28 décembre 2008

Captain America : Les Elus

Voici un 100% Marvel qui fera partie de la première fournée librairie de 2009 et que j'ai eu le plaisir de recevoir en avant-première. Coup de projecteur donc sur Captain America : The Chosen.

Captain America est mourrant. Après une vie passée à combattre l'infamie, le temps et les effets secondaires du sérum du super-soldat vont avoir raison du grand homme. Mais les idéaux ne doivent pas s'envoler avec lui. Il faut trouver de nouveaux héros, des gens ordinaires qui ont, au fond d'eux, la force et le courage de rester debout lorsque tout s'effondre. Des gens qui connaissent la peur mais refusent de se laisser terrasser par elle. Des hommes et des femmes qui changent le monde, à leur manière, et en qui Cap continuera de vivre. A jamais.
Le caporal Jimmy Newman est l'un d'entre eux. C'est un Marine qui se bat en Afghanistan. Un type banal qui va découvrir que l'héroïsme ne dépend pas d'un don mais d'une foi, d'une volonté inébranlable qui permet de survivre à tout. Ou presque.

Précisons tout de suite que ce troisième 100% Marvel consacré à Cap est hors continuité. Il s'inscrit dans les récits estampillés "The End" qui content en quelque sorte ce qui pourrait être la dernière aventure et les derniers instants d'un personnage particulier (voir par exemple cet article sur les FF). Le procédé perd ici un peu en impact, notamment parce que, comme chacun sait, Steve Rogers est réellement mort dans l'univers 616 classique. David Morrell (romancier, auteur notamment de First Blood) ne s'en sort pourtant pas si mal au scénario, surtout si l'on sait qu'il s'agit là de son premier travail sur un comic et que sa connaissance du parcours des personnages Marvel était plutôt rudimentaire à la base.
L'essence du héros et de ce qu'il symbolise est parfaitement retranscrite, avec même un bref rappel de ses origines. Certaines astuces narratives démontrent un effort louable de la part de l'auteur, comme cette lente progression du personnage principal à travers une grotte dont il est prisonnier alors que, parallèlement, il suit un cheminement intérieur censé le délivrer de ses angoisses et lui permettre de trouver suffisamment de ressources en lui pour devenir digne de son modèle. Les deux voies débouchant sur une lumière à la fois réelle et métaphorique.

Le graphisme, d'un style très réaliste, ne souffre d'aucun défaut et est l'oeuvre de Mitch Breitweiser. Le matériel de guerre, récent ou plus ancien, est plutôt bien représenté. Visages et postures sont savamment étudiés, avec parfois de jolis effets, comme cette scène ou un Cap translucide apparaît en surimpression sur un Newman habité par son message. Il faut signaler d'ailleurs à cette occasion le bon travail du coloriste, Brian Reber. Plus anecdotique, en parlant de visage, vous remarquerez que Newman a l'air d'un parfait anonyme dans la première partie du récit mais qu'il a ensuite parfois, dans la seconde moitié, des airs de ressemblance avec Nicolas Cage.
D'un point de vue technique, notons que la tranche de ce 100% Marvel (habituellement bleue pour Cap) a viré au "marron Daredevil" sans que l'on puisse s'expliquer pourquoi. ;o)

Un récit à la fois maîtrisé et touchant qui ne tombe jamais dans l'exaltation ou le manichéisme et qui a l'avantage d'être accessible à tous, même - et surtout - si l'on n'a jamais entendu parler de Captain America.
Sortie le 14 janvier 2009.

ps : ajout de Carol Danvers, alias Ms. Marvel, dans les figurines Marvel.

26 décembre 2008

Punisher : World War Frank

Le Punisher est en pleine chasse dans le Marvel Icons hors série #15 de décembre. Les années passent, les flingues restent.

Frank Castle est un survivant. Il a encaissé la mort de Cap, un type qu'il respectait profondément. Il a survécu aux armées d'un Hulk devenu fou de chagrin. Il doit maintenant se frotter au projet insensé de Alyosha Kravinoff. Le fils de Kraven s'est construit son petit zoo personnel en capturant des êtres merveilleux, comme Aragorn, le cheval ailé, ou moins merveilleux, comme Rhino, la brute épaisse. Les captifs ne sont plus que des animaux devenus le jouet d'un maître cruel.
Et lorsque tous sont lâchés dans un navire sur le point de sombrer, le Punisher fait partie de la fête bien entendu. Mais peut-on vraiment chasser un chasseur ?

Alors que la série Punisher de la collection Max est plutôt hors-continuité et possède, grâce à Garth Ennis, un ton très sombre et réaliste, le Punisher War Journal de Matt Fraction est bien plus lié au marvelverse traditionnel et à la veine super-héroïque classique. Dans les deux premiers épisodes, Castle va devoir faire face à un Bucky n'acceptant pas bien la nouvelle tenue du Punisher (cf Marvel Icons HS #12) ou encore survivre à la déferlante verte issue de World War Hulk. Les trois épisodes suivants forment un arc dans lequel on retrouve l'un des fils du défunt Kraven. Alyosha n'en est pas à ses débuts puisque l'on avait déjà pu l'apercevoir dans Beyond (cf Marvel Universe #5). Pour cette saga, l'auteur a puisé très largement dans les personnages du panthéon marvellien : Spider-Man, Silver Sable, Domino, le Rhino et Aragorn, déjà cités, le Vautour et même quelques seconds couteaux moins célèbres comme Requin-Tigre ou l'Homme-Grenouille.

