30 novembre 2014

Ferals 1 : Instinct Animal

C'est en parcourant d'un œil un peu distrait la liste de lecture proposée par mes blogs préférés qu'un article m'a interpellé : on y évoquait une série éditée chez Panini dans la collection 100% Fusion Comics : la version originale était parue sous le label Avatar en 2012, et on y parlait... de loups-garous.

Donc :
- c'est récent, tout frais chez nous, mais sorti sans trop de publicité (sinon UMAC l'aurait déjà chroniqué, vous pensez bien !)
- c'est sanglant, violent et porte légitimement la mention "pour lecteurs avertis".

Deux arguments de poids. Je me suis donc procuré le premier tome. On y retrouve David Lapham qui a déjà bossé pour Marvel avant de s'investir dans le projet Crossed, au sein duquel il pouvait se laisser aller à développer des histoires aussi glauques que perverses, multipliant les séquences ouvertement violentes et/ou sexuelles. Il y a un public pour cela, friand d'images choquantes et de situations inhumaines, quand bien même les questionnements évoqués par le créateur Garth Ennis disparaissent au profit de banales histoires de survie dans un monde rongé par le mal dans lequel les derniers humains se révèlent pires que les monstres qui le peuplent. Crossed s'est ainsi reposé sur ses lauriers, au point de devenir gerbant et systématique (les seules questions étant de savoir jusqu'où les scénaristes iront pour inventer de nouvelles tortures ou actes de sadisme sur les fuyards forcément condamnés) : ainsi en est-il de tout récit zombie-like, et pas seulement en littérature.

Attention ! Je ne jette pas la pierre sur Lapham (Neault, au contraire, ne s'en est pas privé sur Dan the Unharmable). C'est juste que son opus Psychopathe (n°4 en France dans la série Crossed) était dans cette optique-là, alors qu'un Simon Spurrier avait réussi à renouveler la franchise assez habilement (Et si tu voyais ça). Lapham peut se vanter d'avoir décroché deux Eisner Awards, loin de moi l'idée de le dénigrer à tout prix.
Avec Ferals, on sort du cadre "fin du monde" mais on demeure dans un coin suffisamment reculé pour entretenir l'ambiance sordide nécessaire au développement d'une histoire mêlant crimes en série et mythes ancestraux. L'action se passe dans le Minnesota : Dale, un adjoint du shérif, retrouve un fragment du corps d'un de ses collègues après le signalement de sa femme. Ils ne tardent pas à dénicher le reste du corps du malheureux : déchiqueté, éviscéré, démembré... et la bouche bien calée par la partie la plus masculine de son anatomie. Une boucherie. 
Pour tenter d'atténuer le souvenir de ces visions d'horreur, Dale passe la soirée dans le pub du coin où il est abordé par une mystérieuse jeune blonde qui ne se montre guère farouche, et même plutôt avide des détails les plus glauques de sa découverte macabre. Plus tard, on le retrouve dans le lit de la femme de son collègue (Dale a un sens du réconfort très poussé) : à son réveil, il aperçoit une sorte de créature en train de déchiqueter sa maîtresse. Il ne parvient pas à l'arrêter et finit à l'hôpital. C'est là qu'on l'interroge sur ce qu'il a vu, et qu'on lui apprend que la femme qu'il a baisée dans les toilettes du pub a également été retrouvée massacrée. Evidemment, il devient le principal suspect...


Ferals ne s'embarrasse pas de détails. Ça va vite, les événements s'enchaînent sans véritable temps mort, au détriment des personnages. On aimerait éprouver de la sympathie pour notre héros, Dale le tombeur, qui tient à mener son enquête de son côté, mais on n'a pas grand chose à quoi se raccrocher. Et puis, au milieu de notre volume, l'action change de centre de gravité, on quitte le comté de Cypress pour un comté voisin, à peine plus peuplé, abritant des communautés issues d'immigrants nordiques vivant de manière assez reculée (pas des Amish, mais les contraintes sociétales sont similaires). Une femme y est morte, sa sœur et les autres membres la conspuent, estimant qu'elle méritait son sort... Rites ancestraux, poids des secrets, pesanteur patriarcale : les clichés abondent et l'histoire s'embrouille, avec pour couronner le tout l'enquête de deux agents fédéraux qui effectueront la jonction entre les deux affaires.


Ferals regorge d'éléments intéressants mais leur assemblage semble complètement artificiel, le récit semblant plutôt rythmé par des passages obligés : sexe, violence, sexe, violence. C'est très sanglant, le dessinateur Gabriel Andrade se débrouillant relativement bien dans l'action et les combats avec un style très classique et détaillé, mais ses visages manquent cruellement de variété (les femmes se ressemblent toutes, ce qui rajoute à la confusion émanant de la seconde partie de l'ouvrage) et il faut bien admettre que ses scènes "lestes" n'ont rien de stimulant - on a l'impression de voir une BD adulte des années 60. 
Evidemment, pour couronner le tout, le volume se termine sur un cliffhanger et les questions se bousculent : on sent bien qu'il y a du lourd derrière tout cela (la théorie du complot n'est pas loin), mais on n'est pas plus impliqué et intéressé que ça.

Décevant donc.

Justice League : Forever Evil

Avec le sixième tome de Justice League, c'est la première partie de l'évènement Forever Evil qui débarque ce mois en librairie, sous le titre Le Règne du Mal.

Au menu de ce recueil de plus de 200 pages, l'on retrouve les Forever Evil #1 à #4, Justice League #24 et #25, ainsi que deux numéros spéciaux, Justice League #23.4 et Justice League of America 7.4, ces deux derniers comics étant issus du Villain Month [1].
Au scénario, l'inévitable Geoff Johns, accompagné de Sterling Gates. Les dessins sont signés David Finch, Ivan Reis, Doug Mahnke, Edgar Salazar et Szymon Kudranski.

Le récit commence alors que la Justice League n'est plus. Celle-ci a été vaincue par un syndicat du crime venu d'une autre Terre, mourante. 
Les versions alternatives - et négatives - des héros bien connus vont tenter de rallier tous les criminels sous leur bannière et de prendre ainsi le contrôle total de la planète.
Quelques héros vont tenter de s'opposer à cette conquête, mais c'est essentiellement Lex Luthor qui va mener la contre-offensive à l'aide d'un clone de Superman et de divers alliés.

Les super-vilains fraîchement débarqués de la Terre-3 et faisant ici office de menace ultime sont donc des variations des héros que nous connaissons bien. Ultraman (Superman), Superwoman (Wonder Woman), Johnny Quick (Flash), Power Ring (Green Lantern) ou encore Owlman (Batman) forment le noyau dur de cette équipe résolument "dark".
Les affrontements sont souvent expéditifs : Nightwing est rapidement maîtrisé, Black Adam se fait administrer une bonne correction et aura besoin de sérieuses séances d'orthodontie... bref, ça tape dur. Malheureusement, comme souvent, Johns [2] se contente de survoler ses personnages de manière un peu froide, donnant une priorité excessive à l'action brute et à une exposition des faits manquant de dimension émotionnelle et dramatique.

