30 novembre 2014

Ferals 1 : Instinct Animal

C'est en parcourant d'un œil un peu distrait la liste de lecture proposée par mes blogs préférés qu'un article m'a interpellé : on y évoquait une série éditée chez Panini dans la collection 100% Fusion Comics : la version originale était parue sous le label Avatar en 2012, et on y parlait... de loups-garous.

Donc :
- c'est récent, tout frais chez nous, mais sorti sans trop de publicité (sinon UMAC l'aurait déjà chroniqué, vous pensez bien !)
- c'est sanglant, violent et porte légitimement la mention "pour lecteurs avertis".

Deux arguments de poids. Je me suis donc procuré le premier tome. On y retrouve David Lapham qui a déjà bossé pour Marvel avant de s'investir dans le projet Crossed, au sein duquel il pouvait se laisser aller à développer des histoires aussi glauques que perverses, multipliant les séquences ouvertement violentes et/ou sexuelles. Il y a un public pour cela, friand d'images choquantes et de situations inhumaines, quand bien même les questionnements évoqués par le créateur Garth Ennis disparaissent au profit de banales histoires de survie dans un monde rongé par le mal dans lequel les derniers humains se révèlent pires que les monstres qui le peuplent. Crossed s'est ainsi reposé sur ses lauriers, au point de devenir gerbant et systématique (les seules questions étant de savoir jusqu'où les scénaristes iront pour inventer de nouvelles tortures ou actes de sadisme sur les fuyards forcément condamnés) : ainsi en est-il de tout récit zombie-like, et pas seulement en littérature.

Attention ! Je ne jette pas la pierre sur Lapham (Neault, au contraire, ne s'en est pas privé sur Dan the Unharmable). C'est juste que son opus Psychopathe (n°4 en France dans la série Crossed) était dans cette optique-là, alors qu'un Simon Spurrier avait réussi à renouveler la franchise assez habilement (Et si tu voyais ça). Lapham peut se vanter d'avoir décroché deux Eisner Awards, loin de moi l'idée de le dénigrer à tout prix.
Avec Ferals, on sort du cadre "fin du monde" mais on demeure dans un coin suffisamment reculé pour entretenir l'ambiance sordide nécessaire au développement d'une histoire mêlant crimes en série et mythes ancestraux. L'action se passe dans le Minnesota : Dale, un adjoint du shérif, retrouve un fragment du corps d'un de ses collègues après le signalement de sa femme. Ils ne tardent pas à dénicher le reste du corps du malheureux : déchiqueté, éviscéré, démembré... et la bouche bien calée par la partie la plus masculine de son anatomie. Une boucherie. 
Pour tenter d'atténuer le souvenir de ces visions d'horreur, Dale passe la soirée dans le pub du coin où il est abordé par une mystérieuse jeune blonde qui ne se montre guère farouche, et même plutôt avide des détails les plus glauques de sa découverte macabre. Plus tard, on le retrouve dans le lit de la femme de son collègue (Dale a un sens du réconfort très poussé) : à son réveil, il aperçoit une sorte de créature en train de déchiqueter sa maîtresse. Il ne parvient pas à l'arrêter et finit à l'hôpital. C'est là qu'on l'interroge sur ce qu'il a vu, et qu'on lui apprend que la femme qu'il a baisée dans les toilettes du pub a également été retrouvée massacrée. Evidemment, il devient le principal suspect...


Ferals ne s'embarrasse pas de détails. Ça va vite, les événements s'enchaînent sans véritable temps mort, au détriment des personnages. On aimerait éprouver de la sympathie pour notre héros, Dale le tombeur, qui tient à mener son enquête de son côté, mais on n'a pas grand chose à quoi se raccrocher. Et puis, au milieu de notre volume, l'action change de centre de gravité, on quitte le comté de Cypress pour un comté voisin, à peine plus peuplé, abritant des communautés issues d'immigrants nordiques vivant de manière assez reculée (pas des Amish, mais les contraintes sociétales sont similaires). Une femme y est morte, sa sœur et les autres membres la conspuent, estimant qu'elle méritait son sort... Rites ancestraux, poids des secrets, pesanteur patriarcale : les clichés abondent et l'histoire s'embrouille, avec pour couronner le tout l'enquête de deux agents fédéraux qui effectueront la jonction entre les deux affaires.


Ferals regorge d'éléments intéressants mais leur assemblage semble complètement artificiel, le récit semblant plutôt rythmé par des passages obligés : sexe, violence, sexe, violence. C'est très sanglant, le dessinateur Gabriel Andrade se débrouillant relativement bien dans l'action et les combats avec un style très classique et détaillé, mais ses visages manquent cruellement de variété (les femmes se ressemblent toutes, ce qui rajoute à la confusion émanant de la seconde partie de l'ouvrage) et il faut bien admettre que ses scènes "lestes" n'ont rien de stimulant - on a l'impression de voir une BD adulte des années 60. 
Evidemment, pour couronner le tout, le volume se termine sur un cliffhanger et les questions se bousculent : on sent bien qu'il y a du lourd derrière tout cela (la théorie du complot n'est pas loin), mais on n'est pas plus impliqué et intéressé que ça.

Décevant donc.

Justice League : Forever Evil

Avec le sixième tome de Justice League, c'est la première partie de l'évènement Forever Evil qui débarque ce mois en librairie, sous le titre Le Règne du Mal.

Au menu de ce recueil de plus de 200 pages, l'on retrouve les Forever Evil #1 à #4, Justice League #24 et #25, ainsi que deux numéros spéciaux, Justice League #23.4 et Justice League of America 7.4, ces deux derniers comics étant issus du Villain Month [1].
Au scénario, l'inévitable Geoff Johns, accompagné de Sterling Gates. Les dessins sont signés David Finch, Ivan Reis, Doug Mahnke, Edgar Salazar et Szymon Kudranski.

Le récit commence alors que la Justice League n'est plus. Celle-ci a été vaincue par un syndicat du crime venu d'une autre Terre, mourante. 
Les versions alternatives - et négatives - des héros bien connus vont tenter de rallier tous les criminels sous leur bannière et de prendre ainsi le contrôle total de la planète.
Quelques héros vont tenter de s'opposer à cette conquête, mais c'est essentiellement Lex Luthor qui va mener la contre-offensive à l'aide d'un clone de Superman et de divers alliés.

Les super-vilains fraîchement débarqués de la Terre-3 et faisant ici office de menace ultime sont donc des variations des héros que nous connaissons bien. Ultraman (Superman), Superwoman (Wonder Woman), Johnny Quick (Flash), Power Ring (Green Lantern) ou encore Owlman (Batman) forment le noyau dur de cette équipe résolument "dark".
Les affrontements sont souvent expéditifs : Nightwing est rapidement maîtrisé, Black Adam se fait administrer une bonne correction et aura besoin de sérieuses séances d'orthodontie... bref, ça tape dur. Malheureusement, comme souvent, Johns [2] se contente de survoler ses personnages de manière un peu froide, donnant une priorité excessive à l'action brute et à une exposition des faits manquant de dimension émotionnelle et dramatique.

