait ce sentiment), mais en plus, il expérimente, à travers le héros, ce qu'il n'a pas connu lui-même : le franchissement d'un seuil au-delà duquel l'on fait fi du refus. C'est l'une des catharsis possibles à l'intérieur d'un récit, la catharsis étant une sorte de "purge" des sentiments négatifs ou du trop-plein d'émotion.
Cela nous amène à considérer le pourquoi de la fiction. 
Tout le monde n'écrit pas des histoires, mais tout le monde a besoin d'en lire (ou d'en entendre dans un sens plus général). Même un roman "de genre", qui a pour but unique de vous "divertir" (en général, ces termes entre guillemets sont utilisés avec mépris par de pseudo-intellectuels qui ne comprennent rien à l'écriture), permet une forme de catharsis et touche à l'universel. 
Ce refus peut se transposer absolument dans tous les domaines. Dans le domaine sentimental, c'est le personnage timide qui n'ose pas aborder la femme (ou l'homme) de ses rêves par peur de l'échec, du ridicule, etc. Le fait de vaincre ses réticences fait basculer le personnage vers le deuxième acte. Il a franchi le premier seuil, non sans difficultés, et ces difficultés ont été comprises par le lecteur.

Est-il possible de bâtir une histoire sans l'étape du refus de l'appel ? 
Ben... oui. Mais il faut alors que ce soit pour une bonne raison. Et pour que la raison soit bonne et l'exception efficace, mieux vaut connaître la constante (terme peut-être moins effrayant que "règle").
Le travail de Vogler n'impose nullement un dogme ou un plan immuable, bien au contraire. Et même si 1000 auteurs appliquaient à la lettre (ce qui serait idiot, ce n'est pas fait pour ça) les principes décrits ici, il y aurait 1000 résultats différents. Les ébénistes utilisent tous les mêmes outils, pourtant leurs meubles sont uniques. Par contre, tous parviennent à ne pas se couper un doigt quand ils manient leurs outils. Et la technique, ce n'est que ça :  ne pas se taper sur les doigts, ne pas arriver à un résultat que l'on ne souhaitait pas.

Autrement dit, soyons honnêtes, si lire Vogler ne vous limitera pas sur le plan créatif, cela ne fera pas de vous non plus un "bon" conteur. Pour être bon, il faut lire (beaucoup), écrire (régulièrement), s'interroger sur le but recherché et les moyens employés, et, enfin, à force de réflexion, parvenir à une histoire solide, qui tient debout, et qui a tout de même votre "touche".
J'en viens à conspuer le principe d'inspiration, qui tendrait, surtout en France, à faire croire que l'écrivain est un être à part, connecté avec une sorte d'entité supérieure qui lui délivrerait les bonnes choses au bon moment, comme un vague Maximo cosmique. Non, les histoires, les bonnes en tout cas, celles qui vous touchent et vous hantent longtemps après leur lecture, sont basées sur des principes certes impressionnants mais totalement compréhensibles et démontrables. Attention, nous parlons là d'architecture, de la manière de faire tenir les pierres. Il se peut que le résultat ne vous convienne pas (je suis touché par Racine ou King, mais je suis opaque à Zola ou Chattam) mais la technique ne concerne pas l'inclination et le goût, uniquement la justesse des effets.

D'un point de vue plus pragmatique, pour en revenir au livre de Vogler, si vous maitrisez parfaitement l'anglais, n'hésitez pas à vous procurer la VO. La VF n'est pas mauvaise mais souffre de quelques (rares, heureusement) maladresses. Par exemple, l'expression "native americans" est traduite en VF par "américains d'origine", ce qui est parfaitement idiot et rend le propos presque incompréhensible si l'on ne sait pas que l'auteur parle (en des termes certes très politiquement corrects) des amérindiens.
Quelques coquilles également, mais vu la longueur du binz, on reste dans la norme actuelle.
Les traducteurs ont tenu à apporter quelques exemples franchouillards au propos. En effet, il faut savoir que Vogler illustre régulièrement les différentes étapes ou les archétypes par des mises en situation issues de classiques, comme Le Magicien d'Oz, Star Wars ou encore certains westerns ou polars très connus (Le Parrain, Impitoyable...). Heureusement les exemples (largement universels) sont conservés, mais l'éditeur français nous gratifie de petits ajouts, parfois sensés (Kaamelott), parfois discutables et quasiment inconnus (Les femmes du sixième étage !!) ou basés sur le simple résultat au box-office (Intouchables). Tous les exemples français sont trop récents pour faire bonne figure, le propos aurait nécessité l'emploi de films plus connus et anciens (ce n'est pas ça qui manque, La Grande Vadrouille, Les Tontons flingueurs, Les Visiteurs...) pour faire un parallèle valable ou, disons, aussi ancré dans la culture populaire.    

