16 mai 2015

UMAC déménage

Attention, vous vous trouvez maintenant sur l'ancienne version de UMAC, qui fait office d'archives.

Vous pouvez nous retrouver dès maintenant à cette adresse :



15 mai 2015

La maison aux insectes

Inéluctable, suffocant, surprenant... tels sont les quelques mots caractérisant la lecture de ce recueil de 7 nouvelles glaçantes dessinées entre 1968 et 1978.
Une femme qui se prend pour une araignée, une autre qui laisse tomber son mariage pour devenir une chanteuse populaire en l’imitant à la perfection, un homme qui, de peur, décapite son épouse au visage obsédant… ne sont qu'un avant-goût du livre.

L'auteur, Kazuo Umezu n'est pas inconnu dans la francophonie ; on doit aux éditions Glénat — il y a une décennie — les traductions de deux de ses titres : Baptism et L'école emportée, un classique de la bande dessinée nippone d'horreur et de science-fiction. Hélas, son travail passa assez inaperçu auprès du lectorat avide de mangas. Si des monstres hantent ses pages, si ses personnages sont torturés et possèdent pour certains des âmes noires comme de l’encre, aucune fille pulpeuse ou à peine pré-pubère étalant ses dessous ne vient appâter les lecteurs. Umezu se place parmi les auteurs qui tissent une toile discrètement dans le quotidien, détournant les mythes, métamorphosant le moindre geste. Il peut être grandiloquent, comme dans l’école emportée, ou plus insidieux, comme dans le cas de ce recueil.

La Maison aux insectes s’ouvre sur une préface écrite par Kiyoshi Kurosawa, un réalisateur reconnu de films de genre nippons, qui confesse l’impact des travaux d’Umezu sur son propre imaginaire ainsi que sur celui de millions de Japonais. Car Kazuo Umezu est une sommité dans son pays, l’un des plus grands auteurs de mangas horrifiques depuis ses débuts dans les années 50. Ses bandes dessinées jonglent entre le grotesque, l’outrancier et l’imperceptible angoisse qui se nourrit des interrogations existentielles d’un quotidien répétitif.
Moins démonstratives dans le gore que L’école emportée, les histoires courtes réunies dans La maison aux insectes jouent sur les non-dits, les faiblesses des sentiments, les quiproquos et le regard que l'on porte sur soi et les autres. La vue ainsi obstruée, les personnages foncent tête baissée vers de funestes destins. Leurs quotidiens deviennent angoissants, leur perception de la réalité est déformée par leur psychisme. Les relations de couple sont douloureuses, car trop souvent idéalisées. La question du choix revient maintes fois.
Une jeune femme qui compose une chanson à l’occasion de son mariage laisse tomber celui-ci pour un avenir incertain fait de résignation et de frustration où elle pousse le vice jusqu'à copier intégralement une vedette (L’escalier en colimaçon). Une autre sent son cœur osciller entre deux garçons qui la désirent, mais en optant pour le timide ou pour l’extraverti, elle plonge dans un abime de souffrances (La fin de l’été). Les situations peuvent paraitre anodines, mais la démence guette, tapie dans une case, un geste... Le retournement final, le plus souvent inattendu, amène le lecteur à s’interroger sur l’histoire qu’il vient de découvrir. Et que dire de ces hommes et de ces femmes qui vivent à travers le regard de l’autre, qui n’existe qu’en dehors d’eux-même  (Le lien) ? 
Le mangaka — au sein d'un même récit — peut faire basculer les points de vue, avec une telle virtuosité, comme dans la nouvelle La maison aux insectes qui offre sont titre au recueil, que le lecteur se retrouve incapable de choisir entre les deux versions antinomiques d’un événement identique. L'auteur nous montre ainsi que ce que l'on peut croire vrai n'est qu'une interprétation parmi tant d'autres et que la réalité n’est qu’une construction mentale, un consensus commun qui peut chavirer sous le coup d’une émotion trop forte.