Quelques bonnes idées tout de même, comme une version plutôt inattendue de Bizarro, assez touchante et permettant à Luthor de se livrer un peu et de faire (presque) preuve de compassion. Le Power Ring du syndicat est également fort bien écrit et permet à Deathstorm de balancer l'une des seules répliques humoristiques du récit. Dommage que cet aspect ne soit pas un peu plus développé.
Pour le reste, énormément d'intervenants et de personnages secondaires, comme Captain Cold (un ennemi récurrent de Flash) ou Black Manta (présent notamment dans la série Aquaman). L'on retrouve également l'utilisation des différents anneaux liés aux Lantern Corps (cf. cet article pour plus d'informations à ce sujet).

Tout cela se lit très bien mais manque un peu de lyrisme ou de profondeur pour dépasser le cadre de l'anecdotique, d'autant que l'on sait bien que les bouleversements de statu quo promis seront, au mieux, légers et provisoires.
Au niveau du traitement Urban Comics, toujours le même sérieux et le même souci de permettre la meilleure accessibilité possible. Outre un long résumé des évènements précédents, le lecteur novice pourra bénéficier d'une présentation des personnages ou groupes les plus importants.
La traduction est très bonne même si l'on pourra chipoter sur une utilisation parfois incompréhensible de la ponctuation [3]. L'ouvrage se conclut par une galerie de covers alternatives.

Du mainstream plutôt efficace et agréable à l'œil mais manquant de surprises et d'ambition.

+ un gros barnum, avec têtes d'affiche et persos secondaires
+ de belles planches
+ un contenu rédactionnel utile
+ quelques scènes efficaces...
- qui, par contraste, soulignent encore plus la platitude du traitement des personnages 



[1] En septembre 2013, DC Comics a publié une série de numéros spéciaux consacrés aux super-vilains. Ceux présents dans ce tome se penchent sur la Société Secrète et Black Adam. Notons qu'aux Etats-Unis, ces comics étaient disponibles avec une couverture 3D. Ces dernières n'ont pas été reprises en France, en kiosque, pour des raisons de coût. 
[2] Si Johns se révèle souvent excellent lors de la modernisation des origines des personnages (Green Lantern, Superman, Shazam...), dans l'exposition de versions alternatives de héros (Batman : Terre-Un) ou sur quelques titres mythiques (The Sinestro Corps War), il lui arrive régulièrement aussi de passer complètement à côté de son sujet, comme lors de Blackest Night, dans certains épisodes de la série Avengers ou encore à l'occasion de l'écriture de titres plus confidentiels, comme Olympus.
[3] A l'heure actuelle dans l'édition, la tendance est de plus en plus à l'approximation et à la perte totale de certaines connaissances pourtant indispensables. Ainsi, après la confusion, à la première personne, entre le futur et le conditionnel, c'est l'emploi de la virgule qui semble échapper à toute logique (neuf fois sur dix, il y en a trop). Si elle peut parfois être facultative ou indispensable, il est de nombreux cas où sa présence est complètement inopportune. Par exemple, elle n'a rien à faire dans ces deux phrases, issues de ce tome de Justice League : "Il n'y aura pas de disputes, entre nous", "Je parle, quand je suis nerveux."
Dans ces deux cas, il n'y a ni incise, ni juxtaposition, ni "respiration" à apporter. La présence de la virgule est même de nature à gêner la compréhension de la phrase. Vous pensez que ce n'est pas important ? Voyons alors un exemple plus parlant et démontrant l'importance de cette petite bestiole :
- Allons manger, les enfants !
- Allons manger les enfants !
Les deux phrases sont justes mais elles sont de sens différent. Une petite virgule de rien du tout et l'on n'a plus la même chose dans l'assiette. Dans le premier cas, vous invitez vos gosses à manger, dans le deuxième, vous et vos potes devenez des cannibales ayant de bonnes chances de finir en taule. ;o)




28 novembre 2014

Georges Clooney : merde ou chef-d’œuvre ?

Une BD vraiment très spéciale au menu aujourd'hui, avec Georges Clooney : une histoire vrai (volontairement sans "e").

L'auteur, Philippe Valette, a tout d'abord publié les deux premières parties de son histoire sur son blog. L'ensemble, avec les parties 3 & 4, a ensuite été édité chez Delcourt, dans la collection Tapas.
Et comme le tome #2 sort d'ici quelques jours, hop, on vous fait un topo sur... le tome #1. Car il y a tout de même énormément de choses à dire sur cet objet dessiné non identifié.

Lorsque l'on se lance dans cette étrange lecture (totalement par hasard pour ma part), la première réaction qui vient est de se dire que l'on est devant une merde intersidérale : c'est moche, le lettrage est dégueulasse, c'est blindé de fautes. Du coup, quand on se met à rire, c'est la stupéfaction !
"Mince, ce truc me fait marrer ! Mais j'ai dix ans ou quoi ?"
Peu à peu, le mépris et la stupéfaction font place à une curiosité sincère. Et plus l'on rentre dans cet univers débile, plus la réaction est viscérale. C'est tout ou rien, très probablement, soit l'on est allergique, soit l'on se dit que, derrière une apparence bâclée, il y a peut-être là quelque chose de non seulement frais et original mais aussi profondément maîtrisé.

L'intrigue est aussi barrée que le reste. Un super-héros trouve une merde chez lui et se demande qui a bien pu oser ainsi lui larguer une crotte dans le salon. Bien que préoccupé, il ne tarde pas à se lancer sur la piste d'un braqueur, qui ressemble furieusement à une Tortue Ninja.
On assiste également à un long détour par le Domac, le héros étant particulièrement friand de cheeseburgers. Il y rencontre alors le commissaire et ses hommes et a quelques soucis avec la serveuse, qui lui occasionne une émotion ayant une conséquence physique difficilement conciliable avec le port d'un costume moulant.

Bien que tout soit fait pour faire penser à une BD d'ado attardé, ne sachant même pas dessiner, Georges Clooney se révèle finalement assez subtil. Ou disons, au moins, osé. 
Il fallait tout d'abord assumer ce graphisme simpliste, possédant tout de même ses qualités. Certains plans (comme ceux dans l'intérieur des véhicules, où l'on voit le personnage en contre-plongée, à partir des pédales de la voiture) sont aussi inattendus qu'efficaces et permettent de rompre totalement avec cette fausse impression d'amateurisme laissée par les dessins. Certaines postures également ne sont pas seulement "mal dessinées" mais servent le propos (comme lorsque le héros, surpris, fait un bond avec les membres en arrondis, comme si tout son corps exprimait un "o" d'étonnement).

Les dialogues sont souvent très drôles, non pas tellement à cause des propos tenus (l'humour très "pipi-caca-bite" n'est pas tellement ma tasse de thé) mais grâce à un réel sens du rythme et de la rupture. Il faut tout de même admettre que certains échanges sont à mourir de rire, comme lorsque l'un des flics doit appeler le héros en se faisant passer pour une fille en chaleur.
Pour ce qui est de la dégradation volontaire du texte, comme j'avais tenté de l'expliquer dans cette chronique, 99 % du temps, ce n'est pas une bonne idée. Ici cependant, cela fait sens et convient au style de la BD. Je dirais même que ça participe autant à son humour qu'à son aspect visuel global [1].
Enfin, narrativement, c'est tout simplement brillant. Que cela soit volontaire ou purement instinctif, l'auteur met dans son histoire suffisamment de technique pour emballer le lecteur. Attention cependant, si Valette a avoué dans certaines interviews qu'il avait improvisé l'essentiel du récit et que les fautes avaient été laissées volontairement mais n'étaient pas prévues au départ, il serait dangereux de croire que n'importe quelle connerie, dessinée sur un bout de table, peut être qualifiée d'œuvre artistique ou simplement même de récit.

