29 avril 2014

Le Silver Surfer, par Stan Lee & Moebius

Deux légendes de la BD se rencontrent dans Silver Surfer : Parabole, réédité il y a quelques jours.

Le monde est sous le choc lorsqu'un astronef extraterrestre est repéré. Alors que l'engin se pose sur Terre, un être immense en sort : il s'agit de Galactus. Rapidement, le géant est déifié et une foule de fanatiques se met à suivre ses préceptes. Le révérend Candell, qui comprend l'avantage qu'il pourrait tirer de la situation, se proclame alors prophète.
Un seul être va se dresser contre la folie qui s'empare de l'humanité. Il va se débarrasser des guenilles sous lesquelles il se dissimulait pour affronter son ancien maître... 
Ainsi peut-on résumer le pitch de ce récit de 50 planches, écrit par Stan Lee et dessiné par le regretté Jean Giraud, alias Mœbius.

Voilà une rencontre artistique aussi improbable qu'excitante, qui a généré une œuvre possédant de vraies qualités graphiques mais de tout aussi indéniables défauts. Ces derniers sont pratiquement tous imputables au seul Stan Lee qui, s'il a maintes fois démontré qu'il pouvait inventer d'excellents concepts, est à peine un véritable scénariste et n'a guère évolué depuis les années 60 (cette histoire date de la fin des années 80).
Ce qui pose réellement problème, c'est l'ambition démesurée affichée par Lee dès l'introduction (il souhaiterait conter une fable philosophique, censée nous interroger sur la destinée de l'Homme) et le manque criant de moyens dont il dispose pour atteindre son objectif.

Plus gênant encore, l'éditeur nous parle de "chef-d'œuvre" sur la quatrième de couverture. Encore une fois, le terme est si galvaudé qu'il perd toute signification. Le scénario repose en effet sur un fond si niais et naïf qu'il en devient ridicule. A peine pourrait-on, avec un tel propos, s'adresser à de très jeunes enfants, et encore. On en est quand même à du "tant qu'il y a de la vie, l'espoir est permis" et autres envolées du même acabit. La description de la versatilité de la foule est ridicule, l'emprise du révérend ne repose sur rien, le Surfer déblatère des banalités sur un ton sentencieux et le tout dégouline d'une morale aussi minimaliste qu'agaçante.
Bref, au niveau de l'écriture, c'est zéro, le vide absolu.

Si l'on considère donc ce comic uniquement par le biais de son histoire insipide, il n'y a pas grand-chose à en tirer. Heureusement, le présence de Mœbius change tout. Non seulement l'artiste apporte sa sensibilité et son talent à des planches élégantes, à la colorisation douce et plutôt nuancée pour l'époque, mais il se livre dans les bonus à diverses explications et confidences assez intéressantes.
En tout, ce sont 27 pages supplémentaires qui viennent enrichir l'ouvrage. Les commentaires de Mœbius sont nombreux et denses (l'on regrettera cependant la présence de fautes et coquilles). Il évoque notamment la manière de travailler chez Marvel (en réalité, c'est plus la méthode Lee que la méthode Marvel), les difficultés techniques qu'il a pu rencontrer, la façon dont il voit les personnages ou encore l'importance du lettrage.

Panini a eu la bonne idée de joindre aux bonus les illustrations de divers personnages Marvel que Mœbius a réalisées. Elles sont tout bonnement magnifiques. Vous pouvez apercevoir un Spider-Man à la fin de cet article, mais il y a aussi la Chose, Elektra, le Punisher, Wolverine, Daredevil et Iron Man. Tous sont très réussis, avec peut-être une mention spéciale pour la puissance dégagée par la Chose, ou l'animalité d'un Wolvie. 
A voir cela, l'on regrette finalement que ce soit le Surfer (et son concept philosophico-pleurnichard, très européen) qui ait été retenu pour cette collaboration. Un thème plus proche du super-héroïque classique aurait certainement donné une meilleure matière que cette SF verbeuse. 

Une curiosité, qui ne vaut que par la présence et le talent de Mœbius. 

+ Mœbius !
+ bonus nombreux et intéressants
- scénario d'une naïveté confondante...
- du coup, la prétention affichée en devient (très) gênante








27 avril 2014

Infirmiers, patients et divertissement

Il est des boulots, comme ça, que l’on sait « nobles » mais que l’on ne comprend pas tout à fait tant que l’on n’y est pas personnellement confronté. Infirmier est l’un d’eux.

J’avoue que, comme tout le monde, j’avais une vision très imparfaite et caricaturale des infirmières et infirmiers. Oh, bien sûr, j’en avais déjà rencontrés, dans des circonstances heureuses, dans des maternités notamment, et cela ne m’avait donc pas marqué.
Car, bizarrement, la gentillesse est superflue quand tout va bien. On la remarque à peine.
Lorsque l’on est confronté à une situation douloureuse, lorsque par exemple un proche hurle de douleur devant vous, là, c’est autre chose.
Là on rentre dans une autre dimension.

Les médecins, s’ils sont essentiels et subissent des rythmes ahurissants, sont parfois un peu… « rudes » dans leur manière d’annoncer les choses. Ils n’ont pas le temps de prendre des gants, pas ceux-là en tout cas.
Les infirmières et infirmiers n’ont guère plus de temps libre, mais ils ont toujours, pour la plupart, un geste, un mot rassurant.
Leur dévouement, leur gentillesse, leur présence changent tout.
Ils m’ont fait réviser mon jugement sur les gens en général, car oui, parfois, des inconnus peuvent, de manière désintéressée, vous apporter aide et réconfort.

Cela va au-delà de leur travail, je ne parle pas de leur professionnalisme, qui est évident, je parle de ces moments, nombreux, où un sourire, un geste, un mot peuvent faire la différence.
Pour cela, ils ne seront jamais assez payés.
Ce n’est tout bonnement pas quantifiable.

