16 mai 2015

UMAC déménage

Attention, vous vous trouvez maintenant sur l'ancienne version de UMAC, qui fait office d'archives.

Vous pouvez nous retrouver dès maintenant à cette adresse :



15 mai 2015

La maison aux insectes

Inéluctable, suffocant, surprenant... tels sont les quelques mots caractérisant la lecture de ce recueil de 7 nouvelles glaçantes dessinées entre 1968 et 1978.
Une femme qui se prend pour une araignée, une autre qui laisse tomber son mariage pour devenir une chanteuse populaire en l’imitant à la perfection, un homme qui, de peur, décapite son épouse au visage obsédant… ne sont qu'un avant-goût du livre.

L'auteur, Kazuo Umezu n'est pas inconnu dans la francophonie ; on doit aux éditions Glénat — il y a une décennie — les traductions de deux de ses titres : Baptism et L'école emportée, un classique de la bande dessinée nippone d'horreur et de science-fiction. Hélas, son travail passa assez inaperçu auprès du lectorat avide de mangas. Si des monstres hantent ses pages, si ses personnages sont torturés et possèdent pour certains des âmes noires comme de l’encre, aucune fille pulpeuse ou à peine pré-pubère étalant ses dessous ne vient appâter les lecteurs. Umezu se place parmi les auteurs qui tissent une toile discrètement dans le quotidien, détournant les mythes, métamorphosant le moindre geste. Il peut être grandiloquent, comme dans l’école emportée, ou plus insidieux, comme dans le cas de ce recueil.

La Maison aux insectes s’ouvre sur une préface écrite par Kiyoshi Kurosawa, un réalisateur reconnu de films de genre nippons, qui confesse l’impact des travaux d’Umezu sur son propre imaginaire ainsi que sur celui de millions de Japonais. Car Kazuo Umezu est une sommité dans son pays, l’un des plus grands auteurs de mangas horrifiques depuis ses débuts dans les années 50. Ses bandes dessinées jonglent entre le grotesque, l’outrancier et l’imperceptible angoisse qui se nourrit des interrogations existentielles d’un quotidien répétitif.
Moins démonstratives dans le gore que L’école emportée, les histoires courtes réunies dans La maison aux insectes jouent sur les non-dits, les faiblesses des sentiments, les quiproquos et le regard que l'on porte sur soi et les autres. La vue ainsi obstruée, les personnages foncent tête baissée vers de funestes destins. Leurs quotidiens deviennent angoissants, leur perception de la réalité est déformée par leur psychisme. Les relations de couple sont douloureuses, car trop souvent idéalisées. La question du choix revient maintes fois.
Une jeune femme qui compose une chanson à l’occasion de son mariage laisse tomber celui-ci pour un avenir incertain fait de résignation et de frustration où elle pousse le vice jusqu'à copier intégralement une vedette (L’escalier en colimaçon). Une autre sent son cœur osciller entre deux garçons qui la désirent, mais en optant pour le timide ou pour l’extraverti, elle plonge dans un abime de souffrances (La fin de l’été). Les situations peuvent paraitre anodines, mais la démence guette, tapie dans une case, un geste... Le retournement final, le plus souvent inattendu, amène le lecteur à s’interroger sur l’histoire qu’il vient de découvrir. Et que dire de ces hommes et de ces femmes qui vivent à travers le regard de l’autre, qui n’existe qu’en dehors d’eux-même  (Le lien) ? 
Le mangaka — au sein d'un même récit — peut faire basculer les points de vue, avec une telle virtuosité, comme dans la nouvelle La maison aux insectes qui offre sont titre au recueil, que le lecteur se retrouve incapable de choisir entre les deux versions antinomiques d’un événement identique. L'auteur nous montre ainsi que ce que l'on peut croire vrai n'est qu'une interprétation parmi tant d'autres et que la réalité n’est qu’une construction mentale, un consensus commun qui peut chavirer sous le coup d’une émotion trop forte.

Les décors chargés d'encre sont détaillés jusqu’à l'obsession. Ça foisonne et ça grouille, ça oppresse le regard qui cherche dans cette foultitude de traits des éléments décalés, l’insecte sur le mur, les yeux qui observent. Même un ciel d’été, réconfortant, écrase par sa noirceur. Les personnages, pour la majorité des couples, raides, aux corps douloureux, souffrent intérieurement. Pris dans des engrenages infernaux, ils deviennent des pantins manipulés par leurs propres désirs, leurs délires. La terreur et la surprise déforment leurs visages à l’excès. Kazuo Umezu fractionne certaines de ces planches en de multiples petites cases suffocantes, qui décomposent l’action à l’excès, comme pour prolonger cet instant de malaise afin d'introduire ce moment où tout bascule. Il ralentit le temps, saisit l'immanent si cher aux Japonais. Les ellipses, puissantes, résument en quelques pages toute une vie.

Jouant avec les angoisses universelles de l’humanité, Kazuo Umezu a su créer des récits intemporels dont les lectures multiples n’enlèvent rien à leurs saveurs. Grâce à une édition de bonne facture pour un prix raisonnable, le Lézard noir vous permet de (re)découvrir cet auteur populaire d’importance. 

La maison aux insectes, de Kazuo Umezu,  éditions Le Lézard noir, sens de lecture japonais.


La mise en scène
+ Des intrigues prenantes
+ L'impression impeccable
+ Adaptation graphique




10 mai 2015

Spider-Man : fin du prologue Spider-Verse

Le Spider-Man #5 de ce mois contient la fin du prologue Spider-Verse et voit la nouvelle Ms. Marvel faire une apparition.

Spider-Verse, l'énorme évènement arachnéen, débutera le mois prochain dans la revue du Tisseur. Nous sommes toutefois déjà un peu dans le bain depuis plusieurs mois puisque de petits prologues ont déjà contribué à présenter les forces en présence, que ce soit Morlun (dont on peut découvrir les débuts dans ce Marvel Icons) et les siens ou la petite armée levée par le Superior Spider-Man.