Si je me suis décidé aujourd'hui à vous parler de cette BD, c'est non seulement parce qu'elle est drôle (ce qui n'est pas si courant) mais c'est aussi parce que son apparence est intéressante et cache tout de même de réelles fondations techniques (indispensables à mon sens dans tout art, cf. cette chronique).
Et ce "squelette" technique, qui soutient l'ensemble, peut être voulu ou être indépendant de l'auteur, mais il ne peut être absent. Ne faites donc pas l'erreur de penser que quelques feutres et deux ou trois insultes peuvent faire une BD ou même une histoire. Pour que cela fonctionne, il faut la présence de ces mécanismes invisibles qui rendent le tout efficace.
Par exemple, toute la scène se situant dans la voiture des flics, dans la deuxième partie, fonctionne grâce à des effets techniques précis. On voit d'abord des plans larges, avec une seule phrase par case et même une case sans dialogue entre les différents échanges. Cela donne une impression de langueur (en adéquation avec l'état d'esprit du commissaire), de temps qui passe. Puis, on passe à un plan rapproché, montrant qu'il se passe quelque chose, que le commissaire n'est plus dans ses pensées mais rentre dans son domaine d'action. Enfin, on le voit en contre-plongée, il vient de prendre une décision, il paraît immense, puissant. Retour à un plan large et des échanges courts pour le temps de la réflexion et le gag qui l'accompagne. De la même manière, quand les deux flics (le commissaire et Michel) sont sur le banc, alors que le commissaire se confie, c'est l'incroyable longueur de la scène et la monotonie des plans qui permettent la rupture qui conclut ce moment (avec le passage des autres personnages en bagnole et le geste du "petit frère").
Et l'on pourrait continuer comme ça longtemps. Mais on ne va pas tout décortiquer, l'idée est simplement de montrer que, même avec une apparence pourrie, une histoire qui fonctionne est une histoire qui fait appel à un minimum de technique, qu'elle soit ou non consciente [2].

Voyons tout de même un aspect pratique : la version papier de l'histoire. Elle est vendue au prix de 30 euros, ce qui semble très élevé pour quelque chose qui se lit aussi rapidement (c'est épais, mais avec deux cases - dépouillées de surcroît - par page, il est aisé de rendre tout artificiellement long). 
Plus incroyable encore, la version kindle est vendue à 20 euros, ce qui est proprement scandaleux (cf. cet article qui développe un peu le sujet du prix du numérique en France).

L'humour ne plaira pas à tout le monde, les dessins encore moins, mais la BD s'avère cohérente, couillue, drôle et étonnamment bien construite. 
Une vraie bouffée d'air frais.

+ drôle
+ original
+ audacieux
+ une forme débridée qui cache une réelle maîtrise (ou alors c'est un exceptionnel cas d'écriture instinctive)
- un registre assez ordurier (mais qui peut se justifier la plupart du temps) 
- le prix


[1] Loin de moi l'idée de suggérer de multiplier ce genre d'expérimentation syntaxique, il s'agit à mon sens d'une rarissime exception qui confirme la nécessité de se référer à une forme codifiée commune permettant l'intelligibilité du propos. 
[2] Cela démontre également, encore une fois, que la technique n'influence pas le propos, pas plus qu'elle ne le limite ou décide de sa forme (cf. cette chronique).





25 novembre 2014

Expo BD annulée : "des planches immorales et vulgaires"

Que des responsables politiques décident de juger de la moralité d'une œuvre artistique, déjà, ça part mal. Mais qu'une exposition autour d'une BD dénonçant le harcèlement soit annulée, et ce dans le cadre de la "Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes", ça en devient kafkaïen. 

En cause, la bande dessinée Les Crocodiles, de Thomas Mathieu. L'auteur a souhaité baser cet ouvrage sur la thématique du harcèlement de rue, subi par de nombreuses femmes au quotidien. Il a pour cela recueilli des témoignages et les a retranscrits sous une forme dessinée, sans pour autant les aseptiser.
Bien qu'il y ait de l'humour parfois dans certaines scènes, voire même un certain optimisme quant à la nature humaine, la plupart des récits sont éprouvants - et donc souvent "vulgaires" - parce qu'ils retranscrivent une situation violente et des propos réellement tenus.

Les élus toulousains, avec un manque de clairvoyance assez navrant, s'empressent donc de dissimuler ces témoignages sous prétexte qu'ils pourraient "choquer", sans se rendre compte que ce sont les faits qui sont choquants, certainement pas la manière de les relater, d'autant que le style adopté par l'auteur permet justement de conserver un certain recul (les crocodiles sont évidemment symboliques et permettent aux dessins de ne pas verser dans la complaisance ou le racolage).

L'auteur évoque également la honte, la peur, la gêne que peuvent ressentir les victimes de certains faits graves ou anodins en apparence mais qui, répétés, peuvent sérieusement impacter celle qui les vit.
Mieux encore, l'auteur, dans un souci didactique, propose même quelques conseils concernant le comportement à adopter en cas de problème.
Il semble donc qu'en aucun cas Les Crocodiles ne soit une BD "immorale", au contraire, à moins de penser que la moralité aille se nicher du côté des types violents (dans leurs actes ou leurs propos). 

Il existe une grande différence entre le fait de dénoncer des faits immoraux et faire preuve soi-même d'un manque de morale en s'en servant à des fins discutables. Ici l'artiste prend le parti du plus faible, de celles dont la tranquillité, la dignité et même la vie sont malmenées par des crocodiles à l'appétit féroce et à la compassion inexistante.

Alors, oui, c'est glauque, parfois difficile à voir ou imaginer, mais le papier qui ici dénonce a l'immense avantage, lui, de ne pas blesser. Il soutient au contraire, amène à s'interroger, à rompre l'isolement de certaines, et défend l'idée qu'un mauvais comportement n'est jamais une fatalité, encore moins quelque chose qui doit nous amener à détourner les yeux.

Mais la bonne ville de Toulouse n'a peut-être aucun problème de harcèlement... en tout cas, mesdames, "rassurez-vous", si vous croisez un crocodile dans ses rues, il ne sera pas en papier. 


Source : Le Lombard






   

22 novembre 2014

Marvel Now : Nova

Du Marvel Now et du cosmique aujourd'hui, avec le premier tome librairie de la nouvelle série Nova.

L'on avait déjà eu une bonne surprise, dans le même registre, avec Les Gardiens de la Galaxie, de Bendis et McNiven. Il semble que le genre cosmique réussisse bien au label Marvel Now (qui est loin de susciter systématiquement l'enthousiasme) puisque ces premiers épisodes de Nova sont globalement plutôt réussis.
Aux commandes, l'on retrouve Jeph Loeb et scénario et Ed McGuinness au dessin, un duo que l'on avait déjà vu à l'œuvre sur l'on-going Incredible Hercules/Hulk (cf. Marvel Heroes #12).
Petit point tout d'abord sur l'histoire.

