17 avril 2015

Nowhere Men

"Un destin pire que la mort", et une science rock n'roll, c'est ce que semble promettre le premier tome de Nowhere Men, sorti il y a deux jours chez Delcourt.

Dans un futur proche, les scientifiques ont remplacé les anciennes stars dans les journaux people. Les avancées technologiques ont permis de grandes avancées dans certains domaines, notamment médicaux.
Et le progrès est encore en marche sous la forme d'une expérience se déroulant dans un laboratoire où une douzaine de spécialistes ont été regroupés pour participer à un projet ultra-secret. Mais lorsque ces derniers tombent malades et finissent par s'échapper en se téléportant, tout semble hors de contrôle...

Ce premier volume, bien épais et en provenance d'Image Comics, est signé Eric Stephenson en ce qui concerne le scénario. Les dessins sont l'œuvre de Nate Bellegarde
Au départ, le sujet peut éveiller la curiosité. Ces quatre scientifiques, devenus les "Beatles" de la science, semblent prometteurs et leur présentation, sous forme de questionnaires, de coupures de presse ou d'extraits de livres, ne manque pas d'intérêt, du moins dans un premier temps. Malheureusement, plus l'on avance dans le récit, plus l'on est plongé dans la perplexité quant à son but et sa cohérence.

La personnalité des personnages (très nombreux, aux quatre scientifiques précités il faut encore ajouter douze "cobayes" et quelques autres protagonistes secondaires) est très peu creusée, l'aspect éthique est à peine évoqué (de manière assez convenue en plus), les technologies - dont la plupart ne sont qu'à peine mentionnées - sont loin de faire rêver ou impressionner, et pour bien alourdir le tout, la narration qui se veut complexe n'est en fait que confuse.
Et pourtant, certaines scènes sont impressionnantes. Les transformations par exemple sont parfois choquantes et instillent un véritable malaise dont l'auteur aurait pu se servir s'il n'avait pas été occupé à nous entrainer dans un salmigondis d'intrigues soporifiques sur les luttes internes de l'entreprise World Corp ou dans des délires psychédéliques sur les "niveaux de perception".

Au final, un assemblage d'éléments disparates qui ne sont jamais approfondis et ne tiennent pas debout. Ce sont surtout la thématique scientifique (qui n'est soutenue par rien d'un peu vraisemblable ou intrigant) et la description des bouleversements sociaux (carrément absente) qui souffrent le plus de cette histoire aussi longue qu'ennuyeuse. 
Si Stephenson voulait évoquer autre chose que le sujet principal qu'il met en avant, on se demande à quoi lui sert tout ce décor artificiel et creux. Et s'il s'agit simplement de nous montrer des mutants, on a déjà vu plus réussi dans le genre.

Il ne suffit pas de blinder une BD d'extraits d'ouvrages fictifs ou de fausses coupures de presse pour créer un background crédible. Il manque à Nowhere Men non seulement du fond mais le talent d'un véritable conteur.

Prétentieux et vain.

+ graphiquement correct
+ l'impact émotionnel de certaines "transformations"
- aucune réflexion si ce n'est des poncifs éculés et maladroits
- une narration lourde et décousue
- la thématique principale, laissée en jachère