Ce mois-ci, l'intrusion dans l'intrigue multiverselle (cf. cet article pour en connaître les grandes lignes) nous permet de découvrir Spider-UK et le Captain Britain Corps ou encore d'en apprendre plus sur Karn, l'un des dévoreurs d'araignées qui cache un lourd secret sous son masque.
Mayday Parker, la Spider-Girl de l'univers 982, fait également son entrée en scène. 
Tout cela est globalement plus intéressant que ce qui était dévoilé le mois dernier et donne envie de plonger dans la grande confrontation qui s'annonce. Mais jetons un œil aux séries régulières.

Une petite nouvelle fait son apparition dans Amazing Spider-Man. Il s'agit de Kamala Khan, une jeune fille qui incarne désormais la nouvelle Ms. Marvel (dont Jiji nous a parlé ici). 
La rencontre n'est pas désagréable, le côté "fan" de Kamala étant même assez drôle, mais l'on sent qu'il s'agit essentiellement d'une opération destinée à faire connaître la nouvelle venue. 
Plus anecdotique, l'on peut également découvrir dans ces épisodes la nouvelle tenue de Silk. La précédente (qui avait son charme et était entièrement faite de toile) n'aura pas tenu bien longtemps !
Beaucoup d'action dans cette fournée et un Parker qui joue les bons samaritains en embauchant un ancien criminel dans sa boite. 

Le chapitre consacré à Spider-Man 2099 est lui aussi issu des prologues Edge of Spider-Verse. Tout commence par l'assassinat du Miguel O'Hara de la Terre 98120, sous le nez de ses collègues Avengers. Le Miguel que l'on connaît, actuellement coincé sur la Terre 616 (donc l'univers Marvel classique), subit les effets de la mort de ses doubles dans les univers parallèles.
Tout cela permet de faire monter la pression en attendant le coup d'envoi de Spider-Verse. Les dessins de Rick Leonardi s'avèrent un peu limites sur certaines cases et n'aident pas à renforcer l'ambiance pourtant tendue.

Comme toujours, l'épisode des New Warriors décroche la place peu enviée de série la plus faible de la revue, même si une scène entre Faira et Thor est aussi surprenante que drôle (la tête du dieu nordique quand il se fait "baffer" vaut à elle seule la lecture de l'épisode). Mis à part ça, et un sermon des Avengers qui reprochent à Justice les évènements de Stamford (qui ont conduit à la guerre civile entre les surhumains), pas grand chose à signaler.

On termine par Superior Foes of Spider-Man, qui touche d'ailleurs à sa fin. La série, bien que graphiquement quelque peu faiblarde (faiblesse souvent compensée par des trouvailles visuelles astucieuses), s'est révélée drôle et rafraichissante, Nick Spencer parvenant à parfaitement se servir de la galerie de seconds couteaux à sa disposition.
Gags, trahisons et répliques savoureuses auront formé un cocktail addictif et innovant, flirtant avec le style comico-policier et déjanté d'un Guy Ritchie ou des frères Coen. 

Un numéro finalement assez moyen qui fait office de gros teaser pour Spider-Verse.

+ qualité des prologues
+ arrivée de Kamala
+ le style Spencer
- les New Warriors toujours aussi peu inspirés






08 mai 2015

Miss Marvel, tome 1 : Métamorphose

C’est avec joie que j’ai appris que la série Miss Marvel allait repartir, après les épisodes médiocres (et dangereux pour la vue) de Captain Marvel qui m’ont laissé un relent de bâclé et de "peut faire mieux".
Tout comme le reboot d’Ultimate Spider-man en Août 2011, Miss Marvel se refait une beauté et une cure de jouvence pour sa première apparition en février 2014 aux USA.
Un an après (février 2015), cette série est publiée en France, sous la tutelle de Panini Comics dans la collection 100% Marvel, et connait un franc succès (grâce à une bonne stratégie commerciale notamment, vous risquez d’être déçus si vos attentes se portent sur les commentaires laissés sur la page FB de Panini… la série est bonne, mais n’a rien de transcendant).


En ayant toujours été fan de Miss Marvel (un peu pour les mêmes raisons que l’héroïne, d’ailleurs !), je souffrais cependant d’un problème d’identification au personnage (comment remédier à mon absence de blondeur et d’un justaucorps décidément trop ample au niveau de la poitrine ?).



Ainsi, j’ai été agréablement surprise lorsque l’éditeur a décidé d’accorder cette série d’envergure (pas tout le monde n’a la chance de camper Miss Marvel) à une jeune femme issue d’une minorité ethnique et religieuse. En effet, même si je n’y ai jamais fait allusion n’y voyant pas la nécessité, j’ai plus de ressemblance avec Kamala Khan qu’avec quiconque au sein du harem, pourtant peuplé, des super-héros ! De fait, malgré ma joie, des craintes ont commencé à fleurir : Comment son milieu sera-t-il exploité ? Espérons que l’on n’ait pas là (encore une fois) une caricature grotesque (et pourtant si commune et adorée des médias) d’un cadre familial oppressant et d’une liberté anéantie.

Miss Marvel #1-5 : Nouvelle peau, nouvelle vie.

Les premiers épisodes étant les plus importants, du fait de la présentation d’un nouveau personnage dans un nouveau contexte, le rôle qu’occupait la scénariste G. Willow Wilson était des plus épineux. Je pense cependant qu’elle l’a rempli avec brio malgré quelques couacs. Et surtout, elle a donné un visage (un peu) plus réaliste du quotidien des musulmans, étant elle-même convertie à l’Islam.
Kamala et son entourage nous sont présentés rapidement, dans les premières pages. Amie avec Bruno et Nakia, une étudiante voilée (avec une bonification pour le passage où elle explique que ce port de voile est voulu et qu’elle n’a d’ailleurs pas le soutien de son père, histoire de faire un pied de nez aux théories généralisées de la soumission des femmes musulmanes), elle semble avoir de la personnalité et un don d’effacement face aux populaires du lycée tels que Zoé Zimmer. Mal dans sa peau donc, et ayant du mal à concilier obligations religieuses et jeunesse dans l’Amérique de tous les possibles, elle tente de s’intégrer au détour d’une soirée alcoolisée au grand dam de ses parents, dépassés par sa crise d’adolescence.
Cependant, ce n’est pas en enfreignant les règles que l’on devient cool et mature, et Kamala le comprendra à son insu, puisque c’est en tentant de retrouver le chemin de la maison qu’elle reçoit ses pouvoirs. Surement le moment le plus flou de tout le récit… Pourquoi elle ? Comment ? (Pourquoi ? Comment ?… et ce, autant de fois que j’ai relu le passage, c’est-à-dire beaucoup). En effet, s’il suffisait d’hallucinations pour se procurer des super-pouvoirs, ça se saurait, et j’aurais sans doute fait une overdose depuis bien longtemps à force de bouffer des champignons hallucinogènes !