Sam Alexander est un jeune garçon vivant dans un trou paumé en Arizona. Son père est agent d'entretien dans l'école qu'il fréquente. Malheureusement, il est aussi alcoolique et Sam doit souvent rattraper ses bourdes et couvrir ses absences afin qu'il puisse conserver son job.
Régulièrement, le père de Sam se complaît dans la nostalgie et l'auto-apitoiement. Il parle d'une époque où il était un héros, où il voyageait dans l'immensité de l'espace en compagnie d'une tueuse verte et d'un raton-laveur parlant...
Sam, lui, ne croit pas à ces histoires. Jusqu'au jour où son père disparaît et où deux étranges énergumènes viennent lui ramener son casque. Un casque aux pouvoirs surprenants...
Et si, finalement, son père avait toujours dit vrai ?

Exit donc le Richard Rider dont on avait pu suivre les aventures sous la plume du tandem Abnett/Lanning (dans le mensuel Marvel Universe, qui abrita notamment des sagas telles que War of Kings ou Annihilation : Conquest) et place à Sam Alexander.
Le récit est très classique dans sa forme, avec la présentation d'un jeune homme ayant quelques problèmes dans sa vie privée, la découverte, parfois maladroite, des pouvoirs, quelques traits d'humour et de bons gros méchants. Pas de surprise donc, mais une série agréable et véritablement accessible, ce qui est relativement rare pour du Marvel Now.
Niveau guests, on n'échappe pas à Rocket Raccoon, accompagné de... Gamora (pas de Groot pour cette fois). La menace principale de ce premier arc est incarnée par Titus, un ancien collègue du père d'Alexander, recueilli par les Chitauri (une race extraterrestre particulièrement belliqueuse) et équipé de nos jours d'un Annihilateur Ultime (un flingue au look bien pourri mais aux effets dévastateurs).

Tout cela se lit vite et est sympathique, en plus d'être visuellement efficace. On peut regretter cependant que la vie privée de Sam ne soit pas plus développée, tout comme sa période d'apprentissage (il en vient très rapidement à affronter des menaces de haut niveau). On se situe ici à mi-chemin entre le Loeb génial (de Superman : For All Seasons, Spider-Man : Blue, Batman : The Long Halloween ou même Witching Hour) et le Loeb désastreux (Hulk, Wolverine...). Autrement dit, il se révèle brillant lorsqu'il prend le temps de développer des récits construits et émouvants, mais il lui arrive de se planter complètement lorsqu'il tente de faire du "fun" et de l'action pure (qui nécessitent autant de travail et d'habileté narrative pour fonctionner). Cette fois, ce serait donc a priori du fun/action pas dégueulasse. 
A voir sur le long terme.
Notons que l''ouvrage est complété par quelques croquis et crayonnés. 

Pas de quoi crier au génie mais c'est assez agréable à lire tout de même.

+ accessible
+ graphiquement soigné
+ un nouveau Nova plutôt charismatique
- certaines étapes essentielles sont tout de même vite expédiées





20 novembre 2014

10ème saison UMAC : premières infos sur le concours (et Ligne Editoriale)

Quelques infos sur le concours qui sera bientôt organisé à l'occasion du lancement de la dixième saison de UMAC.

Pour marquer le coup (le lancement d'une dixième saison de chroniques, ça se fête !) et remercier nos lecteurs, nous allons nous transformer en Pôpas et Miss Noël dans très peu de temps.

En effet, nous allons organiser un concours, très simple, qui se déroulera du 20 décembre 2014 au 20 janvier 2015.
Ce concours comportera des lots d'une valeur totale de 450 euros.
Et je peux vous assurer que nos partenaires, Urban Comics et Hisler BD Bis, n'ont pas fait les fonds de tiroir !

En effet, chaque lot thématique (il y en aura quatre en tout) sera basé sur un auteur mais aussi sur des œuvres qui ont reçu un bon accueil critique sur UMAC.
Nous vous proposerons donc de remporter des comics qui nous ont touchés et correspondent à la ligne éditoriale de ce blog [1].

Alors, on va garder des éléments de surprise pour le lancement officiel du concours, dans un mois, mais je ne résiste pas au plaisir de vous dévoiler le premier de ces quatre lots, basé sur Brian K. Vaughan.
Au menu du lot n°1 :
- l'intégrale de Y, le Dernier Homme, soit cinq Deluxe
- les trois premiers tomes de Saga
- et l'excellent Les Seigneurs de Bagdad, coup de cœur UMAC en mars 2012

Ce n'est qu'une très petite partie de ce que nous allons vous dévoiler très bientôt mais j'espère que cela vous donne déjà envie ! ;o)

Guns & Apple Pie !