Quelques bonnes idées tout de même, comme une version plutôt inattendue de Bizarro, assez touchante et permettant à Luthor de se livrer un peu et de faire (presque) preuve de compassion. Le Power Ring du syndicat est également fort bien écrit et permet à Deathstorm de balancer l'une des seules répliques humoristiques du récit. Dommage que cet aspect ne soit pas un peu plus développé.
Pour le reste, énormément d'intervenants et de personnages secondaires, comme Captain Cold (un ennemi récurrent de Flash) ou Black Manta (présent notamment dans la série Aquaman). L'on retrouve également l'utilisation des différents anneaux liés aux Lantern Corps (cf. cet article pour plus d'informations à ce sujet).

Tout cela se lit très bien mais manque un peu de lyrisme ou de profondeur pour dépasser le cadre de l'anecdotique, d'autant que l'on sait bien que les bouleversements de statu quo promis seront, au mieux, légers et provisoires.
Au niveau du traitement Urban Comics, toujours le même sérieux et le même souci de permettre la meilleure accessibilité possible. Outre un long résumé des évènements précédents, le lecteur novice pourra bénéficier d'une présentation des personnages ou groupes les plus importants.
La traduction est très bonne même si l'on pourra chipoter sur une utilisation parfois incompréhensible de la ponctuation [3]. L'ouvrage se conclut par une galerie de covers alternatives.

Du mainstream plutôt efficace et agréable à l'œil mais manquant de surprises et d'ambition.

+ un gros barnum, avec têtes d'affiche et persos secondaires
+ de belles planches
+ un contenu rédactionnel utile
+ quelques scènes efficaces...
- qui, par contraste, soulignent encore plus la platitude du traitement des personnages 



[1] En septembre 2013, DC Comics a publié une série de numéros spéciaux consacrés aux super-vilains. Ceux présents dans ce tome se penchent sur la Société Secrète et Black Adam. Notons qu'aux Etats-Unis, ces comics étaient disponibles avec une couverture 3D. Ces dernières n'ont pas été reprises en France, en kiosque, pour des raisons de coût. 
[2] Si Johns se révèle souvent excellent lors de la modernisation des origines des personnages (Green Lantern, Superman, Shazam...), dans l'exposition de versions alternatives de héros (Batman : Terre-Un) ou sur quelques titres mythiques (The Sinestro Corps War), il lui arrive régulièrement aussi de passer complètement à côté de son sujet, comme lors de Blackest Night, dans certains épisodes de la série Avengers ou encore à l'occasion de l'écriture de titres plus confidentiels, comme Olympus.
[3] A l'heure actuelle dans l'édition, la tendance est de plus en plus à l'approximation et à la perte totale de certaines connaissances pourtant indispensables. Ainsi, après la confusion, à la première personne, entre le futur et le conditionnel, c'est l'emploi de la virgule qui semble échapper à toute logique (neuf fois sur dix, il y en a trop). Si elle peut parfois être facultative ou indispensable, il est de nombreux cas où sa présence est complètement inopportune. Par exemple, elle n'a rien à faire dans ces deux phrases, issues de ce tome de Justice League : "Il n'y aura pas de disputes, entre nous", "Je parle, quand je suis nerveux."
Dans ces deux cas, il n'y a ni incise, ni juxtaposition, ni "respiration" à apporter. La présence de la virgule est même de nature à gêner la compréhension de la phrase. Vous pensez que ce n'est pas important ? Voyons alors un exemple plus parlant et démontrant l'importance de cette petite bestiole :
- Allons manger, les enfants !
- Allons manger les enfants !
Les deux phrases sont justes mais elles sont de sens différent. Une petite virgule de rien du tout et l'on n'a plus la même chose dans l'assiette. Dans le premier cas, vous invitez vos gosses à manger, dans le deuxième, vous et vos potes devenez des cannibales ayant de bonnes chances de finir en taule. ;o)




25 novembre 2014

Expo BD annulée : "des planches immorales et vulgaires"

Que des responsables politiques décident de juger de la moralité d'une œuvre artistique, déjà, ça part mal. Mais qu'une exposition autour d'une BD dénonçant le harcèlement soit annulée, et ce dans le cadre de la "Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes", ça en devient kafkaïen. 

En cause, la bande dessinée Les Crocodiles, de Thomas Mathieu. L'auteur a souhaité baser cet ouvrage sur la thématique du harcèlement de rue, subi par de nombreuses femmes au quotidien. Il a pour cela recueilli des témoignages et les a retranscrits sous une forme dessinée, sans pour autant les aseptiser.
Bien qu'il y ait de l'humour parfois dans certaines scènes, voire même un certain optimisme quant à la nature humaine, la plupart des récits sont éprouvants - et donc souvent "vulgaires" - parce qu'ils retranscrivent une situation violente et des propos réellement tenus.

Les élus toulousains, avec un manque de clairvoyance assez navrant, s'empressent donc de dissimuler ces témoignages sous prétexte qu'ils pourraient "choquer", sans se rendre compte que ce sont les faits qui sont choquants, certainement pas la manière de les relater, d'autant que le style adopté par l'auteur permet justement de conserver un certain recul (les crocodiles sont évidemment symboliques et permettent aux dessins de ne pas verser dans la complaisance ou le racolage).

L'auteur évoque également la honte, la peur, la gêne que peuvent ressentir les victimes de certains faits graves ou anodins en apparence mais qui, répétés, peuvent sérieusement impacter celle qui les vit.
Mieux encore, l'auteur, dans un souci didactique, propose même quelques conseils concernant le comportement à adopter en cas de problème.
Il semble donc qu'en aucun cas Les Crocodiles ne soit une BD "immorale", au contraire, à moins de penser que la moralité aille se nicher du côté des types violents (dans leurs actes ou leurs propos). 

Il existe une grande différence entre le fait de dénoncer des faits immoraux et faire preuve soi-même d'un manque de morale en s'en servant à des fins discutables. Ici l'artiste prend le parti du plus faible, de celles dont la tranquillité, la dignité et même la vie sont malmenées par des crocodiles à l'appétit féroce et à la compassion inexistante.

Alors, oui, c'est glauque, parfois difficile à voir ou imaginer, mais le papier qui ici dénonce a l'immense avantage, lui, de ne pas blesser. Il soutient au contraire, amène à s'interroger, à rompre l'isolement de certaines, et défend l'idée qu'un mauvais comportement n'est jamais une fatalité, encore moins quelque chose qui doit nous amener à détourner les yeux.

Mais la bonne ville de Toulouse n'a peut-être aucun problème de harcèlement... en tout cas, mesdames, "rassurez-vous", si vous croisez un crocodile dans ses rues, il ne sera pas en papier. 


Source : Le Lombard






   

22 novembre 2014

Marvel Now : Nova

Du Marvel Now et du cosmique aujourd'hui, avec le premier tome librairie de la nouvelle série Nova.