Les décors chargés d'encre sont détaillés jusqu’à l'obsession. Ça foisonne et ça grouille, ça oppresse le regard qui cherche dans cette foultitude de traits des éléments décalés, l’insecte sur le mur, les yeux qui observent. Même un ciel d’été, réconfortant, écrase par sa noirceur. Les personnages, pour la majorité des couples, raides, aux corps douloureux, souffrent intérieurement. Pris dans des engrenages infernaux, ils deviennent des pantins manipulés par leurs propres désirs, leurs délires. La terreur et la surprise déforment leurs visages à l’excès. Kazuo Umezu fractionne certaines de ces planches en de multiples petites cases suffocantes, qui décomposent l’action à l’excès, comme pour prolonger cet instant de malaise afin d'introduire ce moment où tout bascule. Il ralentit le temps, saisit l'immanent si cher aux Japonais. Les ellipses, puissantes, résument en quelques pages toute une vie.

Jouant avec les angoisses universelles de l’humanité, Kazuo Umezu a su créer des récits intemporels dont les lectures multiples n’enlèvent rien à leurs saveurs. Grâce à une édition de bonne facture pour un prix raisonnable, le Lézard noir vous permet de (re)découvrir cet auteur populaire d’importance. 

La maison aux insectes, de Kazuo Umezu,  éditions Le Lézard noir, sens de lecture japonais.


La mise en scène
+ Des intrigues prenantes
+ L'impression impeccable
+ Adaptation graphique




10 mai 2015

Spider-Man : fin du prologue Spider-Verse

Le Spider-Man #5 de ce mois contient la fin du prologue Spider-Verse et voit la nouvelle Ms. Marvel faire une apparition.

Spider-Verse, l'énorme évènement arachnéen, débutera le mois prochain dans la revue du Tisseur. Nous sommes toutefois déjà un peu dans le bain depuis plusieurs mois puisque de petits prologues ont déjà contribué à présenter les forces en présence, que ce soit Morlun (dont on peut découvrir les débuts dans ce Marvel Icons) et les siens ou la petite armée levée par le Superior Spider-Man.


Ce mois-ci, l'intrusion dans l'intrigue multiverselle (cf. cet article pour en connaître les grandes lignes) nous permet de découvrir Spider-UK et le Captain Britain Corps ou encore d'en apprendre plus sur Karn, l'un des dévoreurs d'araignées qui cache un lourd secret sous son masque.
Mayday Parker, la Spider-Girl de l'univers 982, fait également son entrée en scène. 
Tout cela est globalement plus intéressant que ce qui était dévoilé le mois dernier et donne envie de plonger dans la grande confrontation qui s'annonce. Mais jetons un œil aux séries régulières.

Une petite nouvelle fait son apparition dans Amazing Spider-Man. Il s'agit de Kamala Khan, une jeune fille qui incarne désormais la nouvelle Ms. Marvel (dont Jiji nous a parlé ici). 
La rencontre n'est pas désagréable, le côté "fan" de Kamala étant même assez drôle, mais l'on sent qu'il s'agit essentiellement d'une opération destinée à faire connaître la nouvelle venue. 
Plus anecdotique, l'on peut également découvrir dans ces épisodes la nouvelle tenue de Silk. La précédente (qui avait son charme et était entièrement faite de toile) n'aura pas tenu bien longtemps !
Beaucoup d'action dans cette fournée et un Parker qui joue les bons samaritains en embauchant un ancien criminel dans sa boite. 

Le chapitre consacré à Spider-Man 2099 est lui aussi issu des prologues Edge of Spider-Verse. Tout commence par l'assassinat du Miguel O'Hara de la Terre 98120, sous le nez de ses collègues Avengers. Le Miguel que l'on connaît, actuellement coincé sur la Terre 616 (donc l'univers Marvel classique), subit les effets de la mort de ses doubles dans les univers parallèles.
Tout cela permet de faire monter la pression en attendant le coup d'envoi de Spider-Verse. Les dessins de Rick Leonardi s'avèrent un peu limites sur certaines cases et n'aident pas à renforcer l'ambiance pourtant tendue.

