29 avril 2015

Batman - Les Nouvelles Aventures

Passage en revue aujourd'hui du premier tome de Batman - Les Nouvelles Aventures, publié dans la collection Urban Kids.

Comme le nom de la collection l'indique, ce recueil (qui s'avère plutôt épais : 250 pages) est destiné en priorité aux jeunes lecteurs. Néanmoins, cette série inspirée par le dessin animé Batman des années 90 s'avère tout à fait compatible avec un lectorat plus âgé [1].
Surtout, Urban Comics fait encore preuve de sérieux et de rigueur en ce qui concerne l'adaptation et le contenu rédactionnel.

En effet, lorsque l'éditeur s'adresse aux "kids", il n'en demeure pas moins exigeant. Outre la VF irréprochable, l'on a droit à une présentation de Batman et de ses origines, à un historique détaillé sur la série animée à l'origine du comic, à un topo sur Gotham et à des fiches de personnage très complètes, détaillant les pouvoirs ou encore la première apparition de chaque protagoniste.
De plus, certains termes, qui pourraient être inconnus des jeunes lecteurs, sont parfois expliqués dans la BD par des notes de bas de page. C'est le cas de mots d'argot, comme "guimbarde", ou encore de références plus pointues, comme James Cook ou les Moaï de l'île de Pâques. Le souci pédagogique est aussi évident que louable.

Venons-en maintenant à la série en elle-même. Elle est écrite par Ty Templeton et Dan Slott (Amazing Spider-Man, Superior Spider-Man). Les dessins sont assurés par Rick Burchett et le même Templeton. 
Graphiquement, le style est cartoony, parfois un peu simple mais non dénué de charme. 
Le récit est quant à lui adapté au lectorat visé mais conserve tout de même un aspect sombre. Bien que l'humour soit présent et que l'action ne soit pas, dans sa représentation au moins, très violente, certains éléments (comme la mort de certains personnages, même si elle n'est qu'évoquée, ou certaines situations émotionnellement fortes) contribuent à ne pas verser dans l'angélisme naïf et à conserver une dimension quelque peu dramatique. 

L'ouvrage se divise en deux grandes sagas (La Société des Ombres et La Société des Faux Visages), elles-mêmes divisées en chapitres qui contiennent deux épisodes : le premier fait progresser la trame principale alors que le second, plus court, approfondit un thème ou un personnage (on apprend par exemple comment un ancien flic, devenu détective privé, a perdu son emploi dans la police, ou encore comment Bruce Wayne a eu l'idée de prendre le rôle du criminel Malone pour infiltrer la pègre). 
Niveau guests et ennemis, l'on retrouve Robin, Gordon, Batgirl, le Joker, Ra's Al Ghul, le Pingouin, le Sphinx ou encore Phantasm. Un casting classique mais efficace.

Même si la série ne peut pas rivaliser avec des productions plus adultes (ce qui n'est pas le but de toute façon), elle possède des qualités indéniables. Certaines scènes sont visuellement et narrativement très réussies, comme lorsque Batgirl "décroche" d'une échelle en tentant de rattraper un criminel tombant dans le vide. La petite séance chez le psy, pendant l'épisode final, mettant en scène un très habile jeu d'association d'idées dévoilant les réelles pensées de Batman avant la réponse de Bruce Wayne, est également savoureuse et dévoile une conclusion poignante et mature. 

Au final, ces aventures se révèlent accessibles et ont le mérite de ne pas prendre les enfants pour des imbéciles.
Sous la douceur des planches se cache une souffrance qui, en affleurant parfois sans jamais heurter vraiment, donne à ce comic un véritable parfum d'enfance, fait de magie, de sourires mais aussi de menaces métaphoriques élégantes.
Et puis, alors que l'on a terrorisé nos gamins pendant des siècles avec des contes peuplés d'ogres, de sorcières et de parents indignes qui abandonnent leurs mioches dans la forêt, ce n'est pas la faune interlope du Dark Knight qui risque de les traumatiser. Ou pas beaucoup plus disons.

Idéal pour découvrir le justicier de Gotham. 
Vivement conseillé.

+ accessible
+ style graphique agréable
+ casting de choix
+ quelques scènes plus "adultes" que l'on ne pourrait le croire
+ richesse du contenu rédactionnel


[1] C'est d'ailleurs souvent le cas des séries estampillées "kids", comme Spider-Man loves Mary Jane chez Marvel. Le Spider-Man Poche, plutôt lui aussi axé sur les enfants, a par exemple accueilli l'excellent début de la première série Ultimate Spider-Man. L'on peut noter aussi la plus récente collection Panini Kids, au contenu aseptisé mais honnête, ou encore Sentinel, une série publiée en Mini-Monster et qui n'a pas franchement rencontré de succès malgré des qualités évidentes. Enfin Bone, sous un aspect enfantin, véhicule une réelle noirceur et des thèmes franchement adultes.