L'on avait déjà eu une bonne surprise, dans le même registre, avec Les Gardiens de la Galaxie, de Bendis et McNiven. Il semble que le genre cosmique réussisse bien au label Marvel Now (qui est loin de susciter systématiquement l'enthousiasme) puisque ces premiers épisodes de Nova sont globalement plutôt réussis.
Aux commandes, l'on retrouve Jeph Loeb et scénario et Ed McGuinness au dessin, un duo que l'on avait déjà vu à l'œuvre sur l'on-going Incredible Hercules/Hulk (cf. Marvel Heroes #12).
Petit point tout d'abord sur l'histoire.

Sam Alexander est un jeune garçon vivant dans un trou paumé en Arizona. Son père est agent d'entretien dans l'école qu'il fréquente. Malheureusement, il est aussi alcoolique et Sam doit souvent rattraper ses bourdes et couvrir ses absences afin qu'il puisse conserver son job.
Régulièrement, le père de Sam se complaît dans la nostalgie et l'auto-apitoiement. Il parle d'une époque où il était un héros, où il voyageait dans l'immensité de l'espace en compagnie d'une tueuse verte et d'un raton-laveur parlant...
Sam, lui, ne croit pas à ces histoires. Jusqu'au jour où son père disparaît et où deux étranges énergumènes viennent lui ramener son casque. Un casque aux pouvoirs surprenants...
Et si, finalement, son père avait toujours dit vrai ?

Exit donc le Richard Rider dont on avait pu suivre les aventures sous la plume du tandem Abnett/Lanning (dans le mensuel Marvel Universe, qui abrita notamment des sagas telles que War of Kings ou Annihilation : Conquest) et place à Sam Alexander.
Le récit est très classique dans sa forme, avec la présentation d'un jeune homme ayant quelques problèmes dans sa vie privée, la découverte, parfois maladroite, des pouvoirs, quelques traits d'humour et de bons gros méchants. Pas de surprise donc, mais une série agréable et véritablement accessible, ce qui est relativement rare pour du Marvel Now.
Niveau guests, on n'échappe pas à Rocket Raccoon, accompagné de... Gamora (pas de Groot pour cette fois). La menace principale de ce premier arc est incarnée par Titus, un ancien collègue du père d'Alexander, recueilli par les Chitauri (une race extraterrestre particulièrement belliqueuse) et équipé de nos jours d'un Annihilateur Ultime (un flingue au look bien pourri mais aux effets dévastateurs).

Tout cela se lit vite et est sympathique, en plus d'être visuellement efficace. On peut regretter cependant que la vie privée de Sam ne soit pas plus développée, tout comme sa période d'apprentissage (il en vient très rapidement à affronter des menaces de haut niveau). On se situe ici à mi-chemin entre le Loeb génial (de Superman : For All Seasons, Spider-Man : Blue, Batman : The Long Halloween ou même Witching Hour) et le Loeb désastreux (Hulk, Wolverine...). Autrement dit, il se révèle brillant lorsqu'il prend le temps de développer des récits construits et émouvants, mais il lui arrive de se planter complètement lorsqu'il tente de faire du "fun" et de l'action pure (qui nécessitent autant de travail et d'habileté narrative pour fonctionner). Cette fois, ce serait donc a priori du fun/action pas dégueulasse. 
A voir sur le long terme.
Notons que l''ouvrage est complété par quelques croquis et crayonnés. 

Pas de quoi crier au génie mais c'est assez agréable à lire tout de même.

+ accessible
+ graphiquement soigné
+ un nouveau Nova plutôt charismatique
- certaines étapes essentielles sont tout de même vite expédiées





20 novembre 2014

10ème saison UMAC : premières infos sur le concours (et Ligne Editoriale)

Quelques infos sur le concours qui sera bientôt organisé à l'occasion du lancement de la dixième saison de UMAC.

Pour marquer le coup (le lancement d'une dixième saison de chroniques, ça se fête !) et remercier nos lecteurs, nous allons nous transformer en Pôpas et Miss Noël dans très peu de temps.

En effet, nous allons organiser un concours, très simple, qui se déroulera du 20 décembre 2014 au 20 janvier 2015.
Ce concours comportera des lots d'une valeur totale de 450 euros.
Et je peux vous assurer que nos partenaires, Urban Comics et Hisler BD Bis, n'ont pas fait les fonds de tiroir !

En effet, chaque lot thématique (il y en aura quatre en tout) sera basé sur un auteur mais aussi sur des œuvres qui ont reçu un bon accueil critique sur UMAC.
Nous vous proposerons donc de remporter des comics qui nous ont touchés et correspondent à la ligne éditoriale de ce blog [1].

Alors, on va garder des éléments de surprise pour le lancement officiel du concours, dans un mois, mais je ne résiste pas au plaisir de vous dévoiler le premier de ces quatre lots, basé sur Brian K. Vaughan.
Au menu du lot n°1 :
- l'intégrale de Y, le Dernier Homme, soit cinq Deluxe
- les trois premiers tomes de Saga
- et l'excellent Les Seigneurs de Bagdad, coup de cœur UMAC en mars 2012

Ce n'est qu'une très petite partie de ce que nous allons vous dévoiler très bientôt mais j'espère que cela vous donne déjà envie ! ;o)

Guns & Apple Pie !