[1] Ligne éditoriale que nous résumerons rapidement par ce sympathique aphorisme, "des neurones, des couilles et zéro pub", mais que je vais aussi tenter d'expliciter plus longuement pour ceux que cela intéressent.
L'aspect "neurones" ne signifie nullement que nous nous prétendons plus intelligents que les autres (encore que... ;o)) mais que les chroniques sont basées, autant que faire se peut, sur des arguments concrets, et donc une analyse de l'œuvre, et non un "j'aime/j'aime pas" ou une vague inclination personnelle.
L'aspect "couilles" provient du fait qu'il faut un certain courage, je le pense, pour critiquer honnêtement les travaux de gens que l'on est parfois amené à côtoyer, voire à apprécier. C'est facile de recopier une quatrième de couverture et de dire "c'est génial, super, allez-y, achetez-le !". C'est facile mais cela ne sert personne à long terme. Ni le lecteur, floué, ni l'éditeur, encouragé dans une démarche malsaine, ni l'artiste, recouvert de fausses louanges, ni même l'auteur de la "critique", trop fade pour être honnête.
Parfois, cette exigence qui est la mienne fait qu'il m'arrive sans doute de blesser des gens. Ce n'est pourtant pas le but, et ce n'est heureusement pas la réaction de la majorité des auteurs ou éditeurs avec qui j'ai pu deviser. D'autres, moins sages, moins compétents aussi peut-être, trépignent dans leur coin et usent de l'invective et de la médisance pour panser des plaies pourtant liées à leurs lacunes, pour ne pas dire pour certains à leur impéritie.
Enfin, l'aspect "zéro pub" s'explique un peu de lui-même. Pas de fenêtres qui s'affichent et autres machins intempestifs, pas non plus de système de commission pour des ouvrages chroniqués (il existe des systèmes de rétribution pour les sites qui vous "guident" vers certains liens commerciaux), pas non plus de "news" brutes, sans savoir de quoi l'on parle et avoir lu les ouvrages chroniqués.
Tout cela exige un certain investissement personnel, en temps, en énergie. Une certaine abnégation parfois aussi, lorsqu'ils faut passer outre les injures et jugements de poltrons bien planqués derrière des écrans qui leur donnent un courage virtuel inversement proportionnel à celui dont ils font montre dans la vraie vie, lorsqu'ils rasent les murs et baissent le regard.
Mais tout cela donne lieu aussi à de belles rencontres, de bons moments. Et cela engendre aussi parfois cette satisfaction, subtile mais nécessaire, qui survient lorsque l'on est persuadé, au bout d'un texte, qui a parfois nécessité un long travail, d'avoir dit non "LA" vérité, mais quelque chose de sensé, honnête et bien souvent vérifiable.
Cette quête, cette "intégrité" dont même certains journalistes se gaussent, en fera peut-être rire certains. Pour moi, en tant que lecteur et auteur, elle est essentielle.
Le Papier m'a trop donné pour que je puisse le considérer à la légère. Les pages, que je les noircisse ou que je les tourne, sont mon domaine, mon Camaaloth. Je ne défends pas ces terres avec l'aveuglement du prêtre, ni même avec l'habileté ou la hargne du soldat, mais avec la reconnaissance émue du paysan, du pur redneck, dont l'existence est parfois transcendée par cet art, si ancien et si vital, qui consiste à conter.
Oh, il y a des métiers plus nobles que celui de Conteur. Médecin par exemple. Mais il n'y en a pas de plus anciens (non, même pas celui auquel vous pensez). Car les hommes ont, de tout temps, éprouvé le besoin de raconter et écouter des récits. Pour calmer leurs angoisses, leurs peines. Pour partager leur joie. Pour dénoncer des injustices. Pour déclarer leur amour. Et aussi pour expérimenter. Pour vivre par procuration des milliers de vie. Et ainsi savourer la vengeance d'un Hamlet, admirer le sens du devoir d'une Bérénice, trembler pour un Winston Smith découvrant l'amour, mais aussi trépigner de joie quand un Neo vient à bout des Agents de la Matrice, s'arracher les cheveux quand un Parker sacrifie Mary Jane devant un Méphisto hilare, ou frissonner de plaisir devant la maestria d'un Lupin, sous la plume de Leblanc.
Que de magie essentielle nous avons là !
Un peu d'encre, quelques symboles sur du papier, et nous voilà fascinés, modifiés à jamais.
Mais, comme dans tout domaine, nous avons les artisans véritables de la magie et les viandards.
Préférer Parker à Bérénice, c'est une question de goût, d'inclination personnelle. Cela, jamais je ne le jugerai. L'on a forcément "raison" d'aimer ce que l'on aime, puisqu'il s'agit d'une émotion éprouvée et non d'un choix logique. Mais l'encre a aussi sa technique, ses impératifs, ses codes. Et même si ces derniers peuvent être parfois contournés pour une raison précise, ils ne peuvent être mis de côté par ignorance ou négligence.
Tout n'est pas question de goût. Avoir des roues carrées, c'est idiot si l'on veut qu'un véhicule soit performant. Cela peut encore s'admettre si un jour un constructeur/auteur veut explorer le sujet, et délirer sur le thème des roues carrées, mais il y a une grande différence entre se fixer soi-même des contraintes (comme Perec dans La Disparition : une performance technique énorme) et se retrouver avec des roues carrées tout simplement parce que l'on est incapable de les faire rondes.
Combien d'amateurs (ou de professionnels parfois) crient et se vantent, sur le net ou les quatrièmes de couverture, d'une performance énorme, de records de vitesse, alors qu'ils se présentent au final, dans les rayons des librairies, avec des roues carrées ?
Si vous faites aussi cette distinction, entre Perec et un trou du cul, alors nous risquons de nous entendre. Car c'est tout le but de ce lieu.
Nous n'applaudissons pas avec les élites, pas plus que nous ne hurlons avec les hyènes lorsqu'une cible est désignée à la plèbe. Cette Pop Culture que nous défendons, qui nous passionne, nous n'hésitons pas aussi à en dénoncer les dérives. Parce que le talent, tout comme la médiocrité, n'ont ni âge, ni caste, ni medium de prédilection. Ils se faufilent partout. Et voilà peut-être la seule frontière artistique admise sur UMAC : celle qui sépare ce qui est travaillé de ce qui a été chié à la va-vite, sur un coin de table.
C'était un peu long pour expliquer une ligne éditoriale ? Certes, mais je ne le fais que tous les 10 ans. ;o)

  



Under the Dome : un énorme gâchis

Retour aujourd'hui sur les deux premières saisons de Under the Dome et les accumulations de maladresses et d'inepties qui ont conduit à ce ridicule salmigondis.

Décidément, Dôme, le roman de Stephen King, joue de malchance en ce qui concerne les adaptations. Nous avions pu voir en 2011 (dans cet article) à quel point Albin Michel avait salopé la VF, en publiant un livre bourré de fautes, d'approximations, de termes mal traduits et même d'avis personnels du traducteur. Cette fois, après la diffusion en France des deux premières saisons de la série TV, l'on peut revenir sur cette adaptation sur petit écran, guère plus heureuse.

Pour tenter de comprendre pourquoi cette adaptation est naze (et elle l'est !), il faut peut-être commencer par écarter les raisons qui n'ont rien à voir avec ce résultat qualitatif décevant.
On nous explique par exemple ici où là que le livre ne serait pas si bon que ça, notamment à cause d'une fin trop simpliste (comprenez par là l'explication concernant l'origine du dôme). En réalité, peu importe, le dôme n'est qu'un prétexte et l'essentiel du roman est centré sur l'expérience humaine que constitue la mise "sous cloche" d'une population limitée, obligée de fonctionner en autarcie.
D'autres ronchonnent sur le fait que l'adaptation télévisée ne soit pas suffisamment fidèle au livre, ce qui n'est pas en soi une raison non plus : il était tout à fait possible de bâtir une histoire différente en conservant les fondamentaux du roman tout en s'adaptant aux exigences du support télévisuel.
Les raisons d'un tel échec sont bien plus simples en réalité.

Pourtant, au départ, les noms défilant au générique avaient de quoi rassurer : Spielberg, Brian K. Vaughan [1], King himself... malheureusement, après une première saison plutôt satisfaisante (au moins dans la première moitié), l'on assiste ensuite à un naufrage complet.
Tentons de comprendre pourquoi en voyant les choses sous deux aspects : ce qui est conservé du roman et ce qui est propre à la série TV.

Les personnages, évidemment, sont conservés. Mais dans quel état ! Ils sont tous complètement aseptisés, notamment "Big Jim" Rennie et son fils Junior. Or, ce sont ces deux-là qui créent toute la situation conflictuelle et le suspense du roman. Le père est un horrible salaud, trafiquant de surcroit, qui profite de la situation pour prendre la ville sous sa coupe en montant une milice personnelle basée sur les amis, brutaux, de son fils. Quant au rejeton, il est dingue et commet plusieurs meurtres.
Dans la série TV, Jim est certes plutôt antipathique et plusieurs fois borderline, mais il n'a plus rien de l'odieux salopard du roman, en comparaison, il est même très humain (il est bien plus attaché à sa famille, il s'allie ponctuellement avec Barbie, etc.). Junior, lui, après avoir effectivement commencé à péter les plombs dans la première saison, en emprisonnant son ex-petite amie, bascule rapidement dans le camps des "gentils", avec un perpétuel air niais qui n'arrange rien.
Privée de la pire menace (Rennie et son gang), Chester's Mill va évoluer dans une direction radicalement différente (n'oublions pas que le dôme à la base est un révélateur, il n'est pas dangereux en lui-même) [2].

