28 septembre 2014

Batman - Le Chevalier Noir : Terreurs Nocturnes

Retour sur l'une des séries issues des New 52 avec le premier tome de Batman : The Dark Knight.

Rappelons tout d'abord un peu le contexte. Les New 52 désignent la nouvelle gamme de séries lancée par DC Comics après l'immense remise à plat de son univers, en 2011. Cela a engendré plusieurs effets. Le reboot de toutes les séries (même les titres historiques repartant au numéro #1), le passage à la trappe de la continuité du DCU (sauf de rares exceptions, notamment pour Batman), quelques grincements de dents de la part des fans mais aussi de vraies bonnes surprises concernant malheureusement souvent plus des personnages secondaires (Aquaman, Swamp Thing, Catwoman ou bientôt Shazam) que les titres les plus emblématiques (Justice League).

Urban Comics a bien entendu publié les titres concernant le Dark Knight et ses alliés, en kiosque dans Batman Saga et en librairie dans la collection DC Renaissance. 
Nous revenons donc aujourd'hui sur Batman : Le Chevalier Noir, un titre atypique qui a été accueilli en général plutôt froidement. Et ce pour une raison bien simple : il n'y a quasiment pas de scénario, ou en tout cas pas vraiment d'intrigue.
Voyons déjà qui est aux commandes. Ce volume comprend un premier long arc de sept épisodes, écrit par David Finch et Paul Jenkins et dessiné, évidemment, par le même Finch (qui a illustré, entre autres, Avengers : Disassembled, Moon Knight ou The Call of Duty). L'ouvrage comprend ensuite un épisode one-shot écrit par Joseph Harris et dessiné par Ed Benes mais c'est sur le récit principal que nous allons nous concentrer.

L'histoire tient en quelques mots. Une évasion massive a lieu à Arkham. Les anciens pensionnaires de l'asile sont lâchés sur Gotham en étant en plus boostés par une drogue qui les rend particulièrement agressifs et aussi musculeux que le premier Hulk venu. 
Il s'agit donc en gros d'une série de confrontations, plutôt spectaculaires mais répétitives, Batman passant d'un ennemi à l'autre d'une manière assez mécanique. Il n'y a pas d'enquête, les personnages ont tous une psychologie des plus basiques, et la thématique - la peur - est à peine survolée.
La première tentation est de se dire que Finch a merdé, qu'il a écrit une connerie insipide pour pouvoir se donner l'occasion de dessiner les scènes qu'il souhaitait. Cela pourrait être une explication valable s'il n'y avait pas la présence de Jenkins.

Et Jenkins, c'est loin d'être le pisse-copie de base. Il a toujours excellé, ou au moins fait un travail plus que correct, sur bien des titres, que ce soit la mini-série Penance, les Inhumans, Sentry (dont il est le papa) ou même Révélations. Pourquoi diable, d'un seul coup, serait-il incapable de donner un peu d'épaisseur à une aventure de Batman ? Peut-être parce qu'en réalité, le but de cette série est tout autre.
Si l'on considère qu'un comic est avant tout un récit, bien construit, avec un début, une fin, une intrigue solide, là, forcément, on en est loin. Les premiers tomes de la série Batman (La Cour des Hiboux) correspondraient déjà plus à cette description. Mais la bande dessinée ne sert pas qu'à raconter une histoire de manière classique...

Certains comics sont en fait des essais ou des ouvrages techniques (Understanding Comics), d'autres méritent réellement l'appellation de roman graphique (C'est un oiseau...) ou sont des portes d'entrée vers certains domaines, comme la science (Logicomix), d'autres enfin se basent sur une recherche plus formelle (le génial Echo de Mack). Autrement dit, le support est suffisamment souple et riche pour permettre de s'écarter parfois de l'intrigue moderne traditionnelle.
Ce n'est pas la seule présence de Jenkins qui permet de soutenir qu'il y a dans ce Terreurs Nocturnes un vrai but mais bien le fait que l'on passe au final un bon moment pour peu que l'on apprécie l'univers du Dark Knight. 

Tout est fait, dans ce premier arc, pour plonger le lecteur sous le charme, brut et gothique, de Batman et de la faune qu'il côtoie. La galerie d'ennemis est vaste (le Joker, Bane, Double-Face, le Grand Requin Blanc, l'Epouvantail et bien d'autres), les alliés font tous une apparition (Robin, Nightwing, Batgirl, Batwoman, Gordon) et l'on a même droit à quelques guests de poids (Superman, Flash, Wonder Woman). Niveau décors, l'on a droit là aussi aux éléments les plus emblématiques, de la batcave aux buildings et ruelles sombres de Gotham. 
Ajoutons à cela des combats bien bourrins, le rappel des origines, de jolies poses et quelques filles sexy, et l'on est presque devant un catalogue des pires stéréotypes véhiculés sur les comics de super-héros. Et pourtant, ce n'est pas forcément désagréable. C'est léger, un peu old school sur le fond, moderne sur la forme, accessible et franchement fait pour se défouler et en mettre plein les yeux. Un peu comme si les auteurs tentaient de faire passer ici une ambiance, une atmosphère particulière, quelque chose de viscéral plus que cérébral.
Et pour une fois, pourquoi pas ?

Presque enfantin sur le fond, beaucoup moins sur la forme (la violence et l'aspect sanglant étant présents), cet album au graphisme léché peut surprendre si l'on accepte de se prendre au jeu et de plonger sans retenue dans cette accumulation de scènes qui oscillent entre le cliché grossier et l'hommage archétypal.

+ franchement beau dans l'ensemble
+ casting prestigieux et complet
+ accessible, voire instructif pour les novices tant tout ce qui touche à Batman défile dans ces planches
+ le Lapin Blanc (forcément, knock knock, follow the White Rabbit, ça ne peut que me parler, même si je préfère Trinity à Alice)
- une intrigue quasiment inexistante !
- une fois ça passe, c'est même savoureux, mais mieux vaut ne pas continuer trop longtemps dans cette voie





25 septembre 2014

La Nuit des Morts-Vivants

Vents d'Ouest propose ce mois-ci un remake de La nuit des Morts-Vivants en BD. On plonge tout de suite parmi les zombies pour voir de quoi il retourne !