[1] Ligne éditoriale que nous résumerons rapidement par ce sympathique aphorisme, "des neurones, des couilles et zéro pub", mais que je vais aussi tenter d'expliciter plus longuement pour ceux que cela intéressent.
L'aspect "neurones" ne signifie nullement que nous nous prétendons plus intelligents que les autres (encore que... ;o)) mais que les chroniques sont basées, autant que faire se peut, sur des arguments concrets, et donc une analyse de l'œuvre, et non un "j'aime/j'aime pas" ou une vague inclination personnelle.
L'aspect "couilles" provient du fait qu'il faut un certain courage, je le pense, pour critiquer honnêtement les travaux de gens que l'on est parfois amené à côtoyer, voire à apprécier. C'est facile de recopier une quatrième de couverture et de dire "c'est génial, super, allez-y, achetez-le !". C'est facile mais cela ne sert personne à long terme. Ni le lecteur, floué, ni l'éditeur, encouragé dans une démarche malsaine, ni l'artiste, recouvert de fausses louanges, ni même l'auteur de la "critique", trop fade pour être honnête.
Parfois, cette exigence qui est la mienne fait qu'il m'arrive sans doute de blesser des gens. Ce n'est pourtant pas le but, et ce n'est heureusement pas la réaction de la majorité des auteurs ou éditeurs avec qui j'ai pu deviser. D'autres, moins sages, moins compétents aussi peut-être, trépignent dans leur coin et usent de l'invective et de la médisance pour panser des plaies pourtant liées à leurs lacunes, pour ne pas dire pour certains à leur impéritie.
Enfin, l'aspect "zéro pub" s'explique un peu de lui-même. Pas de fenêtres qui s'affichent et autres machins intempestifs, pas non plus de système de commission pour des ouvrages chroniqués (il existe des systèmes de rétribution pour les sites qui vous "guident" vers certains liens commerciaux), pas non plus de "news" brutes, sans savoir de quoi l'on parle et avoir lu les ouvrages chroniqués.
Tout cela exige un certain investissement personnel, en temps, en énergie. Une certaine abnégation parfois aussi, lorsqu'ils faut passer outre les injures et jugements de poltrons bien planqués derrière des écrans qui leur donnent un courage virtuel inversement proportionnel à celui dont ils font montre dans la vraie vie, lorsqu'ils rasent les murs et baissent le regard.
Mais tout cela donne lieu aussi à de belles rencontres, de bons moments. Et cela engendre aussi parfois cette satisfaction, subtile mais nécessaire, qui survient lorsque l'on est persuadé, au bout d'un texte, qui a parfois nécessité un long travail, d'avoir dit non "LA" vérité, mais quelque chose de sensé, honnête et bien souvent vérifiable.
Cette quête, cette "intégrité" dont même certains journalistes se gaussent, en fera peut-être rire certains. Pour moi, en tant que lecteur et auteur, elle est essentielle.
Le Papier m'a trop donné pour que je puisse le considérer à la légère. Les pages, que je les noircisse ou que je les tourne, sont mon domaine, mon Camaaloth. Je ne défends pas ces terres avec l'aveuglement du prêtre, ni même avec l'habileté ou la hargne du soldat, mais avec la reconnaissance émue du paysan, du pur redneck, dont l'existence est parfois transcendée par cet art, si ancien et si vital, qui consiste à conter.
Oh, il y a des métiers plus nobles que celui de Conteur. Médecin par exemple. Mais il n'y en a pas de plus anciens (non, même pas celui auquel vous pensez). Car les hommes ont, de tout temps, éprouvé le besoin de raconter et écouter des récits. Pour calmer leurs angoisses, leurs peines. Pour partager leur joie. Pour dénoncer des injustices. Pour déclarer leur amour. Et aussi pour expérimenter. Pour vivre par procuration des milliers de vie. Et ainsi savourer la vengeance d'un Hamlet, admirer le sens du devoir d'une Bérénice, trembler pour un Winston Smith découvrant l'amour, mais aussi trépigner de joie quand un Neo vient à bout des Agents de la Matrice, s'arracher les cheveux quand un Parker sacrifie Mary Jane devant un Méphisto hilare, ou frissonner de plaisir devant la maestria d'un Lupin, sous la plume de Leblanc.
Que de magie essentielle nous avons là !
Un peu d'encre, quelques symboles sur du papier, et nous voilà fascinés, modifiés à jamais.
Mais, comme dans tout domaine, nous avons les artisans véritables de la magie et les viandards.
Préférer Parker à Bérénice, c'est une question de goût, d'inclination personnelle. Cela, jamais je ne le jugerai. L'on a forcément "raison" d'aimer ce que l'on aime, puisqu'il s'agit d'une émotion éprouvée et non d'un choix logique. Mais l'encre a aussi sa technique, ses impératifs, ses codes. Et même si ces derniers peuvent être parfois contournés pour une raison précise, ils ne peuvent être mis de côté par ignorance ou négligence.
Tout n'est pas question de goût. Avoir des roues carrées, c'est idiot si l'on veut qu'un véhicule soit performant. Cela peut encore s'admettre si un jour un constructeur/auteur veut explorer le sujet, et délirer sur le thème des roues carrées, mais il y a une grande différence entre se fixer soi-même des contraintes (comme Perec dans La Disparition : une performance technique énorme) et se retrouver avec des roues carrées tout simplement parce que l'on est incapable de les faire rondes.
Combien d'amateurs (ou de professionnels parfois) crient et se vantent, sur le net ou les quatrièmes de couverture, d'une performance énorme, de records de vitesse, alors qu'ils se présentent au final, dans les rayons des librairies, avec des roues carrées ?
Si vous faites aussi cette distinction, entre Perec et un trou du cul, alors nous risquons de nous entendre. Car c'est tout le but de ce lieu.
Nous n'applaudissons pas avec les élites, pas plus que nous ne hurlons avec les hyènes lorsqu'une cible est désignée à la plèbe. Cette Pop Culture que nous défendons, qui nous passionne, nous n'hésitons pas aussi à en dénoncer les dérives. Parce que le talent, tout comme la médiocrité, n'ont ni âge, ni caste, ni medium de prédilection. Ils se faufilent partout. Et voilà peut-être la seule frontière artistique admise sur UMAC : celle qui sépare ce qui est travaillé de ce qui a été chié à la va-vite, sur un coin de table.
C'était un peu long pour expliquer une ligne éditoriale ? Certes, mais je ne le fais que tous les 10 ans. ;o)

  



19 novembre 2014

Velvet tome 1 : Avant le crépuscule

Ben tiens, ça faisait un moment que je n'avais pas tenté une nouveauté en comic book. Comme toujours, vu que cette fois mon fournisseur d'infos préféré (le blog  dans lequel vous lisez cet article, justement) ne l'avait pas mentionné, ne restaient que mon flair pas légendaire, les éventuels conseils de mon libraire... qui était absent et ce que je pouvais glaner sur la couverture.

Voyons donc : Epting/Brubaker, rien moins que le duo de choc qui s'est un long moment occupé de Captain America pour Marvel, dans des épisodes très sombres lorgnant du côté du film noir et des romans d'espionnage. Or Brubaker, c'est aussi le gars qui a décroché 3 fois l'Eisner Award du meilleur scénariste pour Criminal et Fatale, deux séries que je ne connais pas mais qui deviennent tout à coup fort intéressantes - et sans doute davantage Sleeper que Neault estime supérieur à Criminal. Evidemment, le gage de qualité que peut représenter ce genre de récompense est tout relatif, mais j'avoue que, malgré le fait que je n'étais pas vraiment amateur des graphismes propres à Steve Epting, le run des deux compères sur Captain America à l'époque de Civil War (publié à l'époque dans les fascicules Marvel Icons) avait relancé mon intérêt pour le personnage.

Avec Velvet, très vite, on retrouve l'ambiance particulière des récits précités. L'apparence un peu rétro des dessins d'Epting se marie parfaitement à la colorisation chaude et ombrée d'Elizabeth Breitweiser qui semble écraser les événements sous une chape de pénombre envahissante avalant les détails, au sein d'une atmosphère ouatée, feutrée et cynique propre aux complots, aux assassinats et aux relations secrètes. Le récit joue avec la perception du temps et, tout en tâchant de démêler le vrai du faux dans l'assassinat du plus grand agent secret en service (ligne temporelle contemporaine : Paris 1973), Velvet Templeton, assistante du Directeur d'une agence britannique ultra-secrète, nous entraînera par le récit imbriqué de ses souvenirs (ses liaisons, ses missions) dans autant d'endroits exotiques qu'un James Bond de bonne facture. Ainsi, tout en découvrant la face cachée de ce singulier personnage, fascinante brune au visage grave dont les caractéristiques rappelleront éventuellement aux connaisseurs celles de Valentina De Fontaine, l'amante de Nick Fury, le lecteur tentera d'assembler les morceaux épars d'une vérité encore fuyante impliquant agences rivales et gouvernements étrangers dans un monde encore aux proies de la Guerre froide.