Au-delà d’un hommage mérité, je voulais vous proposer de les aider, un peu, dans leur tâche. Par le biais du divertissement.
La télévision coûte relativement chère (sur le long terme) en milieu hospitalier et tous les patients n’ont pas forcément la possibilité de lire. Par contre, il existe parfois des trucs tout simples qui permettent d’améliorer un peu les conditions d’hospitalisation.
Par exemple, l’Hôpital Bel Air de Thionville, grâce à diverses initiatives, a pu acheter des lecteurs DVD et quelques films que les patients peuvent voir, gratuitement (les œuvres sont achetées, mais pas par eux). Il est donc possible, pour aider, de faire don de quelques DVD. Bon, peut-être pas du Godard, on ne va pas leur filer une dépression en prime aux mecs, mais des comédies, de l’action, de la SF, bref, un peu d’évasion.

Je vous encourage donc, si vous le souhaitez, à avoir un geste bienveillant.
Renseignez-vous auparavant, certains hôpitaux n’ont peut-être pas les mêmes équipements, mais il est certainement possible d’aider, un peu, chacun à sa manière, selon ses possibilités.
Ne passez pas par l’administration des hôpitaux, c’est là un autre monde, adressez-vous aux infirmières et infirmiers. Ne ramenez pas non plus des stocks, ils ne sauraient sans doute pas quoi en faire, tâtez le terrain, voyez si certains services ont des besoins spécifiques (la réanimation, contrairement à ce que l’on croit, nécessite parfois plusieurs jours de présence, même avec des patients conscients, et les films sont parfois alors un passe-temps précieux, surtout avec des règles de visites plus strictes).

Je ne crois pas aux « grands » mouvements, à la lourdeur de la masse, mais les initiatives individuelles peuvent parfois changer la donne.   

Si certains souhaitent faire part d’idées (ou de besoins) qui vont dans ce sens (peu importe la région), je relaierai l’information à la suite de ce texte et sur les réseaux sociaux.  


Nous sommes démunis devant la souffrance, c’est là l’affaire des médecins, mais nous pouvons peut-être combler l’ennui. 
Des lecteurs ont bien lancé un mouvement consistant à abandonner un livre sur un banc, d'autres ont amorcé une pratique visant à payer un café supplémentaire ou un sandwich dans un bistrot, pour une personne moins chanceuse, peut-être pouvons-nous, parfois, nous payer un film et le ramener dans un hôpital. 
Il ne s'agit pas de "voler" une œuvre, mais bien de l'acheter pour que d'autres en profitent. 
  

Runaways : Rock Zombies

Les derniers épisodes de la troisième série des Runaways sont parus ce mois en France. Gros plan sur cet ultime album intitulé Rock Zombies.

Comme l'on avait déjà pu le souligner, le parcours éditorial des Runaways (ou Fugitifs) aura été particulièrement chaotique en France. Entre les Mini-Monsters, les Deluxe, les 100% Marvel et les revues kiosque à l'occasion de divers ties-in, les choix de Panini semblent destinés à tester la patience du lectorat face à son improbable jeu de piste.
Si cette troisième saison accuse le coup au niveau de la qualité sur sa fin, elle recèle tout de même quelques moments intenses et se termine sur un cliffhanger qui laisse supposer une éventuelle suite.
Voyons en détail les huit épisodes de cet épais comic.

On commence par l'arc le plus faible, intitulé Rock Zombies. Il est pourtant écrit par le talentueux Terry Moore (excellent sur Strangers in Paradise ou Echo) mais souffre d'une intrigue sans grand intérêt, à base de simili morts-vivants, zombifiés à l'aide d'un titre de rap électronique dans lequel est inclus un élément magique qui transforme les auditeurs pour peu... qu'ils aient auparavant subi une intervention de chirurgie esthétique. Même si l'on peut comprendre que le rap puisse donner la nausée, l'on admettra volontiers que ce n'est pas le concept du siècle. Reste les dessins, mignons et joliment colorisés, de Takeshi Miyazawa

Un épisode de transition, scénarisé par Chris Yost, relève le niveau en emmenant Molly Hayes, la benjamine du groupe, visiter les locaux des X-Men. Cyclope la confie aux bons soins de Wolverine, qui ne se réjouit pas de la tâche à accomplir. Molly aurait d'ailleurs également préféré un autre guide puisqu'elle n'aime pas beaucoup l'odeur de bière du Griffu. 
Visite complète (salle des dangers, Blackbird, salle de cours, de réunion, Cérébro, cuisine...) plutôt sympa et drôle. Dommage que cela se termine sur un affrontement superflu contre un vilain tout naze.

Enfin, le tandem Kathryn Immonen (scénario) et Sara Pichelli (dessin) reprend les commandes pour un arc final de quatre épisodes.
Là encore, on est loin de la qualité de l'époque Vaughan. La narration est embrouillée, les dialogues parfois difficiles à suivre (peut-être est-ce accentué par la transposition en VF), et les transitions manquent de fluidité. Malgré tout, certains moments intimistes parviennent à sauver la conclusion du naufrage, tout comme deux scènes plutôt chargées en émotion mais relativement mal exploitées en comparaison de leur potentiel.

Le bilan est donc globalement décevant, surtout pour un volume censé conclure un cycle. Les scènes d'action sont pratiquement toutes aussi mauvaises qu'ennuyeuses et les parties, plus intéressantes, centrées sur la vie du groupe et les relations entre les personnages sont mal servies par une écriture manquant d'ambition et de maîtrise. 
Il faut ajouter à cela le peu d'accessibilité de la série, qui restera pratiquement opaque à toute personne qui tenterait de la prendre en cours de route. L'effet est encore accentué par le manque d'implication et de travail éditorial de Panini : le nombre de personnages et la complexité (et l'importance) de leurs relations nécessitaient absolument une ou deux pages rédactionnelles consacrées à leur présentation.