La vague "zombies" n'a pas fini apparemment de déferler sur nos librairies. A la suite de l'excellente série Walking Dead (qui a malheureusement récemment explosé en vol, cf. les tomes #19 et #20), nombre de titres ont tenté d'exploiter le filon du faisandé affamé. Du très sérieux Guide de Survie en Territoire Zombie à la suite ridicule de 28 jours plus tard, en passant par le potache Zombie Highway, l'expérimental Les Abandonnés, le décevant Lost Squad ou encore la relecture du classique Orgueil et Préjugés, toutes les variations sont représentées.
Ajoutons le Zombies de Peru et bien sûr les Marvel Zombies, et l'on a un tour d'horizon assez complet des réussites ou naufrages du genre. L'on revient pourtant cette fois aux fondamentaux avec l'adaptation du film culte de Romero.

En fait d'adaptation, les libertés prises avec l'œuvre originale sont assez grandes, ce qui est plutôt une bonne chose, le but avoué étant de revisiter et moderniser ce classique. Le scénario est de Jean-Luc Istin (Merlin, Les Druides, World War Wolves...), les dessins d'Elia Bonetti
L'on découvre une jeune femme, Lizbeth, qui accompagne son frère sur la tombe de leurs parents adoptifs. Elle devrait normalement retrouver rapidement son mari et ses deux enfants, mais entre-temps, selon le refrain bien connu, les clamsés se mettent à marcher et à tenter de grignoter tout ce qui bouge.
L'on va donc suivre en parallèle Lizbeth et son frangin, en route pour un hôtel isolé, et le mari et les gosses, tentant de quitter un New York apocalyptique. Le tout est entrecoupé de flashbacks permettant d'en savoir plus sur le passé des personnages et même l'origine de l'épidémie.

D'un point de vue scénaristique, rien de bien révolutionnaire. Certaines scènes font penser à divers films (World War Z, 28 jours plus tard...) mais l'ensemble fonctionne plutôt bien et acquiert rapidement une personnalité propre. La quatrième de couverture nous vante "l'exploration en profondeur de la psychologie des personnages", pour l'instant, à part pour la protagoniste principale, cela reste plus une déclaration d'intention qu'une réalité. Peut-être cet aspect sera-t-il développé dans les prochains tomes.
Le texte en général, et les dialogues en particulier, sont plutôt bons si l'on excepte quelques bizarreries, comme les z'yeux ou un rad'. A quoi bon triturer les mots en enlevant ou ajoutant des lettres si la prononciation ne change même pas ? L'adverbe de négation disparaît également souvent, même pour les adultes, ce qui a toujours ce même effet négatif sur les personnages (cf. ce sujet).   

Globalement néanmoins, cette relecture de La Nuit des Morts-Vivants reste efficace, non seulement parce que la narration est habile et rythmée, mais surtout parce que l'ambiance graphique est redoutable. Les décors se révèlent aussi beaux qu'inquiétants, Bonetti n'hésitant pas à multiplier les larges plans panoramiques. Couloirs sombres, cimetières, ruelles infestées ou routes enneigées alternent et maintiennent un haut niveau de tension tout au long de ces 50 planches. 
Ajoutons à cela le cliffhanger final qui va bien et l'indispensable personnage horripilant que l'on a envie de buter, et l'on se dirige tout droit vers un bilan plutôt positif, qui donne envie de découvrir la suite.

Un remake agréable et visuellement excellent.

+ superbes décors
+ narration efficace
+ suspense constant
- des personnages assez ternes dans l'ensemble



  


23 septembre 2014

Spider-Man : Family Business

Il n'est jamais trop tard pour que la famille s'agrandisse, c'est ce que l'on voit tout de suite dans Spider-Man : Family Business.

La Maison des Idées a lancé l'année dernière une nouvelle gamme de comics baptisée Marvel OGN (pour Original Graphic Novel). Cette nouvelle ligne de romans graphiques, offrant bien sûr des histoires complètes, possède un casting plutôt classique mais prestigieux : X-Men, Avengers ou encore Thanos auront droit à leur OGN.
C'est cependant le Tisseur qui nous préoccupe aujourd'hui, avec ce titre sorti ce mois chez Panini.
Le scénario est de Mark Waid et James Robinson, les dessins de Werther Dell'Edera et Gabriele Dell'Otto

Tout commence alors que Spidey rentre chez lui après avoir mis fin à un trafic de... lessive. A peine a-t-il le temps de se changer que des types armés débarquent pour enlever Peter. Il leur échappe après quelques péripéties et avec l'aide d'une jeune femme, Teresa, qui prétend être sa sœur.
Cette dernière va faire quelques révélations fracassantes à Peter et le convaincre de la suivre à Monaco.

Le pitch pourrait être sympa, d'ailleurs le récit commence plutôt bien, avec de l'humour typiquement arachnéen et des scènes spectaculaires. La volonté de dépaysement se ressent aussi bien dans le thème choisi (on bascule rapidement dans l'espionnage et la grande aventure, assez peu courante pour le Monte-en-l'air) que les lieux visités.
Malheureusement, les bonnes idées n'iront pas plus loin, essentiellement faute de place pour correctement développer les nombreux rebondissements. En effet, malgré une pagination raisonnable de pratiquement 90 planches, tout se déroule très vite et semble compressé. L'on passe ainsi de New York à Monaco, puis on fait un détour par la Suisse pour finir en Egypte.