Les dessins sont l'oeuvre de Leandro Fernandez, Ariel Olivetti, Cory Walker et Scott Wegener. Les artistes ont des styles différents mais possédant chacun un certain charme. L'ensemble est vitaminé et parfois "gentiment" corsé (comme la scène du repas du Rhino ou le démembrement de Mung).
Pour ce qui est de la traduction, j'ai relevé une erreur, devenue courante mais pas plus juste pour autant, concernant l'utilisation de l'expression "ne pas faire long feu". Dans la revue, elle est employée dans le sens "ça ne va pas durer longtemps", or, elle ne signifie absolument pas cela. Faire long feu, la plupart des tireurs le savent, vient du temps ou les premières armes, sans amorces, nécessitaient un allumage manuel de la poudre. Il arrivait cependant que cette fameuse poudre, plutôt instable, n'explose pas mais se consume sans détoner. En faisant "long feu". Faire long feu signifie donc en gros "échouer" et, évidemment, sa négation (ne pas faire long feu) n'a aucun rapport avec une durée mais devrait être employée pour désigner la réussite d'un projet ou le succès dans l'élaboration d'un mécanisme complexe. Avec le temps, les gens ont oublié le sens réel de l'expression et en ont déduit qu'elle devait faire référence à un feu ne brûlant pas longtemps.
Voilà, désolé pour cette longue précision mais, étant donné qu'elle concerne un terme ayant rapport avec les armes, j'ai pensé qu'elle avait tout à fait sa place dans un article sur le Punisher. ;o)

Du Punisher bien immergé dans les évènements récents de l'univers Marvel. Divertissant et sympathique.

24 décembre 2008

Young Avengers : les Racines des Héros

Les Young Avengers refont surface dans le Marvel Heroes hors série #4 de ce mois.

La mini-série Young Avengers Presents s'attache à creuser un peu les personnages découverts dans Marvel Icons. Chaque épisode est centré sur l'un des apprentis Vengeurs. Patriot, Hulkling, Wiccan & Speed, la Vision, Stature et Hawkeye s'interrogent sur leurs modèles, connaissent des relations difficiles avec leurs parents, tentent de découvrir leur passé... ils se séduisent, se déchirent, commettent des erreurs puis retrouvent espoir dans un monde où la vie n'est pas facile pour les héros.
Comme tous les adolescents du monde, les jeunes Vengeurs se cherchent. Il leur faudra en plus assumer l'immense héritage de la plus grande équipe de héros au monde. Des héros si puissants qu'ils pouvaient affronter n'importe quelle menace. Des héros aujourd'hui divisés...

Après le tie-in où ils partageaient l'affiche avec les Runaways pendant Civil War, voici donc les Young Avengers de retour. Pour l'occasion, Marvel a fait appel à un maximum d'auteurs. Ed Brubaker (Daredevil, Iron Fist), Brian Reed (Ms. Marvel), Roberto Aguirre-Sacasa (Le Fléau, Sensationnal Spider-Man), Paul Cornell (Wisdom), Kevin Grevioux (New Warriors) et Matt Fraction (Punisher War Journal) se succèdent au scénario tandis que les dessins sont assurés par Paco Medina, Harvey Talibao, Alina Urusov, Mark Brooks, Mitch Breitweiser et Alan Davis.
Malgré ce grand nombre d'artistes, la série reste plutôt homogène, avec notamment des graphismes de grande qualité. Niveau histoire, il ne s'agit pas d'une réelle saga en six parties mais plutôt de one-shots centrés sur les différents membres du groupe. Patriot s'interroge sur la société et le pays qu'il est censé défendre, Wiccan & Speed essaient de retrouver leur mère (la Sorcière Rouge), Hulkling rencontre son père, le célèbre Captain Marvel, bref, toute blindée de héros qu'elle soit, la jeune équipe n'en a pas moins des problèmes très humains. Kate Bishop, l'actuelle Hawkeye, va notamment être déstabilisée par sa rencontre avec son illustre prédécesseur, Clint Barton. Les relations amoureuses, parfois houleuses, à l'intérieur du groupe sont également évoquées. Les grands combats sont donc mis de côté pour l'instant au profit d'aventures plus personnelles et intimistes.

Même s'il faut connaître un peu les évènements récents pour pleinement apprécier ces récits (allusions à Civil War, House of M, la séparation des Vengeurs, etc.), ils constituent un très bon moyen de découvrir des personnages rafraîchissants qui gagnent ici énormément en densité. Si l'on sait que les Runaways incarnent un peu la rébellion adolescente et le complexe de Peter Pan, avec un très fort rejet du monde adulte, les Young Avengers sont eux leurs exacts opposés dans le sens où ils symbolisent la continuité, la relève, l'adhésion à un modèle et un héritage. Bien entendu, cela n'empêche pas les difficultés et les interrogations. Par exemple, tous ne sont pas favorables, loin de là, au recensement.
Sur un autre sujet, Eli Bradley personnifie à lui seul, avec ses doutes et sa colère, la réflexion parfois très dure que ces jeunes gens peuvent avoir sur leur passé ou la politique actuelle de leur gouvernement. Heureusement, Ed Brubaker met très habilement ce questionnement en scène (mais vu son talent, ce n'est pas étonnant, tout le monde n'est pas aussi primaire qu'un Millar) en évoquant, de fort belle manière, le patriotisme, une notion fort peu populaire au pays du camembert. En gros, Brubaker nous explique qu'aimer son pays est naturel mais que cela ne signifie pas pour autant oublier son Histoire ou nier ses éventuels égarements et, surtout, qu'une nation ne se limite pas à la somme de ses défauts les plus caricaturaux. Une belle leçon dont certains feraient bien de s'inspirer. ;o)