Même si l'on est un fan absolu du groupe d'adolescents, les nombreux défauts - tant scénaristiques qu'éditoriaux - de ce dernier tome risquent d'occulter les rares moments drôles ou dramatiques.
Quel dommage.

+ les Runaways !
+ l'aspect visuel
+ l'humour (pour la partie X-Men)
+ un évènement, certes mal exploité, mais marquant
- de l'action soporifique
- dialogues manquant d'inspiration
- scènes parfois confuses
- aucun travail éditorial de la part de Panini pour faciliter l'accès à la série
  




26 avril 2014

Côté Comics, saison 02 - épisode 16



Le nouvel épisode de Côté Comics est disponible.
Au sommaire : les news comics de Julien, qui répondra également à une question concernant l'Intergang, un reportage sur l'exposition Marvel à Paris, et enfin Jeff vous parlera des équipes de super-héros de DC Comics en vous donnant de judicieux conseils de lecture pour les aborder de la meilleure façon qui soit !



Côté Comics : s02e16






24 avril 2014

Before Watchmen : Rorschach

Le point sur le Before Watchmen consacré à Rorschach.

Voilà sans doute l'une des mini-séries les plus attendues de la préquelle de Watchmen. Il faut dire que Rorschach, par son côté jusqu'au-boutiste, sa violence mais aussi son look ou son indéniable charisme, est devenu un personnage légendaire, symbole du Héros réaliste, souffrant sous son masque et voué au pire des destins.
S'il y avait donc des épisodes à ne surtout pas rater, c'étaient bien ceux-là. Et pourtant...
Le tandem qui a officié sur la série est composé de Brian Azzarello (Loveless, 100 Bullets...) et Lee Bermejo (Batman : Noël, Wednesday Comics : Superman). Voyons tout de suite le résultat d'un duo qui, sur le papier, semblait plutôt bien trouvé.

Graphiquement tout d'abord, il sera difficile de trouver quelque chose à reprocher à un Bermejo qui nous livre des planches particulièrement soignées, dépeignant un New York crépusculaire de la fin des années 70. La colorisation, de Barbara Ciardo, est également très travaillée, allant par exemple jusqu'à rendre à la perfection l'effet dégoulinant de la pluie frappant une vitre. 
Mais si l'aspect visuel est réussi, le scénario l'est beaucoup moins. Après un excellent Minutemen et un Ozymandias décevant, l'on frôle même ici la catastrophe.

Azzarello choisit de mélanger deux intrigues ; l'une sur un gang de dealers, l'autre sur un tueur en série qui laisse des messages sur le corps de ses victimes. Malheureusement, aucune de ces histoires ne tient la route. Et pour de nombreuses raisons.
Rorschach, tout d'abord, perd un peu de sa superbe et semble particulièrement maladroit. Il perd, sans panache, les deux confrontations qui l'opposent au fameux gang. Mais bon, passe encore. Ensuite, il est sauvé in extremis par l'intervention improbable d'un... tigre (une allusion tirée par les cheveux, la barbe et tout ce qu'il est possible de tirer comme poils, au poème de Blake et à "l'effroyable symétrie"). Pire, le chef du gang est d'une stupidité confondante. Après n'avoir même pas vérifié que Rorschach était bien mort la première fois, il se contente ensuite de le laisser vaguement attaché sur un lit la deuxième, en déléguant le boulot (les vilains devraient savoir que les sous-fifres s'en sortent rarement bien). Ce n'est même plus cliché, c'est risible.
Et bouquet final, le gros dur se fait buter de la manière la plus crétine qui soit (et sans l'aide de l'ami Rorschach), alors qu'il va, revêtu du masque aux célèbres taches, tabasser des gens dans la rue sans que l'on comprenne pourquoi...

Oui, ça fait beaucoup quand même, mais ce n'est pas fini. La seconde intrigue n'a pratiquement aucune utilité, Rorschach s'en désintéressant et réglant le truc à la va-vite dans la dernière planche. Il faut encore ajouter à cela la fadeur de la pseudo love story, les énormités (Rorschach crache une flaque de sang sur une table dans un diner, mais un séjour éclair à l'hôpital le remet sur pied), les scènes aussi ennuyeuses qu'inutiles (dans le taxi par exemple), les combats au rabais et les dialogues moisis (jusqu'aux noms ridicules : Crâne Cru), et l'on aura un début d'idée de l'énorme ratage.
Le scénario est si mauvais qu'il est étonnant qu'il ait pu être validé. A croire qu'un nom connu (et encore, Azzarello ne doit sa célébrité qu'au bien surestimé 100 Bullets) suffit pour faire passer, aux yeux des éditeurs, de la bouse pour de la mousse au chocolat. 
Du magnifique personnage bâti par Moore, il ne reste que son accoutrement, inhabité. La descente aux enfers que l'on était en droit d'attendre est remplacée par une farce maladroite dont l'indigence et l'amateurisme sont aussi criants qu'accablants. 

Si c'était pour le malmener de la sorte, il aurait sans doute été préférable de laisser Rorschach reposer en paix. Lorsque l'on déterre un mythe (sujet évoqué dans cette chronique), mieux vaut que ce soit avec panache. Si le talent excuse toutes les profanations, le manque de travail n'en permet aucune.

+ Bermejo
- difficile d'énumérer tous les défauts de ce "scénario" : ennuyeux, invraisemblable, ridicule, poussif...
- l'excellent Rorschach, dramatiquement sous-exploité, et même pas exploité du tout en réalité
- des intrigues sans intérêt 






Entretien avec... Eleonore Doosterlinck !


C'est avec grand plaisir que nous accueillons aujourd'hui la responsable éditoriale de la collection Marvel Comics de Hachette, Eléonore Doosterlinck, afin d'en savoir un peu plus sur ce florilège de sagas de la Maison des Idées. 