Vogler, en plus d'expliquer différentes étapes universelles du voyage du héros, se permet de faire voyager l'auteur également, l'interrogeant sur son art et l'obligeant à élargir son point de vue.
Il ne s'agit pas d'une "méthode" ou d'une "recette", mais d'une analyse basée sur l'observation de constantes.
Ces constantes ne limitent rien ni personne. Elles sont simplement le reflet de notre condition humaine. Nous souffrons tous, pour des raisons diverses, et cela induit un schéma global qui permet aux histoires d'être accessibles et efficaces. 
Personne ne pourra jamais écrire comme une fourmi, parce que, même si Werber a brillamment mis en scène des personnages fourmis, nous ne pouvons expérimenter un autre état qu'au travers de notre grille de lecture humaine. C'est ce qui fait que nous trouvons les chatons mignons et les cafards répugnants. Et si un auteur parvient à rendre un cafard sympathique, il le fera en utilisant une technique basée sur un principe humain fondamental. Nous sommes condamnés, non pas au manque d'originalité, mais à l'approche humaine. Cette approche est basée sur des symboles universels, compréhensibles par tout être humain, quels que soient sa langue, son lieu de naissance ou son époque. 
Il ne s'agit pas d'obligations au sens de contraintes influant sur les histoires, mais d'évidences liées à la nature des auteurs et des récepteurs au sens large. Elles sont le terreau essentiel et commun qui permet à un style spécifique de se développer au sein d'un art compréhensible.

Pour en terminer avec cette vitale nécessité de la technique, je vais de nouveau tenter une comparaison. Imaginez que vous ayez rendez-vous avec une personne que vous voulez séduire, lors d'un diner. Vous allez vous préparer un minimum. Vous laver déjà (je l'espère), trouver une tenue qui convient, faire en sorte de ne pas arriver en retard, etc. Tout le monde fait ça. Est-ce que tous les rendez-vous se ressemblent ? 
Non, parce qu'à la fin, c'est vous qui emportez le morceau ou vous gaufrez misérablement. Il n'empêche que, pour qu'une personne puisse vous sourire ou vous demander, dans un soupir exténué, de la ramener chez elle, il a fallu en passer par des étapes universelles. Des techniques. Définir un lieu et une heure de rendez-vous est déjà une technique. Cela n'augure en rien du résultat de la rencontre, mais pour qu'elle ait lieu, il faut y réfléchir un peu.
Et si l'on peut y réfléchir beaucoup, cela ne nuira pas.

Il ne prend pas beaucoup de risques l'artiste qui rend son propos opaque. Celui qui proclame "voilà ce que je suis, cela se passe d'explications, je suis au-dessus de tout cela" est égocentré mais finalement très peu artiste, au sens qu'il dit user d'un art qu'il est seul à comprendre, sans en livrer la grille de lecture, en se défendant même, par avance, de la possibilité de ne pas toucher celui qui doit réceptionner cet art.
Comprendre une œuvre ne l'a jamais dénaturée, tout comme saisir le fonctionnement d'un moteur n'empêche pas qu'il existe des voitures, très différentes, qui restent mythiques et dépassent leur condition de moyen de transport. 
Tous les passionnés de bagnoles savent comment un moteur fonctionne. Et cela n'a jamais conduit à une uniformisation des véhicules. Il existe même des gens qui sont dingues de caisses qui ont des défauts énormes. Mais qui ont du charme. 
C'est la différence cruciale entre l'artiste et le scientifique (ou l'ingénieur). L'artiste est aussi un technicien (sinon, l'histoire ne tient pas debout) mais il doit se démerder pour mettre de l'émotion, de l'universel, dans ses explications et son intrigue.

L'art, ce n'est que la différence entre la maison lugubre et la sève qui dégouline. 
Vogler parvient, à sa façon, à faire le lien entre effet voulu et manière d'y parvenir. En cela, c'est un ouvrage que je conseille vivement à tous ceux qui ambitionnent de raconter une histoire, quel que soit le support choisi. Beaucoup s'y casseront les dents, en se disant "il faut", non, il ne "faut" rien. Il se trouve que, tout comme dans les arts martiaux, on peut être plus efficace en connaissant certains principes, en jouant avec, en se les appropriant. 
La technique n'est pas toujours indispensable, elle peut même être instinctivement reproduite, sans connaissance consciente, mais lorsque l'on aime un domaine, que l'on souhaite le maîtriser, en faire son activité principale, ne vaut-il pas mieux en apprendre le plus possible ? 
Ou seriez-vous de ces putains de cowboys qui ne veulent jamais monter un canasson ? ;o)

Quand je pense aux livres de chevet de certains de mes amis, je me demande comment ils font pour se réveiller.
Marcel Achard.