17 avril 2015

The Dark Knight : à l'origine du mythe


En 1986, Frank Miller se charge de réécrire l'histoire du Caped Crusader à sa façon. Assisté par Klaus Janson à l'encrage et Lynn Varley aux couleurs, il redorera non seulement le blason du super-héros le plus emblématique de DC, mais établira des fondements durables sur lesquels les nouvelles séries consacrées à Batman, en comic books, à la télévision et au cinéma, n'en finissent plus de s'appuyer : il est désormais de bon ton de revendiquer l'œuvre de Miller comme référence, quand bien même on n'en tirerait pas la quintessence (voir les films de Nolan). L'ouvrage, devenu culte, a été plusieurs fois réédité, et il en existe en France plusieurs versions, dont une intégrale chez Delcourt.

L'histoire se déroule dix ans après la dernière apparition du héros. Bruce Wayne établit un constat amer : Gotham a irrémédiablement sombré dans la décadence, et la racaille règne sur les bas-fonds d’une cité en proie à la peur. Gordon n’est plus désormais qu’un policier désabusé et, cerise sur le gâteau, le Joker refait parler de lui. Il est temps pour Batman de revenir, et sa croisade personnelle, impitoyable et féroce, fera parler de lui jusque dans les hautes sphères de la Présidence, au point que le Justicier de l’ombre soit déclaré gênant. Mais qui pourra, ou osera, l’éliminer ?





Relire The Dark Knight est une expérience fascinante, parfois éprouvante : à chaque âge, notre attitude de lecteur changera - mais l'impact sera toujours aussi puissant. C'est avec ce titre que j'ai redécouvert Batman, que je connaissais dans des comics mais qui avait été rapidement supplanté dans mon cœur par toute une génération de héros marveliens plus fascinants sans être aussi charismatiques (quoique...). L'écriture brutale et intuitive et un dessin sobre, épuré, sans concession, presque archaïque, détonnaient face aux productions Marvel de l'époque et le scénario, sombre, d'une maturité exemplaire, prenait aux tripes et vous explosait en pleine face, sans vous laisser de répit. Amer, et terrible. 




Cette relecture, après toutes ces années pendant lesquelles Marvel et DC traversèrent des périodes fastes et moins intéressantes, est révélatrice d'un constat permanent : il ne suffit pas de demander à des artistes de faire du beau avec de beaux outils graphiques sur des histoires transparentes et banales. Les productions Wildstorm/Image et, dans une moindre mesure, l’aventure Heroes Reborn, axaient tout sur le graphisme : des désillusions qui ont fini, plusieurs années après, par me lasser de séries jolies à regarder, mais d'une vacuité terrible, se bornant à répéter des schémas éculés, voire à ne rien raconter du tout. Même les jeunes lecteurs, en adoration au début, ont vite déchanté, attendant davantage des scénaristes : ça n'a pas eu l'heur de leur faire changer d'avis, vu que ces maisons qui nous vendaient du rêve ne cherchent plus qu'à faire de l'événementiel sans impact sur la production courante (pour vous en convaincre, lisez les différents billets de Neault sur les crossovers).  DC et Marvel communiquent davantage qu'ils ne créent et se battent pour s'attirer les faveurs d'artistes qu'ils musellent par un cahier des charges bien trop lourd, ne leur laissant plus le loisir d'oser. Or, il suffit bien souvent, et simplement, d'oser, et d'avoir un minimum de talent. Le Frank Miller de cette époque a su conjuguer ces deux atouts, c'est indéniable. Cela dit, il faut admettre que the Dark Knight n'est pas directement accessible pour un ado : ce qui est retracé véhicule tant d'informations diverses et de références culturelles qu'il ne peut être appréhendé qu'avec un minimum d'expérience.  



The Dark Knight n'a pas "mal" vieilli ; au contraire, les événements récents (comme les nombreux actes de terrorisme qui instillent la peur au cœur même des métropoles occidentales) redonnent au récit l'aspect du neuf. L'insécurité et le mal-être qui règnent à Gotham City sont le quotidien de toute grande métropole actuelle. Je ne vais pas raconter l'histoire mais j'ai envie de dire à quel point j'ai été surpris de découvrir certaines approches qui m'avaient échappées à l'époque, comme le traitement du jeune partenaire de Batman ou celui de "l'Autre Super-héros DC" : on peut dire que des séries plus récentes comme Captain America s’en sont certainement inspirées (relation quasi névrosée entre Bat et Robin comme entre Cap et Bucky ; fidélité sans faille envers le drapeau US, au point d'y perdre au passage certains principes moraux). 

Et comme dans Le Seigneur des Anneaux (le livre), le dernier volet, l'apothéose (ou l'Apocalypse ?) annoncée ne tient pas toutes ses promesses : ça va trop vite, il y a trop de choses à digérer. Néanmoins, l'acte final demeure grandiose et Batman en sort revêtu d'une aura nouvelle et indélébile.