Bonjour Eléonore, et merci de prendre un peu de temps pour répondre à nos questions. Pouvez-vous, pour commencer, nous dire quel rôle vous avez tenu dans l’élaboration de cette collection ?
– Cette belle collection est le fruit du travail concerté de plusieurs équipes, en France, en Italie, aux Etats-Unis, et ce projet ne serait rien sans l’enthousiasme de tous. Je m’occupe pour ma petite part du suivi éditorial en France.

Comment, et sur quels critères, les différentes sagas et séries ont-elles été sélectionnées ?
– La popularité des héros Marvel n’est pas exactement la même partout, en France, certains Super-Héros sont plus connus et familiers qu’en Angleterre ou qu’aux États-Unis. Nous avons voulu représenter les personnages les plus emblématiques pour le public français, tout en ouvrant les perspectives sur des créations moins connues de la Maison des Idées, comme la saga Marvel Zombies ou le personnage de la Panthère Noire. Le choix des séries a ensuite été évident, car la collection a pour ambition de faire connaître ces Super-Héros dans ce qu’ils ont de plus emblématique et de donner à lire l’incontournable. Nous voulons permettre aux lecteurs novices d’entrer facilement et avec plaisir dans cet univers incroyable et tellement foisonnant ! Cette collection est en fait un best-of et une porte d’entrée.

Le premier volume de la collection comportait six épisodes de 22 planches. Certains numéros pourront-ils être plus volumineux ou est-ce là une constante ?
– Les livres varient de cent à deux cent soixante pages : rien n’est constant en ce qui concerne le nombre d’épisodes, tout dépend des évènements racontés et de la production éditoriale existante. C’est ainsi que le premier opus de la collection, The Amazing Spider-Man : Vocation comporte 6 épisodes, et le volume 5 sur le même personnage, The Amazing Spider-Man : La Naissance de Venom en comporte 7, issus de deux sagas différentes : Amazing Spider-Man et Web of Spider-Man. Le nombre de planches varie aussi en fonction des sélections.

Dans le premier numéro, un « point sur la situation » permet de préciser un peu le contexte pour permettre au lecteur de s’y retrouver. Ce type d’introduction sera-t-il systématique pour tous les récits ?
– Ce type d’introduction est effectivement systématique, car chaque héros de la collection a une histoire longue, dense et riche, et que nous l’abordons à un point signifiant. Chaque livre est donc resitué dans son contexte, pour que tous les lecteurs, les inconditionnels comme les néophytes, s’y retrouvent.

D’autres collections Hachette concernant les comics (DC Comics par exemple) pourraient-elles voir le jour dans un avenir proche ?
– Nous commençons tout juste à explorer l’immense univers des comics Marvel, je souhaite déjà que cette collection vive bien et que nos lecteurs soient pleinement satisfaits ! Mais rien n’est impossible…

On a pu voir, au niveau des bonus du premier numéro, des croquis, des galeries, des présentations d’artistes, y aura-t-il d’autres types de matériel rédactionnel dans la collection et si oui lesquels ?
– Les bonus du dossier additionnel comportent exactement ce que vous citez : des couvertures variantes, des croquis, des galeries de costumes ou de Super-Vilains, des dossiers thématiques qui présentent les origines du personnage et le travail des dessinateurs et des scénaristes, et une petite sélection d’ouvrages pour aller plus loin.

La traduction employée est celle qui avait été utilisée par Panini. L’on sait que les VF de cet éditeur ne sont pas exemptes de maladresses et d’erreurs, y aura-t-il des corrections apportées le cas échéant ?
– Les traductions sont bien sûr modernisées et retravaillées, mais nous tenons aussi à garder ce qui fait le sel des comics, les mots propres au milieu ou aux personnages et qui parlent à tous les fans. Nous essayons de faire en sorte par exemple que les plus vieux comics restent danr leur jus d’époque et gardent leur saveur, mais il faut aussi que les livres restent accessibles. C’est un exercice assez périlleux !

Certains lecteurs souhaiteraient « piocher » un peu dans la collection, en prenant certains tomes et en en laissant d’autres de côté. Pourront-ils tous les trouver en kiosque ou est-il préférable de s’abonner ?
– Le risque d’acheter un livre de temps en temps en kiosque est que l’approvisionnement se tarit à la longue : en effet, le commerçant ne demande pas des ouvrages qu’il n’est pas sûr de vendre. Si vous voulez compléter votre collection personnelle, il vaut mieux s’abonner, ce qui vous permet en plus de bénéficier de nombreux cadeaux liés à l’univers des Super-Héros Marvel. Il est aussi possible de commander les livres au numéro sur notre site Internet (www.hachette-collections.com), mais en butinant un livre par-ci, par-là, la frise ne sera pas complète et ce serait dommage car, croyez-moi, elle vaut vraiment le coup !




22 avril 2014

Before Watchmen : Ozymandias

Nouveau titre consacré à Before Watchmen avec la mini-série Ozymandias

Après le tome dédié aux Minutemen (et avant de parler, avec un peu de retard, de celui consacré à Rorschach), voici venu le tour d'Adrian Veidt, alias Ozymandias. Magnat de la finance, prodige intellectuel, maître en arts martiaux, Veidt a de quoi impressionner mais ne part pourtant pas forcément gagnant si on le compare aux autres personnages de Watchmen. Moins sympathique que le Hibou, moins impressionnant que le Dr Manhattan, et infiniment moins charismatique que Rorschach, Veidt, bien qu'au cœur de l'intrigue de la série originelle, a du mal à incarner autre chose qu'un être froid, calculateur et dépourvu d'empathie. 
Loin de remettre en cause la vision de Moore, Len Wein (officiant ici comme scénariste et ayant contribué à la première série en tant que responsable éditorial) la suit trop scrupuleusement pour parvenir à véritablement se détacher des pas de son prédécesseur.