Voici d'excellents épisodes, pleins de sensibilité et d'intelligence, qui permettront de s'attacher rapidement - si ce n'est déjà fait - à une équipe pleine de promesses et que l'on retrouvera lors de Secret Invasion.

ps : je profite de cet article pour vous souhaiter à tous un excellent réveillon et de Bonnes et Heureuses Fêtes de Noël ! ;o)

21 décembre 2008

Marvel Omnibus : Saga du Clone, suite et fin

Un second et imposant Marvel Omnibus vient clôturer la célèbre Saga du Clone de notre vieux Spider-Man. Hop, on passe en revue le pavé !

Peter Parker était un clone. Résigné à s'occuper de sa petite famille, il part à Portland avec Mary Jane et laisse la place au Spider-Man original : Ben Reilly. Et c'est toute une vie que ce dernier doit reconstruire. Trouver un boulot, un appart, se faire ses propres amis, voilà qui n'a rien d'évident, d'autant que sa ressemblance avec Parker l'oblige à éviter les lieux qu'il fréquentait.
Alors que les choses commencent à s'arranger, c'est un nouveau cauchemar qui débute. Quelqu'un, dans l'ombre, va s'ingénier à détruire la vie de Reilly. Tous les moyens seront bons pour l'atteindre et faire écrouler son univers. Même MJ et son futur bébé sont maintenant en danger. Mais face à l'adversité, ni Ben ni Peter n'ont jamais baissé les bras. Les Spider-Men ne se laisseront pas anéantir sans combattre. Jusqu'à la mort s'il le faut...

Délai tenu ! J'avais été un peu mauvaise langue (c'est pourtant pas mon genre hein ?) lors de la sortie de la première partie de cette saga en prétendant que le volume suivant aurait du retard, que nenni, il est bel et bien disponible, avant les fêtes, prêt à faire un beau cadeau de dernière minute. Beau et massif d'ailleurs puisque la bête contient tout de même 39 épisodes, soit près de 900 pages. Les auteurs sont nombreux, Dan Jurgens, Todd DeZago, Howard Mackie, Tom DeFalco au scénario, Mark Bagley, John Romita Jr, Sal Buscema, Luke Ross, Steve Skroce, Mike Wieringo ou encore de nouveau Jurgens au dessin. L'épopée s'étale cette fois de 1995 à fin 96 à travers les différentes séries arachnéennes de l'époque.

Parlons tout de suite du moins bon. Le début de l'ouvrage, un tiers environ, se révèle assez peu palpitant, la faute en revenant sans doute à un vilain peu charismatique (la version féminine de Doc Oc) et à une intrigue tournant autour d'une réalité virtuelle dont la représentation apparaît, de nos jours, relativement kitsch. Heureusement, le récit, après un temps de décantation, finit par trouver son rythme. Parker "s'exile", Reilly arrive sur le devant de la scène, d'abord en Scarlet Spider puis en nouveau Spider-Man, une machination assez complexe se met en place, d'anciens et emblématiques vilains (comme Mysterio ou le Super Bouffon) refont surface, bref, le lecteur se laisse prendre à un jeu bien connu mais efficace.
Si au niveau du Net les auteurs semblaient un peu perdus dans une sorte de conception bizarre à la "Tron", certains épisodes paraissent aujourd'hui quelque peu en avance sur leur temps, notamment "Crimes contre la nature" qui met en avant des thèmes écologiques à une époque où ils n'étaient pas encore forcément très à la mode. L'espèce de créature présente dans cet épisode a d'ailleurs comme un vague cousinage, au niveau de l'aspect et du thème, avec Man-Thing.

Le final (on le connaît tous normalement mais bon, je vais essayer de ne pas trop le dévoiler pour éviter de léser les plus jeunes d'entre nous) est à la fois dramatique et apocalyptique, avec le retour d'un ennemi bien détestable et la mort (réelle et définitive, snif) de plusieurs personnages. Le recul de Marvel (sur les changements éditoriaux prévus) n'est finalement pas si mal et la saga, bien que fort longue et connaissant des creux, se révèle terriblement cruelle. L'on peut retenir quelques scènes, à la fois calmes et belles, comme ce moment où Ben et Peter se retrouvent dans un grenier pour trier leurs souvenirs communs. L'original et le clone sont proches - plus que des frères comme ils le disent eux-mêmes - et cette accalmie avant la tempête, joliment teintée de nostalgie, n'en est que plus touchante.
Notons, pour l'anecdote, que le Ben Reilly de l'époque, lorsqu'il se retrouve seul à New York, est retourné aux fondamentaux du personnage de Spider-Man (célibat, système D pour bricoler de la toile et trouver du pognon, petits boulots et flirts contrariés par son activité, etc.), tout comme le Peter Parker actuel après le contesté (et contestable) One More Day (cf également un sujet plus polémique ici).