04 février 2014

Côté Comics, saison 02 - épisode 11




Nouvel épisode de Côté Comics !
Au sommaire, les news et sorties comics, un "j'ai lu pour vous" qui se penche sur Conan le barbare, et pour finir un tour d'horizon des séries Ultimate qui vous donnera les clefs essentielles pour comprendre et aborder cet univers parallèle de la Maison des Idées.


Côté Comics : s02e11




01 février 2014

Walking Dead : la fin ?

Le tome #19 de Walking Dead, sorti il y a quelques jours, s'avère être extrêmement décevant. Analyse en détail du déclin d'un chef-d'œuvre.
Attention, quelques spoilers sont présents, si tant est que l'on puisse dévoiler des parties d'un vide.

Cela fait mal de l'admettre, tant d'excellents souvenirs de lecture sont rattachés à cette série, mais Walking Dead vient de passer un cap dans la médiocrité. Le lecteur attentif avait pu remarquer depuis quelques tomes (cf. cet article sur le tome #18) une tendance au surplace narratif, à la facilité, mais l'essentiel tenait encore debout. L'on se contentait donc de patienter en espérant que Kirkman retrouve l'habileté dont il avait fait preuve sur les 70 ou 80 premiers épisodes, ou qu'il nous terrasse par un coup de théâtre que l'on n'aurait pas vu arriver, nous obligeant ainsi à reconnaître sa maîtrise et par la même occasion notre tendance à ronchonner pour rien.
Malheureusement, loin de s'arranger, la situation s'envenime comme une mauvaise blessure gagnée par la gangrène. C'est à peine croyable mais presque rien ne tient debout dans ce tome. 

Commençons par la scène d'intro, cinq longues planches ennuyeuses qui n'apportent rien. Considérons l'intérêt de cette scène de trois manières différentes : sa fonction d'introduction au récit, la pertinence du propos et la portée dramatique. 
Pour la pertinence du propos, on repassera. Il s'agit en fait de radoter une nouvelle fois sur ce que l'on sait déjà, à savoir que tout le monde a perdu des proches depuis le début de l'épidémie. Cela n'apporte rien, si ce n'est que les personnages semblent redécouvrir l'intérêt d'enterrer les cadavres plutôt que de les brûler (intérêt tout psychologique, car d'un point de vue pratique, dans leur situation, ça se discute). Question dramatisation, nada, rien à signaler, Maggie semble presque apaisée malgré la perte récente qu'elle a subie. Sa discussion avec une parfaite inconnue s'avère froide, plate et inutilement longue. Enfin, ces premières planches ne remplissent pas non plus une fonction cruciale : happer le lecteur pour l'amener à tourner les pages suivantes. Avec une telle entrée en matière, il faut se forcer au contraire pour continuer. Pourtant, il est arrivé, dans d'autres épisodes, que de longues discussions soient passionnantes, et au moins aussi poignantes que certaines scènes d'action, mais un tel discours, construit à partir de banalités, n'a pas sa place comme ouverture d'un récit censé être captivant.
Kirkman n'est sans doute pas seul en cause, si le responsable éditorial qui supervise la série chez Image Comics faisait son travail, il demanderait à l'auteur de reconsidérer ce début mal torché. Et ce dernier pourrait l'en remercier. 

Nous n'allons pas tout étudier scène par scène, les égarements étant trop nombreux, mais il est intéressant d'essayer de faire le tour de tout ce qui semble s'effondrer subitement. Tout d'abord, après ces six épisodes, l'on se rend compte que... l'on en est au même point. Il ne s'est rien passé. Rick souhaitait lancer une offensive contre Negan à la fin du tome précédent, c'est très exactement dans la même situation que l'on se retrouve ici. Qu'il y ait eu un "concours de bite" entre temps n'y change rien, surtout si l'on examine de plus près le dit "concours".
L'échauffourée qui oppose les hommes de Negan à ceux de Rick frise le ridicule, ce qui est problématique pour une série qui mise en grande partie ses effets sur son aspect réaliste (ou disons au moins sa vraisemblance). Par exemple, les protagonistes qui sont touchés par des tirs ultra-précis qui les délestent de leurs armes (cf. la photo illustrant ce paragraphe) fait plus penser à un exploit à la Lucky Luke qu'à un véritable affrontement. Les inepties ne s'arrêtent pas là. Ainsi, la tactique de Negan, qui consiste à planquer la plupart de ses hommes, est idiote. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas une tactique, c'est un truc d'auteur, sauf que le truc, ici, se voit. Le seul intérêt de masquer le gros de ses forces et de se jeter dans la gueule du loup, en manquant de se faire tuer, c'est d'offrir un retournement de situation "inattendu". Du point de vue du personnage, c'est stupide, ça n'a pas de sens. Son intérêt à lui, ce n'est pas de tendre des pièges au dénouement aléatoire mais bien de faire étalage de sa puissance afin de rester dissuasif.