En usant habilement des codes des films d'espionnage (guns & babes) mais en les enrobant dans une étoffe de film noir, Epting parvient à concocter un suspense assez prenant malgré la complexité liée à la multiplication des lieux et des personnes : le mystère est dissimulé sous une bonne dose de complots et de trahisons et les enquêteurs finissent par enquêter sur ceux qui enquêtaient. Dans ce monde d'espions à la réalité altérée, tout le monde se méfie de tout le monde et la paranoïa chronique semble être la meilleure parade, bien que temporaire.
Parfois, le pire que l'on puisse faire à un espion, est de lui dire la vérité.

Sulfureuse et mortelle, utilisant le secret comme une arme à double tranchant, Velvet irradie sa vénéneuse présence dans chaque page de cet album agréable, dans une édition particulièrement soignée. De l'action, du suspense et l'atout charme indispensable sont de mise dans un emballage élégant et volontairement daté tamisant le clinquant des soirées mondaines monégasques et des lunes de miel aux Bahamas. Sans être révolutionnaire ni abscons, c'est suffisamment accrocheur pour qu'on attende la suite avec une certaine impatience.

15 novembre 2014

Avengers : le dernier Instant Blanc

Suite de la nouvelle série Avengers issue de la gamme Marvel Now.

L'on avait évoqué les premiers épisodes de la série dans cette chronique, en revenant sur les particularités narratives propres au scénariste, Jonathan Hickman. J'étais plutôt réservé à l'époque, je le suis encore plus aujourd'hui, non seulement en ce qui concerne le récit en lui-même mais aussi par rapport au vent de fraîcheur censé être apporté par Marvel Now et qui, décidément, s'avère totalement illusoire.
Voyons tout de suite un peu de quoi il est question.

L'histoire commence plutôt bien, avec une sorte d'incident cosmique spectaculaire qui impacte de nombreux univers parallèles, dont la Terre 616, abritant le marvelverse classique.
Très bientôt, un "Instant Blanc" a lieu. Il s'agit d'un évènement cosmique survenant quand un monde évolue de manière significative. Cet Instant Blanc a notamment pour but de désigner des champions en les investissant de quelques pouvoirs pas dégueulasses. 
Malheureusement, quelque chose s'est mal passé cette fois. Un seul être, un simple étudiant, a bénéficié de cette transformation, qui a occasionné de nombreuses victimes. Bien entendu, les Vengeurs se rendent sur place...

Niveau dessin, rien à dire, Dustin Weaver et Mike Deodato livrent des planches soignées et jolies. Le casting est plutôt alléchant, on a droit aux têtes d'affiche habituelles (Iron Man, Cap, Thor, Hulk...) plus quelques guests sympathiques, dont notamment Omega Flight. 
Et Hickman fait preuve d'une maîtrise évidente dans les premières planches. Par exemple, pour présenter le gamin lambda qui va par hasard endosser le rôle de Starbrand (une sorte de système de défense à l'échelle planétaire), il utilise quatre scènes en apparence sans liens les unes avec les autres. L'on voit un couple d'amoureux discuter sur un banc, un type faisant la queue à la cantine ou encore un échange dans un amphithéâtre. Lorsque le jeune homme possédant l'incroyable pouvoir est enfin dévoilé, il est censé être dangereux parce qu'il a été toute sa vie transparent. Et l'on revoit alors à ce moment des extraits des scènes précédentes, où effectivement il apparaissait sans que l'on ne le remarque.
Ce n'est pas une petite coquetterie d'auteur, c'est extrêmement intelligent car cela oblige le lecteur à adhérer au propos grâce à une démonstration imparable : dire que le personnage est transparent n'est plus une affirmation gratuite mais un fait qui ne peut qu'être admis puisqu'il a échappé à notre attention alors qu'il a toujours été là.

Malheureusement, Hickman retombe ensuite dans ses travers, à savoir une intrigue si décousue, avec tant d'éléments disparates, qu'elle en devient pratiquement incompréhensible. Et là, on est dans la coquetterie d'auteur, du genre "je fais un truc très complexe, sur le long terme, il faut attendre pour avoir les réponses". Et ça ne fonctionne pas. 
Que l'on puisse développer une intrigue qui révèle sa richesse sur la longueur, très bien, c'est même une excellente chose, mais en aucun cas cela n'oblige à rendre les premiers épisodes abscons. Cette impression est encore renforcée par le grand nombre de personnages et leur interchangeabilité. Ils sont tous ultra-lisses, sans personnalité propre, certains (comme Carol Danvers) ne sont reconnaissables que parce qu'on prend soin de les nommer, et l'action noie tout dans un rythme effréné et lassant. Même les dialogues entre les différents protagonistes ne servent qu'à délivrer des informations au lecteur, il n'y a jamais d'échange véritable qui pourrait donner un peu d'épaisseur aux personnages.

Et surtout, pour un reboot, quel intérêt de se baser sur quelque chose d'aussi complexe et ultra-référentiel ? Marvel Now est censé attirer de nouveaux lecteurs, le but de la manœuvre, en relançant la série, consiste donc à repartir sur de nouvelles bases. Peut-être pas en flanquant toute la continuité à la poubelle, mais au moins en s'assurant que tout est compréhensible par un néophyte. Or là, c'est très exactement l'inverse. La flopée de personnages secondaires est ahurissante, on fait référence à l'AIM sans réellement expliquer ce que c'est, on a droit à l'énigmatique concept de Captain Universe (basé sur la Force Enigma) qui ne parlera qu'aux plus anciens, et je ne parle même pas du fameux Instant Blanc, qui fait référence à un très ancien univers parallèle Marvel, relancé il y a quelques années par Warren Ellis (cf. New Universal). 
Il est paradoxal de constater que les éditeurs mainstream, qui souhaitent tellement apparemment "faire du neuf", continuent à se baser systématiquement sur d'anciens concepts, particulièrement ardus à appréhender de surcroit. Si ce n'est pas là une maladresse éditoriale (déjà présente dans All-New X-Men), ça y ressemble fortement.

Niveau VF, c'est très correct. Quelques explications en intro. On a droit également en bonus aux covers, à quelques études de persos et à des comparatifs crayonnés/pages encrées. 

Une série possédant des qualités mais engoncée dans une approche narrative contestable.

+ de belles planches
+ le gratin du marvelverse est présent
+ Hickman peut parfois avoir du génie sur une scène précise...
- mais se révèle maladroit en sacrifiant la cohésion de chaque épisode au profit d'un but lointain
- personnages totalement lisses
- pourquoi rebooter si le reboot est bourré de tonnes de références au passé ?





13 novembre 2014

Magic Pen : très peu de magie et beaucoup de peine

J'aurais tellement aimé que Magic Pen soit un chef-d'œuvre... déjà parce que j'aurais passé un bon moment en le lisant, et puis il ne faut pas croire, écrire une chronique qui descend le travail (enfin... appelons ça comme ça par convention) d'un auteur, ce n'est jamais agréable. 

Comment je me suis retrouvé avec 25 euros en moins et ce truc sous le bras ? Eh bien, il s'agit d'un concours de circonstances. Je suis tombé dans le piège tendu par la quatrième de couverture (sur laquelle Thompson et McCloud vantent les mérites de Magic Pen) et j'ai joué de malchance en feuilletant l'ouvrage.

