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02 août 2013

Stitched : derrière les lignes ennemies



Encore un Garth Ennis, me direz-vous. Et vous avez raison. Le bougre, malgré ses excès et une production un peu trop conséquente pour assurer une qualité continue, parvient chaque fois à me surprendre, me fasciner ou m’interroger. Ses textes mineurs ont systématiquement quelque chose de plus que chez les autres, et je ne parle pas que de la violence, qui demeure sa forme d’expression préférée comme vecteur de problèmes sociaux ou de déviances psychologiques.
La particularité de Stitched ne vient pas du tout de son thème, une sorte de Walking Dead afghan avec des soldats occidentaux, mais de sa genèse puisque l’album que je viens de terminer est en fait l’adaptation d’un court-métrage du même Garth Ennis, le bonhomme ayant décidé de s’attaquer à une autre forme d’expression artistique que le comic-book. Et même si l’aventure a une fin, l’histoire des « Suturés » n’en est qu’à ses débuts : dans ce récit où on suit la survie de deux groupes de militaires dans le désert qui se retrouvent confrontés à des cadavres animés implacables (reconnaissables au fait qu’ils aient chaque orifice naturel recousu – d’où leur surnom), on ne saura pas grand-chose de la manière dont ces êtres sont guidés et quasiment rien de leurs origines, ce qui laisse de la place pour d’autres scénarios.
Dans ce survival horror brutal et sanglant, Ennis ne laisse pas le temps au lecteur de découvrir les protagonistes : pas d’exposition progressive, on entre directement dans le vif du sujet avec le crash d’un hélico de combat « derrière les lignes ennemies ». Parmi les survivants, deux femmes dont une qui n’était à bord qu’à titre d’observatrice et que sa camarade tentera de protéger des horreurs qui se déchaînent autour d’eux. Le renfort d’un second groupe qui leur apporte un peu plus de puissance de feu et de l’expérience permettra quelques dialogues savoureux lors des rares moments de détente entre deux guets-apens, laissant à Ennis le loisir d’évoquer la politique étrangère comme la religion ou surtout la guerre.


La guerre devient ce qu’on en fait.

Sur ce point, malheureusement, on sent moins de rigueur que d’habitude, avec parfois quelques contradictions fâcheuses, un peu comme si notre scénariste prenait de la distance et laissait ses personnages désabusés parler pour ne rien dire, ou s’enflammer pour des causes perdues (le sort des femmes afghanes qui, bien entendu, révulse nos soldates). C’est nettement plus percutant en revanche sur le statut même du conflit au Moyen-Orient, sachant que le second groupe est composé de Britanniques dont le point de vue diffère sensiblement des Américains. Cela dit, le temps passé à philosopher est compté. D’ailleurs, et sur le même modèle que les productions US à grand spectacle, nos joyeux militaires, passé le temps de la survie, choisiront celui de l’offensive, certains pour une cause qui leur échappe, d’autres parce que c’est le meilleur moyen de se défendre. Il y aura encore des victimes, du sang, des tripes et des tortures. Dans ce registre, Wolfer s’en sort plutôt bien avec quelques cadrages saisissants. On lui reprochera peut-être un découpage qui nuit parfois à la lisibilité de l’action et un laxisme pour la caractérisation des visages (j’ai eu tendance à en confondre régulièrement, malgré leur faible nombre). L’adjoint de Warren Ellis sur Gravel s’en sort honorablement ici.

Au final on a cette impression persistante de voir un de ces films à gros budget construits autour d’une idée remarquable et riche de possibilités mais préférant se concentrer sur l’action, la violence et la tension. Ca ne gâche pas vraiment le plaisir, car il y en a, notamment dans ces séquences muettes où les protagonistes risquent leur vie, c’est juste qu’on sent bien que le but est de développer cette franchise avec d’autres histoires mettant en scène ces redoutables Suturés.
+ des morts-vivants, oui, mais des Afghans !
+ bon équilibre entre l’horreur et la violence, le surnaturel et la guerre
+ une bonne dose de gore
+ une histoire complète
-  des personnages mal définis
-  des origines confuses
En bonus, la bande annonce du film, présenté à un ComicCon il y a deux ans : on peut affirmer qu’Ennis est bien meilleur scénariste que metteur en scène. Sinon, c’est une bonne entrée en matière pour l’album.