Si l'on ajoute à cela une machination du Caïd, un trésor nazi et l'intrigue concernant la famille Parker, ça fait beaucoup à caser. Et, par voie de conséquence, en accélérant le rythme, on diminue l'effet dramatique et la portée émotionnelle, qui eux ont besoin de temps pour s'installer. 
Ainsi, même si l'histoire n'est pas forcément mauvaise et qu'elle bénéficie en plus des superbes peintures de Dell'Otto, elle reste désespérément fade, les scénaristes survolant complètement tous les thèmes qu'ils abordent. Passons également sur quelques clichés, peut-être voulus (mystérieux informateur, casino, voiture de sport, repaire secret... presque la panoplie complète de James Bond), pour nous intéresser à l'élément central de cette histoire de famille : Teresa.

Le coup de la sœur cachée, déjà, c'est très casse-gueule tellement ça pue la série TV de mauvaise qualité. Du coup, il faudrait un peu de subtilité pour faire passer le truc. Et à deux, il y a peut-être moyen d'y arriver. Sauf que non, Waid et Robinson réussissent à rassembler tout ce qu'il était possible de sortir comme vieux trucs poussifs : je suis ta sœur et j'arrive juste à temps pour te sauver, je ne t'explique rien parce que j'ai sommeil, ou bien tu découvriras tout par toi-même plus tard (autant mettre une pancarte "on veut ménager le suspense et on n'a pas trop envie de se faire chier"), j'ai des tas de moyens à ma disposition, même un jet privé comme le premier Tony Stark venu, etc.

Reste l'affrontement final, esthétiquement joli mais peu palpitant, les parents de Parker transformés en super-agents à la Nick Fury et une fin ouverte qui permet d'envisager une suite au cas où...
Autrement dit, rien de bien folichon et un récit qui s'oublie aussi vite qu'il est lu. 
L'ouvrage est complété par quelques comparaisons scénario/crayonnés/planche finale. 

Un bel emballage mais pas grand-chose à l'intérieur.

+ de belles peintures
+ une intro sympa
- une narration trop compressée pour être efficace
- nombreux clichés
- thème principal survolé
      




16 septembre 2014

Porcelaine

Demain sort chez Delcourt le premier tome de Porcelaine, une série au charme certain que l'on découvre tout de suite.

Gamine est une enfant des rues, sans famille, vivant dans une pauvreté extrême. Un soir, sous la menace, elle est contrainte de pénétrer dans une propriété pour y dérober de l'argenterie.
Malheureusement, elle est rapidement repérée par deux molosses... en porcelaine !
Leur propriétaire, un vieux monsieur solitaire et bienveillant, va prendre la jeune fille sous sa protection. Il lui dévoile bientôt les secrets de son métier. L'homme est un alchimiste doublé d'un génial inventeur. Il s'est notamment entouré d'automates de porcelaine, qui le servent et le distraient. 
Gamine n'aura plus jamais faim, elle aura même de nouveaux amis, un parc privé... contre tout cela, une seule promesse lui sera demandée : ne jamais pénétrer dans l'atelier où son bienfaiteur garde ses précieux vernis. 

La quatrième de couverture annonce tout de suite la couleur en comparant ce récit à du Dickens ou du Carroll. Et nous sommes bel et bien dans un conte où l'étrange et l'inquiétant le disputent au merveilleux.
A l'origine du projet, deux hommes, issus de Improper Books, un studio indépendant dont c'est la première réalisation grand format. Le scénario est écrit par Benjamin Read, les dessins sont de Chris Wildgoose.
Graphiquement, on flirte avec le sublime : magnifiques décors, automates réalistes et inquiétants, et deux protagonistes principaux clairement charismatiques. L'on peut citer également la très belle colorisation d'André May, aidé par Alexa Rosa pour les aplats.

Au niveau de l'histoire, l'on quitte rapidement la dure réalité sociale à la Dickens pour plonger dans du fantastique gothique, parfois un peu prévisible mais toujours fascinant. La jeune fille est une merveille d'écriture, car bien qu'aussi archétypale qu'un Solo en un sens, elle possède néanmoins des caractéristiques et particularités suffisantes pour la rendre non seulement crédible mais touchante.
Read fait preuve de la même habileté avec le porcelainier, tour à tour charmeur, effrayant ou pathétique. Le lecteur a la nette impression d'être face à des êtres vivants, dans toute leur complexité, et non devant un peu d'encre et de papier. Magique !

Runes et vernis magiques, esprits maléfiques, arbres de porcelaine, absolument tout baigne dans une atmosphère aussi irréelle que prenante, et non dénuée d'une certaine poésie d'ailleurs. 
Si toutes les productions de ce studio se révèlent aussi bonnes, il ne devrait pas rester méconnu trop longtemps. 
L'ouvrage, d'environ 80 pages, est complété par un carnet de croquis, assez complet et bénéficiant d'explications délivrées par Wildgoose.

Un beau conte, fort bien écrit et magnifiquement mis en images.
Une suite est d'ores et déjà prévue, ce qui est une excellente nouvelle. 

+ des personnages très bien écrits
+ un style graphique magnifique
+ une ambiance qui joue sur des codes connus et les emploie à bon escient
+ des scènes à l'impact émotionnel certain
+ bonus intéressants





Solo : les survivants du chaos

Monde post-apocalyptique, sales bestioles et combats sanglants sont au menu du premier tome de Solo, disponible depuis quelques jours chez Delcourt.

Solo est trop grand pour continuer à être un poids pour sa famille. Il doit maintenant partir, seul, pour affronter le monde et trouver de nouvelles terres où il pourra chasser.
Sur sa route, des proies mais aussi des monstres. Et des humains, dont les fameux pirates qui organisent des combats à mort dans des arènes où s'affrontent les meilleurs combattants.
Bien contre son gré, Solo va devenir l'un d'eux.