On commence par en apprendre un peu plus sur l'enfance et les escapades de jeunesse d'Adrian. Bizarrement, alors qu'il est pourtant maltraité par une bande de petites frappes, il reste résolument antipathique, sorte de bête savante dénuée de tout sentiment humain (ce qui le conduira à échafauder son futur plan de psychopathe pour "sauver" le monde). 
A ce niveau, Wein respecte complètement la psychologie du personnage, malheureusement, certains choix l'empêchent de lui donner un nouvel essor. Tout d'abord, tout est "raconté" par Ozymandias, avec force pavés de texte, ce qui ne facilite pas l'immersion dans l'action, celle-ci étant souvent décrite au lieu d'être "vécue".
Ensuite - et c'est peut-être là la plus grande réserve que l'on peut émettre - Wein se contente de montrer en détail la manière dont Ozymandias construit son plan, comme s'il n'était qu'au service de Watchmen et oubliait que Before Watchmen avait également besoin d'exister en tant que série.

En effet, pour les inconditionnels de la saga, il n'est nul besoin d'expliquer plus avant le cheminement et la stratégie d'Ozymandias, cela avait été très bien fait par Moore. Quant aux lecteurs qui souhaitaient faire un bout de chemin supplémentaire avec le personnage, ils devront se contenter de son incessant caquetage autocentré. On a déjà vu plus folichon, même si certains passages, mettant en scène des faits historiques, sont loin d'être inintéressants. On peut également regretter l'absence totale de réflexion concernant l'étrange morale d'Ozymandias. Pas trace non plus d'un début d'explication concernant sa personnalité. 
C'est finalement Jae Lee qui s'en sort le mieux ici, en composant des planches remarquables. Son style, bien qu'esthétique, reste très statique mais ça ne pose aucun problème dans ce cas particulier, la narration choisie s'y prêtant. 
L'ouvrage est complété par une galerie de covers alternatives. Signalons également la VF sans défaut de Doug Headline et Edmond Tourriol. 

Une mini-série décevante qui n'apporte pas grand-chose. 

+ ambiance graphique
+ quelques scènes savoureuses
- une narration lourde et ennuyeuse
- aucune prise de risque ni nouveauté





  

20 avril 2014

Capitaine Albator, le pirate de l'espace : l'intégrale


Afin d'aborder le sujet du jour, une intégrale des aventures d'Albator parues en format papier (donc le manga original) et traduites en français, il est nécessaire de revenir brièvement sur le personnage lui-même, au cas où me liraient quelques ressortissants du Paléolithique ressuscités pour la cause. 

Les aventures du corsaire spatial qui nous a fascinés dans notre jeunesse sont d'abord parues, comme de bien entendu, en manga : le grand Leiji Matsumoto en a publié 5 chapitres entre 1977 et 1979, édités par Akita Publishing. Très vite, le personnage du Captain Herlock (ou Harlock, suivant les traductions), ont connu un succès tel que le marché de la vidéo lui tendit les bras, au point que l'auteur dut mener de front l'évolution de la première série télévisée et celle de la série originelle. Un travail en parallèle qui finit par privilégier l'anime, dont les premiers épisodes débarquèrent très tôt sur les chaînes internationales et firent les beaux jours des émissions jeunesse dans notre PAF jusque lors endormi l'après-midi. La première série, renommée plus tard Albator 78, voyait, en 2977, le fier capitaine corsaire et son équipage affronter les terrifiantes Sylvidres, extraterrestres d'origine végétale à la semblance de femmes sublimes, à bord de son fidèle Atlantis, le vaisseau créé par un ingénieur surdoué, capable de se diriger seul et doté d'une puissance de feu phénoménale.

Tout était "cool" dans Albator : le design des astronefs et des tenues, la manière dont les Sylvidres mouraient (elles s'enflammaient en poussant un cri vous glaçant les os) et surtout le personnage même d'Albator, héros mystérieux, taciturne, foncièrement bon mais rongé par de vieilles rancunes. Sabre-laser au côté, cicatrice et bandeau sur l’œil, la tête de mort sur la poitrine et cette cape rouge et noire : inflexible, irrésistible, invincible. 
Plus tard, Albator engendrera une seconde série (Albator 84), sorte de préquelle légèrement divergente, à l'animation plus fluide et aux dessins plus soignés, qui raconte la genèse de ce corsaire à l'époque où il était encore un officier des armées humaines embrassant la cause de rebelles avec l'aide de son meilleur ami. On y croisait également Emeraldia (ou Esmeralda, suivant les traductions) qui les initiera au "piratage" (je simplifie, bien entendu). Matsumoto n'aimant rien tant que faire s'interagir les personnages au sein de l'univers qu'il a créé, il a également inséré Albator dans Galaxy Express 999.

