Stitched : derrière les lignes ennemies
Encore un Garth Ennis, me direz-vous. Et vous avez raison. Le bougre, malgré
ses excès et une production un peu trop conséquente pour assurer une qualité
continue, parvient chaque fois à me surprendre, me fasciner ou m’interroger.
Ses textes mineurs ont systématiquement quelque chose de plus que chez les
autres, et je ne parle pas que de la violence, qui demeure sa forme
d’expression préférée comme vecteur de problèmes sociaux ou de déviances
psychologiques.
La particularité de Stitched ne vient pas du tout de son
thème, une sorte de Walking Dead afghan
avec des soldats occidentaux, mais de sa genèse puisque l’album que je viens de
terminer est en fait l’adaptation d’un court-métrage
du même Garth Ennis, le bonhomme ayant décidé de s’attaquer à une autre forme d’expression
artistique que le comic-book. Et même si l’aventure a une fin, l’histoire des « Suturés » n’en est qu’à ses débuts :
dans ce récit où on suit la survie de deux groupes de militaires dans le désert
qui se retrouvent confrontés à des cadavres
animés implacables (reconnaissables au fait qu’ils aient chaque orifice naturel
recousu – d’où leur surnom), on ne saura pas grand-chose de la manière dont ces
êtres sont guidés et quasiment rien de leurs origines, ce qui laisse de la
place pour d’autres scénarios.
Dans ce survival horror brutal et sanglant, Ennis ne laisse pas le temps au
lecteur de découvrir les protagonistes : pas d’exposition progressive, on
entre directement dans le vif du sujet avec le crash d’un hélico de combat « derrière
les lignes ennemies ». Parmi les survivants, deux femmes dont une qui n’était
à bord qu’à titre d’observatrice et que sa camarade tentera de protéger des
horreurs qui se déchaînent autour d’eux. Le renfort d’un second groupe qui leur
apporte un peu plus de puissance de feu et de l’expérience permettra quelques
dialogues savoureux lors des rares moments de détente entre deux guets-apens,
laissant à Ennis le loisir d’évoquer la politique étrangère comme la religion
ou surtout la guerre.
La guerre devient ce qu’on en fait.
Sur ce point, malheureusement, on
sent moins de rigueur que d’habitude, avec parfois quelques contradictions fâcheuses,
un peu comme si notre scénariste prenait de la distance et laissait ses personnages
désabusés parler pour ne rien dire, ou s’enflammer pour des causes perdues (le
sort des femmes afghanes qui, bien entendu, révulse nos soldates). C’est
nettement plus percutant en revanche sur le statut même du conflit au Moyen-Orient, sachant que le second groupe est composé
de Britanniques dont le point de vue
diffère sensiblement des Américains.
Cela dit, le temps passé à philosopher est compté. D’ailleurs, et sur le même
modèle que les productions US à grand spectacle, nos joyeux militaires, passé
le temps de la survie, choisiront celui de l’offensive, certains pour une cause
qui leur échappe, d’autres parce que c’est le meilleur moyen de se défendre. Il
y aura encore des victimes, du sang, des tripes et des tortures. Dans ce
registre, Wolfer s’en sort plutôt
bien avec quelques cadrages saisissants. On lui reprochera peut-être un
découpage qui nuit parfois à la lisibilité de l’action et un laxisme pour la
caractérisation des visages (j’ai eu tendance à en confondre régulièrement,
malgré leur faible nombre). L’adjoint de Warren
Ellis sur Gravel s’en sort
honorablement ici.
Au final on a cette impression
persistante de voir un de ces films à gros budget construits autour d’une idée
remarquable et riche de possibilités mais préférant se concentrer sur l’action,
la violence et la tension. Ca ne gâche pas vraiment le plaisir, car il y en a,
notamment dans ces séquences muettes où les protagonistes risquent leur vie, c’est
juste qu’on sent bien que le but est de développer cette franchise avec d’autres
histoires mettant en scène ces redoutables Suturés.
+ des morts-vivants,
oui, mais des Afghans !
+ bon équilibre entre
l’horreur et la violence, le surnaturel et la guerre
+ une bonne dose de
gore
+ une histoire
complète
- des personnages mal définis
- des origines confuses
En bonus, la bande annonce du film,
présenté à un ComicCon il y a deux
ans : on peut affirmer qu’Ennis est bien meilleur scénariste que metteur
en scène. Sinon, c’est une bonne entrée en matière pour l’album.