Ce premier volume, qui compte un peu plus d'une centaine de pages, est écrit et dessiné par Oscar Martin, un artiste espagnol connu notamment pour avoir œuvré sur Tom et Jerry.
Il reste ici dans l'animalier, avec de nombreux personnages anthropomorphiques, mais abandonne l'humour pour une ambiance bien plus sombre. L'univers dépeint est violent, peuplé de créatures viles, stupides ou corrompues. Et si le trait est joli et les trognes souvent sympathiques, cela n'empêche nullement les décapitations et joyeusetés du même genre.

Si l'on peut faire un reproche à ce récit, pourtant plutôt bien mené, c'est sans doute l'aspect très monolithique de son personnage principal. Solo, taciturne et efficace, se révèle l'archétype du héros solitaire et ombrageux, sortant vainqueur de tous les combats grâce à son habileté dans le maniement des armes mais aussi à une tête bien faite. Trop bien faite peut-être. Presque ennuyeux à force d'être sans défauts, il faut attendre les toutes dernières pages pour voir notre sympathique rat s'humaniser un peu.

L'univers en lui-même est assez riche. Outre les rats, l'on retrouve d'autres animaux ayant mutés, parmi lesquels les chiens, les porcs, les singes ou encore les nocturnes. Les humains sont, eux, divisés en plusieurs castes, parmi lesquelles les ferrailleurs, les pirates, les bannis ou les politiques.
Certains éléments sont parfois naïfs, voire caricaturaux, mais il se dégage une vraie cohésion de l'ensemble ainsi qu'un potentiel qui n'est pour l'instant qu'effleuré. Difficile de ne pas penser à d'autres histoires de rongeurs, comme Le Dernier des Templiers ou les Légendes de la Garde, qui proposaient toutefois des aspects sociaux ou politiques plus aboutis.

Un premier essai sympathique et visuellement réussi auquel il manque un brin de maîtrise et d'originalité pour complètement convaincre. A suivre tout de même de près.

+ de belles planches et des personnages expressifs
+ un bestiaire varié
- des combats peu excitants
- un héros très froid, qui a du mal à susciter l'empathie    





14 septembre 2014

Sélections UMAC : trois classiques de la SF

Mondes étranges, dystopies et langues en perdition sont au menu de cette sélection de romans SF.

Dune
Oui, vous allez me dire que vous n'avez pas besoin de lire le roman parce que vous avez vu le film. Grosse erreur ! Car en comparaison du roman de Frank Herbert, l'adaptation ciné fait figure de cousin attardé. Il existe bien une mini-série télévisée plus récente et mieux fichue, mais là encore, rien de comparable à la richesse du roman.
Voyons déjà en gros l'histoire.

Nous sommes en 10191. L'empereur Shaddam IV dirige tout l'univers connu (ce qui est plutôt pas mal, avouez-le). L'expansion humaine tient pour beaucoup à la production de l'Épice. Cette denrée rare permet de booster les capacités psioniques des mentats et, surtout, de réaliser des voyages intersidéraux. En effet, les ordinateurs étant interdits (ils avaient une fâcheuse tendance à planter et asservir la populace), le rôle stratégique de l'Épice n'en est que plus crucial.
D'autant que cette dernière n'est disponible que sur la planète Arrakis, une planète des sables peuplée de vers géants et d'indigènes aux yeux bleux ; les fremens.
Pour tout arranger, l'empereur confie la planète Arrakis aux Atréides, ennemis héréditaires des précédents détenteurs du fief...

Ce n'est là qu'une petite partie de l'intrigue et surtout de l'univers créé par Herbert. Ordre religieux, légions de soldats d'élite, armes exotiques, coutumes étranges et prophéties parsèment l'histoire. Celle-ci se révèle d'ailleurs être une sorte de conte féodal futuriste, de nombreux éléments échappant à la SF traditionnelle (pas d'ordinateurs, armes blanches, dogmes religieux très présents...).
Le cycle de Dune comprend en tout six romans (le premier peut se lire seul et constitue déjà une bonne histoire) écrits par Frank Herbert, plus deux écrits par son fils, Brian Herbert, et Kevin J. Anderson (un "mercenaire" ayant officié dans les univers de X-Files ou Star Wars).

A tenter, surtout si vous êtes déjà fans d'œuvres telle que A Song of Ice and Fire, qui partage avec Dune des points communs nombreux portant sur le nombre et la qualité des personnages ou encore l'importance des intrigues politiques.


Mission Terre
Un truc qui est marrant avec Ron Hubbard, fondateur de la scientologie, c'est que ceux qui en parlent sur le net se trouvent parfois obligés d'assurer leurs futurs lecteurs qu'ils ne risquent rien (ou au contraire mettent un "auteur dangereux" à côté de leur chronique, à la manière d'une pancarte "chien méchant"). Un peu comme si l'on pouvait "chopper" une conviction au détour d'une phrase. Evidemment, ça ne se passe pas comme ça. Et si c'était le cas, Hubbard serait vraiment fort. Et il aurait été maître du monde de son vivant.

On peut penser ce que l'on veut, en bien ou en mal, de la scientologie sur le plan philosophique (j'ai lu la Dianétique par curiosité, et je ne suis rentré dans aucune secte pour autant). Sur les éventuelles pratiques sectaires, c'est autre chose, mais il est évident que cela ne s'attrape pas comme un virus. Il faut le vouloir. C'est un peu comme l'hypnose, si vous ne participez pas, ça ne marche pas. Donc, non, Hubbard n'était pas un dangereux sorcier, par contre, c'était plutôt un bon auteur.

Mission Terre, une décalogie, rien que ça, raconte l'histoire de deux personnages très différents. D'une part Jettero Heller, un champion de la Flotte, héros caricatural au possible et plein de bons sentiments, et Soltan Gris, un agent de l'Appareil (les services secrets), colérique, malchanceux, lâche et peu regardant sur la morale. Ces deux opposés sont amenés à se rencontrer lorsque le premier reçoit pour mission de se rendre sur Terre afin de faire en sorte que ces cons d'humains ne fassent pas tout péter avant l'invasion voltarienne. Soltan, lui, va se voir assigner l'exacte mission contraire, à savoir faire échouer l'autre m'as-tu-vu par tous les moyens.