Si le récent film d'animation (sorti chez nous en décembre 2013) s'inspirait davantage d'Albator 84, la trame du manga est celle de la première série. Et, pour les amateurs de celle-ci, c'est assez étrange à lire car, comme l'équipe de Kana l'explique fort bien dans la présentation, les lecteurs passent leur temps à se remémorer les animes. Or on constate que, si l'ensemble était fidèle au manga, certains ajustement avaient été effectués déjà à l'origine, comme le statut des Terriens par exemple, ou l'attitude générale des corsaires, présentés ici comme d'incorrigibles pochtrons, passant leur temps à boire, dormir ou jouer - mais complètement efficaces au moment des combats.
Le manga au contraire prend son temps pour démarrer et nous présente une Terre peuplée d'humains veules, ignorants et incapables de la moindre initiative : des proies faciles pour les terrifiantes Sylvidres et leur armada infinie surgie d'une galaxie au-delà de l'espace connu. Celles-ci sont tout aussi fascinantes que dans la série et dissimulent le secret des origines de la vie sur Terre comme la véritable raison de leur désir de conquête. Face à elles, se dresse seul l'équipage de l'Arcadia (un travail minutieux et pertinent de traduction a été entrepris pour demeurer le plus possible fidèle au texte original tout en essayant de ne pas trop altérer les souvenirs des fans de la série télévisée en français pour laquelle de nombreux noms avaient été modifiés). Tout cela pour vous dire qu'il est difficile de faire abstraction de ses souvenirs, surtout lorsqu'ils ont été marquants.
L'oeuvre originale s'avère ainsi déstabilisante, avec ses fonds très travaillés (une constante chez Matsumoto : on sent une véritable passion pour les visuels d'ingénierie (cadrans, manettes et tous les accessoires d'un vaisseau futuriste)) et ses personnages moins détaillés, en dehors d'Albator avec ses poses iconiques. Les petites cases multiplient les gros plans sur des visages mal définis, souvent grossiers et les scènes de combat manquent de dynamisme et de lisibilité. Néanmoins, l'histoire est intéressante et, si elle manque de rythme, ses révélations font avancer régulièrement l'intrigue jusqu'à la confrontation finale entre la reine Sylvidra et le capitaine (confrontation qu'on ne lira jamais car l'intégrale s'arrête au chapitre 5, les autres n'ayant jamais été écrits), en levant petit à petit le voile sur de nombreux mystères (le concepteur du vaisseau, l'origine des Sylvidres, leur avancée technologique). On s'amusera à retrouver des concepts à la fois très savants mêlés à des considérations plus proches des pseudo-sciences et agrémenté de ce technobabble cher aux trekkies : on navigue souvent entre Star Trek, X-Files et... les Mystérieuses Cités d'or. C'est rédigé tout en accélération, avec un premier chapitre un peu poussif et les suivants qui sont de plus en plus denses, malgré quelques rappels parfois théâtraux et pompeux qui trahissent l'âge du texte. Albator s'avère plus complexe que prévu et on ne peut qu'être frustré par les nombreuses ellipses et énigmes qui obscurcissent les intentions des personnages. 1084 pages qui se lisent somme toute assez rapidement mais qui s'achèvent avant la fin de l'histoire, laissant notre imagination vagabonder pour tenter de percer le secret de ce membre d'équipage fantôme, ou notre cerveau aller à la pêche aux souvenirs.

Cette intégrale est donc disponible chez Kana, dans la collection Sensei, en un volume épais et bien documenté, à parcourir, évidemment, dans le sens japonais de lecture.

+ le héros le plus cool de l'Univers
+ c'est "collector"
+ une traduction fidèle et respectueuse des anciens fans
+ des suppléments explicatifs très clairs
+ un bel objet dans une bibliothèque
+ c'est l'intégrale
- c'est l'intégrale, et c'est inachevé !
- personnages souvent bâclés
- des lourdeurs et des répétitions

19 avril 2014

Ultimates : Super-Humains

Le quatrième tome de la collection Hachette est consacré aux Ultimates et s'intitule Super-Humains. Tout de suite, le point sur ce premier arc de la série.

Rappelons qu'au début des années 2000, Marvel a l'idée de lancer sa gamme Ultimate, développant des séries débarrassées de la continuité classique et se déroulant dans un univers parallèle (le 1610). Le concept ne tient en réalité que sur le moyen terme (car, à force, il génère lui-même sa propre continuité), mais il a le mérite de voir débarquer des séries de grande qualité, comme Ultimate Spider-Man (par Bendis) ou justement les Ultimates, sorte de version modernisée des célèbres Avengers.
Ce nouveau volume de la collection Hachette (cf. cette chronique) reprend les six premiers épisodes de la première saison, écrits par Mark Millar (Superior, Wanted, Superman, Nemesis, Wolverine, Kick-Ass, Trouble) et dessinés par Bryan Hitch.

Si vous n'avez pas cédé à l'appel de ce comic lors de sa parution en kiosque ou en deluxe, voilà une excellente occasion de vous y mettre car, il faut l'avouer, c'est en tout point une réussite. 
L'on retrouve un Tony Stark charismatique et dragueur, menant grand train, un Thor dont on ne sait s'il est réellement un dieu ou le gourou d'une secte altermondialiste, un Captain America à la fois émouvant et servant de jeu de contraste par rapport à l'évolution de la société américaine et de ses valeurs, un Bruce Banner pathétique et, enfin, un Giant-Man et une Guêpe qui ont des relations plus que tendues.
Le tout est magnifié par les planches de Hitch.

Plus qu'une histoire complète, il s'agit ici d'une introduction dans l'univers des Ultimates. L'on y fait connaissance avec Nick Fury et le SHIELD, mais les auteurs s'offrent également quelques guests de luxe, en la personne de Bush himself par exemple, ou de Shannon Elizabeth (moins connue mais plus sexy).
Surtout, deux combats épiques, bien que très différents, sont brillamment mis en scène : le premier, apocalyptique, oppose Hulk au reste de l'équipe, dans un New York sous la pluie et les explosions, le second entre Janet et Hank Pym, dans une scène de ménage qui dégénère et aborde le thème de la violence conjugale d'une manière originale (jamais un simple insecticide n'avait eu autant de portée dramatique).

Bref, c'est une bonne histoire, moderne, accessible et offrant du grand spectacle agrémenté de quelques vannes. Très hollywoodien finalement.
Question bonus, l'ouvrage contient un topo sur les auteurs ainsi qu'une galerie comparant les looks des personnages classiques (de l'univers 616) et leur évolution Ultimate (plutôt une bonne idée). Les covers sont par contre réduites au minimum (six sur une seule planche, un peu cheap). En tout, six pages de compléments.

Une excellente série, efficace et dynamique.

+ percutant
+ esthétique
+ accessible
+ des Vengeurs modernisés
- bonus un peu justes, notamment pour les covers réduites




  

14 avril 2014

Clone #1 : Première génération


Au premier trimestre 2014, les éditions Delcourt présentaient un ouvrage qui a su attirer mon attention sur l'étal de mon libraire et dealer de comics favori (bravo donc aux décideurs pour le choix de la couverture, choix par ailleurs expliqué dans les suppléments en fin de volume) : Clone. Encore une fois - mes lecteurs vont finir par croire que je suis si prévisible - c'est avant tout le style graphique de la première de couverture qui m'a aimanté car j'ai reconnu immédiatement l'inimitable patte du très méticuleux Juan José Ryp.