C’est seulement après avoir lu Marvel Wikia, que tout s’est éclairci :

Une nuit, Kamala a fait le mur en dépit de l'interdiction de ses parents pour participer à la fête dans le Jersey Waterfront, pour au final être taquinée par Zoé Zimmer et Josh. Alors que Kamala retournait chez elle emplie de colère et de déception, la ville de Jersey a soudainement été enveloppée par de la brume Tératogène, qui a été libérée par le roi des Inhumains, la Flèche Noire (Black Bolt), et Kamala s'est évanouie sous l'exposition.

Mis à part cet incident, le récit reste fluide et fait sourire en étant parsemé de scènes fun (notamment son attitude envers sa famille en rentrant chez elle après la fête, lorsqu'elle pensait toujours porter les cuissardes de Miss Marvel ou lorsqu'elle tente de maîtriser ses pouvoirs après avoir détruit le vestiaire de son lycée) et de monologues internes qui rendent le personnage de Kamala particulièrement attachant. C'est dans cette ambiance décontractée que l'on découvre concomitamment avec l’héroïne et son meilleur ami ses nouveaux pouvoirs qui ne sont pas des moindres : métamorphose, rapetissement et agrandissement sur commande, capacité de guérison, etc.

Pour l'instant durant ces 5 épisodes, Kamala n'a pas rencontré de dangers de renom (un coq !), mais j'ai l'intuition que cela ne va pas durer (il n'y a qu'à voir la couv' de Spider-man #5). Après tout, comme dirait l'oncle Ben, "de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités"... et des ennuis (c'est mathématique), qui sont actuellement surement au coin de la rue !

Concernant les dessins d'Adrian Alphona, ils font très cartoons, et rendent la lecture plus fluide, bien que la colorisation ait tendance à les rendre un peu trop plats, ce qui est dommage... l'action ne nous saute pas aux yeux. Cependant, sur certaines vignettes, son style se rapproche assez de celui des mangas où les décors sont minimalistes et assez négligés. Mais bon, ce n'est qu'un détail.
Pour ce qui est du costume, j'avoue avoir ri. Beaucoup. Qui aurait cru qu'un burkini ferait un jour l'objet d'un costume de super-héros ? L'idée était bien trouvée, bien que je ne puisse m'empêcher de rester hilare face au ridicule de la chose (et de m'imaginer là-dedans, ça donne matière à la censure je vous dis !).
Quant aux couvertures, celle choisie par Panini Comics pour ce premier tome est un pur plaisir pour les yeux (en même temps, c'est signée Pichelli) et la variant d'Annie Wu est très sympa aussi.

En bref, Miss Marvel est pour l'instant tout mignon tant au niveau de la storyline que des illustrations, mais il faut s'attendre à une affirmation de Kamala Khan au cours des prochains épisodes, tant dans sa nouvelle vocation de super-héros où elle devra se renforcer pour être à même de combattre de nombreux vilains, que dans sa sphère familiale et scolaire. Car on ne peut rester inchangé lorsqu'on sauve le monde (forcement notre égo émerge) !


 "Maybe I'm finally part of something... bigger."    7/10

05 mai 2015

Côté Comics - s03e05






Nouveau numéro de Côté Comics.
Au sommaire : retour sur l'actu - débat - sorties du mois - "tout sur" (consacré aux jeunes équipes de super-héros Marvel) - la question facebook


Côté Comics : s03e05





29 avril 2015

Batman - Les Nouvelles Aventures

Passage en revue aujourd'hui du premier tome de Batman - Les Nouvelles Aventures, publié dans la collection Urban Kids.

Comme le nom de la collection l'indique, ce recueil (qui s'avère plutôt épais : 250 pages) est destiné en priorité aux jeunes lecteurs. Néanmoins, cette série inspirée par le dessin animé Batman des années 90 s'avère tout à fait compatible avec un lectorat plus âgé [1].
Surtout, Urban Comics fait encore preuve de sérieux et de rigueur en ce qui concerne l'adaptation et le contenu rédactionnel.

En effet, lorsque l'éditeur s'adresse aux "kids", il n'en demeure pas moins exigeant. Outre la VF irréprochable, l'on a droit à une présentation de Batman et de ses origines, à un historique détaillé sur la série animée à l'origine du comic, à un topo sur Gotham et à des fiches de personnage très complètes, détaillant les pouvoirs ou encore la première apparition de chaque protagoniste.
De plus, certains termes, qui pourraient être inconnus des jeunes lecteurs, sont parfois expliqués dans la BD par des notes de bas de page. C'est le cas de mots d'argot, comme "guimbarde", ou encore de références plus pointues, comme James Cook ou les Moaï de l'île de Pâques. Le souci pédagogique est aussi évident que louable.

Venons-en maintenant à la série en elle-même. Elle est écrite par Ty Templeton et Dan Slott (Amazing Spider-Man, Superior Spider-Man). Les dessins sont assurés par Rick Burchett et le même Templeton. 
Graphiquement, le style est cartoony, parfois un peu simple mais non dénué de charme. 
Le récit est quant à lui adapté au lectorat visé mais conserve tout de même un aspect sombre. Bien que l'humour soit présent et que l'action ne soit pas, dans sa représentation au moins, très violente, certains éléments (comme la mort de certains personnages, même si elle n'est qu'évoquée, ou certaines situations émotionnellement fortes) contribuent à ne pas verser dans l'angélisme naïf et à conserver une dimension quelque peu dramatique. 