Ce long récit pourrait passer pour une simple parodie s'il n'y avait pas, régulièrement, d'acides constats sur notre propre société. Bien entendu l'on retrouve des obsessions de l'auteur (son manque de considération flagrant pour les psychiatres et psychanalystes) mais aussi un sens aigu de l'observation, qui met souvent à nu des travers voltariens très... humains. 
Et en plus, c'est drôle. Soltan Gris, sorte de loser hargneux, empêtré dans des stratégies qui le dépassent, restera comme la vraie star de l'aventure. 

Un peu long (dix tomes quand même) mais vraiment agréable à lire.
Et ça donne à certains l'impression de s'encanailler...  


1984
Là, on ne parle même plus de classique mais de chef-d'œuvre. Le roman de George Orwell n'a non seulement pas pris une ride, mais la plupart des phénomènes y étant décrits se sont réalisés... 

Big Brother is watching you... vous devriez avoir déjà entendu cela, même si en réalité, c'est certainement la partie la moins intéressante (et prophétique) du roman. Mais commençons par le début. 
Winston Smith vit à Londres, en Océania. Le régime totalitaire qui y sévit, l'Angsoc, ne laisse que peu de libertés à ses citoyens. Winston, qui travaille au Ministère de la Vérité, va peu à peu découvrir l'amour mais aussi repousser les limites du système. Jusqu'à ce que le piège se referme sur lui...

Outre le fait qu'il s'agisse là d'une belle et forte histoire, 1984 va se révéler au fil du temps étonnamment moderne, voire annonciateur de dérives actuelles. Encore une fois, ce qui est important dans ce roman ne tient pas aux caméras, cela, au moins, ne s'est jamais réalisé (personne ne vous filme chez vous). Deux autres éléments, d'une importance extrême, rencontrent par contre un écho douloureux aujourd'hui. 
Ce qui fait peur (ou devrait faire peur) dans ce roman, ce sont deux notions qui, de par leur existence même, sont des atteintes à la liberté :
- l'impermanence des faits avérés
- la destruction de la langue, et donc des moyens de contester cette impermanence

Cela demande sans doute quelques explications. Tout d'abord sur la non permanence de l'Histoire. 
L'Histoire n'est pas toujours parfaite, c'est admis, mais elle repose tout de même sur un socle permettant de tracer ses grandes lignes. Si je vous dis que, en 1944, les alliés étaient les gentils et les allemands les méchants, c'est idiot, ça n'a aucun sens d'un point de vue historique, l'on peut donc parfois, une fois les passions apaisées, farfouiller dans le passé pour découvrir que tout n'était pas si net. Par contre, si je vous dis que les Américains et les Anglais étaient en guerre contre les Allemands, cela, ça ne change pas. C'est un fait avéré qui n'est pas soumis à interprétation. Il y a donc une permanence, logique, des grandes lignes de l'Histoire. Dans 1984, cette permanence n'existe pas car l'Histoire est réécrite perpétuellement. Non à la faveur de nouvelles découvertes, mais pour des besoins politiques. L'ennemi d'aujourd'hui doit être celui d'hier. L'on se dit que, un truc pareil, ça n'arrivera jamais chez nous. On n'est pas dans un roman de science-fiction... et pourtant.

Et pourtant, c'est en cours et cela fonctionne plutôt bien. Ainsi, pour des raisons politiques, Napoléon n'est plus étudié au collège et Louis XIV se contente de quelques lignes dans les livres scolaires. Pour quelles raisons ? Parce que ces personnages auraient, subitement, connu une dévaluation au niveau de leur intérêt historique ? Non, parce qu'ils ne conviennent pas aux dogmes politiques du moment. Des dogmes fantaisistes, puisque l'on reproche notamment à Napoléon d'être... un dangereux fasciste. Ce qui est bien entendu impossible, ne serait-ce que pour de basses questions chronologiques mais aussi de plus vitales contraintes de société. Il faut dire qu'il y a bien longtemps que l'on a rayé les dates (bornes chronologiques essentielles) des programmes. Sans elles, tout devient possible. C'est l'impermanence des faits, ce qui permet à Napoléon de n'être rien d'autre qu'un laquais d'Hitler, et aux programmes scolaires d'être aussi pertinents qu'une partie de bowling en apesanteur (cf. cet article de Dimitri Casali).

Le pire reste cependant à venir. La destruction de la langue est évidemment ce qui restera de plus exact dans ce monde, décrit en 1949, par Orwell.
Et pourtant, la langue française reste un bourbier infâme, inutilement complexe. Il convient donc de faire une différence immédiate entre une simplification qui viserait à appauvrir les moyens d'expression et l'impéritie qui, sur des décennies, a conduit à des tonnes de non-sens.
On a souvent l'habitude d'entendre "la langue française est la plus belle du monde". Vous avez remarqué que seuls des français disent cela ? Et en général pas les plus habitués à manier la langue justement. C'est un peu comme notre "système social que le monde entier nous envie". Il n'est pas déposé, mais un truc qui fait que l'on ne peut pas payer les retraites, que l'on rembourse de moins en moins les médocs et qui ne crée pas d'emplois, ben, bizarrement, personne n'en veut. 

Mais restons sur la langue. Prenons par exemple le participe passé. C'est sympa a priori un petit participe. C'est bien utile même. Mais quand on regarde la règle d'accord, c'est du Pierre Richard ! 
Déjà, ça dépend de l'auxiliaire. Bon, ça va jusque-là. Pas de quoi se décrocher la mâchoire. Cela dépend aussi de la place du COD. Ah. On va faire avec. Mais ce n'est pas tout ! Il faut aussi tenir compte des exceptions. Certains verbes pronominaux s'accordent avec le COD, même s'ils sont conjugués avec l'auxiliaire être. Et parfois, comme avec le participe passé de "faire" suivi d'un infinitif, on ne touche à rien !
Bref, ne cherchez pas de logique là-dedans, c'est une merde pas possible. Si l'on simplifiait ça, ce ne serait pas une atteinte à la langue, au contraire, ça permettrait même de la rendre plus attractive et logique.