Comme toujours, l'épisode des New Warriors décroche la place peu enviée de série la plus faible de la revue, même si une scène entre Faira et Thor est aussi surprenante que drôle (la tête du dieu nordique quand il se fait "baffer" vaut à elle seule la lecture de l'épisode). Mis à part ça, et un sermon des Avengers qui reprochent à Justice les évènements de Stamford (qui ont conduit à la guerre civile entre les surhumains), pas grand chose à signaler.

On termine par Superior Foes of Spider-Man, qui touche d'ailleurs à sa fin. La série, bien que graphiquement quelque peu faiblarde (faiblesse souvent compensée par des trouvailles visuelles astucieuses), s'est révélée drôle et rafraichissante, Nick Spencer parvenant à parfaitement se servir de la galerie de seconds couteaux à sa disposition.
Gags, trahisons et répliques savoureuses auront formé un cocktail addictif et innovant, flirtant avec le style comico-policier et déjanté d'un Guy Ritchie ou des frères Coen. 

Un numéro finalement assez moyen qui fait office de gros teaser pour Spider-Verse.

+ qualité des prologues
+ arrivée de Kamala
+ le style Spencer
- les New Warriors toujours aussi peu inspirés






08 mai 2015

Miss Marvel, tome 1 : Métamorphose

C’est avec joie que j’ai appris que la série Miss Marvel allait repartir, après les épisodes médiocres (et dangereux pour la vue) de Captain Marvel qui m’ont laissé un relent de bâclé et de "peut faire mieux".
Tout comme le reboot d’Ultimate Spider-man en Août 2011, Miss Marvel se refait une beauté et une cure de jouvence pour sa première apparition en février 2014 aux USA.
Un an après (février 2015), cette série est publiée en France, sous la tutelle de Panini Comics dans la collection 100% Marvel, et connait un franc succès (grâce à une bonne stratégie commerciale notamment, vous risquez d’être déçus si vos attentes se portent sur les commentaires laissés sur la page FB de Panini… la série est bonne, mais n’a rien de transcendant).


En ayant toujours été fan de Miss Marvel (un peu pour les mêmes raisons que l’héroïne, d’ailleurs !), je souffrais cependant d’un problème d’identification au personnage (comment remédier à mon absence de blondeur et d’un justaucorps décidément trop ample au niveau de la poitrine ?).



Ainsi, j’ai été agréablement surprise lorsque l’éditeur a décidé d’accorder cette série d’envergure (pas tout le monde n’a la chance de camper Miss Marvel) à une jeune femme issue d’une minorité ethnique et religieuse. En effet, même si je n’y ai jamais fait allusion n’y voyant pas la nécessité, j’ai plus de ressemblance avec Kamala Khan qu’avec quiconque au sein du harem, pourtant peuplé, des super-héros ! De fait, malgré ma joie, des craintes ont commencé à fleurir : Comment son milieu sera-t-il exploité ? Espérons que l’on n’ait pas là (encore une fois) une caricature grotesque (et pourtant si commune et adorée des médias) d’un cadre familial oppressant et d’une liberté anéantie.

Miss Marvel #1-5 : Nouvelle peau, nouvelle vie.

Les premiers épisodes étant les plus importants, du fait de la présentation d’un nouveau personnage dans un nouveau contexte, le rôle qu’occupait la scénariste G. Willow Wilson était des plus épineux. Je pense cependant qu’elle l’a rempli avec brio malgré quelques couacs. Et surtout, elle a donné un visage (un peu) plus réaliste du quotidien des musulmans, étant elle-même convertie à l’Islam.
Kamala et son entourage nous sont présentés rapidement, dans les premières pages. Amie avec Bruno et Nakia, une étudiante voilée (avec une bonification pour le passage où elle explique que ce port de voile est voulu et qu’elle n’a d’ailleurs pas le soutien de son père, histoire de faire un pied de nez aux théories généralisées de la soumission des femmes musulmanes), elle semble avoir de la personnalité et un don d’effacement face aux populaires du lycée tels que Zoé Zimmer. Mal dans sa peau donc, et ayant du mal à concilier obligations religieuses et jeunesse dans l’Amérique de tous les possibles, elle tente de s’intégrer au détour d’une soirée alcoolisée au grand dam de ses parents, dépassés par sa crise d’adolescence.
Cependant, ce n’est pas en enfreignant les règles que l’on devient cool et mature, et Kamala le comprendra à son insu, puisque c’est en tentant de retrouver le chemin de la maison qu’elle reçoit ses pouvoirs. Surement le moment le plus flou de tout le récit… Pourquoi elle ? Comment ? (Pourquoi ? Comment ?… et ce, autant de fois que j’ai relu le passage, c’est-à-dire beaucoup). En effet, s’il suffisait d’hallucinations pour se procurer des super-pouvoirs, ça se saurait, et j’aurais sans doute fait une overdose depuis bien longtemps à force de bouffer des champignons hallucinogènes !