L'ouvrage se divise en deux grandes sagas (La Société des Ombres et La Société des Faux Visages), elles-mêmes divisées en chapitres qui contiennent deux épisodes : le premier fait progresser la trame principale alors que le second, plus court, approfondit un thème ou un personnage (on apprend par exemple comment un ancien flic, devenu détective privé, a perdu son emploi dans la police, ou encore comment Bruce Wayne a eu l'idée de prendre le rôle du criminel Malone pour infiltrer la pègre). 
Niveau guests et ennemis, l'on retrouve Robin, Gordon, Batgirl, le Joker, Ra's Al Ghul, le Pingouin, le Sphinx ou encore Phantasm. Un casting classique mais efficace.

Même si la série ne peut pas rivaliser avec des productions plus adultes (ce qui n'est pas le but de toute façon), elle possède des qualités indéniables. Certaines scènes sont visuellement et narrativement très réussies, comme lorsque Batgirl "décroche" d'une échelle en tentant de rattraper un criminel tombant dans le vide. La petite séance chez le psy, pendant l'épisode final, mettant en scène un très habile jeu d'association d'idées dévoilant les réelles pensées de Batman avant la réponse de Bruce Wayne, est également savoureuse et dévoile une conclusion poignante et mature. 

Au final, ces aventures se révèlent accessibles et ont le mérite de ne pas prendre les enfants pour des imbéciles.
Sous la douceur des planches se cache une souffrance qui, en affleurant parfois sans jamais heurter vraiment, donne à ce comic un véritable parfum d'enfance, fait de magie, de sourires mais aussi de menaces métaphoriques élégantes.
Et puis, alors que l'on a terrorisé nos gamins pendant des siècles avec des contes peuplés d'ogres, de sorcières et de parents indignes qui abandonnent leurs mioches dans la forêt, ce n'est pas la faune interlope du Dark Knight qui risque de les traumatiser. Ou pas beaucoup plus disons.

Idéal pour découvrir le justicier de Gotham. 
Vivement conseillé.

+ accessible
+ style graphique agréable
+ casting de choix
+ quelques scènes plus "adultes" que l'on ne pourrait le croire
+ richesse du contenu rédactionnel


[1] C'est d'ailleurs souvent le cas des séries estampillées "kids", comme Spider-Man loves Mary Jane chez Marvel. Le Spider-Man Poche, plutôt lui aussi axé sur les enfants, a par exemple accueilli l'excellent début de la première série Ultimate Spider-Man. L'on peut noter aussi la plus récente collection Panini Kids, au contenu aseptisé mais honnête, ou encore Sentinel, une série publiée en Mini-Monster et qui n'a pas franchement rencontré de succès malgré des qualités évidentes. Enfin Bone, sous un aspect enfantin, véhicule une réelle noirceur et des thèmes franchement adultes.




17 avril 2015

The Dark Knight : à l'origine du mythe


En 1986, Frank Miller se charge de réécrire l'histoire du Caped Crusader à sa façon. Assisté par Klaus Janson à l'encrage et Lynn Varley aux couleurs, il redorera non seulement le blason du super-héros le plus emblématique de DC, mais établira des fondements durables sur lesquels les nouvelles séries consacrées à Batman, en comic books, à la télévision et au cinéma, n'en finissent plus de s'appuyer : il est désormais de bon ton de revendiquer l'œuvre de Miller comme référence, quand bien même on n'en tirerait pas la quintessence (voir les films de Nolan). L'ouvrage, devenu culte, a été plusieurs fois réédité, et il en existe en France plusieurs versions, dont une intégrale chez Delcourt.

L'histoire se déroule dix ans après la dernière apparition du héros. Bruce Wayne établit un constat amer : Gotham a irrémédiablement sombré dans la décadence, et la racaille règne sur les bas-fonds d’une cité en proie à la peur. Gordon n’est plus désormais qu’un policier désabusé et, cerise sur le gâteau, le Joker refait parler de lui. Il est temps pour Batman de revenir, et sa croisade personnelle, impitoyable et féroce, fera parler de lui jusque dans les hautes sphères de la Présidence, au point que le Justicier de l’ombre soit déclaré gênant. Mais qui pourra, ou osera, l’éliminer ?





Relire The Dark Knight est une expérience fascinante, parfois éprouvante : à chaque âge, notre attitude de lecteur changera - mais l'impact sera toujours aussi puissant. C'est avec ce titre que j'ai redécouvert Batman, que je connaissais dans des comics mais qui avait été rapidement supplanté dans mon cœur par toute une génération de héros marveliens plus fascinants sans être aussi charismatiques (quoique...). L'écriture brutale et intuitive et un dessin sobre, épuré, sans concession, presque archaïque, détonnaient face aux productions Marvel de l'époque et le scénario, sombre, d'une maturité exemplaire, prenait aux tripes et vous explosait en pleine face, sans vous laisser de répit. Amer, et terrible. 




Cette relecture, après toutes ces années pendant lesquelles Marvel et DC traversèrent des périodes fastes et moins intéressantes, est révélatrice d'un constat permanent : il ne suffit pas de demander à des artistes de faire du beau avec de beaux outils graphiques sur des histoires transparentes et banales. Les productions Wildstorm/Image et, dans une moindre mesure, l’aventure Heroes Reborn, axaient tout sur le graphisme : des désillusions qui ont fini, plusieurs années après, par me lasser de séries jolies à regarder, mais d'une vacuité terrible, se bornant à répéter des schémas éculés, voire à ne rien raconter du tout. Même les jeunes lecteurs, en adoration au début, ont vite déchanté, attendant davantage des scénaristes : ça n'a pas eu l'heur de leur faire changer d'avis, vu que ces maisons qui nous vendaient du rêve ne cherchent plus qu'à faire de l'événementiel sans impact sur la production courante (pour vous en convaincre, lisez les différents billets de Neault sur les crossovers).  DC et Marvel communiquent davantage qu'ils ne créent et se battent pour s'attirer les faveurs d'artistes qu'ils musellent par un cahier des charges bien trop lourd, ne leur laissant plus le loisir d'oser. Or, il suffit bien souvent, et simplement, d'oser, et d'avoir un minimum de talent. Le Frank Miller de cette époque a su conjuguer ces deux atouts, c'est indéniable. Cela dit, il faut admettre que the Dark Knight n'est pas directement accessible pour un ado : ce qui est retracé véhicule tant d'informations diverses et de références culturelles qu'il ne peut être appréhendé qu'avec un minimum d'expérience.  