Les ajouts propres à la série TV sont étonnamment tous très étranges, parfois à la limite du ridicule. L'histoire de "fight club" organisé dans une cimenterie, par une Maxine sortie de nulle part et faisant chanter (trop) facilement tout le monde, était déjà très limite. Qui, dans de telles conditions, penserait à organiser des combats clandestins ? Mais bon, cela restait un égarement momentané. La saison 2 va, elle, multiplier ce genre d'inepties et d'incohérences :
- lorsque le dôme se magnétise, les objets sont attirés selon le bon vouloir des scénaristes et non selon une loi physique logique et constante (quand les personnages approchent du dôme, et bien que nombre d'objets métalliques soient déjà "collés" à celui-ci, leurs propres affaires sont attirées de manière aléatoire)
- le problème de l'éventuel manque de nourriture et la manière dont il est abordé frisent la parodie : après avoir voulu éliminer une partie de la population au hasard, les leaders optent pour une collecte auprès de la population et ce afin... de redistribuer les vivres
- lorsque Jim négocie avec l'extérieur pour livrer l'œuf, les militaires refusent l'évacuation de la population alors que c'est encore possible : pourquoi ?
- Jim apprend à Rebecca l'existence de l'œuf, dont elle ignore visiblement tout. Cela ne l'empêche pas de lui demander si elle ne pourrait pas fabriquer en vitesse un détecteur capable de le localiser. C'est une simple prof de science mais il doit la prendre pour Reed Richards.
- le moment où la température chute à l'intérieur du dôme est le plus involontairement drôle. Tout d'abord, alors que les gens se regroupent pour lutter contre le froid, un personnage demande la température à l'extérieur. On lui répond "deux degrés, et ça continue à descendre". Alors deux degrés, ce n'est certes pas une température estivale, mais tout de même, pas de quoi mourir de froid, surtout à l'intérieur des bâtiments. Or, les gens revenant de l'extérieur ont du givre dans les cheveux et semblent transis de froid comme s'il faisait -30
- l'accident de Dale et Julia est ahurissant également. Ils se retournent à bord d'une ambulance sur une route verglacée. Julia est blessée à la jambe, une sorte de tige métallique lui ayant transpercé la cuisse. Dale annonce qu'ils ne peuvent absolument pas rejoindre la ville à pied, le froid et la blessure de Julia les en empêchant. Admettons. Un peu plus tard, il a une idée. Vous allez voir, elle est gratinée et ne résout rien, en fait, elle crée des problèmes supplémentaires. 
Pour éviter une éventuelle hémorragie en retirant la tige métallique, Dale suggère à Julia de... mourir. En fait, il la découvre pour la faire rentrer en hypothermie et provoquer un arrêt cardiaque. Puisqu'il n'y a plus de pulsations cardiaques, hop, il enlève la tige sans risque de voir gicler le sang, puis il la prend dans ses bras et rejoint la ville (très rapidement et sans être gêné par le froid si intense qu'il tue la fille, qui était pourtant à l'intérieur de l'ambulance, en quelques minutes). Et là, un massage cardiaque, et hop, le tour est joué, elle revient à la vie, merci messieurs-dames. Mais... puisqu'il s'agissait de la transporter à bout de bras, n'était-il pas plus raisonnable de la transporter vivante, en laissant simplement la tige en place ? Et pourquoi attend-il d'être arrivé sur place pour la ranimer, au risque de voir le manque d'oxygène occasionner des dégâts sérieux au cerveau ?
- Lyle, qui est récupéré nageant au milieu des plaques de glace, se porte comme un charme et ne frissonne même pas alors qu'il est trempé (en comparaison, Dale, qui était sec, semblait frigorifié alors qu'il était à l'abri dans l'ambulance, avec le chauffage en prime)... [3]
- A un moment, alors que les protagonistes s'inquiètent des vivres qui leur restent, ils décident de les transporter en lieu sûr, Julia en sort alors une bien bonne : "avec le froid, on risque de tout perdre...". Ben oui, c'est bien connu, un aliment congelé devient impropre à la consommation. ;o)

Bref, on le voit avec ces quelques exemples, les idioties ne manquent pas. Et souvent, ce sont des erreurs si grossières, des approximations si évidentes, qu'elles dénotent un manque certain de sérieux et d'engagement [4].
Tout cela sans parler des tunnels qui apparaissent et disparaissent, permettant d'aller à l'extérieur quand le besoin s'en fait sentir. Ou des personnages qui reviennent d'entre les morts, ou se sont volontairement fait passer pour morts. En réalité, l'on a constamment l'impression que les scénaristes improvisent dans l'urgence, par tranches de cinq minutes, sans jamais savoir où ils vont ni comment ils vont résoudre les problèmes qu'ils créent. Le dôme par exemple devient un objet central, qui change de couleur, fait pleuvoir du sang, rétrécit, tourne, ronronne et fait des claquettes (ah non, les claquettes c'est un ajout personnel, tout le reste est vrai). 
Au final, le récit mettant en scène la prise de pouvoir d'un petit dictateur local devient une course à l'œuf, parsemée d'épreuves plus ou moins vraisemblables, aux résolutions tirées par les cheveux. L'étude de cas du roman, basée sur l'isolement et l'ascension d'un groupe aussi dangereux que néfaste, se transforme en farce bâclée.

Et pourtant, il est très difficile de condamner d'emblée une série qui a le mérite d'être au moins originale. Enfin, ces derniers temps, la télévision française semble se rendre compte qu'il existe autre chose que des enquêtes policières de 45 minutes en termes de série TV. Mais, même si l'idée de départ était passionnante (avec un excellent roman fournissant de belles pistes), à l'arrivée, l'on a une adaptation fade, maladroite, bourrée de sottises et tirant franchement en longueur.
Dommage. 
Pour ceux qui hésiteraient entre les deux, ruez-vous sur le roman. Il est bien plus sensé et excitant.



[1] Vaughan, excellent scénariste, est notamment l'auteur de Saga, Y le dernier homme, Les Seigneurs de Bagdad (un sublime conte) ou encore la très bonne série Runaways.
[2] L'excellent Girls, des frères Luna, édité en France chez Delcourt, se basait déjà sur le même principe : un dôme isolant un village et permettant à ses habitants de se révéler sous un jour nouveau.
[3] En sachant que l'on perd 25 fois plus vite sa chaleur corporelle dans l'eau, cela pose tout de même un sérieux problème de vraisemblance.
[4] Certaines erreurs sont peut-être liées à la VF, comme l'indication des fameux 2 degrés alors que tout est gelé, ou l'énorme "oh mon Dieu, le froid va détruire nos réserves de nourriture !!", mais l'essentiel des maladresses provient bien du scénario original.




19 novembre 2014

Velvet tome 1 : Avant le crépuscule

Ben tiens, ça faisait un moment que je n'avais pas tenté une nouveauté en comic book. Comme toujours, vu que cette fois mon fournisseur d'infos préféré (le blog  dans lequel vous lisez cet article, justement) ne l'avait pas mentionné, ne restaient que mon flair pas légendaire, les éventuels conseils de mon libraire... qui était absent et ce que je pouvais glaner sur la couverture.