L'artiste espagnol, connu pour son trait fin et dynamique et pour sa propension à meubler ses décors d'une myriade de détails rappelant le travail d'un Geoff Darrow, fait effectivement partie de mes dessinateurs favoris, et je n'hésite que rarement lorsque j'aperçois une de ses œuvres.
A y lire de plus près, le propos était engageant, mais pas que : le thème du "clone" génétique dans un contexte d'anticipation, quoique porteur, n'est pas forcément une garantie de succès narratif (le récent film avec Bruce Willis en est une preuve évidente). Il fallait de la rigueur, de l'imagination et une maîtrise aiguë du suspense pour parvenir à créer un récit captivant à l'aune des sujets abordés. Le fait qu'il ait été publié par Kirkman pouvait toutefois augurer du meilleur.

Et j'ai bien du mal à exprimer mon enthousiasme devant ce qui est, en outre, le premier volume affiché d'une série déjà prête à être portée sur nos écrans. Rien de galvaudé, cependant, c'est juste que l'ouvrage ne m'est pas apparu très convaincant, quand bien même il affiche quelques atouts non négligeables.
C'est que d'abord, ça démarre mou. Et là, je me rends compte que je m'exprime mal. En fait,
il se passe beaucoup de choses dans le premier chapitre (l'album en compte 5) : c'est violent, sanglant et très agité. Mais les révélations attendront que la tension retombe. Vous voyez où je veux en venir ? C'est ça : nous sommes typiquement dans un tempo de série télévisée, avec une entame accrocheuse mais avare d'informations et une présentation fragmentaire et progressive des personnages principaux (sachant que les premiers à l'écran ne sont pas forcément ceux qu'on suivra jusqu'au bout). Il faut dire que c'est David Schulner qui est au manettes du scénario. Ce nom ne vous dit sans doute pas grand chose à moins que vous ne soyez adeptes de Desperate Housewives, dont il a été scénariste et producteur. Ah ça vous en bouche un gros coin, là ! Oui, je sais. Rassurez-vous, le bonhomme a également officié sur the Event, il est donc capable de raconter autre chose que les tribulations de bourgeoises en manque. Le fait est qu'il mène sa barque avec autorité, sans pour autant s'être débarrassé de certaines scories liées au monde télévisuel. Ainsi, après un premier chapitre haletant (disais-je) mais frustrant, on va suivre notre héros, le jeune et avenant docteur Luke Taylor, allant de révélation en révélation : alors qu'un clone gravement blessé se retrouve chez lui, un autre kidnappe sa femme sur le point d'accoucher, et un troisième lui propose de l'aider, non seulement à retrouver son épouse, mais également à survivre car l'un d'entre eux a décidé de tous les éliminer. Le pauvre Luke se découvre une chiée ribambelle de clones dont il ignorait jusque lors l'existence. Et pendant ce temps, le vice-président se ronge les sangs dans l'attente d'un vote décisif au Parlement sur l'adoption ou non d'un projet de loi sur l'utilisation des cellules souches embryonnaires (dont l'usage lui permettrait peut-être de sauver sa fille atteinte d'un mal incurable).

Chasse à l'homme, complot gouvernemental, expériences interdites, mystère des origines : c'est solide, carré, mené avec un certain sens du rythme. Ryp s'y connaît en découpage dynamique et propose des planches toujours aussi détaillées et mouvementées, auxquelles j'aurais tendance à remarquer l'un de ses rares défauts : les visages, surtout dessinés de face (il a du mal avec les lèvres). Du coup, on distingue mal les personnages (vous me direz, c'est normal si on a des clones qui se battent entre eux). Le découpage des séquences de corps à corps est parfois aussi confus. 

Au niveau de l'écriture, ce n'est pas folichon. Les caractères sont obscurs et les motivations des personnages (en dehors du pauvre Luke - tiens, ça fait deux fois que je dis "pauvre Luke" ! - dont la vie bascule à chaque page) baignent dans le flou. Enfin, les dialogues, traduits par Hélène Remaud-Dauniol, ne brillent guère par leur originalité, lorgnant davantage du côté de Walker Texas Ranger. Certaines ficelles sont trop grosses mais s'avèrent utiles pour initier une intrigue secondaire, et chaque chapitre parvient à s'achever sur un habile cliffhanger avec en point d'orgue la fin de l'album (qu'on voyait venir à des kilomètres malgré tout).

Rien de nouveau donc, mais un travail sérieux, plutôt agréable à lire, qui pourrait donner lieu à une excellente adaptation télévisée et dont la suite promet beaucoup en termes de violence et de sous-intrigues tortueuses (quelques aperçus des chapitres suivants glanés çà et là laissent penser que Ryp a pu se lâcher comme dans ses productions avec Warren Ellis). A suivre, alors.

10 avril 2014

Côté Comics, saison 02 - épisode 15



Nouvel épisode de Côté Comics !
Au sommaire : la nouvelle rubrique de Julien, dans laquelle il évoque longuement le thème de l'homosexualité dans les comics, un reportage sur l'avant-première de Captain America : The Winter Soldier, et enfin un point complet, avec Jeff, sur les sorties cinéma de 2014, avec conseils de lecture inside, histoire de bien aborder ces adaptations.

Vous pouvez toujours envoyer vos questions à cette adresse : questions@cotecomics.fr


Côté Comics : s02e15






L'émotion passe aussi par les pupilles

Didizuka
«Le regard est la grande arme de la coquetterie vertueuse. On peut tout dire avec un regard, et cependant on peut toujours nier un regard», Stendhal, De l'amour.
« Les yeux sont les fenêtres de l’âme. », Georges Rodenbach, Bruges-la-Morte.

Les pupilles, tout comme la forme de sourcils, de la bouche sont vecteurs d’émotions. Cela peut être très pratique pour apporter un peu de subtilité et accentuer les émois non verbaux de vos personnages.