C’est seulement après avoir lu Marvel Wikia, que tout s’est éclairci :

Une nuit, Kamala a fait le mur en dépit de l'interdiction de ses parents pour participer à la fête dans le Jersey Waterfront, pour au final être taquinée par Zoé Zimmer et Josh. Alors que Kamala retournait chez elle emplie de colère et de déception, la ville de Jersey a soudainement été enveloppée par de la brume Tératogène, qui a été libérée par le roi des Inhumains, la Flèche Noire (Black Bolt), et Kamala s'est évanouie sous l'exposition.

Mis à part cet incident, le récit reste fluide et fait sourire en étant parsemé de scènes fun (notamment son attitude envers sa famille en rentrant chez elle après la fête, lorsqu'elle pensait toujours porter les cuissardes de Miss Marvel ou lorsqu'elle tente de maîtriser ses pouvoirs après avoir détruit le vestiaire de son lycée) et de monologues internes qui rendent le personnage de Kamala particulièrement attachant. C'est dans cette ambiance décontractée que l'on découvre concomitamment avec l’héroïne et son meilleur ami ses nouveaux pouvoirs qui ne sont pas des moindres : métamorphose, rapetissement et agrandissement sur commande, capacité de guérison, etc.

Pour l'instant durant ces 5 épisodes, Kamala n'a pas rencontré de dangers de renom (un coq !), mais j'ai l'intuition que cela ne va pas durer (il n'y a qu'à voir la couv' de Spider-man #5). Après tout, comme dirait l'oncle Ben, "de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités"... et des ennuis (c'est mathématique), qui sont actuellement surement au coin de la rue !

Concernant les dessins d'Adrian Alphona, ils font très cartoons, et rendent la lecture plus fluide, bien que la colorisation ait tendance à les rendre un peu trop plats, ce qui est dommage... l'action ne nous saute pas aux yeux. Cependant, sur certaines vignettes, son style se rapproche assez de celui des mangas où les décors sont minimalistes et assez négligés. Mais bon, ce n'est qu'un détail.
Pour ce qui est du costume, j'avoue avoir ri. Beaucoup. Qui aurait cru qu'un burkini ferait un jour l'objet d'un costume de super-héros ? L'idée était bien trouvée, bien que je ne puisse m'empêcher de rester hilare face au ridicule de la chose (et de m'imaginer là-dedans, ça donne matière à la censure je vous dis !).
Quant aux couvertures, celle choisie par Panini Comics pour ce premier tome est un pur plaisir pour les yeux (en même temps, c'est signée Pichelli) et la variant d'Annie Wu est très sympa aussi.

En bref, Miss Marvel est pour l'instant tout mignon tant au niveau de la storyline que des illustrations, mais il faut s'attendre à une affirmation de Kamala Khan au cours des prochains épisodes, tant dans sa nouvelle vocation de super-héros où elle devra se renforcer pour être à même de combattre de nombreux vilains, que dans sa sphère familiale et scolaire. Car on ne peut rester inchangé lorsqu'on sauve le monde (forcement notre égo émerge) !


 "Maybe I'm finally part of something... bigger."    7/10

05 mai 2015

Côté Comics - s03e05






Nouveau numéro de Côté Comics.
Au sommaire : retour sur l'actu - débat - sorties du mois - "tout sur" (consacré aux jeunes équipes de super-héros Marvel) - la question facebook


Côté Comics : s03e05