The Dark Knight n'a pas "mal" vieilli ; au contraire, les événements récents (comme les nombreux actes de terrorisme qui instillent la peur au cœur même des métropoles occidentales) redonnent au récit l'aspect du neuf. L'insécurité et le mal-être qui règnent à Gotham City sont le quotidien de toute grande métropole actuelle. Je ne vais pas raconter l'histoire mais j'ai envie de dire à quel point j'ai été surpris de découvrir certaines approches qui m'avaient échappées à l'époque, comme le traitement du jeune partenaire de Batman ou celui de "l'Autre Super-héros DC" : on peut dire que des séries plus récentes comme Captain America s’en sont certainement inspirées (relation quasi névrosée entre Bat et Robin comme entre Cap et Bucky ; fidélité sans faille envers le drapeau US, au point d'y perdre au passage certains principes moraux). 

Et comme dans Le Seigneur des Anneaux (le livre), le dernier volet, l'apothéose (ou l'Apocalypse ?) annoncée ne tient pas toutes ses promesses : ça va trop vite, il y a trop de choses à digérer. Néanmoins, l'acte final demeure grandiose et Batman en sort revêtu d'une aura nouvelle et indélébile.

13 avril 2015

Le téléchargement illégal ou la destruction par l'avidité

La "fuite" de quatre épisodes de la nouvelle saison de Game of Thrones nous amène à aborder un sujet de fond qui touche tous les domaines artistiques : le téléchargement illégal.

Livres, BD, musique, films, séries TV, tous les domaines de la culture et du divertissement sont touchés par cette pratique en apparence anodine et pourtant, à plus ou moins long terme, destructrice. 
Destructrice non pas pour les grandes "majors" et les producteurs nantis et caricaturaux que certains imaginent, mais pour les œuvres que nous aimons... ou prétendons aimer.

Tout d'abord, évitons l'exagération. La méthode de calcul du milieu musical, qui consiste à estimer une perte en se reportant sur les morceaux téléchargés, est évidemment discutable. Un individu lambda télécharge bien plus que ce qu'il pourrait acheter. Et il arrive parfois que ces pertes soient compensées par des achats en double (notamment dans le domaine des DVD, avec des versions collector, bonus, etc.).
Malgré tout, la pratique reste massive et a forcément un impact sur ceux dont le métier consiste à vendre des récits, quelle que soit leur forme.

Il y a bien eu une tentative de législation répressive, mais dans les faits, aucun mouvement massif ne peut être contenu par la loi. Et ce n'est sans doute pas la meilleure approche de toute façon [1].
Tout ne peut pas toujours passer par l'éducation (ou par "l'éveil des consciences"), mais dans ce cas précis, c'est pourtant bien de cela qu'il s'agit. Faire comprendre que si l'on aime les livres, les films, la musique, les pirater - donc priver leurs auteurs d'une juste rémunération - conduira forcément à une disparition des œuvres de qualité (l'on peut imaginer que survivent certaines productions semi-amateurs).

Je prends souvent l'exemple du boulanger pour évoquer ce problème. Imaginons qu'un beau jour, l'on puisse "télécharger" les croissants et les baguettes. Combien de temps notre brave boulanger va-t-il travailler pour rien ? Parce que, évidemment, même s'il aime son métier, il a des factures à payer et se doit donc d'être rémunéré pour son travail. 
Le boulanger est cependant relativement à l'abri, pas seulement pour une question de technologie mais pour une question plus terre-à-terre. Pour voler un croissant, de nos jours, il faut être physiquement présent, prendre le risque de se faire prendre, voir en face les gens que l'on vole.

Ce qui fait le succès du téléchargement illégal, c'est bien évidemment son côté dématérialisé. 
C'est facile, ce n'est pratiquement jamais puni, on n'a même pas l'impression d'agir mal la plupart du temps. 
Pourtant, cela reste du vol. Un vol socialement admis, mais un vol quand même.

Si beaucoup ne se posent pas de questions, d'autres (et c'est pire encore) avancent parfois des justifications pour ce vol. 
Ainsi, par exemple, il s'agirait d'un "accès à la culture" pour les plus démunis. 
Belle idée, sauf que télécharger le dernier Avengers peut difficilement passer pour une volonté acharnée de se cultiver. La plupart des classiques sont libres de droits, donc gratuits, et les bibliothèques proposent des abonnements si bas qu'ils sont pratiquement symboliques. L'on peut donc, en France, se cultiver sans se ruiner. 
L'alibi culturel ne tient pas.

D'autres, pour certains domaines, avancent que les prix proposés sont trop élevés (ce qui n'est pas faux, surtout pour les romans numériques, cf. cet article). Moi, je trouve que le prix des bagnoles, même des Dacia, est trop élevé. Mais je ne les vole pas pour autant. On ne peut décemment pas décréter, quand un prix ne nous convient pas, que le bien se trouve du coup en "libre accès". 

Encore plus récemment, après les tragiques évènements ayant touché la rédaction de Charlie Hebdo, des gens, sans doute bien intentionnés au départ, ont pris sur eux de mettre en ligne des scans du numéro spécial - pendant quelques jours difficilement trouvable - qui a suivi.
J'ai fait remarquer à l'un de mes contacts sur le net que "voler" le travail des survivants de la rédaction n'était peut-être pas leur rendre un grand service (et que s'ils le désiraient, ils pouvaient être eux-mêmes à l'origine d'une telle initiative). Or, un hurluberlu (oui, j'aime bien ce mot) est venu me répondre qu'il ne fallait pas s'indigner parce que les ventes étaient énormes.
Mais, au nom du ciel, quel rapport ?
Cela reviendrait à dire que tous les prochains Spielberg ou Stephen King seront gratuits... ou que l'on peut aller se servir dans les belles villas... ou que l'on pouvait télécharger la saison 6 de Kaamelott si l'on avait déjà acheté les cinq premières...
Non, évidemment, ça ne tient pas non plus. Même si le boulanger vend bien, même s'il est riche, cela ne permet pas de le voler plus "sereinement".