13 avril 2015

Le téléchargement illégal ou la destruction par l'avidité

La "fuite" de quatre épisodes de la nouvelle saison de Game of Thrones nous amène à aborder un sujet de fond qui touche tous les domaines artistiques : le téléchargement illégal.

Livres, BD, musique, films, séries TV, tous les domaines de la culture et du divertissement sont touchés par cette pratique en apparence anodine et pourtant, à plus ou moins long terme, destructrice. 
Destructrice non pas pour les grandes "majors" et les producteurs nantis et caricaturaux que certains imaginent, mais pour les œuvres que nous aimons... ou prétendons aimer.

Tout d'abord, évitons l'exagération. La méthode de calcul du milieu musical, qui consiste à estimer une perte en se reportant sur les morceaux téléchargés, est évidemment discutable. Un individu lambda télécharge bien plus que ce qu'il pourrait acheter. Et il arrive parfois que ces pertes soient compensées par des achats en double (notamment dans le domaine des DVD, avec des versions collector, bonus, etc.).
Malgré tout, la pratique reste massive et a forcément un impact sur ceux dont le métier consiste à vendre des récits, quelle que soit leur forme.

Il y a bien eu une tentative de législation répressive, mais dans les faits, aucun mouvement massif ne peut être contenu par la loi. Et ce n'est sans doute pas la meilleure approche de toute façon [1].
Tout ne peut pas toujours passer par l'éducation (ou par "l'éveil des consciences"), mais dans ce cas précis, c'est pourtant bien de cela qu'il s'agit. Faire comprendre que si l'on aime les livres, les films, la musique, les pirater - donc priver leurs auteurs d'une juste rémunération - conduira forcément à une disparition des œuvres de qualité (l'on peut imaginer que survivent certaines productions semi-amateurs).

Je prends souvent l'exemple du boulanger pour évoquer ce problème. Imaginons qu'un beau jour, l'on puisse "télécharger" les croissants et les baguettes. Combien de temps notre brave boulanger va-t-il travailler pour rien ? Parce que, évidemment, même s'il aime son métier, il a des factures à payer et se doit donc d'être rémunéré pour son travail. 
Le boulanger est cependant relativement à l'abri, pas seulement pour une question de technologie mais pour une question plus terre-à-terre. Pour voler un croissant, de nos jours, il faut être physiquement présent, prendre le risque de se faire prendre, voir en face les gens que l'on vole.

Ce qui fait le succès du téléchargement illégal, c'est bien évidemment son côté dématérialisé. 
C'est facile, ce n'est pratiquement jamais puni, on n'a même pas l'impression d'agir mal la plupart du temps. 
Pourtant, cela reste du vol. Un vol socialement admis, mais un vol quand même.

Si beaucoup ne se posent pas de questions, d'autres (et c'est pire encore) avancent parfois des justifications pour ce vol. 
Ainsi, par exemple, il s'agirait d'un "accès à la culture" pour les plus démunis. 
Belle idée, sauf que télécharger le dernier Avengers peut difficilement passer pour une volonté acharnée de se cultiver. La plupart des classiques sont libres de droits, donc gratuits, et les bibliothèques proposent des abonnements si bas qu'ils sont pratiquement symboliques. L'on peut donc, en France, se cultiver sans se ruiner. 
L'alibi culturel ne tient pas.

D'autres, pour certains domaines, avancent que les prix proposés sont trop élevés (ce qui n'est pas faux, surtout pour les romans numériques, cf. cet article). Moi, je trouve que le prix des bagnoles, même des Dacia, est trop élevé. Mais je ne les vole pas pour autant. On ne peut décemment pas décréter, quand un prix ne nous convient pas, que le bien se trouve du coup en "libre accès". 

Encore plus récemment, après les tragiques évènements ayant touché la rédaction de Charlie Hebdo, des gens, sans doute bien intentionnés au départ, ont pris sur eux de mettre en ligne des scans du numéro spécial - pendant quelques jours difficilement trouvable - qui a suivi.
J'ai fait remarquer à l'un de mes contacts sur le net que "voler" le travail des survivants de la rédaction n'était peut-être pas leur rendre un grand service (et que s'ils le désiraient, ils pouvaient être eux-mêmes à l'origine d'une telle initiative). Or, un hurluberlu (oui, j'aime bien ce mot) est venu me répondre qu'il ne fallait pas s'indigner parce que les ventes étaient énormes.
Mais, au nom du ciel, quel rapport ?
Cela reviendrait à dire que tous les prochains Spielberg ou Stephen King seront gratuits... ou que l'on peut aller se servir dans les belles villas... ou que l'on pouvait télécharger la saison 6 de Kaamelott si l'on avait déjà acheté les cinq premières...
Non, évidemment, ça ne tient pas non plus. Même si le boulanger vend bien, même s'il est riche, cela ne permet pas de le voler plus "sereinement".