Un livre dense qui commence lentement et se termine en apothéose. Un joli retour sur une période houleuse, tant pour Spidey que pour Marvel.

"Ce sont mes amis. Ils sont toujours là quand j'ai besoin d'eux. C'est une terrible épreuve pour Mary Jane et moi, et ils sont venus nous soutenir. Ce n'est pas vraiment ce qu'on voulait. On voulait faire comme si de rien n'était. Garder notre détresse pour nous, oublier ces histoires de clones. Mais nos amis ont insisté pour que nous nous réunissions, que nous fassions notre deuil. Ils ignoraient tout de la situation. Tout ce qu'ils savaient, c'est qu'un ami avait besoin d'eux. Alors... ils sont venus."
Peter Parker. L'original.

17 décembre 2008

Derniers Chapitres pour Annihilation : Conquest

Le Marvel Universe #12 de décembre accueille la fin de la saga Annihilation : Conquest et la suite des aventures de Nova.

Ultron, à la tête du Phalanx et de ses Elites, a déjà vaincu l'empire Kree mais sa soif de conquêtes n'en est pas pour autant épanchée. Son but ultime est la planète d'origine de son créateur : la Terre.
Alors que Nova atteint Kvch, le monde de la Technarchie, à la recherche d'informations sur le Phalanx, Ronan l'Accusateur s'apprête à "libérer" son peuple en le faisant massacrer (c'est radical comme libération !) par 15 000 sentinelles kree préservées du virus qui a fait tomber toutes les autres machines. Du côté de Star-Lord et de son groupe de résistants, tout ne va pas pour le mieux non plus, plusieurs membres de l'équipe étant obligés de se sacrifier pour mener leur mission à bien. Rien ne semble en mesure de stopper Ultron et ses forces. L'avenir de l'univers entier se joue maintenant dans cette dernière confrontation.

La revue débute avec le premier annual consacré à Nova suivi des épisodes #11 et #12 de la série régulière. Toujours Dan Abnett & Andy Lanning au scénario ainsi que Paul Pelletier au dessin (ainsi qu'une flopée d'autres dessinateurs sur l'annual). Graphiquement, l'on continue à en avoir plein les yeux avec des planches parfois magnifiques et très inspirées. Les amateurs de trip cosmique devraient en avoir pour leur argent. Sur le plan de l'histoire, on retiendra surtout un petit retour plutôt sympa - mais assez bref - sur les jeunes années de Richard Rider. Des bribes de souvenirs en fait, arrachés à l'esprit de Rider par le terrible virus qui met à mal son organisme.
Le final d'Annihilation : Conquest possède son lot d'actes héroïques et d'effets pyrotechniques. Les auteurs (les mêmes que sur Nova) nous apprennent, d'une manière un peu facile, comment Ultron s'est retrouvé à la tête du Phalanx. Il est même fait référence à la récente bataille ayant opposé le dit Ultron aux Mighty Avengers (dans Marvel Heroes), le robot sans gêne avait même pris possession de Tony Stark pour l'occasion. C'est cette fois Tom Raney qui se retrouve aux crayons. Là encore le style est joli et efficace.

Beaucoup de personnages et même de civilisations différentes pour cette conclusion qui manque un peu d'émotion pour être totalement réussie. Groot et Rocket Raccoon (cf Marvel Universe #10) restent, de loin, les personnages les plus originaux. A la fois drôles et touchants, l'on ne peut que regretter qu'ils ne soient pas plus utilisés. Spectre aussi d'ailleurs, nouveau venu prometteur (que l'on nous avait longuement présenté dans le Marvel Universe #9), se fait plutôt discret. Bon, il faut dire qu'il y a pas mal de "vedettes" à gérer et que les seconds rôles ont forcément du mal à se faire une place.

La petite virée spatiale habituelle, de bonne qualité sans être exceptionnelle. Si le côté space opera reste spectaculaire, il manque au récit quelques touches plus intimistes qui lui auraient permis d'échapper à une certaine froideur.

ps : le prochain article sera consacré à l'énorme Omnibus, publié récemment, qui accueille la deuxième partie de la Saga du Clone de notre brave Tisseur.

11 décembre 2008

Get Mystique !

La série régulière du mutant griffu fait son retour en force dans le Wolverine #179 avec un type qui sait dessiner, ce qui commençait à se faire rare sur les titres concernant notre brave Logan.

Alors, suite aux évènements de Messiah Complex (oui, je sais, je n'ai pas spécialement parlé de la conclusion mais je n'ai finalement pas grand-chose à en dire), Wolverine se retrouve sur la piste de Mystique, Cyclope l'ayant chargé de la liquider (il n'est pas si mou que ça le petit Scott hein ?).
Ce premier épisode, écrit par Jason Aaron, nous trimballe d'Iran jusqu'en Afghanistan. On a même droit à un petit détour, géographique et temporel, puisque ce récit de chasse à..."la femelle", nous permet d'assister à la première rencontre de Logan et de la mutante à la peau bleue. Cela se passe en 1921, au Mexique et dans des circonstances plutôt mouvementées, forcément.

