08 juin 2013

Marvel NOW : Uncanny Avengers


L'on découvre enfin ce que nous réserve l'évènement Marvel NOW avec la première revue du relaunch : Uncanny Avengers.
(La présentation habituelle des articles a quelque peu changé pour l'occasion.)






Uncanny Avengers
Scénario : Rick Remender
Dessin : John Cassaday
Nombre de planches : 22

Voilà la série tant attendue, qui donne d'ailleurs son nom au mensuel. Remender est certes bien connu, puisqu'il a notamment écrit du Venom ou encore du Punisher chez Marvel. On lui doit aussi des séries comme The End League ou Fear Agent. De là à le considérer comme une pointure... car rappelons que Marvel NOW nous est vendu comme un évènement censé mettre le gratin des artistes aux commandes des nouvelles séries.
Voyons plutôt ce que cela donne. On commence par un hommage appuyé de Wolverine à Charles Xavier, le prof ayant été tué (sans doute très provisoirement) il y a peu par Cyclope. Logan va même jusqu'à dire qu'il se voulait "irréprochable", le mutant oubliant tout de même un peu vite les combines et la morale douteuse de Xavier : entre les maltraitances infligées à une IA ou le troisième frères Summers dont il avait soigneusement caché l'existence, il est quand même loin de l'image de doux idéaliste dont on voudrait l'affubler. 
En parlant des frangins Summers, Scott, emprisonné, reçoit la visite de Havok qui lui balance carrément qu'il est responsable de tout ce qui a pu merder dernièrement. Ce n'est pas encore cette année que la famille va se réunir pour Noël visiblement.
Captain America et Thor interviennent ensuite pour proposer à Havok de prendre la tête d'une équipe formée par des Vengeurs et des X-Men.

Il est encore bien tôt pour juger de la qualité intrinsèque de la série et de l'intrigue qui est mise en place. Le groupe n'est pas encore formé, mais l'on en connaît déjà la composition (clairement visible sur la cover). En plus de Cap, Thor et Havok, déjà cités, l'on retrouve Malicia, la Sorcière Rouge et, bien sûr, Wolverine. Rappelons qu'une équipe sans Wolvie est, selon l'adage, une équipe qui... attend que Wolverine la rejoigne.
L'idée d'associer des membres de deux des plus symboliques groupes Marvel n'est pas mauvaise, mais le concept n'est pas si novateur qu'il en a l'air, nombre de mutants ayant déjà séjournés par le passé chez les Vengeurs.
A voir donc. Le casting n'est pas forcément extraordinaire mais n'importe quel personnage peut devenir intéressant lorsqu'il est bien écrit.


Avengers Arena
Scénario : Dennis Hopeless
Dessin : Kev Walker 
Nombre de planches : 20

La deuxième série du mensuel est en apparence moins prestigieuse mais plutôt prometteuse. Il s'agit en fait de personnages secondaires, tous jeunes, qui sont enlevés par Arcade pour participer à l'un de ses petits jeux. A priori, dit comme ça, rien de bien excitant, et pourtant, l'arc démarre sur les chapeaux de roues, et de fort belle manière.
Arcade tout d'abord, est ici bien loin de l'image de loser un peu kitsch que certains pourraient en avoir. Il se révèle non seulement surpuissant mais plutôt charismatique également. Il a concocté une sorte d'épreuve qui se rapproche un peu d'un Survivor (Koh Lanta en France) ou, comme il semble le dire lui-même sans toutefois le citer, du roman Sa Majesté des Mouches. Les jeunes gens, issus de différents groupes ou écoles (New X-Men, Avengers Academy, Runaways...), se doivent de survivre dans un environnement où ils devront trouver nourriture et ressources. Un seul pourra en sortir vivant au bout de trente jours. 
La première épreuve est d'ailleurs de taille puisque le groupe doit désigner un membre qui sera sacrifié...

Excellent début, avec notamment de très belles scènes entre Hazmat et Cuirasse. Dans le lot des "participants", en vrac, l'on peut citer Nico Minoru, X-23, Reptil ou encore Kid Britain. 
Le thème est des plus fascinants et, avec des seconds couteaux comme personnages, l'on peut espérer une liberté scénaristique plus grande. Rappelons d'ailleurs qu'en général, ces dernières années, les séries de teenagers (Runaways, Young Avengers, Avengers Academy...) ont largement dépassé les titres plus connus en terme de qualité et d'inventivité.
Espérons que Avengers Arena puisse connaître le même destin.