Alors, je sais bien que c'est chiant d'attendre, de faire des choix, de ne pas avoir tout, tout de suite. Mais l'on patiente tous dans tous les autres domaines. En tout cas, la plupart d'entre-nous. On ne va pas braquer une boutique de fringues sous prétexte qu'une veste à 200 euros nous fait envie et que l'on n'a qu'un budget de 50.
Cette étrange avidité, impunie et hystérique, ne touche que le domaine artistique. Et ce domaine a beau bénéficier d'une aura plus brillante que celle de la boulangerie, il en suit la même logique : personne ne produira des croissants s'ils sont distribués gratuitement.

Venons-en maintenant à la partie que je ne comprends pas. Car, pour le moment, même si je condamne le téléchargement illégal, je le comprends. Ben oui, avoir un truc gratuit plutôt que de le payer, c'est forcément attirant. Et j'avoue avoir moi-même cédé à l'appel du download quand j'ai découvert que je pouvais avoir un single en vingt minutes seulement (ouais, ça fait longtemps, les connexions se sont améliorées depuis) !
Par contre, quid de celui qui détient le matériel original et le partage ?

Pour mettre quelque chose en téléchargement, il faut le posséder [2]. Donc, avoir acheté - ou reçu, nous y reviendrons - une œuvre. Prêter un film ou un CD à un pote, ok, mais quel est l'intérêt de se faire chier à scanner une BD, ou convertir un DVD, pour mettre ça à disposition de tous ?
Que gagne celui qui fait ça, à part mettre en danger un secteur que pourtant, visiblement, il apprécie ?

Pire encore, avec l'exemple que j'évoquais en introduction, certains professionnels peuvent parfois être à l'origine des fuites. Dans le cas de Game of Thrones, quatre épisodes ont été diffusés dans la sphère publique alors qu'ils étaient destinés à la presse. Difficile à comprendre [3]. Que peut avoir à gagner un professionnel en agissant ainsi ? Se faire black-lister ?
HBO sur le coup fait également preuve d'une naïveté étonnante. Pourquoi ne pas plutôt organiser une projection de presse ? Et pourquoi balancer quatre épisodes d'un coup, alors que la série est déjà très connue et n'a pas besoin d'un coup de pub ?
Si le voleur est condamnable, le volé peut parfois avoir l'air d'un ahuri déconnecté de la réalité.

Je vais terminer par le domaine qui me touche le plus, l'édition.
Il faut savoir que, contrairement à ce que l'on peut imaginer parfois, un auteur touche relativement peu sur un livre (environ 10% du prix du livre hors taxe [4], soit donc moins de 2 euros pour un roman vendu 20 euros). Et un livre, dans 90% des cas (cf. cet article), se vend très peu (moins de 1000 exemplaires pour la plupart).
Or, toucher pas beaucoup de pas grand-chose, au final, ça fait pas des masses. Et si en plus certains grignotent au passage, cela devient affolant. 
Bien évidemment l'auteur ne travaille pas "que" pour l'argent, il est attaché à son art, a envie de proposer quelque chose de bon, original, abouti, mais il a besoin d'être rémunéré pour son travail. D'autant que, contrairement à la plupart des professions, il n'est en réalité pas rémunéré en fonction de son travail mais seulement si son travail se vend. 

Les domaines de la BD, ou encore des "beaux livres", sont encore plus fragilisés, car de nombreux intervenants doivent être rémunérés avant la parution : traducteurs, correcteurs, maquettistes, coloristes, bien des professions, aux revenus aléatoires, sont invisibles pour l'œil du lecteur, même passionné. 
Il faut parfois improviser, rogner sur des budgets serrés, prendre des risques, négocier, pour au final sortir un livre dont on ne sait s'il rencontrera l'adhésion du public.
Ce risque, il est normal. Editeurs et auteurs l'acceptent volontiers.
Il est par contre anormal d'y ajouter des pratiques faciles, iniques et violentes qui privent l'auteur de son juste - et déjà maigre - revenu.

Il existe aujourd'hui de plus en plus de solutions pour payer, au moins un peu, ce que l'on écoute, regarde ou lit. Si vous êtes vraiment dans une merde noire et que vous faites un écart, personne ne vous en voudra. Mais pensez que pour chaque morceau de musique, chaque ligne d'un roman, chaque dessin d'une BD, chaque scène d'un film ou d'une série, il faut un type ou une nana derrière, et pas forcément toujours mieux loti que vous. 
Les auteurs ne font pas la manche, ils fournissent un travail qui embellit nos vies, nous permet de nous évader, de rire, de trembler, d'expérimenter, de nous instruire parfois. 
Respecter ce travail devrait être une évidence.
Ne pas en permettre le pillage éhonté semble le minimum.




[1] Comme souvent en France, l'on reste dans le symbolique, sans se préoccuper d'efficacité. La loi sur le port de la cagoule et les violences en bande était du même type : aucun flic n'a besoin de ça pour arrêter une personne qui fait déjà preuve de violence, mais comme la frilosité des élus empêche l'action de la police, on fait semblant de montrer les muscles par le biais d'un arsenal législatif totalement inutile. Dans une démocratie moderne, seule l'agitation et l'illusion comptent, les faits peuvent être niés et même apparaître comme secondaires puisque toute l'attention est monopolisée par de pseudo-polémiques sur des sujets secondaires.
[2] Je mets d'office à l'écart les screeners et autres merdes filmées au cinéma : qui a envie de voir un film trouble avec un son d'ambiance ?
[3] Surtout de nos jours où des bouquets, comme OCS, proposent les épisodes parfois 24h seulement après la diffusion aux Etats-Unis. Et pour un abonnement (une douzaine d'euros par mois pour quatre chaînes) relativement accessible. 
[4] Pour un roman, qui pourtant semble ne pas nécessiter beaucoup d'intervenants, il faut rémunérer également l'éditeur, l'imprimeur, les libraires, le diffuseur, le distributeur et... l'état.




11 avril 2015

Ladyboy VS Yakuzas – l’île du désespoir

Une bimbo balancée sur une île isolée est attendue par une horde de pervers en rut. Leur but : la violer pour s'en sortir quitte à s’entre-tuer. La jeune femme aux formes généreuses, dans une tenue légère, chaussée de talons aiguilles, doit à tout prix survivre le plus de temps possible... sous les caméras d'un richissime Yakuza qui n'a pas lésiné sur les moyens pour l'humilier. 
Ce jeu cruel, coûteux, n’est pas une énième émission de TV-réalité décadente, mais la vengeance trash d’un mafieux ! La poulette se trouve être un de ces anciens sous-fifres qui a trahi sa confiance. Transformé par son patron en femme, le voyou va en voir… de toutes les couleurs.