Alors, je sais bien que c'est chiant d'attendre, de faire des choix, de ne pas avoir tout, tout de suite. Mais l'on patiente tous dans tous les autres domaines. En tout cas, la plupart d'entre-nous. On ne va pas braquer une boutique de fringues sous prétexte qu'une veste à 200 euros nous fait envie et que l'on n'a qu'un budget de 50.
Cette étrange avidité, impunie et hystérique, ne touche que le domaine artistique. Et ce domaine a beau bénéficier d'une aura plus brillante que celle de la boulangerie, il en suit la même logique : personne ne produira des croissants s'ils sont distribués gratuitement.

Venons-en maintenant à la partie que je ne comprends pas. Car, pour le moment, même si je condamne le téléchargement illégal, je le comprends. Ben oui, avoir un truc gratuit plutôt que de le payer, c'est forcément attirant. Et j'avoue avoir moi-même cédé à l'appel du download quand j'ai découvert que je pouvais avoir un single en vingt minutes seulement (ouais, ça fait longtemps, les connexions se sont améliorées depuis) !
Par contre, quid de celui qui détient le matériel original et le partage ?

Pour mettre quelque chose en téléchargement, il faut le posséder [2]. Donc, avoir acheté - ou reçu, nous y reviendrons - une œuvre. Prêter un film ou un CD à un pote, ok, mais quel est l'intérêt de se faire chier à scanner une BD, ou convertir un DVD, pour mettre ça à disposition de tous ?
Que gagne celui qui fait ça, à part mettre en danger un secteur que pourtant, visiblement, il apprécie ?

Pire encore, avec l'exemple que j'évoquais en introduction, certains professionnels peuvent parfois être à l'origine des fuites. Dans le cas de Game of Thrones, quatre épisodes ont été diffusés dans la sphère publique alors qu'ils étaient destinés à la presse. Difficile à comprendre [3]. Que peut avoir à gagner un professionnel en agissant ainsi ? Se faire black-lister ?
HBO sur le coup fait également preuve d'une naïveté étonnante. Pourquoi ne pas plutôt organiser une projection de presse ? Et pourquoi balancer quatre épisodes d'un coup, alors que la série est déjà très connue et n'a pas besoin d'un coup de pub ?
Si le voleur est condamnable, le volé peut parfois avoir l'air d'un ahuri déconnecté de la réalité.

Je vais terminer par le domaine qui me touche le plus, l'édition.
Il faut savoir que, contrairement à ce que l'on peut imaginer parfois, un auteur touche relativement peu sur un livre (environ 10% du prix du livre hors taxe [4], soit donc moins de 2 euros pour un roman vendu 20 euros). Et un livre, dans 90% des cas (cf. cet article), se vend très peu (moins de 1000 exemplaires pour la plupart).
Or, toucher pas beaucoup de pas grand-chose, au final, ça fait pas des masses. Et si en plus certains grignotent au passage, cela devient affolant. 
Bien évidemment l'auteur ne travaille pas "que" pour l'argent, il est attaché à son art, a envie de proposer quelque chose de bon, original, abouti, mais il a besoin d'être rémunéré pour son travail. D'autant que, contrairement à la plupart des professions, il n'est en réalité pas rémunéré en fonction de son travail mais seulement si son travail se vend. 

Les domaines de la BD, ou encore des "beaux livres", sont encore plus fragilisés, car de nombreux intervenants doivent être rémunérés avant la parution : traducteurs, correcteurs, maquettistes, coloristes, bien des professions, aux revenus aléatoires, sont invisibles pour l'œil du lecteur, même passionné. 
Il faut parfois improviser, rogner sur des budgets serrés, prendre des risques, négocier, pour au final sortir un livre dont on ne sait s'il rencontrera l'adhésion du public.
Ce risque, il est normal. Editeurs et auteurs l'acceptent volontiers.
Il est par contre anormal d'y ajouter des pratiques faciles, iniques et violentes qui privent l'auteur de son juste - et déjà maigre - revenu.

Il existe aujourd'hui de plus en plus de solutions pour payer, au moins un peu, ce que l'on écoute, regarde ou lit. Si vous êtes vraiment dans une merde noire et que vous faites un écart, personne ne vous en voudra. Mais pensez que pour chaque morceau de musique, chaque ligne d'un roman, chaque dessin d'une BD, chaque scène d'un film ou d'une série, il faut un type ou une nana derrière, et pas forcément toujours mieux loti que vous. 
Les auteurs ne font pas la manche, ils fournissent un travail qui embellit nos vies, nous permet de nous évader, de rire, de trembler, d'expérimenter, de nous instruire parfois. 
Respecter ce travail devrait être une évidence.
Ne pas en permettre le pillage éhonté semble le minimum.