Par contre, un tas de choses font que l'on coupe dans les mots à la machette depuis pas mal de temps maintenant. Bien sûr, rien de "décidé" au niveau de l'état, pas de complot là-dessous, juste un pourrissement, quelque chose qui se flétrit et qui n'inquiète pratiquement personne.
S'il était simplement question d'un manque de vocabulaire constaté à l'occasion d'émission TV un peu nazes, cela passerait encore. Mais non, cette inclinaison vers la novlangue se constate dans de nombreuses pentes, que ce soit les romans, les journaux, les sous-titres de séries ou de films...
Quelque chose de vital se perd dans l'indifférence générale. C'est vrai pour les expressions prétendument "jeunes" comme pour les facilités journalistiques. 

Par exemple, un "truc de fou" (ou de "ouf") veut tout dire. 
J'ai failli me faire renverser par une bagnole : truc de fou.
J'ai gagné au loto : truc de fou.
Je n'ai rien compris au dernier roman de Houellebecq : truc de fou.
La même stricte expression peut désigner des tonnes d'états différents.
Mais même les détenteurs d'un pseudo-savoir ou les habitués des sphères médiatiques usent de poncifs permettant de signifier de moins en moins et de pérorer de plus en plus. Même les politiques usent et abusent de ce que les "communicants" désignent sous le terme d'éléments de langage. 
Lorsque les élites censées être en charge de nos destins se font remplir la bouche comme un vulgaire four à pain, sans bien comprendre ce qu'elles cuisent, faut-il y voir un progrès démocratique ou un appauvrissement des mots ? 

Dans un autre registre, qui décide, et pourquoi, que les romans destinés à la jeunesse seront aussi pauvres que possible ? Avec un seul temps et des coupes sombres (cf. cette chronique) ? 
A-t-on, avec de telles pratiques, relancé le roman jeunesse en France ? Non, évidemment.
Et lorsqu'il y a des best sellers pour ados (Gone par exemple), ils sont issus d'un auteur ayant un véritable talent et une vision spécifique, non de vagues tambouilles décidées dans l'obscurité des bureaux. 

1984 est un bon roman. C'est une histoire d'amour tragique, un récit d'anticipation habile basé sur une thématique intelligente et fascinante. C'est aussi une grille de lecture concernant les tares les plus ineptes et dangereuses de notre société. C'est peut-être pour cela que je n'ai jamais digéré ce roman. J'en vois trop les effets, partout, pour pouvoir totalement oublier Winston et l'Océania...
Et pendant que certains attireront votre attention vers des caméras inoffensives, n'oubliez pas que des gommes sont déjà à l'œuvre, discrètes, douces mais criminelles.

La vérité, si elle n'est plus soutenue par le papier, ne tient qu'un temps. Celui de la mémoire individuelle.
Avant que le savoir ne devienne en soi un acte de résistance, il est urgent de lire. Oh, on ne lira pas toujours de bonnes choses, non. Parfois, l'on tombe sur de mauvais auteurs. Et ces mauvais auteurs, tout comme ces lecteurs exigeants qui ronchonnent, sont sains. Cela veut dire que tout n'est pas une soupe tiède, qui convient à toutes les bouches. Que l'on peut se faire chier entre les lignes, que l'on peut aussi prendre un pied infini et, au bout du compte, que l'on peut entretenir la machine et s'instruire en se divertissant. 

Hubbard ne peut être limité à un gourou effrayant, dont on n'oserait s'approcher. Dune ne peut se résumer à Sting dans un pathétique film des années 80. Et 1984 n'est pas une fable sur le danger des caméras de surveillance. 
C'est bien plus. Et pour découvrir ce plus, il faut plonger dans ces romans. Le but n'est pas d'en retirer ce que d'autres en disent, mais d'avoir une approche personnelle, issue d'une expérience unique. 
Et agréable.

Stendhal a écrit qu'un roman était un miroir qui pouvait faire se refléter l'azur des cieux autant que les bourbiers de la route. Il a écrit également que l'homme portant le miroir serait accusé des pires maux, alors que l'inspecteur des routes, responsables de l'état de ces dernières, passerait au travers.
Effectivement, l'on en veut à bien des romanciers, pour une idée, une fiction, un personnage.
Rarement aux faits qu'ils désignent...
Les temps changent, les facilités restent.



  

08 septembre 2014

Smith : la dérive ?

Un nouveau Jeff Smith, ce n'est pas tous les jours et ça mérite donc d'être regardé de près. On passe RASL au crible pas plus tard que maintenant !

Tout comme pour son excellente série Bone, Jeff Smith signe ici scénario et dessin. Autres points communs, il s'agit également d'une œuvre auto-produite et cette version est mise en couleurs par le même Steve Hamaker.
Malheureusement, les similitudes s'arrêtent là. 
Mais voyons un peu l'histoire. Robert Johnson, alias "Rasl", un ancien scientifique, a découvert le moyen de voyager dans des mondes parallèles. Plutôt pratique, même s'il se sert de cette fantastique découverte pour dérober des objets de valeur.
Il va cependant bientôt être poursuivi par un étrange tueur à tête de lézard, ce dernier étant à la recherche de documents importants que Rasl détient.

Premier constat, on est très loin de l'univers de Bone. Ce n'est bien entendu pas un défaut en soi, par contre ce changement de registre est fort mal présenté. On nous parle notamment, sur la quatrième de couverture, d'univers plus "adulte". Bone - un chef-d'œuvre vivement conseillé ! - n'avait pourtant rien d'enfantin lorsque l'on creusait un peu, simplement, l'on passe d'une série heroic fantasy très cartoony à de la SF contemporaine, un peu plus réaliste dans l'aspect. 
Réaliste mais pas forcément passionnante, malgré de bonnes idées. Smith s'inspire notamment de citations de Nikola Tesla ou de la très hypothétique et fumeuse "expérience de Philadelphie" [1] mais ces quatre premiers chapitres ne parviennent pas à susciter l'intérêt.