La pupille possède trois états : au repos, dilaté (Mydriase) ou contracté (Myosis). Elle passe son temps à s’ouvrir et se fermer à cause des variations de la luminosité. Cela influence le système nerveux autonome du muscle de l'iris. Dans un endroit sombre, la pupille se dilate, dans un endroit éclairé, elle se contracte. 
Repos

Mydriase

Myosis
Cependant, les émotions peuvent influencer tout ça ! L’humeur, qu’elle soit négative ou positive, permet de connaître l’état d’esprit d’une personne.
Pour simplifier, la dilatation envoie un message positif (la pupille peut atteindre une taille 4 fois supérieure à sa taille normale) et la contraction un message négatif. Mais la signification dépend de la situation (et du changement de la lumière). Les yeux clairs peuvent paraître plus attractifs, car il est plus aisé d’en voir la dilatation.

Source : Wicki
Swamp Thing
La pupille se dilate :
*lors d’une réflexion intense, mais pas extrême.
*dans un moment de joie, amour, jouissance, jubilation.
*quand on porte un intérêt : amour, désir (sexuel ou non…), l’écoute d’une chose plaisante, une bonne lecture, bref quelque chose qui fait plaisir.
*pour séduire : les pupilles dilatées attirent les partenaires amoureux. Les bébés et jeunes enfants ont des pupilles plus larges que celles des adultes car elles se dilatent constamment afin d’obtenir l’attention de ces derniers en devenant plus attirants.
*quand on souffre.
*avec certaines drogues (amphétamines, cocaïne, LSD , mescaline…).

On peut donc remarquer que les joies et les souffrances font dilater les pupilles, comme si cela enclenchait les mêmes réactions dans le cerveau. On dit souvent que l'amour fait souffrir, que l'on aime souffrir, que l'on souffre dans l'amour...

Swamp Thing
 La pupille se contracte :
*lors de dégout-rejet.
*avec certaines drogues (opiacés...).
*quand on fait un effort mental extrême.
*lorsque l’on est en colère.
*quand on est effrayé.
*quand on hait.

Et en mouvement :

Suren Manvelyan
Dans la majorité des œuvres de fictions, respecter la réalité rend le travail artistique fastidieux, difficile, ou porteur de confusion pour le public. Ainsi, les auteurs par le biais de codes communément admis jouent, modifient certains détails pour une meilleure compréhension du message délivré.

Quelques entorses acceptées :

++ L’absence de pupilles et d’iris

Tornade/Storm, X-Men
Les yeux sont le plus souvent blancs, comme cataractés. Les prophètes, les non-voyants avec un don de prémonitions, les protagonistes dont la cécité est reliée à un pouvoir sont représentés avec l'intégralité de leurs globes oculaires laiteux. Les personnages en transe, ceux qui se concentrent intensément peuvent aussi posséder un regard opaque. C’est un aveuglement psychique, lié au surnaturel.
Dans certains films ou séries télévisées, les yeux peuvent être bleus ou rouges, mais ils sont toujours sans iris ni pupilles.
Les Zombies et autres morts-vivants ont de même des yeux vides indiquant que leur âme a quitté leur
Highschool of the Dead
corps (les yeux sont le reflet de l’âme…).
Supprimer l’iris et la pupille permet de mettre en valeur la cécité ; les êtres humains suivent instinctivement les mouvement des yeux, ainsi que les modifications des expressions du visage...
En occultant une des informations les plus importantes, le personnage cataracté se voit attribuer un caractère mystérieux, indéchiffrable, terrifiant. 

Lorsqu’un personnage est fortement choqué, mentalement ou physiquement, ou étonné, ces yeux peuvent être brièvement remplacés par des globes opaques laiteux.

Dans la pénombre, la nuit, les yeux peuvent aussi être totalement dépourvus d’iris et de pupilles. Ils sont terrifiants, car le regard transperce l’obscurité (les monstres, comme les vampires, sont parfois représentés ainsi). Cela marche aussi avec un seul œil !

++L'absence de pupilles
Skip Beat

Très courant dans les mangas, ce code graphique indique que le personnage est choqué, désappointé, le plus souvent au moment d'une révélation...

++ Les yeux ternes

Normalement, les yeux des personnes heureuses brillent et reflètent leur
X, Clamp
environnement grâce à une humidification permanente qui empêche un dessèchement oculaire.
Lorsque les gens sont tristes, choqués ou fatigués, ils ont tendance à baisser légèrement la tête, ce qui entraîne l’assombrissement de la partie supérieure des globes qui d'habitude réfléchit la lumière.
Dans certaines œuvres de fiction, quand un personnage est malheureux, très fatigué, déprimé, ou sur le point de craquer, ses yeux perdent tout l'éclat naturel et semblent être sans vie.
Selon le style de l’artiste, cela peut être une absence de reflets, ou de reflets+pupilles ou absences de reflets+pupilles+couleur plus terne.

++ L’œil fou

Si un personnage est dérangé, l’un de ses yeux verra son iris et/ou sa pupille devenir beaucoup plus petite que l’autre. Son regard sera terrifiant pour son interlocuteur.

++L’iris rétractable

La pupille est parfois trop petite à dessiner, à filmer…, il est plus facile de dilater et de contracter l’iris avec. Lorsque les iris sont très contractés, l’artiste indique que son personnage est dans une grande colère ou qu’il est choqué (le plus souvent mentalement), terrifié, souffrant. Le personnage parfois silencieux hurle ainsi par ses yeux.
Au contraire, si un artiste veut attendrir son public, il a intérêt à dilater fortement les pupilles et les iris de son personnage, quitte à lui donner un regard de chien battu.
Shrek
 Bien sûr, il n'est pas interdit de combiner tout ce qui est décrit ci-dessus pour obtenir des effets percutants !

Joker, Batman


Quelques exemples : 
Didizuka