[1] Comme souvent en France, l'on reste dans le symbolique, sans se préoccuper d'efficacité. La loi sur le port de la cagoule et les violences en bande était du même type : aucun flic n'a besoin de ça pour arrêter une personne qui fait déjà preuve de violence, mais comme la frilosité des élus empêche l'action de la police, on fait semblant de montrer les muscles par le biais d'un arsenal législatif totalement inutile. Dans une démocratie moderne, seule l'agitation et l'illusion comptent, les faits peuvent être niés et même apparaître comme secondaires puisque toute l'attention est monopolisée par de pseudo-polémiques sur des sujets secondaires.
[2] Je mets d'office à l'écart les screeners et autres merdes filmées au cinéma : qui a envie de voir un film trouble avec un son d'ambiance ?
[3] Surtout de nos jours où des bouquets, comme OCS, proposent les épisodes parfois 24h seulement après la diffusion aux Etats-Unis. Et pour un abonnement (une douzaine d'euros par mois pour quatre chaînes) relativement accessible. 
[4] Pour un roman, qui pourtant semble ne pas nécessiter beaucoup d'intervenants, il faut rémunérer également l'éditeur, l'imprimeur, les libraires, le diffuseur, le distributeur et... l'état.




11 avril 2015

Ladyboy VS Yakuzas – l’île du désespoir

Une bimbo balancée sur une île isolée est attendue par une horde de pervers en rut. Leur but : la violer pour s'en sortir quitte à s’entre-tuer. La jeune femme aux formes généreuses, dans une tenue légère, chaussée de talons aiguilles, doit à tout prix survivre le plus de temps possible... sous les caméras d'un richissime Yakuza qui n'a pas lésiné sur les moyens pour l'humilier. 
Ce jeu cruel, coûteux, n’est pas une énième émission de TV-réalité décadente, mais la vengeance trash d’un mafieux ! La poulette se trouve être un de ces anciens sous-fifres qui a trahi sa confiance. Transformé par son patron en femme, le voyou va en voir… de toutes les couleurs.

Ce qui pourrait être un concept graveleux de survival sexiste à destination de spectateurs téléphages s'avère être les représailles d'un homme bafoué qui n'a pas su plaire à son épouse ni à sa fille. Son jeune subordonné, qui avait pourtant de quoi réussir dans le milieu, a commis une faute grave ! Il a couché plusieurs fois en cachette avec les deux femmes. Kôzô Kamashima, un queutard pourvu d’un membre énorme, fornique avec tout ce qui possède un vagin. Lorsqu’il prend la parole, c’est pour étaler la bêtise crasse de son cerveau. Afin de savourer sa vengeance, se délecter de son humiliation, le vieil homme claque un fric monstre pour transformer le larbin en transsexuel, acheter une île et y séquestrer les 100 pires criminels sexuels nippons privés depuis des années d’une présence féminine.
Subissant le harcèlement quotidien qu'endurent certaines femmes, mais à la puissance 1000, le héros chasseur-tombeur se retrouve à la place de la proie. Une surprise de taille l'attend parmi les pourritures insulaires en slip : son propre père ! Les lubriques, quant à eux, ne sont pas au courant de la métamorphose corporelle de la jeune personne en question. Qu’importe, elle a des seins, de longs cheveux, des vêtements qui en dévoilent trop...

Premier volume d'une série de manga qui en compte déjà 4 au Japon, Ladyboy VS Yakuzas oublie la finesse. L'humour est graveleux, outrancier, les dessins de Toshifumi Sakurai faussement mal fichus. Les tronches des protagonistes, les situations en deviennent délectables. La narration est dynamique, sans temps mort ; le mangaka n’hésite pas à aller dans la surenchère. Le récit nie la notion de politiquement correct et aborde des sujets délicats : viols, pédophilie, sodomie… l’auteur ne se fixe aucune limite. Tout est assumé et voulu. Ce vrai faux survival démonte les clichés du genre. Son principe qui pourrait donner lieu à une émission de TV [1]  nous sert de belles tranches de rire gras, de parodie, mais nous propose aussi des personnages plus fouillés qu'on ne le pense avec une réelle intrigue. Cette vengeance hors de prix est malgré elle un juste retour de bâton pour le héros et on se prend au jeu. Utilisera-t-il la capacité de ces neurones pour tenter de s’en sortir ? Va-t-il coucher avec les vieux libidineux ? Prendra-t-il sa revanche sur le Yakuza ? À moins qu'il ne comprenne ce qu'il a fait endurer à certaines demoiselles...

Beaucoup d’interrogations, de rire, pour une série qui ne s’annonce pas trop longue, avec une très bonne adaptation graphique et des dialogues tordants. Ce manga n'est pas à mettre devant tous les yeux, surtout si ceux-ci ne manient pas l’humour au 36000e degré et se révèlent incapables de se creuser la cervelle pour y lire les véritables enjeux et sujets  profonds abordés. 