Ce qui pourrait être un concept graveleux de survival sexiste à destination de spectateurs téléphages s'avère être les représailles d'un homme bafoué qui n'a pas su plaire à son épouse ni à sa fille. Son jeune subordonné, qui avait pourtant de quoi réussir dans le milieu, a commis une faute grave ! Il a couché plusieurs fois en cachette avec les deux femmes. Kôzô Kamashima, un queutard pourvu d’un membre énorme, fornique avec tout ce qui possède un vagin. Lorsqu’il prend la parole, c’est pour étaler la bêtise crasse de son cerveau. Afin de savourer sa vengeance, se délecter de son humiliation, le vieil homme claque un fric monstre pour transformer le larbin en transsexuel, acheter une île et y séquestrer les 100 pires criminels sexuels nippons privés depuis des années d’une présence féminine.
Subissant le harcèlement quotidien qu'endurent certaines femmes, mais à la puissance 1000, le héros chasseur-tombeur se retrouve à la place de la proie. Une surprise de taille l'attend parmi les pourritures insulaires en slip : son propre père ! Les lubriques, quant à eux, ne sont pas au courant de la métamorphose corporelle de la jeune personne en question. Qu’importe, elle a des seins, de longs cheveux, des vêtements qui en dévoilent trop...

Premier volume d'une série de manga qui en compte déjà 4 au Japon, Ladyboy VS Yakuzas oublie la finesse. L'humour est graveleux, outrancier, les dessins de Toshifumi Sakurai faussement mal fichus. Les tronches des protagonistes, les situations en deviennent délectables. La narration est dynamique, sans temps mort ; le mangaka n’hésite pas à aller dans la surenchère. Le récit nie la notion de politiquement correct et aborde des sujets délicats : viols, pédophilie, sodomie… l’auteur ne se fixe aucune limite. Tout est assumé et voulu. Ce vrai faux survival démonte les clichés du genre. Son principe qui pourrait donner lieu à une émission de TV [1]  nous sert de belles tranches de rire gras, de parodie, mais nous propose aussi des personnages plus fouillés qu'on ne le pense avec une réelle intrigue. Cette vengeance hors de prix est malgré elle un juste retour de bâton pour le héros et on se prend au jeu. Utilisera-t-il la capacité de ces neurones pour tenter de s’en sortir ? Va-t-il coucher avec les vieux libidineux ? Prendra-t-il sa revanche sur le Yakuza ? À moins qu'il ne comprenne ce qu'il a fait endurer à certaines demoiselles...

Beaucoup d’interrogations, de rire, pour une série qui ne s’annonce pas trop longue, avec une très bonne adaptation graphique et des dialogues tordants. Ce manga n'est pas à mettre devant tous les yeux, surtout si ceux-ci ne manient pas l’humour au 36000e degré et se révèlent incapables de se creuser la cervelle pour y lire les véritables enjeux et sujets  profonds abordés. 


Ladyboy VS Yakuzas – l’île du désespoir, de Toshifumi Sakurai, Seinen 
Sorti dans la collection WTF !? des éditions Akata


Le pitch délirant et outrancier
La surenchère dans le politiquement incorrect
Une intrigue ficelée
+ Un rythme trépidant
L’adaptation graphique et la traduction


 [1] Les différents programmes de télé-réalités se livrent à une telle débauche de racolage qu'on n'est pas loin de la caricature Viol Island dans les Guignols de l’info avec le désanusseur de Montargis…

09 avril 2015

Hot Dog, Jumping Frog...

Une polémique molle de plus, sur la variant cover d'Albuquerque, nous pousse à nous interroger non seulement sur l'art mais le rapport à la foule et ses cris.

Alors, attention, l'image ci-contre est la cause de l'indignation, du choc, de la crise de chiasse aiguë qui a frappé la sphère internet, du moins la partie de la sphère la plus chaste et casse-couille. 
C'est ce Joker, proche d'une Batgirl terrorisée, qui pose apparemment problème. Au point que ce pauvre Rafael Albuquerque s'est excusé et a lui-même demandé à ce que son dessin ne soit pas utilisé, ce que DC Comics, dans son infinie sagesse, a accepté.

Pour situer un peu le contexte, l'artiste s'est inspiré de l'histoire d'Alan Moore, The Killing Joke, dans laquelle le Joker s'en prenait violemment à Barbara Gordon, causant même sa paraplégie. Certains pensent que Barbara aurait pu être également agressée sexuellement, bien que ce ne soit pas explicite dans le récit. Mais admettons.
C'est donc directement en référence à cet épisode émotionnellement lourd que ce même Joker est ici représenté aux côtés d'une Barbara visiblement terrorisée. Et pour cause. 

Apparemment, ce serait "misogyne"... ou pas vraiment dans la ligne de la série actuelle, c'est en tout cas ce qu'ont pu proclamer quelques internautes, certains sites allant même jusqu'à réclamer la suppression de la cover, ce qu'ils ont obtenu, Albuquerque expliquant qu'il n'était pas dans son intention de "blesser" qui que ce soit. Parce qu'apparemment, on peut être blessé par un dessin représentant des personnages imaginaires. Faut vraiment être très sensible, mais admettons-le encore une fois. 

Le Joker est censé être un "méchant", un criminel, un personnage épouvantable. Comment bâtir des histoires si les salauds sont censés être lisses et fades ? 
Que faut-il faire pour paraître "politiquement correct" de nos jours ? Effacer les traces de sang aux coins des lèvres du Dracula de Stoker ? Oublier la scène du cochon dans le Deliverance de Boorman ? Empêcher le viol de la psy dans The Sopranos ? Faire d'Hannibal Lecter un végétarien ? Et pourquoi pas aussi conseiller de ne pas utiliser de couleurs "trop violentes", comme certains ont pu naguère le réclamer à propos des comics ? 
Mais qu'est-ce que c'est que ce monde catastrophique dans lequel même la fiction est tordue selon des règles à la con, psalmodiées par des foules hystériques ?