A+X
Scénario : Dan Slott / Jeph Loeb
Dessin : Ron Garney / Dale Keown
Nombre de planches : 11 + 10

Il en fallait une, voilà "LA" grosse bouse de la revue. Il s'agit en fait de courts récits mettant en scène, vous l'aurez compris, un Vengeur et un mutant. Bon, pourquoi pas, l'idée n'est pas plus conne qu'une autre, m'enfin, quand on voit le résultat, on frôle l'évanouissement. D'ennui hein.
Commençons par la première histoire, mettant en scène Captain America et Cable. Cap et Bucky, en 1943, doivent aller dézinguer des robots mis au point par les allemands. En plein milieu de leur mission, Cable débarque du futur pour leur prêter main forte. Finalement, ils gagnent à la fin.
J'en ai lu des merdes dans ma vie, mais alors là, c'est presque admirable tellement il n'y a rien. C'est chiant du début à la fin, il n'y a que onze pages et pourtant j'ai cru en lire mille. Je suis même allé voir dans un miroir si je ne m'étais pas pris quinze ans dans la gueule, mais non, Slott n'est pas bon mais il n'est apparemment pas dangereux pour la santé. Ouf ! c'est déjà ça.

La deuxième "histoire" fait se rencontrer Hulk et Wolverine. Et un autre tandem Hulk/Wolvie, venu, devinez d'où ? Ben ouais, du futur. A croire que les mecs, dans cent ans, ils n'auront rien d'autre à faire de leurs journées que de venir nous emmerder. 
Bon, ce n'est guère mieux mais c'est plus léger, il y a une ou deux tentatives de vannes.

Globalement, on sent que ce A+X pourri va être au moins aussi bien et utile que Avenging Spider-Man, ce qui n'est pas peu dire.


L'aspect éditorial

Beaucoup de choses à dire sur nos amis de Panini, et comme souvent, pas que du bien.
Les plus observateurs auront remarqué que l'on n'a pas ici l'équivalent de quatre (voire cinq séries, comme cela se fait maintenant), mais uniquement trois (63 planches de BD en tout). On est donc loin de la fameuse formule "112 pages à 4,80 euros".
Puisqu'il reste de la place, avec quoi notre gentil éditeur a-t-il pu décider de la remplir ?
Tout d'abord par une page de courrier des lecteurs. Cela permet de retrouver Jérémy Manesse dans un autre rôle, ce qui est plutôt sympa, le monsieur étant un connaisseur qui a, en plus, beaucoup d'humour. Sur le fond, ça n'a pas d'autre intérêt que de satisfaire les lecteurs dont le but ultime est de "passer" dans leur mensuel préféré. A l'heure du net, c'est tout de même de la place gâchée, mais je ne vais pas revenir là-dessus (cf. cette chronique). 

L'on trouve à la fin un dossier, de tout de même dix pages, sur Marvel Now. Là on se dit, wow, dix pages de rédactionnel, qu'est-ce qu'il se passe chez Panini ? En fait, ce n'est pas du rédactionnel à valeur ajoutée, comme on peut le trouver chez Delcourt ou Urban, avec des dossiers sur des personnages, un rappel des évènements passés, etc. Non, ici, il s'agit en fait de... pubs pour les prochaines revues Panini. En gros, pour ceux qui connaissent, ça ressemble à ce que l'on avait auparavant, gratuitement, en début d'année : un catalogue avec une présentation des publications et des équipes artistiques. Sauf que là, ce n'est pas un supplément gratuit, c'est intégré à la pagination du mensuel ! Je vous laisse conclure seuls.

Alors, on apprend quand même quelques trucs, comme la constitution (enfin !) d'un mensuel Avengers qui ne contiendra que des titres Avengers. Pour les lecteurs un peu sélectifs, c'est une excellente nouvelle. Autre nouvelle, un peu risible cette fois, l'on nous dit que pour ce grand relaunch, Panini a tiré des leçons du passé, que l'éditeur sera plus à l'écoute des lecteurs et, surtout (attention, tenez-vous bien) que "la partie rédactionnelle des revues sera renforcée". A mon humble avis, l'on ne peut "renforcer" que quelque chose qui existait déjà. Si le constat de base est faussé, et que les mêmes postures sont ressassées (vive la méthode Coué !), ça part mal et on imagine déjà la gueule du "renfort".