Toutefois, c'est surtout l'arrivée de Ron Garney sur le titre qui aurait tendance à faire pousser au lecteur un soupir de soulagement. Depuis maintenant quelques mois, one-shots mis à part, les séries régulières dédiées au plus populaires des mutants souffraient d'un cruel manque de savoir-faire sur le plan graphique. Après les maladresses d'un Chaykin et les traits uniformes du toujours actuel Dillon, c'est un vrai soulagement de pouvoir se mettre un Wolverine digne de ce nom sous la rétine.

En parlant de Dillon (dont le passage sur Wolverine : Origins ne risque pas d'être l'apogée de sa carrière), en plus de rater Logan, il doit ce mois-ci rater Deadpool. Ah, c'est plus difficile de lui donner le même visage qu'au Punisher ou à tous les figurants présents dans les cases, du coup, Dillon réussit à faire un Wade Wilson qui ne ressemble pas à tous ces précédents personnages ! Wouaaaaaaaa, putain !! C'est historique !! Ah si, c'est LE Wolverine qu'il faut acheter, dans quelques années, ça vaudra son pesant d'or bordel !
- T'as quelque chose pour moi ?
- Du Dillon.
- Non, déconne pas, j'veux m'faire un vrai bon shoot de comics là.
- C'est le seul Dillon où y'a un perso qui n'a pas la même tronche que les autres...
- Oh ?
- Ouais.
- C'est le Wolverine Origins avec Deadpool ? Le graal du collectionneur ?
- Ouais m'sieur. Et en bonus, je te mets le petit autocollant Panini qui va bien.
Enfin, bref, c'est une sacrée réussite pour ce pauvre Dillon. J'imagine qu'il doit être content d'avoir pu dessiner, au moins une fois dans sa vie, un gusse qui n'a pas la tête de Soap (cf scène #31 du Bêtisier). Sinon Daniel Way nous signe un scénario plutôt pas mal, avec même une scène à la Wile E. Coyote fort bien torchée (la cible, le piano qui tombe, etc., tout colle avec l'aspect déjanté du sieur Deadpool).

Un bon numéro où Wolvie est lancé sur les traces de Mystique, une gonzesse qui a du répondant. ;o)
(y'en faut peu pour qu'on tombe amoureux nous les mecs : une nana avec la peau bleue, un pouvoir de métamorphie, un soupçon de cruauté et, hop, c'est plié !)

ps : pour la conclusion de Messiah Complex, vous pouvez vous soulager ici si ça vous démange (parce que je ne sais pas quand je ferai un sujet vraiment spécialement dédié au binz, ni même si ça arrivera)

08 décembre 2008

Fables ou la cruelle légende du Merveilleux réfugié chez nous

Coup de projecteur sur Fables, une extraordinaire série puisant dans les mondes merveilleux de l'enfance pour nous en offrir une vision moderne et passionnante.

Les Fables quittent leurs royaumes magiques. Les peuples fabuleux fuient l'Adversaire et ses hordes. Ils aboutissent dans le monde commun, à New York précisément, où ils fondent Fableville, éloignant les curieux à coups de sortilège. Certains réfugiés, ne pouvant prendre une apparence humaine, sont contraints d'habiter à la Ferme, lieu où sont également expédiés les habitants qui ne suivent pas les règles.
Le chef de tout ce petit monde est le maire de Fableville mais, en réalité, c'est son adjointe, Blanche-Neige, qui fait le plus gros du travail. Bigby Wolf a, lui, le poste de shérif. Intrigues politiques, révolution, meurtres : de nombreuses menaces vont démontrer que le destin réservait un peu plus à nos célèbres icônes qu'un "... et ils vécurent heureux."

Nous voici donc devant une nouvelle série Vertigo. J'avoue n'avoir pas été du tout attiré par cet univers quand j'ai commencé à en entendre parler. Sans doute parce que les Cendrillon et autres Grand Méchant Loup ne m'inspiraient que moyennement. Et pourtant, passer à côté de Fables serait pure folie, surtout lorsque l'on aime les grands moments de lecture.
Tout d'abord, précisons bien qu'il ne s'agit pas d'une relecture des contes les plus connus mais bien d'une histoire globale - et originale - dont les protagonistes évoquent sans doute des souvenirs à la plupart d'entre-nous mais qui sont ici traités d'une manière profondément différente. Fini le symbolisme subtil des contes et les grands idéaux, la réalité a rattrapé la magie ! Le Prince Charmant en est à son troisième divorce, Boucle d'Or est une maoïste révolutionnaire (!), Blanche-Neige ne veut plus entendre parler des Sept Nains et la Belle et la Bête ont des problèmes de couple.

Le scénario est l'oeuvre de Bill Willingham qui frappe ici un grand coup en nous démontrant, en plus d'une grande imagination, une parfaite habileté dans la narration. Le premier épisode est à ce titre exemplaire tant il permet à la fois d'installer rapidement les personnages principaux et de mettre en place une première intrigue, tout cela avec une grande liberté de ton et un humour des plus jouissifs. Car évidemment, puisque l'on ne s'adresse plus à des enfants, il n'y a plus nécessité d'édulcorer les dialogues ou de remplacer une scène de sexe par un chaste baiser. ;o)
Le plus grand tour de force de l'auteur reste tout de même d'avoir su insuffler chez le lecteur un sentiment de proximité avec les personnages par le biais de noms connus tout en parvenant à construire son propre monde. En plus des noms déjà évoqués, l'on peut citer Pinocchio, le Petit Chaperon Rouge, Barbe-bleue, Sinbad ou encore Mowgli, la seule limite imposée à Willingham étant un problème bassement terre-à-terre de droits car, évidemment, il faut qu'un personnage soit tombé dans le domaine public pour pouvoir l'utiliser.