Voyons donc : Epting/Brubaker, rien moins que le duo de choc qui s'est un long moment occupé de Captain America pour Marvel, dans des épisodes très sombres lorgnant du côté du film noir et des romans d'espionnage. Or Brubaker, c'est aussi le gars qui a décroché 3 fois l'Eisner Award du meilleur scénariste pour Criminal et Fatale, deux séries que je ne connais pas mais qui deviennent tout à coup fort intéressantes - et sans doute davantage Sleeper que Neault estime supérieur à Criminal. Evidemment, le gage de qualité que peut représenter ce genre de récompense est tout relatif, mais j'avoue que, malgré le fait que je n'étais pas vraiment amateur des graphismes propres à Steve Epting, le run des deux compères sur Captain America à l'époque de Civil War (publié à l'époque dans les fascicules Marvel Icons) avait relancé mon intérêt pour le personnage.

Avec Velvet, très vite, on retrouve l'ambiance particulière des récits précités. L'apparence un peu rétro des dessins d'Epting se marie parfaitement à la colorisation chaude et ombrée d'Elizabeth Breitweiser qui semble écraser les événements sous une chape de pénombre envahissante avalant les détails, au sein d'une atmosphère ouatée, feutrée et cynique propre aux complots, aux assassinats et aux relations secrètes. Le récit joue avec la perception du temps et, tout en tâchant de démêler le vrai du faux dans l'assassinat du plus grand agent secret en service (ligne temporelle contemporaine : Paris 1973), Velvet Templeton, assistante du Directeur d'une agence britannique ultra-secrète, nous entraînera par le récit imbriqué de ses souvenirs (ses liaisons, ses missions) dans autant d'endroits exotiques qu'un James Bond de bonne facture. Ainsi, tout en découvrant la face cachée de ce singulier personnage, fascinante brune au visage grave dont les caractéristiques rappelleront éventuellement aux connaisseurs celles de Valentina De Fontaine, l'amante de Nick Fury, le lecteur tentera d'assembler les morceaux épars d'une vérité encore fuyante impliquant agences rivales et gouvernements étrangers dans un monde encore aux proies de la Guerre froide.


En usant habilement des codes des films d'espionnage (guns & babes) mais en les enrobant dans une étoffe de film noir, Epting parvient à concocter un suspense assez prenant malgré la complexité liée à la multiplication des lieux et des personnes : le mystère est dissimulé sous une bonne dose de complots et de trahisons et les enquêteurs finissent par enquêter sur ceux qui enquêtaient. Dans ce monde d'espions à la réalité altérée, tout le monde se méfie de tout le monde et la paranoïa chronique semble être la meilleure parade, bien que temporaire.
Parfois, le pire que l'on puisse faire à un espion, est de lui dire la vérité.

Sulfureuse et mortelle, utilisant le secret comme une arme à double tranchant, Velvet irradie sa vénéneuse présence dans chaque page de cet album agréable, dans une édition particulièrement soignée. De l'action, du suspense et l'atout charme indispensable sont de mise dans un emballage élégant et volontairement daté tamisant le clinquant des soirées mondaines monégasques et des lunes de miel aux Bahamas. Sans être révolutionnaire ni abscons, c'est suffisamment accrocheur pour qu'on attende la suite avec une certaine impatience.

17 novembre 2014

Marvel Icons : Spider-Man par Straczynski, tome 2

Le deuxième Marvel Icons consacré au run de Straczynski sur Amazing Spider-Man vient de sortir il y a quelques jours. On fait le point sur cette suite attendue.

Le premier tome était excellent et constituait un incontournable pour les fans du Tisseur, ce second opus - qui contient également seize épisodes - s'avère pratiquement aussi bon et, en tout cas, dans la même lignée.
Très logiquement, J.M. Straczynski continue d'explorer la thématique qu'il a mise en place avec Ezekiel, Morlun et la nature totémique des pouvoirs de Spidey. Il était cependant difficile de faire aussi impressionnant que Morlun, aussi l'auteur a trouvé une astuce plutôt intéressante.

En effet, la nouvelle ennemie que Peter doit affronter, Shathra, va l'attaquer sur un terrain inattendu : sa réputation. Celle-ci prétend être sa maîtresse et raconte des horreurs sur sa vie privée à la télévision. Cela n'arrange évidemment pas la situation avec Mary Jane, toujours à Los Angeles et en proie à des interrogations sur sa vie de couple.
Niveau ennemis, même si Fatalis fait une apparition remarquée, Straczynski propose plutôt du neuf, avec notamment une sorte de golem, composé d'anciens mafieux et boosté aux rayons gamma. Pas le plus charismatique des vilains, mais cela permet à Parker de fréquenter un parrain de la mafia et même... de bosser pour lui.

Bien entendu, cela engendre quelques questions morales. Et ce ne sont pas les seules. Le scénariste va également confronter le Tisseur à ses actions, supposées bonnes mais parfois quelque peu manichéennes et simplistes. Parker, toujours prof à cette époque, rencontre ainsi une jeune fille dont le frère a disparu à sa sortie de prison. Or, il se trouve que c'est Peter lui-même qui a causé la chute du frangin, un "simple" voleur de voiture.
Très intelligemment, Straczynski va introduire un bémol quant à la pratique rigoriste arachnéenne. Et il est vrai que si l'on peut trouver parfois absurde et niais le principe du no-kill (surtout lorsque celui-ci condamne potentiellement des innocents), il est juste de reconnaître que l'inverse, une approche trop systématiquement répressive, sans prendre en compte le contexte, peut également être discutable.
Là où le scénariste fait preuve d'habileté, c'est qu'il ne tente pas d'imposer une opinion aux forceps mais amène le lecteur à s'interroger avec le personnage, sans heurts. 

Une large place est également consacrée à la vie sentimentale, toujours compliquée, de Parker. Mary Jane et Peter se croisent, se cherchent, doutent pour finalement avancer ensemble, envers et contre tout. Naïf ? Pas tant que ça car, mine de rien, l'auteur parvient dans ce domaine aussi à tenir un propos intelligent et sans prétention. 
Pour cela, là encore, Peter est décrit avec ses failles, ses égarements. Et c'est bien sa femme qui, lorsqu'il va se perdre à tenter de trouver le "meilleur" moment, une situation idéale qui ne viendra jamais, le convaincra que rien ne vaut d'être ici et maintenant. Car demain est le pire des pièges, celui qui empêche de vivre et remet à plus tard l'essentiel. 
Oh, il ne s'agit pas d'un traité de philosophie, bien sûr, personne ne prétend cela, mais c'est tout de même un peu plus intéressant intellectuellement que la manière caricaturale (encore colportée par certains récemment, cf. cet article) dont sont parfois encore décrits les comics (souvent d'ailleurs par ceux qui n'en lisent pas).