En effet, le récit commence très, très lentement. On ne sait rien du personnage, on ne comprend pas toujours bien de quoi il est question, les scènes sans dialogues, à la langueur irritante, s'enchaînent au fil des planches... 
Il faut attendre le dernier quart de cet album pour commencer à avoir non forcément des éléments de réponse (il ne s'agit pas de dévoiler toute l'histoire d'un coup) mais quelque chose à quoi se raccrocher.
C'est peut-être là que l'on voit aussi les limites de l'auto-édition [2]. Difficile en effet de croire qu'un (bon) éditeur n'aurait pas fait quelques suggestions quant à la structure même de ces premiers chapitres.
Il est en effet très improbable d'avoir envie de continuer à suivre des aventures d'un personnage dont on ne sait rien, poursuivi par un second larron encore plus obscur, le tout baignant dans une sorte de fiction scientifique très simpliste qui ne tire absolument pas parti des concepts fascinants qu'elle aborde.

Reste la patte graphique de Smith, agréable mais qui convenait mieux à l'univers plus "rond" et enchanté de Bone. La représentation des bonds, d'univers en univers, est notamment particulièrement quelconque. Heureusement, Delcourt a choisi la version colorisée (à l'origine, Rasl est en noir & blanc pour de pures raisons techniques, tout comme Bone [3]), ce qui permet d'éviter visuellement la grisaille et l'impression de dépouillement qui sont déjà bien présentes dans la narration.
Au final, eh bien... ce n'est pas terrible. Et je suis presque peiné d'avoir à le dire, non seulement parce que je m'étais jeté sur cette BD avec enthousiasme, mais aussi parce que Bone figure en bonne place dans mon top 5 personnel des meilleurs comics [4]
Il faut cependant être honnête, Rasl (pour l'instant en tout cas, mais en général quand les quatre premiers épisodes sont ratés, ça ne va pas forcément en s'améliorant) n'a pas de quoi retenir l'attention.

Où donc est cette fabuleuse capacité de Smith à faire exister en quelques cases même les plus extravagants personnages ? Que reste-t-il de son humour, de sa subtilité ? De son habileté narrative, de sa manière extraordinaire de faire naître l'émotion d'un petit rien ? 
Changer d'univers est une bonne chose pour un auteur, mais cela ne suppose pas de faire passer à la trappe toutes ses qualités. C'est à se demander si une version française se justifiait, car à part le prestige lié à l'œuvre précédente, on ne voit pas trop sur quoi se base l'éditeur pour prendre le risque de cautionner un récit digne d'un fanzine.  

Un auteur pourtant talentueux et une idée excitante pour un résultat médiocre et trop amateur.

+ un concept qui pourrait être fascinant...
- mais est pour l'instant ennuyeux au possible ! 
- une certaine "aridité", tant au niveau du texte que des dessins
- un personnage principal manquant de charisme et d'épaisseur
- une narration poussive




[1] Une expérience censée avoir été menée par la Navy pendant la seconde guerre mondiale et qui devait permettre de rendre les navires indétectables par les radars ennemis, voire même invisibles. Cela donnera lieu à divers films dont celui de Stewart Raffill, en 1984 : The Philadelphia Experiment. 
[2] Limites détaillées à la fin de cette chronique.
[3] L'article consacré à la série contient, à la fin, des comparaisons qui permettent de constater à quel point les planches gagnent en charme (et même en éléments de décor) dans la version Hamaker. 
[4] Un bel artbook, publié chez Presses Aventure, complète agréablement l'univers de la série.



  

06 septembre 2014

UMAC : bientôt 10 ans !

Dans quelques mois s'ouvrira la dixième saison de ce blog. Ce sera sans doute l'occasion d'un petit jeu/concours, mais aussi de sujets un peu spéciaux, permettant de revenir sur ce qui restera une longue et belle aventure.

Vous pouvez "admirer", ci-contre, l'évolution des logos du blog. De "Univers Marvel" à "UMAC" en fait.
Oui, ça fait mal aux yeux. Un peu comme ces vieilles photos où l'on se voit affublé de sous-pulls et de machins bariolés épouvantables (cruel avantage d'être né dans les années 70). 
Les deux premiers sont particulièrement gratinés. Avec notamment un très joli "brun caca" constituant, pour le deuxième, l'une des plus belles fautes de goût dont je puisse m'enorgueillir. A partir du troisième, j'ai été aidé. Ou plutôt, je ne m'en suis plus occupé du tout, ce qui a permis un certain gain en qualité visuelle.
Vous pouvez vous moquer, c'est fait pour. ;o)
Je vais aussi vous montrer pourquoi je ne suis jamais devenu dessinateur, puisque tous les dessins qui suivent sont de moi. Il y a de tout, le truc à la Carali mais en moins bien, le crayonné grimaçant immonde, la peinture de jeunesse dont on a honte... comme quoi, c'est un vrai boulot. Quand on fait les fonds de tiroirs, on trouve de quoi alimenter les bêtisiers !

Lorsque j'ai commencé à écrire ici, j'avoue que je ne savais pas trop où j'allais. C'était la mode des blogs où les gens racontaient leur vie, j'avais donc surtout envie de parler de tout sauf de la mienne. 
Concernant les comics, il n'y avait pas cette profusion actuelle de blogs et de sites. J'ai donc eu envie de parler de la BD américaine dans des chroniques se voulant différentes et faisant, si possible parfois, le lien entre pop culture et culture "institutionnelle". Ce que j'aurais aimé lire plus jeune en somme. C'était sans doute prétentieux de ma part (lorsque l'on commence un boulot, mieux vaut ne pas être humble, l'ambition est un moteur et bien des gens se chargeront déjà suffisamment de vous ralentir) mais je crois, en regardant en arrière, que je n'ai pas à rougir de l'évolution de ce bon vieil UMAC.