Je vais vous raconter ça en détail, vous verrez que c'est la partie la plus intéressante de Magic Pen : comment on en vient à l'acheter.
Pour ma part, dès que quelqu'un pose un attrape-nigaud quelque part, j'aime bien répondre présent. 
- Bonjour, je suis un nigaud, que me conseillez-vous aujourd'hui ?
- Magic Pen !
- Ah ? C'est bien ? 
- Ben oui c'est bien, c'est Scott McCloud et Craig Thompson qui le disent. Heu... ça fera 25 euros s'il vous plait.
- Ah oui, quand même...
- Ben oui mais c'est épais. Et Intelligent.
Et là, je me dis "attends, on ne va pas me la faire à l'envers, je vais feuilleter histoire de voir si ça a l'air bien foutu". Je feuillette donc, je m'arrête au hasard et je lis un passage où une nana s'interroge sur la responsabilité morale que l'on peut ou non éprouver devant un fantasme. Et je me dis "tiens, oui, c'est pas con comme question".
Voilà comment j'ai perdu mes 25 euros. A cause de McCloud, Thompson et du hasard qui m'a fait tomber sur la mauvaise page.

Parce qu'en réalité, de questionnement philosophique intéressant, brillamment mis en scène, il n'est point question dans cet ouvrage de Dylan Horrocks. Mais voyons déjà au moins en gros comment tout cela démarre.
Sam Zabel (ça sent tellement l'autofiction nombriliste que l'on se demande pourquoi l'auteur ne se met pas lui-même en scène) est un auteur de comics (comme Horrocks) qui a connu un succès d'estime avec Pickel, un comic underground (comme Horrocks), et se morfond parce qu'il est maintenant obligé de bosser sur des séries mainstream (comme Horrocks, à la différence que Zabel scénarise Lady Night alors que Horrocks, lui, a travaillé sur Batgirl). 
Eh oui, c'est dur la vie, être obligé de bosser sur des séries qui se vendent... salauds d'éditeurs ! On comprend la déprime de l'ââârtiste.

Alors, une fois qu'il a terminé de pleurnicher sur son blocage [1], on se dit qu'il va commencer à les balancer ses trucs intelligents, il va nous en mettre plein la vue, nous surprendre, nous faire tomber les poils du cul de surprise... sauf que non.
En réalité, en plus d'une histoire ennuyeuse au possible, à base de voyage dans les univers de certaines BD, Horrocks va se contenter de survoler des sujets (la fameuse interrogation morale sur le fantasme, dont il ne fera rien, ce qui n'est pas beaucoup) ou d'enfoncer des portes ouvertes (le traitement des personnages féminins dans les comics). Il manie d'ailleurs le vide avec une jubilation évidente, en balançant ses banalités connues de tous comme s'il venait de découvrir la Théorie des Cordes. 

Niveau dessin... c'est très simpliste. Et cela pourrait tout à fait passer si justement le propos était à la hauteur, mais là, vu le néant dudit propos, bah... c'est un peu comme un sandwich à rien, si en plus le pain est rassis, est-ce que ça vaut bien le coût de se mettre ça dans l'estomac ?
Ce n'est pas moche, encore une fois c'est un style, pourquoi pas, mais c'est tellement snobinard dans la forme ("il ne faut surtout pas que des abrutis achètent ma BD à cause des dessins !!") que ça en devient triste. On n'est pas encore au niveau d'un Spiegelman [2], m'enfin, on sent que l'on n'est pas passé loin du noir et blanc, histoire de faire encore plus "intelligent". 

Pour être honnête, tout n'est pas à jeter, il y a bien quelques scènes qui font penser que, en travaillant beaucoup, l'auteur aurait pu aboutir à quelque chose de réellement passionnant, ou en tout cas quelque chose de moins amateur. Malheureusement, je ne sais quel éditeur s'est dit, chez Fantagraphics Books, qu'il avait devant lui une merveille. Et les mecs chez Casterman (qui pourtant nous sortent parfois de véritables pépites, comme Asterios Polyp) ont dû tomber dans le même attrape-nigaud que moi. 
Bien sûr, être adoubé par les auteurs d'œuvres aussi intelligentes et/ou émouvantes que Blankets et Understanding Comics, cela permet forcément d'impressionner un peu. Malheureusement, parvenir à être vendu sur une fausse promesse, avec des pages qui ne sont pas à la hauteur, est probablement ce qui peut arriver de pire à un auteur. Car si l'on peut facilement pardonner une maladresse lorsque l'on est attiré par une présentation honnête et mesurée, il est plus difficile d'oublier les combines de marchands de tapis et la prétention infondée. Ceux que la thématique intéressaient pourront se tourner, avec plus de bonheur, vers The Unwritten par exemple, bien plus soigné et bien mieux pensé.

Cela ne mérite pas d'être lu mais, surtout, ça n'aurait même pas dû être publié.

- réflexion inexistante
- accumulation de banalités 
- thèmes intéressants uniquement évoqués et vite gâchés
- aspect graphique peu engageant





[1] Voilà bien un syndrome complètement inventé que celui de la "page blanche", censée terroriser les pauvres auteurs en panne d'inspiration. Les mêmes idées reçues semblent avoir cours en Nouvelle-Zélande qu'en France, où le public pense qu'un auteur est forcément relié (on ne sait pas trop comment, ça doit être une sorte de tuyau placé plus ou moins au niveau de la tronche) à une sorte d'entité divine ou de principe supérieur lui délivrant des histoires "clés en main" dès le réveil.
En réalité, l'inspiration c'est aussi du travail. C'est sûr, c'est moins sexy, mais ça permet d'éviter les "pannes". 
[2] Je répète souvent que Maus est la BD préférée de ceux qui n'aiment pas la BD, tout simplement parce que c'est certes une belle histoire, mais pas une bonne BD. L'on pouvait faire aussi bien (et même mieux) en nouvelles ou en roman, du coup, pourquoi nous imposer ces immondes gribouillis si cela n'apporte rien au récit ? Je précise que je ne parle en aucun cas d'inclination esthétique, ce qui n'aurait aucun sens (cf. cette chronique sur le sujet).




11 novembre 2014

Atari, comics et vidéos : Rétro Phil

Aujourd'hui, on parle comics et vieux jeux vidéo. Ou plutôt, on parle de quelqu'un qui parle de comics et de vieux jeux vidéo.

Bon alors j'en vois déjà venir râler en me disant "ouais, t'as soi-disant plus le temps de faire autant de chroniques comics qu'à la grande période, mais par contre, mater des conneries sur youtube, ça t'y arrives !".
Eh bien non, ça n'a rien à voir. En fait, je profitais de ce jour férié, célébrant l'armistice, pour faire quelques recherches historiques. Sur Samantha Fox, que je classe dans la rubrique Histoire, parfaitement. Et un lien en entrainant un autre, je suis tombé sur la chaîne de Rétro Phil.