18 avril 2011

Mary Jane & vieille ballade

On commence la semaine par un petit montage rendant hommage à Mary Jane Watson-Parker, rousse compagne du Tisseur priée d'aller se faire épouser chez les grecs par décision éditoriale. Je ne reviens pas sur les conséquences désastreuses de One More Day, certaines chansons en disent parfois plus qu'un long discours. Et être aidé par Scorpions, ce n'est pas si mal. Il fallait en tout cas bien ça pour hurler haut et fort que MJ fait partie de l'univers de Peter et que si Mephisto peut l'effacer de sa vie, il faudra bien plus que le diable en personne pour l'effacer de nos mémoires... ;o)





15 août 2010

Defendor : premier bon film de super-héros ?

Ce que Kick-Ass promettait, Defendor vous le donne. Y'a même un peu plus, on vous le met quand même !

Arthur Poppington est un type un peu naïf, profondément honnête, qui a un job inintéressant. Quelqu'un de banal en somme, qui ne se fait pas remarquer. Mais le soir venu, Arthur change du tout au tout et devient Defendor.
Sa quête à lui consiste à enfin mettre la main sur le terrible Captain Industry, qu'il juge responsable du trafic de drogue et de la criminalité galopante. Pour cela, il a quelques gadgets très limités, un certain aplomb et sa folle détermination.
Seulement voilà, les rues sont peuplées de vrais criminels. Et bien involontairement, Arthur va devenir une menace pour certains caïds et autres ripoux. Accompagné d'une prostituée à qui il a porté secours et qui, dans un premier temps, tente de profiter de sa gentillesse, Defendor va prendre quelques raclées mais aussi gagner une vraie popularité auprès des habitants.
Jusqu'à ce que la justice s'en mêle. Jusqu'à ce qu'un mafieux décide de l'éliminer pour de bon.
Et dans la vraie vie, on le sait bien, les balles font infiniment plus mal que dans les comics.

Oh putain que c'est jouissif de voir un film aussi bon ! Et que c'est triste de le voir sous-exploité, tant en France qu'aux Etats-Unis. Très peu de salles en Amérique du Nord et du Direct-to-Video en Europe, ça donne envie de se flinguer...
Enfin, bref. Alors, Defendor c'est quoi ? Ben, je serais un peu tenté de dire que c'est Kick-Ass (le film) mais avec des idées et de l'émotion. Le film est réalisé par Peter Stebbings qui signe également le scénario. Le gars est quasiment inconnu (mis à part des apparitions en tant qu'acteur dans diverses séries TV) mais sacrément doué. Le personnage d'Arthur, magnifiquement interprété par un Woody Harrelson au top, est écrit avec beaucoup de finesse et de sensibilité. L'homme, souffrant de traumatismes profonds, navigue entre névroses et une bonté maladroite qui se révèle réellement touchante.
Son passé est peu à peu dévoilé, sans jamais tomber dans le larmoyant. Et même si l'aspect dramatique de l'histoire est essentiel, avec des passages particulièrement éprouvants, l'humour est bel et bien présent tout au long du film. C'est sans doute d'ailleurs la principale qualité de ce long métrage ; n'être ni une comédie, ni un drame, ni un film d'action, mais posséder les qualités inhérentes à tous ces genres.

Pour ma part, voilà sans conteste le meilleur film de super-héros que j'ai vu jusqu'à présent. Car il ne s'embarrasse pas de codes à la con destinés à plaire à tous - donc, souvent, à personne - et parvient en plus à évoquer un sujet réputé difficile et peu crédible avec une force et une délicatesse peu communes.
Sans pouvoirs, sans costumes à l'esthétique étudiée, Defendor traite de l'essentiel. L'abnégation, l'amour véritable, le sens du devoir, le courage... des valeurs au centre du super-héroïsme et abordées ici avec un côté brut et tranché qui sent bon l'enfance. Cette thématique est d'ailleurs constamment présente : Arthur est un enfant abandonné, Kat est une enfant à qui l'on a volé son innocence, même le meilleur ami d'Arthur veille sur lui à cause d'un enfant qu'il a sauvé. La réflexion sociale voire politique n'est pas en reste puisque la mission la plus "facile" de Defendor sera aussi celle qui lui vaudra le plus d'ennuis avec les représentants de la loi et qui l'empêchera, pour un temps, d'être lui-même. Ce qui permettra également quelques interrogations fondamentales que même la psychologue mandatée par la justice ne pourra résoudre.