Les dessins sont assurés, dans un premier temps, par Lan Medina. C'est ensuite Mark Buckingham qui va lui succéder. Le graphisme est un peu passe-partout mais ce qui pourrait passer pour de la fadeur sur un autre titre va ici donner aux personnages un côté intemporel plutôt positif. Et, s'il est difficile de s'extasier sur les planches de la série, il est tout aussi difficile de franchement être rebuté. Certaines scènes valent tout de même le coup d'oeil, comme la découverte, très bien amenée, du bureau de Blanche-Neige dans un "plan" large qui fait son petit effet. Les personnages bénéficient également d'un traitement sympathique et inspiré qui correspond, peu ou prou, au respect de certaines "grandes lignes" obligatoires mâtinées d'une mise à jour relativement douce. Bigby par exemple a un côté inquiétant correspondant à son mythe mais il pourrait aussi bien être un privé un peu glauque du Los Angeles des années 30 qu'un pur produit de 2008.

La série est bien sûr traduite en français. Les deux premiers volumes, parus chez Semic, se trouvent encore facilement. Les suivants ont été édités par Panini, le sixième, Cruelles Saisons, venant de sortir récemment (le mois dernier). Le format 100% Vertigo permet de s'offrir régulièrement une bonne fournée d'épisodes pour un prix raisonnable. Les covers, de James Jean, sont presque devenues cultes également tant elles s'éloignent volontairement (à l'image de celles de Sandman) du style des pages intérieures. Elles donnent aux recueils un style à part à l'esthétisme envoûtant. Et un livre étant aussi un bel objet que l'on aime admirer, c'est un plus indéniable.

Une série magnifique qui ne peut être cantonnée à une simple variation sur des personnages connus tant elle couvre plusieurs genres et possède un pouvoir d'addiction hors du commun. L'essayer, c'est d'abord se rendre service à soi-même. Tout est réuni pour que la rencontre soit un coup de foudre. A vous de ne pas rater le coche. ;o)

07 décembre 2008

Quand les Comics donnent le Vertige

Une encyclopédie publiée chez Semic nous plonge au coeur du label Vertigo de DC Comics.

Depuis maintenant une quinzaine d'années, les séries Vertigo sont synonymes de qualité mais aussi d'évasion. Elles sont devenues la preuve, à travers de nombreux genres aussi divers que le polar, la fantasy, le western ou l'anticipation, que les comics n'étaient pas entièrement constitués de types bizarres portant des collants moulants et se baladant d'un immeuble à l'autre au-dessus de Manhattan.
De nombreux titres de cette collection sont devenus mythiques et connaissent à la fois succès critique et engouement des lecteurs. L'encyclopédie dont il est question ici, écrite par Alex Irvine, nous permet de voyager au travers de ces oeuvres, des plus célèbres aux plus confidentielles.

La première partie de l'ouvrage est consacrée aux séries ou romans graphiques les plus renommés : Sandman, Y the last man, Preacher, Fables (dont je vous parlerai plus longuement très prochainement) ou encore Transmetropolitan, We3, The Exterminators, Neverwhere, Loveless et bien d'autres. Tous les genres sont abordés, du Far West aux contes de notre enfance en passant par des histoires plus horrifiques. Difficile de ne pas trouver son bonheur dans ce foisonnement créatif.
L'essentiel de chaque série est présenté sur quelques pages : équipe artistique, histoire, personnages, lieux, citations, anecdotes sur la création du titre, le tout richement illustré. La mise en page ressemble un peu à ce que l'on avait pu voir dans l'encyclopédie Semic sur les personnages Marvel, peut-être en plus dense encore. La traduction est globalement correcte malgré quelques fautes de français assez énormes et quelque peu irritantes dans un ouvrage qui se veut être une référence de qualité.

La deuxième partie, plus courte, s'articule autour de titres moins connus et traités de manière moins approfondie. En tout, ce sont environ 200 séries qui sont décortiquées ou évoquées, de quoi effectivement donner le tournis. On a droit à un avant-propos de Neil Gaiman, une introduction de Karen Berger (responsable éditoriale de Vertigo) et, bien évidemment, à un index alphabétique.
Ce livre, avec jaquette sur couverture en dur (illustrée elle aussi) et papier glacé, vous coûtera 30 euros si vous décidez de succomber aux charmes des nombreux et étranges univers Vertigo.

Un tour d'horizon plutôt exhaustif d'une ligne hétéroclite et prestigieuse. Même les plus réfractaires à la bande dessinée américaine devraient y trouver de quoi réviser leur jugement. ;o)

Quelques vues des pages intérieures :
(cliquez sur les images pour obtenir la taille réelle)



Au Nom du Père et... du chat de Schrödinger !

Décidément, les revues kiosque de cette fin d'année sont plutôt de bonne qualité. Le Marvel Heroes #14 n'échappe pas à la règle. Miaw !