Je préfère immédiatement dissiper toute ambiguïté, ce n'est pas mon petit frère, mon voisin ou quelqu'un qui m'a payé pour que je lui fasse de la pub (par contre je vois qu'il a un Goldorak encore emballé... et comme c'est bientôt Noël...), non, je ne le connais absolument pas, mais vu qu'il m'a fait perdre une bonne partie de l'après-midi, je me suis dit que j'allais me venger sur vous en vous obligeant, vous aussi, à regarder ce qu'il fait.
D'autant que c'est plutôt bien. Et drôle.

Rétro Phil aborde essentiellement les vieux jeux, et plus précisément les vieux jeux Atari !
Là, deux solutions, ou vous êtes trop jeunes pour avoir eu un Atari, et vous pouvez toujours allez vous marrer en voyant la gueule des trucs qui nous faisaient à l'époque rater nos études (devoirs/jeux, le choix était cornélien... non, je déconne, il était très facile), soit vous êtes tout comme moi sage et expérimenté, ce qui vous permettra de redécouvrir avec nostalgie certains classiques.
Test de 1943. Un shoot, pas un shmup !
Niveau qualité d'image, les dernières vidéos sont en HD, donc c'est propre. Quant à Phil, il est très à l'aise, fait souvent preuve d'humour et a la bonne idée d'intégrer parfois ses galères aux chroniques (cf. la version 0 de la vidéo sur Stunt Car Racer), comme lorsqu'il essaie de jouer avec une manette... débranchée (ouais ben, vous verrez quand vous aurez son âge).

Petite anecdote personnelle, j'ai redécouvert grâce à la vidéo sur Crazy Cars III un générique que j'avais complètement oublié. Celui de SuperBug !! C'est fou parce que je ne me rappelle plus du tout de la série, mais le générique m'est revenu en une seconde dès les premières notes. Et ça fait très bizarre, parce qu'il ne s'agit pas d'un truc ancien auquel vous pensez de temps en temps avec nostalgie, mais bien d'un machin profondément enfoui dans les douves de votre mémoire, dans un coffre recouvert de poussière et qui n'était pas destiné à être réouvert un jour... bon, on va pas chialer pour autant, parce qu'on est des bonshommes, mais ce retour subi et subit vers l'enfance à de quoi ébranler même les plus solides !

Revenons au sujet. En plus des jeux Atari, le bougre parle aussi de comics. Là encore souvent avec humour, comme dans cette vidéo sur Transmetropolitan, avec une première partie parodique hilarante (heu... ça me rappelle étrangement quelqu'un qui, lui, fait le même genre de trucs au premier degré). 
Parfois, ça pique un peu les yeux.
Parfois aussi, il s'attaque aux comics par le biais de thèmes auxquels on n'aurait pas pensé de prime abord, comme... le viol et les abus sexuels. Heu... oui, je sais, dit comme ça, on a l'impression que c'est Morandini qui s'est mis à parler de comics, mais je vous assure, c'est bien foutu, avec des exemples Marvel et DC pertinents, des illustrations, des vannes et tout ce qu'il faut pour désamorcer un sujet qui aurait pu s'avérer scabreux.

Voilà, si vous avez envie d'en savoir plus, n'hésitez pas à aller faire un tour sur la chaîne youtube de Rétro Phil.
Beaucoup de gens se lancent dans ce genre de chroniques filmées, en faisant souvent n'importe quoi d'ailleurs, car les vidéos, c'est comme tout, cela nécessite un minimum de technique. Et pas uniquement liée au montage. Alors, quand parfois on tombe sur un vrai bon truc, divertissant et agréable, ce n'est jamais - contrairement à ce que j'insinuais en plaisantant au début de cette chronique - une perte de temps. Divertir autrui est un art complexe que peu de gens maîtrisent. Il ne suffit pas de se filmer devant une grosse licence des années 80 pour intéresser les gens. Il faut ce petit truc en plus, que ce brave Phil me semble avoir, et qui permet au net d'avoir cette folie, ce courage, cette intelligence qui fait tant défaut aux dinosaures télévisuels.

Un seul bémol cependant : non, l'Atari n'est pas la meilleure machine de tous les temps. Pas plus que l'Amiga d'ailleurs.
Aaaaaaamstraaaaaaad !! (à écrire comme ça, ça rend pas bien, mais quand je le gueule, à la William Wallace, ça fait son petit effet quand même)




09 novembre 2014

Sélections UMAC : 5 séries cultes, à voir ou revoir

Une petite sélection de séries TV excellentes mais aussi très différentes : polar, western, SF ou comédie, il y en aura - pratiquement - pour tous les goûts [1].

The Shield

Difficile de passer à côté de cette série coup de poing qui a donné un énorme coup de vieux aux classiques enquêtes bouclées en un épisode. Ici, l'on suit en réalité, tout au long des sept saisons, Vic Mackey et son équipe, la Strike Team. Les flics qui la composent luttent contre les pires gangs de Los Angeles et ont fréquemment recours à des méthodes limites. Entraînés dans une spirale dramatique, ils vont devoir faire face à la mafia, aux Affaires Internes et à certains politiciens.

Si Michael Chiklis est exceptionnel et joue un policier hors norme, bon nombre d'autres personnages sont parfaitement campés, de Shane Vandrell à David Aceveda, en pensant par Dutch Wagenbach. A part une saison 4 un peu en-dessous (mais tout à fait regardable), la série aligne scènes choc et cliffhangers à un rythme incroyable.
Les protagonistes sont loin d'être caricaturaux et possèdent parfois des facettes contradictoires. Dutch par exemple, qui fait office de "gentil", peut aussi être parfois très inquiétant. 

La bande son est parfaitement choisie. La fin de la saison 2 notamment, sur Overcome de Live, est une pure merveille (l'on ne sait si la musique magnifie le jeu des acteurs ou si ce sont eux qui, sans un mot, parviennent à atteindre une telle puissance émotionnelle).

Il fallait une fin tragique à la hauteur des personnages, c'est ce qu'offre une septième saison aussi belle que désespérée. 
La série est certes dure, violente, mais d'une qualité d'écriture rarissime. L'intégrale est disponible en DVD, l'édition collector contenant de nombreux bonus (commentaires audio, scènes inédites...).


Kaamelott

Dans un genre très différent, la série d'Alexandre Astier s'impose comme LA grande réussite télévisuelle française (en même temps, il n'y a pratiquement aucune concurrence tant le reste de la production franchouillarde est majoritairement poussif et mal foutu) [2].

Outre l'humour de la série, apporté notamment par le décalage entre l'époque et des dialogues modernes, l'on peut noter une évolution particulièrement audacieuse et intelligente, Astier parvenant non seulement à changer de format (on passe de "pastilles" de quelques minutes à de longs épisodes de 50 minutes) et de ton (les saisons 5 et 6 notamment apportent un aspect dramatique qui renforce encore l'attachement que l'on peut éprouver pour les personnages).

Il faut insister sur le travail énorme d'Astier qui signe le scénario et la musique, réalise, s'occupe du montage et joue le rôle principal [3]. Une collection de BD a également vu le jour, celle-ci présente des aventures inédites, contemporaines du Livre I de la série TV. 