Au final, à l'aide de bouts de scotch, d'abeilles et de billes, Defendor aura plus fait contre les criminels que beaucoup de "véritables" encapés. Surtout, il aura agi sans filet et dans notre dimension. Se faisant, il rend hommage non aux demi-dieux bardés de pouvoirs, mais bien aux individus qui, à leur échelle, tentent de s'élever contre l'injustice et l'ignominie.
Naïf ? Peut-être...
Beau ? Assurément !

Un vrai bon film, émouvant et drôle, se permettant le luxe de n'être ni trop démonstratif ni trop bien pensant.
Du divertissement intelligent.

22 janvier 2010

Walking Dead : vers quel avenir ?

Un point sur l'excellente série The Walking Dead à l'occasion de la sortie, chez Delcourt, du tome #10.

Tout d'abord, pour éviter de revenir sur ce qui a déjà été dit, voici un petit rappel des articles précédents concernant la série : Quand les vivants s'effondrent et Quand les morts marchent vous permettront de découvrir les bases de TWD, le comic culte de Robert Kirkman et Charlie Adlard.
Nous en sommes en France au dixième volume, autrement dit 60 épisodes ou encore 1320 planches. Et aucune baisse de régime, Kirkman parvenant à maintenir une qualité d'écriture constante. L'auteur a d'ailleurs opéré récemment un changement d'orientation majeur pour les personnages qu'il malmène avec talent depuis quelques années maintenant. En effet, alors que le groupe de survivants s'était établi dans une prison apportant une sécurité relative, une menace bien humaine les a obligés à quitter les lieux avec pertes et fracas.

Plusieurs conséquences à cela. D'une part nous avons pu vérifier que, comme l'affirmait Kirkman, personne n'était à l'abri dans Walking Dead. Même les personnages principaux peuvent passer de vie à trépas. D'autre part, après le long moment passé dans la prison, Rick a repris la route.
Les possibilités sont immenses et, déjà, de nouvelles rencontres se font. Surtout, une intrigue centrée sur une possible explication de l'épidémie se met en place (encore que le fameux scientifique, je sais pas pourquoi, mais je le sens vraiment pas).
Certaines choses pourtant demeurent inchangées, que ce soit la dangerosité des humains (bien plus épouvantables souvent que les morts-vivants) ou encore l'émotion qui se dégage de la grande profondeur des personnages et situations.
Ce nouveau recueil apporte donc son lot de surprises et cliffhangers tout en conservant le ton si sérieux et désespéré qui a fait le succès du titre.

Rarement d'ailleurs une série aura abordé autant de sujets dramatiques avec autant d'intelligence. Que ce soit les troubles psychologiques liés à la mort d'un proche, la violence inhérente à la nature humaine, le regard des enfants sur des parents qui se transforment en monstres (et pas forcément en zombies) ou encore le déni, le sentiment de culpabilité ou le simple et si cruel instinct de survie, rien n'est épargné aux personnages et, par leur intermédiaire, au lecteur.
Si l'on peut remercier Kirkman sur un point, c'est bien le fait de n'avoir rien cédé au politiquement correct. Et si les zombies permettent de maintenir une tension et une toile de fond, l'étude quasi comportementale à laquelle se livre le scénariste a pris depuis longtemps le pas sur le simple récit horrifique. La plus grande terreur à laquelle nous confronte Kirkman est la pire qui soit : ce que nous sommes capables de faire quand plus rien ne nous retient, quand morale et lois ont disparu. Quand seuls restent notre volonté et nos propres principes, mis à mal par l'urgence, la peur, les autres... car comme Rick le dit lui-même ; "On fait des choses terribles pour ceux qu'on aime."

Pas de surprise donc, Walking Dead reste un titre incontournable, peut-être même le plus grand comic jamais écrit. Ces soixante premiers épisodes sont passés avec une rapidité fulgurante et c'est peu de dire que j'attends avec impatience les soixante suivants, d'autant qu'il reste encore bien des domaines à explorer, que ce soit les débuts de l'épidémie (que l'on ne voit pas dans la série), son explication, les autres groupes de survivants dans le monde ou encore l'évolution des fameux zombies (ce volume nous apprenant un ou deux faits très importants les concernant).

Pour les anglophones, signalons l'existence, en VO, de The Walking Dead Compendium, énorme pavé qui reprend les 48 premiers épisodes (plus de 1000 planches) pour 41 euros (bonne affaire mais sans doute lourd à manipuler !).
Et pour marquer la sortie de ce 10ème tome français, je termine en vous proposant un petit hommage personnel, en images et en musique. ;o)