C'est la nouvelle série Hulk qui ouvre le bal, histoire que l'on puisse s'échauffer tranquillement, sans trop solliciter nos neurones. Un gros balèze tout rouge, un autre tout vert qui ne tient pas en place, bon, rien de bien surprenant à part l'aspect visuel de ce géant énervé et écarlate. Ce n'est pas désagréable, loin de là, mais on a connu Jeph Loeb plus inspiré, c'est certain. Ed McGuinness, à défaut d'une bière, nous offre du gros musculeux en colère. Un apéritif donc, chouette !

On enchaîne avec Mighty Avengers. L'épisode est sans doute trop centré vers l'action (et les explications laborieuses) pour que Bendis puisse donner la pleine mesure de son talent (il s'en sort bien mieux sur le New Avengers de ce mois). Le lecteur est presque victime, ici, d'un côté "surdialogué" un peu pesant. La fluidité du texte et les réparties de génie sont pourtant le point fort de l'auteur mais il est sans doute difficile d'être inspiré tout le temps, surtout lorsque l'on cumule les séries en parallèle.
Perso, si j'étais un éditeur, j'aimerais bien avoir du Bendis lorsque je paie Bendis. Mais bon, Marvel a un prix "de gros". ;o)
Allez, je suis sévère mais c'est tout de même pas mal, avec notamment un Sentry qui arrache tout et un Tony Stark qui, du coup, se la joue un peu ("ça y'est, tu la reconnais mon autorité ?" Hmm, bon ça, non ? ;o)). On sent aussi les allusions à Secret Invasion et la suspicion générale qui s'installe depuis un moment.

On poursuit notre lecture avec Thor, une série de qualité qui fait ce mois - avec raison - la couverture de la revue. Les premiers épisodes montaient lentement en pression, Asgard se relevait petit à petit, au milieu d'un coin paumé de l'Oklahoma. Ici, c'est la mythologie pure qui revient et nous frappe en plein coeur. Odin lui-même se confie et apporte, avec sa propre histoire, une touche à la fois cruelle et hors du temps. Mieux encore, J.M. Straczynski se permet une référence directe à la physique quantique avec le fameux chat de Schrödinger. Il passe ensuite à la psychologie avec une variation sur le "meurtre" du Père. Le tout enrobé dans les décors "fantasy" de Marko Djurdjevic.
C'est beau, c'est bon, c'est même poétique. Dire que peut-être, dans quelques mois, le travail de Straczynski sera balayé comme ses précédentes réalisations sur Amazing Spider-Man... avoir un type comme ça dans son écurie et s'en servir comme si c'était le premier peigne-cul qui passe, c'est tout de même ahurissant. Une chose est certaine : le gars sait écrire. Il sait s'approprier un personnage, sans le dénaturer, et le faire avancer pour que le lecteur en ait pour son argent mais, surtout, pour son attente. Et, magnifique noblesse du mec talentueux, lorsqu'il est amer parce qu'il sent que l'on a bradé son boulot précédent, cela ne se sent pas dans ce qu'il produit. Peut-être parce qu'il a appris, par nécessité, à regarder vers l'horizon et à oublier les pages déjà tournées et cent fois piétinées et réécrites. Je parle souvent de ma sympathie pour Bendis, j'avais envie, pour une fois, de hurler ma reconnaissance à Straczynski. Un mec qui avait su plonger le Tisseur dans des origines mystiques. Un mec qui mélange la mythologie nordique et la science. Un conteur qui peut prendre n'importe quel personnage et le rendre intéressant. En lui insufflant un peu de ce qu'il a en lui. Et en réveillant en nous l'essentiel.

On termine avec Avengers : The Initiative qui est, comme toujours depuis son lancement, excellente. C'est dû à Dan Slott & Christos N. Gage au scénario et Stefano Caselli au dessin. Quand des personnages "secondaires" sont traités comme ça, on se demande combien de temps ils vont le rester...
C'est du premier plan à tous les étages : humour, tension, progression dramatique. Seul petit bémol, il faut avoir suivi un peu le binz depuis le début pour savoir de quoi il est question, d'autant que les protagonistes sont nombreux.

Je ne sais pas si c'est l'influence du pôpa Nowell, mais il n'y a pas grand-chose à jeter dans les sorties de ce mois. L'hiver aussi a ses bons côtés, par Odin !

"Ce jour-là, je fus couronné Roi. J'ai pu faire ce que j'entendais de Midgard. Echafauder mes propres plans. Forger mon destin. Et chaque hiver, la neige venait et le vent sifflait, et je croyais entendre la voix de mon père m'appeler depuis la tempête et les montagnes où son esprit était piégé. Et je savais au fond de mon coeur que la voix n'était pas le fruit de mon imagination. Mais avec le temps, la voix s'est estompée. Jusqu'à ce que je ne l'entende plus. C'est ce que je me disais du moins.
Car, si l'on n'écoute pas une voix, n'est-ce pas la même chose que si elle se tait ?"
Odin, sous la plume de J.M. Straczynski.

04 décembre 2008

Marvel Icons : Rupture & Renouveau

Plusieurs évènements relativement importants sont au menu du Marvel Icons #44 sorti hier. Plus une nouvelle équipe créative qui débarque en grande pompe sur Fantastic Four.