J'ai commencé à prendre des notes concernant l'histoire de ce blog il y a quelques années déjà. C'était presque une blague à l'époque, je m'étais dit que ça me servirait à faire un article pour fêter la dixième saison. Et voilà que la dixième saison se profile à l'horizon...
De ces notes, je n'ai pas tout retenu. J'ai notamment laissé de côté bien des gens qui ne méritaient pas d'être cités. D'autant que leur aspect nocif est finalement très relatif. C'est l'un des rares avantages d'accumuler les coups durs dans la vraie vie, l'on relativise très vite les abrutis du net que l'on a pu croiser. Et j'en ai croisé un certain nombre. Des incapables enragés par le fait que l'on pouvait pointer du doigt leur impéritie, de faux amis qui n'hésitèrent pas à planter des lances, de préférence dans le dos, au plus mauvais moment, des trolls dont le courage se mesure à l'aune de leur anonymat, des menteurs, des profiteurs, des jaloux... rien que du très banal en somme. 

J'ai heureusement fait également de belles et lumineuses rencontres. Des gens que je tiens en haute estime et qui m'ont souvent apporté des opportunités inattendues, malgré mon caractère impulsif, entier et hargneux (j'ai aussi des qualités je pense, mais il parait qu'il n'est pas de bon ton de les dévoiler en public). 
Ce dont je suis le plus heureux est sans doute la conséquence de mon acharnement à ronchonner contre les publications blindées de fautes ou certains travaux trop amateurs. Bien souvent, j'ai vu des gens ricaner sur des fora, pensant que je me battais contre des moulins à vent ou que je défendais des utopies. Ces utopies ont conduit un jour un certain François Hercouët à me demander si je ne voulais pas mettre en pratique les principes que je défendais. Cela m'a permis de devenir correcteur pour Urban Comics. Et mon avis n'a pas changé depuis : si l'on est suffisamment rigoureux, on peut faire un travail correct. 

Des gens comme David Bianic ou Guillaume Matthias m'ont également fait confiance pour tenir un rôle de rédacteur au sein du magazine Geek ou du webzine de WEBellipses. Ce fut parfois chaotique mais toujours enrichissant. J'ai également rencontré de nombreux dessinateurs, scénaristes, éditeurs, traducteurs, lettreurs, coloristes... parfois, juste pour une interview pour le blog, qui n'allait pas beaucoup plus loin. Et d'autres fois, en tissant de drôle de liens qui me menaient à d'autres personnes et influençaient (en bien) mes projets personnels. 
Le bilan est donc positif. J'ai consacré beaucoup de mon temps à ce blog (les premières années, j'avais tout de même un rythme d'une chronique tous les deux jours, voire plus) mais les retombées auront été à la hauteur, non de mes espérances (je n'en avais aucune) mais de ma passion.

Le blog a également évolué, et pas seulement au niveau des logos. D'un site consacré exclusivement au marvelverse, on a lorgné progressivement vers une ouverture englobant tous les comics, puis toutes les formes de BD, et enfin la pop culture dans son acceptation la plus vaste.
Pour aborder ce nouveau chapitre, des rédacteurs sont venus m'aider et apporter leur plume et leurs connaissances au service du blog. Vance, Geoffrey, Cindy ou encore Jeff m'ont aidé à aborder des domaines tels que le manga, le cinéma, les romans ou les jeux vidéo.
Tout cela est venu en fait d'un besoin personnel.

A une époque, je lisais absolument tout ce qui sortait en kiosque au niveau comics, plus l'essentiel de la librairie, plus un peu de VO et quelques trucs hors mainstream. Je ne me forçais pas, j'aimais ça, mais après quelques années d'un rythme de dingue, je suis arrivé à saturation. Je n'avais plus envie de lire les mêmes sempiternelles histoires, d'autant que le marvelverse plongeait dans un surplace narratif peu enthousiasmant. 
J'ai donc imaginé que, comme naguère l'on était passé des seuls comics Marvel à tous les comics, je pouvais faire en sorte que le blog évolue vers quelque chose de plus large. Qui puisse mieux correspondre à mes envies mais aussi aux vastes domaines que maîtrisent les rédacteurs qui m'accompagnent aujourd'hui.
Ainsi sont nés notamment les Step Back in Time, dans lesquels nous avons pu évoquer jeux vidéo, séries TV et films, ou les plus récentes "sélections UMAC", m'ayant permis de parler de Koontz, des romancier anglais ou de quelques polars cultes en DVD. Mais de cette nouvelle orientation sont aussi nés ces sujets sur Ulysse 31Saint Seiya ou le plagiat

UMAC a évolué pendant toutes ces années. Ce qui est normal et même sain. Certaines choses ne changeront cependant jamais. Ceux qui interviennent en ce lieu ont, je le pense, une plume habile, une connaissance certaine du sujet abordé, une véritable déontologie (qui parfois est absente des organes de presse) et, sinon un goût pour "la" vérité, du moins une absence de frilosité qui empêche d'en rester à de simples évidences ou des quatrièmes de couverture.
Sommes-nous parfaits ? Carrément pas.
Est-ce que l'on prend au sérieux ce que l'on fait ? Oh, putain oui !

Je ne sais pas si la dixième saison qui se profile sera la dernière, j'espère, comme toujours, qu'elle sera la meilleure, mais je sais que les ingrédients que l'on mettra dans nos chroniques seront toujours les mêmes : des couilles, des neurones et beaucoup de boulot. Et zéro pub.
Comme promesse, ce n'est pas si mal, non ?

Merci aux fidèles lecteurs, aux nouveaux et aux curieux. 

Guns & Apple Pie !