Ladyboy VS Yakuzas – l’île du désespoir, de Toshifumi Sakurai, Seinen 
Sorti dans la collection WTF !? des éditions Akata


Le pitch délirant et outrancier
La surenchère dans le politiquement incorrect
Une intrigue ficelée
+ Un rythme trépidant
L’adaptation graphique et la traduction


 [1] Les différents programmes de télé-réalités se livrent à une telle débauche de racolage qu'on n'est pas loin de la caricature Viol Island dans les Guignols de l’info avec le désanusseur de Montargis…

09 avril 2015

Hot Dog, Jumping Frog...

Une polémique molle de plus, sur la variant cover d'Albuquerque, nous pousse à nous interroger non seulement sur l'art mais le rapport à la foule et ses cris.

Alors, attention, l'image ci-contre est la cause de l'indignation, du choc, de la crise de chiasse aiguë qui a frappé la sphère internet, du moins la partie de la sphère la plus chaste et casse-couille. 
C'est ce Joker, proche d'une Batgirl terrorisée, qui pose apparemment problème. Au point que ce pauvre Rafael Albuquerque s'est excusé et a lui-même demandé à ce que son dessin ne soit pas utilisé, ce que DC Comics, dans son infinie sagesse, a accepté.

Pour situer un peu le contexte, l'artiste s'est inspiré de l'histoire d'Alan Moore, The Killing Joke, dans laquelle le Joker s'en prenait violemment à Barbara Gordon, causant même sa paraplégie. Certains pensent que Barbara aurait pu être également agressée sexuellement, bien que ce ne soit pas explicite dans le récit. Mais admettons.
C'est donc directement en référence à cet épisode émotionnellement lourd que ce même Joker est ici représenté aux côtés d'une Barbara visiblement terrorisée. Et pour cause. 

Apparemment, ce serait "misogyne"... ou pas vraiment dans la ligne de la série actuelle, c'est en tout cas ce qu'ont pu proclamer quelques internautes, certains sites allant même jusqu'à réclamer la suppression de la cover, ce qu'ils ont obtenu, Albuquerque expliquant qu'il n'était pas dans son intention de "blesser" qui que ce soit. Parce qu'apparemment, on peut être blessé par un dessin représentant des personnages imaginaires. Faut vraiment être très sensible, mais admettons-le encore une fois. 

Le Joker est censé être un "méchant", un criminel, un personnage épouvantable. Comment bâtir des histoires si les salauds sont censés être lisses et fades ? 
Que faut-il faire pour paraître "politiquement correct" de nos jours ? Effacer les traces de sang aux coins des lèvres du Dracula de Stoker ? Oublier la scène du cochon dans le Deliverance de Boorman ? Empêcher le viol de la psy dans The Sopranos ? Faire d'Hannibal Lecter un végétarien ? Et pourquoi pas aussi conseiller de ne pas utiliser de couleurs "trop violentes", comme certains ont pu naguère le réclamer à propos des comics ? 
Mais qu'est-ce que c'est que ce monde catastrophique dans lequel même la fiction est tordue selon des règles à la con, psalmodiées par des foules hystériques ?

Certains ont même eu l'audace de reprocher à Tolkien son traitement des Orcs, allant jusqu'à dénicher là du racisme (oui, les orcs n'existent pas vraiment, mais les auteurs n'ont pas le droit pour autant de les maltraiter...). La différence cependant, c'est qu'il n'y a encore pas si longtemps, ce genre de conneries n'étaient proférées que par quelques illuminés lorsqu'ils parvenaient à passer à la télévision ou dans les journaux (ou à sortir un livre en surfant sur le talent des autres).
De nos jours, avec le net, la donne a changé. Une fosse à purin s'est ouverte, débordant chaque jour un peu plus.

Attention, le net en soi n'est pas condamnable, il peut même être très utile selon l'utilisation que l'on en fait. Il s'agit d'un "tuyau", au même titre que la télévision ou le téléphone, dans lequel l'on fait passer ce que l'on veut. Malheureusement, la mode des "réseaux sociaux" (et de leurs emportements de meutes) a non seulement excité les vocations de grands courageux qui n'ont des couilles que derrière un écran (et rasent les murs dans la vraie vie) mais, pire encore, a également réussi à influencer la télévision, medium de masse par excellence, qui ne jure plus que par eux et par des "buzz" aussi pathétiques que vains.

Ainsi, le jugement anonyme de la masse a donc un poids, aussi violent qu'exigeant. Les mécontents de tout bord pouvant s'unir au sein d'un égrégore numérique, ils pèsent, crachent, jugent et menacent, rendant des sentences courtes et acides, influant sur les crayons et les claviers, les caméras et les instruments de musique. 