Continuons dans les exemples imbéciles avec un tigre qui se comporte comme un chien dressé, menant en tête la charge de "cavalerie" des renforts qui arrivent à temps, ou Negan qui pérore comme un vilain de seconde zone alors qu'il vient d'échapper à la mort.
Cela commence à faire beaucoup ? Et pourtant, on est loin du compte.
Le dernier tome offrait un mince début de piste jusqu'ici encore inexploré : l'organisation sociale alternative représentée par la "monarchie" mise en place par Ézéchiel. Outre le fait que le bonhomme, bien qu'il donne son nom au recueil, a un rôle anecdotique dans celui-ci, ce qu'il pouvait représenter comme bouffée d'air frais est incroyablement balayé en une explication vaseuse délivrée à Michonne. Le roi se présente lui-même comme un bouffon, un acteur jouant un rôle, ôtant ainsi toute possibilité de développer l'idée d'un personnage différent d'un Gouverneur, de Negan ou de Rick. 
Et l'on peut encore ajouter à cela l'indigence parfois des dessins, certains visages, vus de loin, étant à la limite du smiley. 
Du coup, Delcourt ajoute sa touche en choisissant la plus affreuse des covers pour illustrer ce tome. Je pourrais encore évoquer quelques réserves sur certains passages de la VF (non respect de la concordance des temps, utilisation abusive de l'apostrophe...), mais ce n'est pas le propos et ça reste de toute façon dans la "norme" actuelle. 

Je garde le pire pour la fin : le rôle de Rick. Jusqu'ici, Rick s'était toujours imposé comme leader en agissant d'une manière à ce que chacun puisse constater ses capacités. Il pouvait avoir des failles, être critiqué, mais son rôle découlait toujours de faits. Comprenez par là que Kirkman a eu la sagesse de bâtir un personnage en montrant ses actions, en dévoilant son caractère, et non en le "déclarant" arbitrairement comme "bon", "fort" ou "chef". C'est le b.a.-ba du conteur, qu'il soit romancier ou scénariste. 
Or, dans ces épisodes déjà faibles, Kirkman commet un faux pas si grotesque que l'on est en droit de s'interroger sur son envie de poursuivre cette série qu'il voulait si longue. Alors que rien ne l'exige, l'un des personnages fait une longue déclaration à Rick, prétendant qu'il est le seul à pouvoir insuffler du courage (ah bon ? pourquoi ?) aux membres de la communauté, que rien ne tient plus sans lui (leur survie reposerait sur un seul homme ?), qu'il est un chef que tous suivront et que l'on ne peut retrouver cela nulle part ailleurs. C'est le fameux écueil du "héros déclaré". Cela relève au mieux d'un manque de travail, ce qui n'est déjà pas glorieux, au pire d'une méconnaissance des principes essentiels qui sous-tendent l'écriture. 
Pour certains personnages, Rick peut en effet incarner un sauveur providentiel (encore que même ses proches remettent souvent en cause son aptitude à décider), mais pour Jésus (celui qui lui tient le discours résumé plus haut), cela n'a aucun sens, si ce n'est de réaffirmer artificiellement le rôle de Rick dans un scénario qui prend l'eau. 

Pour la première fois, j'en viens à penser que ce tome est dispensable (en achetant le suivant, vous en serez au même point) et même clairement mauvais, non pour des considérations d'inclination mais bien à cause d'une indigence qui frôle le cynisme. 
Kirkman n'a jamais été un génie, c'est un fait (cf. le cas Kirkman), mais il ne pouvait tout de même pas jusqu'ici être accusé de fainéantise flagrante. Et, puisque c'est maintenant le cas, je m'étonne que cela soit sur la série que lui-même considère (avec raison) comme l'œuvre de sa vie.

Personne ne peut indéfiniment briller en comptant uniquement sur une aura certes prestigieuse mais passée et clairement incapable de masquer des manques aussi grossiers.
Ce tome obtient généreusement un "BOF" (et évite le "BEUARK") uniquement à cause des comics précédents, dont il est l'héritier inconsistant, si ce n'est le vague cousin attardé.
Du foutage de gueule, d'autant plus douloureux qu'il survient sur un titre qui fut, pendant très longtemps, excellent et sans défauts.  

+ heu... c'est sorti plus tôt que prévu (effet engoulevent)
- invraisemblances
- maladresses (parfois ahurissantes)
- idées novatrices tuées dans l'œuf
- surplace
- dessins parfois bâclés
- lourdeurs dès l'intro