Reste la suite, que l'on attend encore et qui parait de plus en plus compromise malgré les déclarations du principal intéressé. Les "négociations" qui semblent nécessaires pour qu'il ait une liberté éditoriale complète n'ont toujours pas abouti et, pire, l'auteur parle maintenant d'autres difficultés, comme celle de trouver une date de tournage (si celui-ci avait lieu !) qui s'accorde avec les autres projets qu'il a en cours. 
Si on lit entre les lignes, ça ne sent pas très bon [4]


Deadwood

Nous sommes loin ici du western propret à la John Wayne, avec de bons sentiments et des chemises impeccables. 
La série conte l'histoire de pionniers, fraîchement débarqués dans Deadwood, un bled paumé qui connaît un regain d'activité depuis que de l'or a été trouvé dans les Black Hills.

La série mélange habilement fiction et faits historiques, de nombreux personnages principaux ont d'ailleurs réellement existés : Seth Bullock, Calamity Jane ou encore Wild Bill Hickok. L'essentiel de l'intrigue tourne autour de l'affrontement entre Bullock, nommé shérif et prenant son rôle très au sérieux, et Swearengen, patron de saloon et proxénète usant de méthodes assez peu recommandables, incluant la corruption, pour protéger son influence sur la ville.

Là encore l'écriture se révèle subtile, même Swearengen échappant au rôle du "parfait méchant" en devenant, peu à peu, sinon sympathique du moins plus humain. 
Malheureusement, le coût élevé de la série aurait apparemment précipité sa fin au bout de trois saisons. HBO a un temps parlé d'une conclusion sous la forme d'une mini-saison de six épisodes, puis de deux téléfilms, mais à ce jour, rien ne s'est fait (et rien ne se fera, vraisemblablement).

La fin est d'autant plus amère qu'elle n'était nullement prévue ainsi par David Milch, mais elle s'accorde plutôt avec le ton de la série, sombre et désenchanté.


Seinfeld

L'on retrouve une ambiance plus gaie avec tout simplement la plus grande sitcom de tous les temps, Seinfeld.

Les décors et les fringues ont un peu vieilli avec le temps, mais les répliques et situations sont toujours aussi excellentes. L'on suit ici l'humoriste Jerry Seinfeld dans sa vie de tous les jours, entouré de proches (son meilleur ami George, son ex Elaine et son voisin Kramer).
Le point de départ de la série est assez dingue, pour ne pas dire "couillu", puisqu'elle ne parle de... rien [5]. Du moins, rien de précis, car en réalité, la moindre petite situation quotidienne peut donner lieu à une discussion surréaliste et hilarante, que ce soit un simple diner, un message sur un répondeur ou la réparation d'un véhicule. 

L'on pourrait penser d'ailleurs que certains faits sont un peu "exagérés" mais, comme on peut l'apprendre dans les bonus des DVD, les pires situations sont en réalité tirées de faits réels, vécus par Seinfeld ou son compère d'écriture, Larry David [6]. Même Kramer, le personnage le plus taré du groupe, aux idées farfelues, existe bel et bien. Il a d'ailleurs un temps insisté pour interpréter son propre rôle et, après un refus, a même contacté NBC pour être payé pour l'utilisation de son nom.

L'un des points essentiels qui font de Seinfeld une série humoristique à part, c'est sans doute son absence de morale ou de moments "émouvants", ce qui lui donne un ton très politiquement incorrect.
Par contre, il est impératif de la regarder en VO, le doublage, en plus d'être truffé d'approximations, repose en effet sur des voix et un jeu d'acteur d'une médiocrité absolue, ce qui enlève tout son charme à la série. 


Real Humans

Une série plus récente, qui n'est pas américaine mais suédoise, ce qui prouve qu'il n'y a pas que les anglais qui peuvent faire des séries de qualité en Europe [7].

L'histoire se déroule de nos jours, dans une Suède alternative où l'usage d'androïdes très sophistiqués, appelé hubots (contraction de "humain" et "robot"), est devenu monnaie courante.
Les hubots servent d'ouvriers ou de femmes de ménage mais aussi d'objets sexuels, grâce à des programmes "pirates" permettant de les détourner de leurs fonctions premières.
Alors que certains humains commencent à songer à des actions violentes contre les hubots, une partie d'entre eux semblent commencer à éprouver des sentiments...

La série, dont les deux saisons actuelles ont été diffusées sur Arte, est une réussite exemplaire sur tous les points. Elle pose avec intelligence des problèmes moraux et philosophiques épineux et s'attarde sur le destin de personnages touchés par ce bouleversement social que constitue l'arrivée massive des hubots. 
L'histoire relève à la fois du drame, de la SF et de l'intrigue policière. Le tout avec ce côté dépaysant que peuvent avoir des décors suédois, plutôt inhabituels sur nos écrans.

Si la série a connu un succès d'audience relatif en France (pour Arte en tout cas, ce serait considéré comme un échec sur TF1), elle reste probablement la plus confidentielle de cette sélection. Et en est d'autant plus conseillée !




[1] J'ai volontairement laissé de côté des séries qui, malgré leur qualité, sont plus des adaptations (comme Walking Dead, tirée des comics éponymes, ou Game of Thrones, issue des romans A song of ice and fire).
[2] On se demande en même temps si les gens de télé comprennent vraiment ce qu'ils diffusent, ou même s'ils prennent la peine d'y jeter un œil. Sur Paris Première par exemple, où Kaamelott continue d'être rediffusée, une bande annonce claironne régulièrement que les téléspectateurs vont retrouver "Arthur, le roi le plus déjanté de tous les temps". Or Arthur, justement, n'a rien de "déjanté" dans la série, il est même particulièrement posé, a les pieds sur terre et assume normalement ses responsabilités. 
[3] Il a aussi insisté pour que les coffrets DVD aient la forme qu'on leur connaît, c'est-à-dire un look de vieux grimoires. Au départ, les responsables marketing voulaient un truc clinquant, avec les tronches des acteurs sur la couverture. Astier, à force de persuasion, a réussi à obtenir que le coffret de la saison 1 sorte sous les deux formes. L'essentiel des ventes s'étant effectuées avec les coffrets "livres", les suivants sont restés ainsi. Une nouvelle preuve que, lorsqu'un artiste sait ce qu'il fait, il vaut mieux suivre son avis plutôt que de vagues "spécialistes".
[4] L'on s'était gentiment amusé de cette situation lors de ce poisson d'avril.
[5] Dans la série, l'on voit Jerry vendre son idée de série à NBC, dans une sorte de mise en abîme. Lorsque les producteurs demandent de quoi elle parle, la réponse de George est surprenante et reste culte : "it's about nothing."
[6] Un acteur vint voir un jour Larry en lui disant que sa réplique était injouable, car personne de sensé ne réagirait ainsi dans une telle situation. Larry répondit alors : "Ah ? Pourtant ça m'est arrivé, et c'est exactement ce que j'ai dit."
[7] Difficile en Europe de détrôner les séries anglaises qui comptent dans leurs rangs des productions d'aussi grande qualité que Black Mirror, How not to live your life, Sherlock, Black Adder ou Utopia (dont les épisodes ont été censurés en France malgré le fait qu'ils aient été diffusés sur une chaîne payante). A côté, la grande majorité de la production française semble ridicule et bien frileuse.