Signalons aussi la présence de l'historique numéro #500 de la série, qui permet de faire un rapide tour d'horizon des adversaires du Tisseur et de certains moments importants du passé. 
Niveau dessin, c'est John Romita Jr qui est aux crayons. Il est toujours présenté d'une manière ridicule par Panini, sans aucun recul ni aucune objectivité. C'est bien simple, on dirait que le texte de présentation qui le concerne a été écrit par l'adepte d'une secte devant son gourou. Sous acide. 
"Figure mythique", "maître des comics modernes", "dessinateur phare", "pilier inébranlable"... heu, ça va ? On va peut-être se calmer cinq minutes, non ? 
"Pilier inébranlable"... pourquoi pas "lumière céleste" ? Oh, t'as vu la gueule de ce qu'a fait le pilier dernièrement ? Ah ben, ça commence à lézarder sévère, va falloir lui foutre du crépi pour colmater les brèches à ton pilier. 
Plus sérieusement, là c'est encore l'époque où il faisait quelques efforts (contrairement à certains de ses travaux plus récents, cf. cet article). Malgré tout, difficile de ne pas penser qu'un Deodato, par exemple, donnera plus tard une esthétique bien supérieure à la série. Au niveau du style, c'est certes subjectif, mais au niveau du travail bâclé chronique de Romita (notamment sur les visages et certains décors), c'est un constat évident.

Au final, il y avait tellement d'éléments importants, voire historiques, dans le précédent Icons que celui-ci est, en comparaison, un peu en dessous. Malgré tout, cela reste un run brillant, bourré de bonnes idées, d'humour et versant parfois, mais sans excès ni lourdeur, dans l'émotion.

+ Straczynski, qui ne se contente pas de ressasser des éléments déjà vus cent fois mais fait réellement avancer la série
+ un deuxième niveau de lecture intelligent et jamais pédant
+ un humour efficace et collant parfaitement au Tisseur
- le prix : plus de 35 euros, pour une réédition sans bonus, ça fait quand même cher



  

15 novembre 2014

Avengers : le dernier Instant Blanc

Suite de la nouvelle série Avengers issue de la gamme Marvel Now.

L'on avait évoqué les premiers épisodes de la série dans cette chronique, en revenant sur les particularités narratives propres au scénariste, Jonathan Hickman. J'étais plutôt réservé à l'époque, je le suis encore plus aujourd'hui, non seulement en ce qui concerne le récit en lui-même mais aussi par rapport au vent de fraîcheur censé être apporté par Marvel Now et qui, décidément, s'avère totalement illusoire.
Voyons tout de suite un peu de quoi il est question.

L'histoire commence plutôt bien, avec une sorte d'incident cosmique spectaculaire qui impacte de nombreux univers parallèles, dont la Terre 616, abritant le marvelverse classique.
Très bientôt, un "Instant Blanc" a lieu. Il s'agit d'un évènement cosmique survenant quand un monde évolue de manière significative. Cet Instant Blanc a notamment pour but de désigner des champions en les investissant de quelques pouvoirs pas dégueulasses. 
Malheureusement, quelque chose s'est mal passé cette fois. Un seul être, un simple étudiant, a bénéficié de cette transformation, qui a occasionné de nombreuses victimes. Bien entendu, les Vengeurs se rendent sur place...

Niveau dessin, rien à dire, Dustin Weaver et Mike Deodato livrent des planches soignées et jolies. Le casting est plutôt alléchant, on a droit aux têtes d'affiche habituelles (Iron Man, Cap, Thor, Hulk...) plus quelques guests sympathiques, dont notamment Omega Flight. 
Et Hickman fait preuve d'une maîtrise évidente dans les premières planches. Par exemple, pour présenter le gamin lambda qui va par hasard endosser le rôle de Starbrand (une sorte de système de défense à l'échelle planétaire), il utilise quatre scènes en apparence sans liens les unes avec les autres. L'on voit un couple d'amoureux discuter sur un banc, un type faisant la queue à la cantine ou encore un échange dans un amphithéâtre. Lorsque le jeune homme possédant l'incroyable pouvoir est enfin dévoilé, il est censé être dangereux parce qu'il a été toute sa vie transparent. Et l'on revoit alors à ce moment des extraits des scènes précédentes, où effectivement il apparaissait sans que l'on ne le remarque.
Ce n'est pas une petite coquetterie d'auteur, c'est extrêmement intelligent car cela oblige le lecteur à adhérer au propos grâce à une démonstration imparable : dire que le personnage est transparent n'est plus une affirmation gratuite mais un fait qui ne peut qu'être admis puisqu'il a échappé à notre attention alors qu'il a toujours été là.

Malheureusement, Hickman retombe ensuite dans ses travers, à savoir une intrigue si décousue, avec tant d'éléments disparates, qu'elle en devient pratiquement incompréhensible. Et là, on est dans la coquetterie d'auteur, du genre "je fais un truc très complexe, sur le long terme, il faut attendre pour avoir les réponses". Et ça ne fonctionne pas. 
Que l'on puisse développer une intrigue qui révèle sa richesse sur la longueur, très bien, c'est même une excellente chose, mais en aucun cas cela n'oblige à rendre les premiers épisodes abscons. Cette impression est encore renforcée par le grand nombre de personnages et leur interchangeabilité. Ils sont tous ultra-lisses, sans personnalité propre, certains (comme Carol Danvers) ne sont reconnaissables que parce qu'on prend soin de les nommer, et l'action noie tout dans un rythme effréné et lassant. Même les dialogues entre les différents protagonistes ne servent qu'à délivrer des informations au lecteur, il n'y a jamais d'échange véritable qui pourrait donner un peu d'épaisseur aux personnages.

Et surtout, pour un reboot, quel intérêt de se baser sur quelque chose d'aussi complexe et ultra-référentiel ? Marvel Now est censé attirer de nouveaux lecteurs, le but de la manœuvre, en relançant la série, consiste donc à repartir sur de nouvelles bases. Peut-être pas en flanquant toute la continuité à la poubelle, mais au moins en s'assurant que tout est compréhensible par un néophyte. Or là, c'est très exactement l'inverse. La flopée de personnages secondaires est ahurissante, on fait référence à l'AIM sans réellement expliquer ce que c'est, on a droit à l'énigmatique concept de Captain Universe (basé sur la Force Enigma) qui ne parlera qu'aux plus anciens, et je ne parle même pas du fameux Instant Blanc, qui fait référence à un très ancien univers parallèle Marvel, relancé il y a quelques années par Warren Ellis (cf. New Universal). 
Il est paradoxal de constater que les éditeurs mainstream, qui souhaitent tellement apparemment "faire du neuf", continuent à se baser systématiquement sur d'anciens concepts, particulièrement ardus à appréhender de surcroit. Si ce n'est pas là une maladresse éditoriale (déjà présente dans All-New X-Men), ça y ressemble fortement.

Niveau VF, c'est très correct. Quelques explications en intro. On a droit également en bonus aux covers, à quelques études de persos et à des comparatifs crayonnés/pages encrées. 

Une série possédant des qualités mais engoncée dans une approche narrative contestable.

+ de belles planches
+ le gratin du marvelverse est présent
+ Hickman peut parfois avoir du génie sur une scène précise...
- mais se révèle maladroit en sacrifiant la cohésion de chaque épisode au profit d'un but lointain
- personnages totalement lisses
- pourquoi rebooter si le reboot est bourré de tonnes de références au passé ?