Au niveau de l'adaptation maintenant. Je sais que j'ai dit à plusieurs reprises que, globalement, le niveau s'était amélioré chez Panini. J'ai peut-être été vite en besogne. Précisons (encore une fois !) d'abord une chose : une coquille peut arriver, personne n'est parfait et il est illusoire d'exiger de qui que ce soit une vigilance infaillible. Mais bon, il y a coquille et coquille quand même.
Déjà ici, l'on n'a qu'une soixantaine de pages. Et pas surblindées de texte. En plus, c'est un numéro #1, censé présenter toute la gamme qui va venir derrière. Normalement, pour une occasion comme ça, quand en plus on a les moyens financiers de Panini, on fait un peu gaffe. C'est normal, ils vont à la pêche aux nouveaux lecteurs, donc c'est un peu comme quand on reçoit une nana qu'on veut draguer, on veut faire bonne impression, on passe un coup de balai avant, on se peigne, on pète pas à table, le minimum quoi.
Là, ce n'est pas tout à fait le cas. L'on peut trouver par exemple un très joli "qu'est-ce que qu'on fait ?", un "Avegers", ou bien, dans un registre encore plus inquiétant, un "Stark" à la place de "Trask", donc carrément une erreur de personnage. 
Pour des mecs qui essaient de séduire, ça va, ils sont détendus. ;o)
Peut-être faudrait-il, avant de "renforcer le rédactionnel", penser à renforcer l'équipe des correcteurs. Ou à simplement en embaucher un. Car, si vraiment quelqu'un relit ça, quelle que soit la somme qui lui soit allouée, il est largement trop payé.


Conclusion

J'ai déjà évoqué, dans cet article sur Superior Spider-Man, ce que je pensais du principe de relaunch. Je ne reviens donc pas sur cet aspect.
Au niveau des séries, difficile de condamner d'un bloc la revue. L'on est en fait en présence d'un titre qui commence fort et peut se révéler excellent (Avengers Arena), d'un autre que l'on ne peut encore juger (Uncanny Avengers, un peu faiblard tout de même pour un numéro #1), et de saloperies servant à remplir le vide avant les pubs.
Honnêtement, on a déjà vu mieux et nettement plus inspiré sur le plan éditorial. 
Quelques doutes également concernant Remender, qui semble être un pari risqué, au vu de ses antécédents, pour un titre se voulant aussi clairement rassembleur.
Le résultat est si étrange et mitigé que j'ai décidé, exceptionnellement, d'attribuer un "état" (le petit bonhomme qui est content ou... pas) à chaque série plutôt qu'à la revue entière. Si j'avais dû décider d'une note globale, j'aurais été obligé de choisir au moins un "bof", ce qui n'aurait pas été représentatif de la qualité des séries principales, Panini continuant, par son manque de sérieux et ses choix hasardeux, à plomber le matériel dont il est en charge.

Je tiens également à apporter une sérieuse réserve sur l'effet "porte d'entrée idéale sur l'univers Marvel" que certains psalmodient à l'envie, comme pour mieux se convaincre de leur bonne foi.
Aucun lecteur, jamais, à aucun moment, nulle part, n'a commencé à lire une série ou un roman parce que c'était "facile". La facilité est le plus court chemin vers la médiocrité. Seule la qualité fait vendre. Et elle suppose des efforts (notamment du côté des éditeurs, mais pas seulement), et non une simplification à outrance.
Enfin, j'aimerais rappeler également qu'une porte peut se prendre dans les deux sens. L'entrée de certains fait parfois la sortie de beaucoup. Et présenter les particularités et la richesse d'un univers continu partagé comme un frein à l'épanouissement du lectorat et un défaut à simplifier ou éliminer d'urgence est un non-sens absolu, mais aussi un manque de clairvoyance artistique autant qu'un pari commercial, on le constate, suicidaire à long terme. 

+ Hopeless et son Avengers Arena, à suivre de très près !
+ l'idée d'équipe X-Men/Avengers
+ quelques infos sur Marvel NOW pour les rares lecteurs qui n'auraient pas internet
- un casting mutants/Vengeurs pour le moins peu enthousiasmant
- le peu de contenu BD
- les A+X, vides et ennuyeux
- la longue litanie de publicités Panini, qui prennent la place non pas d'un rédactionnel qui n'a jamais existé chez eux, mais carrément de planches de comics !
- des déclarations d'intention de la part de l'éditeur qui sont en porte-à-faux avec les mauvaises habitudes, toujours constatées ici