Certains ont même eu l'audace de reprocher à Tolkien son traitement des Orcs, allant jusqu'à dénicher là du racisme (oui, les orcs n'existent pas vraiment, mais les auteurs n'ont pas le droit pour autant de les maltraiter...). La différence cependant, c'est qu'il n'y a encore pas si longtemps, ce genre de conneries n'étaient proférées que par quelques illuminés lorsqu'ils parvenaient à passer à la télévision ou dans les journaux (ou à sortir un livre en surfant sur le talent des autres).
De nos jours, avec le net, la donne a changé. Une fosse à purin s'est ouverte, débordant chaque jour un peu plus.

Attention, le net en soi n'est pas condamnable, il peut même être très utile selon l'utilisation que l'on en fait. Il s'agit d'un "tuyau", au même titre que la télévision ou le téléphone, dans lequel l'on fait passer ce que l'on veut. Malheureusement, la mode des "réseaux sociaux" (et de leurs emportements de meutes) a non seulement excité les vocations de grands courageux qui n'ont des couilles que derrière un écran (et rasent les murs dans la vraie vie) mais, pire encore, a également réussi à influencer la télévision, medium de masse par excellence, qui ne jure plus que par eux et par des "buzz" aussi pathétiques que vains.

Ainsi, le jugement anonyme de la masse a donc un poids, aussi violent qu'exigeant. Les mécontents de tout bord pouvant s'unir au sein d'un égrégore numérique, ils pèsent, crachent, jugent et menacent, rendant des sentences courtes et acides, influant sur les crayons et les claviers, les caméras et les instruments de musique. 

Pourtant, n'est-ce pas aussi le rôle de l'artiste de choquer ? De faire naître une émotion, même violente ? 
Et n'est-ce pas là une liberté essentielle que celle de l'auteur ? La frilosité n'est jamais bien loin de la censure, et avec la censure viennent des dogmes qui n'ont de valeur que pour ceux qui y croient. Des dogmes qui, si on les laisse perdurer, nécessiteront une lutte de plus pour les briser et récupérer quelques fragments de liberté. 
Attention là encore, cela ne veut pas dire que l'on ne peut pas avoir d'avis à titre individuel, ni condamner des fictions qui semblent choquantes pour une raison ou une autre, juste que ce droit au commentaire, même vif, n'a que peu de rapport avec les exigences d'un groupe enivré par le poids très temporaire qu'il pense avoir et par le confort de l'anonymat.  

Le respect des convictions, de la femme, des races, que sais-je encore, ne passe pas par le musellement de l'expression artistique et des Conteurs. Au contraire, plus l'on peut dire de choses, moins les réactions sont épidermiques, plus la société, habituée au maelström des idées, peut les digérer, les peser, les manipuler sans en faire des idéaux. 
Je vais prendre un exemple personnel pour illustrer mon propos : l'avortement. Je n'arrive pas à avoir une opinion sur ce sujet, non parce qu'il ne m'intéresse pas, mais parce qu'il me semble insoluble. Avorter, c'est supprimer une vie en devenir, quoi que l'on puisse en dire, donc ça pose un réel problème moral. Mais avorter, c'est aussi le droit indiscutable des femmes à disposer de leur corps. Chez moi, cela aboutit à une aporie fondamentale. Moralement, je ne peux trancher ce dilemme, car quelle que soit la décision prise, elle ne me satisfait pas et va à l'encontre de ce que je pense être juste. 

Quel rapport me direz-vous ? Eh bien, je crois qu'il est bon parfois de ne pas pouvoir faire de choix, d'être dans le relatif et non l'absolu. Pas pour tout, il est naturel d'avoir des convictions, mais avoir un avis tranché sur tout me semble dangereux. S'il n'y a plus de place pour le doute, la remise en question, l'avis d'autrui, qu'est-ce donc que ce monde d'évidences imposées ?  Une cage idéologique ?
Et pour admettre une opinion contraire, ou un dessin "choquant", il faut admettre aussi que l'on n'a pas tout résolu, que même en nous se battent des principes contraires. 

Je ne jette pas la pierre à Albuquerque, il a pu être dépassé par son dessin, vouloir apaiser les choses, ce pas en arrière part peut-être d'un bon sentiment, mais je suis plus sévère sur son éditeur et son manque de soutien, voire sur les auteurs en général, dont le manque de réaction me navre.
Quant à la masse... elle est égale à elle-même, dangereuse et inepte. 
Lorsque l'individu se perd au sein du nombre, le raisonnement est occulté par l'émotion. 
Et qui voudrait d'un monde régit par les lames de fond émotionnelles de quelques inconnus rassemblés dans la célébration de leur indignation passagère ? 

Pouvoir être indigné par un dessin est une chance.
Pouvoir en interdire ou faire échouer la publication est un désastre. 
Dans bien des sociétés, anciennes ou actuelles, l'indignation doit se taire, ou peut être punie sévèrement. L'exprimer est un droit précieux.
Mais aller jusqu'à l'interdiction, pour un dessin, un mot, une scène, c'est déjà admettre que l'on croit en des choses si fragiles qu'elles ne supportent pas de côtoyer de simples fictions ou un peu d'encre sur du papier.

Les auteurs, les artisans, n'ont rien perdu de leur pouvoir. Ils affolent les cons, ils brisent la tranquillité, ils sondent tous les possibles. En écrivant et en dessinant. Ce n'est pas forcément sans "violence", mais ça ne fait pas couler de sang. En cela, la violence artistique sera toujours supérieure et préférable aux autodafés et à l'écriture sous tutelle.
Quant au dessin d'Albuquerque, il est bien mal interprété je trouve. Car, chez moi, il n'évoque pas l'apologie d'un crime ou la mise en avant d'un connard, mais permet l'empathie immédiate avec une Barbara qui nous supplie du regard et nous fait ressentir sa détresse. Ce dessin donne envie de la sauver, pas de ricaner avec le Joker. Si certains éprouvent autre chose, il semble difficile d'en vouloir à l'artiste. La masse ne réglera pas ses déviances en se défoulant sur des cibles trop fragiles pour lui dire d'aller se faire mettre.