Pourtant, n'est-ce pas aussi le rôle de l'artiste de choquer ? De faire naître une émotion, même violente ? 
Et n'est-ce pas là une liberté essentielle que celle de l'auteur ? La frilosité n'est jamais bien loin de la censure, et avec la censure viennent des dogmes qui n'ont de valeur que pour ceux qui y croient. Des dogmes qui, si on les laisse perdurer, nécessiteront une lutte de plus pour les briser et récupérer quelques fragments de liberté. 
Attention là encore, cela ne veut pas dire que l'on ne peut pas avoir d'avis à titre individuel, ni condamner des fictions qui semblent choquantes pour une raison ou une autre, juste que ce droit au commentaire, même vif, n'a que peu de rapport avec les exigences d'un groupe enivré par le poids très temporaire qu'il pense avoir et par le confort de l'anonymat.  

Le respect des convictions, de la femme, des races, que sais-je encore, ne passe pas par le musellement de l'expression artistique et des Conteurs. Au contraire, plus l'on peut dire de choses, moins les réactions sont épidermiques, plus la société, habituée au maelström des idées, peut les digérer, les peser, les manipuler sans en faire des idéaux. 
Je vais prendre un exemple personnel pour illustrer mon propos : l'avortement. Je n'arrive pas à avoir une opinion sur ce sujet, non parce qu'il ne m'intéresse pas, mais parce qu'il me semble insoluble. Avorter, c'est supprimer une vie en devenir, quoi que l'on puisse en dire, donc ça pose un réel problème moral. Mais avorter, c'est aussi le droit indiscutable des femmes à disposer de leur corps. Chez moi, cela aboutit à une aporie fondamentale. Moralement, je ne peux trancher ce dilemme, car quelle que soit la décision prise, elle ne me satisfait pas et va à l'encontre de ce que je pense être juste. 

Quel rapport me direz-vous ? Eh bien, je crois qu'il est bon parfois de ne pas pouvoir faire de choix, d'être dans le relatif et non l'absolu. Pas pour tout, il est naturel d'avoir des convictions, mais avoir un avis tranché sur tout me semble dangereux. S'il n'y a plus de place pour le doute, la remise en question, l'avis d'autrui, qu'est-ce donc que ce monde d'évidences imposées ?  Une cage idéologique ?
Et pour admettre une opinion contraire, ou un dessin "choquant", il faut admettre aussi que l'on n'a pas tout résolu, que même en nous se battent des principes contraires. 

Je ne jette pas la pierre à Albuquerque, il a pu être dépassé par son dessin, vouloir apaiser les choses, ce pas en arrière part peut-être d'un bon sentiment, mais je suis plus sévère sur son éditeur et son manque de soutien, voire sur les auteurs en général, dont le manque de réaction me navre.
Quant à la masse... elle est égale à elle-même, dangereuse et inepte. 
Lorsque l'individu se perd au sein du nombre, le raisonnement est occulté par l'émotion. 
Et qui voudrait d'un monde régit par les lames de fond émotionnelles de quelques inconnus rassemblés dans la célébration de leur indignation passagère ? 

Pouvoir être indigné par un dessin est une chance.
Pouvoir en interdire ou faire échouer la publication est un désastre. 
Dans bien des sociétés, anciennes ou actuelles, l'indignation doit se taire, ou peut être punie sévèrement. L'exprimer est un droit précieux.
Mais aller jusqu'à l'interdiction, pour un dessin, un mot, une scène, c'est déjà admettre que l'on croit en des choses si fragiles qu'elles ne supportent pas de côtoyer de simples fictions ou un peu d'encre sur du papier.

Les auteurs, les artisans, n'ont rien perdu de leur pouvoir. Ils affolent les cons, ils brisent la tranquillité, ils sondent tous les possibles. En écrivant et en dessinant. Ce n'est pas forcément sans "violence", mais ça ne fait pas couler de sang. En cela, la violence artistique sera toujours supérieure et préférable aux autodafés et à l'écriture sous tutelle.
Quant au dessin d'Albuquerque, il est bien mal interprété je trouve. Car, chez moi, il n'évoque pas l'apologie d'un crime ou la mise en avant d'un connard, mais permet l'empathie immédiate avec une Barbara qui nous supplie du regard et nous fait ressentir sa détresse. Ce dessin donne envie de la sauver, pas de ricaner avec le Joker. Si certains éprouvent autre chose, il semble difficile d'en vouloir à l'artiste. La masse ne réglera pas ses déviances en se défoulant sur des cibles trop fragiles pour lui dire d'aller se faire mettre.




01 avril 2015

America's Got Powers

Télé-réalité et pouvoirs sont au menu du premier tome de America's Got Powers

Il y a dix-sept ans, un étrange cristal atterrit à San Francisco, au milieu du Golden Gate Park. Une violente lueur émanant de la pierre provoque alors l'accouchement de toutes les femmes enceintes dans un rayon de 10 km.
Tous les bébés vont cependant bien. Mieux, ils ont tous acquis un pouvoir en grandissant. Tous sauf un.
Alors que le gouvernement prend des mesures pour contrôler ces surhumains, la télévision lance une émission, ultra-violente, mettant en scène les capacités spéciales de ces jeunes gens...

Ce récit est scénarisé par Jonathan Ross (à la base un présentateur de la BBC) et dessiné par Bryan Hitch.
On ne sait pas trop pourquoi mais, alors que l'histoire ne contient que six chapitres, Panini a eu la bonne idée de la découper en deux tomes. Bah... passons.
Ce n'est pas la première fois que la télé-réalité s'invite dans les comics, loin de là (cf. cet article). Et la critique basée sur la course à l'audimat ou les "jeux du cirque" modernes est également très ancienne, rappelons-nous seulement de l'excellent Rollerball [1]. Aussi, la vision de Ross, bien que très poussée et cynique, tombe un peu à plat et sent le réchauffé, d'autant qu'elle n'apporte rien de bien singulièrement neuf.

L'on suit essentiellement Tommy Watts, un "cristaleux" sans pouvoir, qui va être jeté dans l'arène par le plus grand des hasards. Et bien entendu, celui que l'on surnomme Zéro va finalement se découvrir un don. Là encore, on le sentait venir de loin. Le côté "manipulation" et "conspiration" manque sans doute également de subtilité, avec des personnages et situations caricaturaux. Quant aux autres surhumains, leur personnalité est inexistante. On est très loin d'un Rising Stars par exemple, qui, avec la même situation de départ, explorait la thématique en profondeur et avec beaucoup d'intelligence.
Du coup, alors que l'on attendait une critique habile de la télévision et de ses pratiques (par en plus un scénariste qui en est issu), l'on n'a en réalité que de l'action effrénée, pas désagréable mais un peu légère pour un thème qui aurait pu être explosif et passionnant.

Un méchant gouvernement, des producteurs aux dents longues et un jeune garçon plein de bons sentiments, tout cela est trop convenu pour susciter autre chose qu'un intérêt très limité.
Dispensable.

+ les dessins
+ une narration sans originalité mais qui tient la route
- une thématique survolée, souvent de manière caricaturale
- des personnages bien fades
- une intro un peu facile et déjà vue




[1] Évidemment la version de 1975, de Norman Jewison, bien plus troublante et dérangeante que le pâle remake de 2002. Le film est scénarisé par William Harrison, lui-même auteur de Roller Ball Murder, le recueil de nouvelles dont l'adaptation cinématographique est tirée.




Navarro 31 : une nouvelle et ambitieuse série animée


Gros plan aujourd'hui sur un dessin animé 100% français qui renoue avec les séries mythiques des années 70 et 80 : Navarro 31.

31ème siècle. La Fédération Galactique fait face à une vague de crimes sans précédent. Pour l'endiguer, le Haut Conseil Fédéral décide de ramener à la vie un célèbre flic ayant fait ses preuves il y a plusieurs siècles. Son cerveau cryogénisé est alors placé dans un corps cybernétique. Ainsi naît Navarro 31, commissaire galactique. Aidé par Mulot, le petit robot, et la jolie Adriana, un synthézoïde femelle, il va pouvoir se lancer à la poursuite des pires criminels de la galaxie...

Navarro 31 affronte le terrible vampire
de l'espace.
Le pitch peut sembler étrange mais apparemment tout à été fait pour que cette première saison, diffusée prochainement sur TF1, n'ait pas à rougir de la comparaison, techniquement ou scénaristiquement, avec les meilleures séries nippones.
Tito Topin, créateur de la série originale, a supervisé l'écriture de l'adaptation futuriste. Il parle de ce dessin animé en des termes très flatteurs : "Navarro est un héros intemporel, il fait partie du patrimoine culturel français au même titre que Tintin ou Astérix. Quand j'ai appris qu'une suite était envisagée, j'ai été fou de joie. C'est une toute nouvelle approche du personnage que nous abordons maintenant, avec ce mélange de polar, de science-fiction et d'humour."

Pour le moment, dix épisodes de 20 minutes (ainsi qu'un pilote de 80 minutes) ont été commandés par la chaîne. La date de diffusion n'est pas encore connue mais la production a déjà communiqué sur le thème du pilote et les titres des épisodes.
Gageons que toute une génération de passionnés sera au rendez-vous !

00. (pilote) Navarro 31 contre le vampire de l'espace
01. Rififi sur LV-424
02. L'attaque des méduses martiennes
03. Proxima Centauri ne répond plus !
04. Trou noir pour Adriana
05. On a retrouvé Adriana
06. Navarro 31 contre l'arrière-petit-fils d'Hydargos 
07. Le kidnapping d'Adriana
08. Oh, et puis merde, qu'elle se démerde !
09. Navarro 31 contre les loups-garous zombies cannibales de la planète maudite (et hantée un peu aussi)
10. Un nouvel espoir