Bonne surprise pour commencer avec New Avengers puisque non seulement Brian Michael Bendis a centré l'histoire sur Jessica Jones mais, en plus, c'est Michael Gaydos qui signe les dessins. On se croirait presque revenu au temps d'Alias du coup. Vous le savez si vous avez lu la revue du mois dernier, notre petite Jess a décidé de se faire recenser afin d'éviter à son bébé les dangers de la clandestinité. Et c'est peu de dire que Luke Cage ne le prend pas trop bien.
Typiquement le genre d'épisode rare et appréciable, avec du sens, un relationnel très développé entre les personnages et peu (ben là pas du tout) de combats. Le mois prochain, même recette mais cette fois-ci avec Echo en vedette et dessinée en plus par son pôpa, le talentueux David Mack.

Panini a décidé de faire un maximum de bruit autour de l'arrivée de Mark Millar et Bryan Hitch sur la série Fantastic Four, on a même droit à une annonce directement sur la cover au cas où certains ne seraient pas encore au courant de "l'évènement". Pour l'instant ça commence tranquillement, sans que l'on puisse vraiment s'emballer pour le scénario (mais il faut dire que les FF ne sont pas, et de loin, mon équipe favorite) ou le graphisme d'un Hitch que je trouvais meilleur sur les Ultimates (ou alors c'est vraiment la famille Richards qui ne me revient pas). Bon, il y a quand même une double page assez impressionnante où l'on voit un monde, en construction, censé servir de refuge lorsque la terre mourra...

Les frères Knauf continuent leur (long) arc en cours (c'est le septième épisode tout de même) sur Iron Man avec Carlo Pagulayan ici aux crayons. Tony Stark ayant utilisé dernièrement une arme nucléaire "propre" contre une cible située dans le Nebraska, le voilà, lui et les officiers du SHIELD, au coeur d'une enquête lancée par l'ONU et la Commission aux Affaires Surhumaines. Avec toujours en toile de fond la menace du virus Extremis tombé entre les mains du Mandarin. Ce dernier est d'ailleurs assez inquiétant, et tout à fait crédible, dans sa version moderne. Comme quoi la sobriété a parfois du bon (sauf à Lille, comprenne qui pourra).

On termine enfin par Captain America et le retour non pas de Steve Rogers (vous vous souvenez bien qu'il est mort tout de même ? petit rappel sinon) mais de ce qu'il représentait. Eh oui, un nouveau Cap débarque, avec le bouclier traditionnel et un costume tout neuf redessiné pour l'occasion. Toujours Ed Brubaker au scénario et Steve Epting au dessin. L'histoire colle à l'actualité puisque le sujet tourne largement autour de la crise économique avec même une évocation des subprimes. Attention, on ne tombe pas dans le traité économique pour autant hein, au contraire, la scène finale est même particulièrement spectaculaire et inattendue (et n'arrangera pas la popularité de Stark et du SHIELD).

Une rupture sentimentale, l'entrée en scène du nouveau Captain America (sans passer par la case "j'suis même pas mort !") et une nouvelle équipe créative très attendue, voilà qui est plutôt pas mal pour ce dernier Marvel Icons de l'année. Le niveau général est en tout cas très bon. Passera l'hiver sans problème.

02 décembre 2008

Premières Neiges et Messe Maya

Voyons tout de suite ce que nous réserve le Spider-Man #107, disponible dès aujourd'hui, pour clôturer l'année 2008 du Tisseur.

Les deux épisodes de Amazing Spider-Man se déroulent sous la neige et collent donc parfaitement avec l'ambiance du moment. Pourtant la vague de froid qui touche New York n'est pas un simple caprice de la météo mais a une origine mystique, aussitôt décelée par notre bon vieux Doc Strange (devenu, pour l'occasion, l'équivalent marvellien d'Evelyne Dheliat). Spidey et Wolvie vont vite se voir confirmer la chose lorsqu'ils vont tomber sur des guerriers mayas peu loquaces mais très agressifs.
C'est Zeb Wells qui débarque cette fois au scénario, secondé par Chris Bachalo au dessin. Les deux épisodes sont sans doute un peu classiques mais fort bien écrits, avec beaucoup de vannes et un réel enracinement dans la continuité (notamment en rappelant l'implication de Parker avec les Secret Avengers). Le thème maya est plutôt original. A un moment, il est fait référence à un texte sacré appelé "Popul Voh". Pour l'anecdote, sachez que ce livre maya existe réellement, vous pouvez en lire une traduction anglaise ici. Par contre, en général, on l'écrit Popul Vuh, mais bon, les traducteurs ont déjà du mal en général avec le français, on ne va pas les obliger à apprendre le quiché. Hum ? Non, moi non plus je ne connais pas cette langue mais rien que le nom, ça fait son petit effet dans les dîners. Essayez, vous verrez (ça dépend avec qui on dîne aussi hein). ;o)

L'épisode tiré de Spider-Man Family est moins nul que d'habitude, même si le public visé reste très enfantin. On y retrouve Spider-Man et Iron Man affrontant un Arsenal piraté par des gamins croyant s'éclater sur un jeu-vidéo. Mouais. Quand même bizarre ces choix, d'autant que le Spider-Man Family en VO est loin de proposer du matériel bas de gamme, l'on pouvait notamment y retrouver C.B. Cebulski et Skottie Young dans Elemental Evil, une histoire liée au fameux Clan de l'Araignée du Mangaverse. Et c'était quand même bien mieux torché que les one-shots actuels. Et encore ! Panini nous précise qu'ils ont sauté des épisodes volontairement car "les dessins s'adressaient vraiment trop à des enfants". Et donc, quand le scénario s'adresse à des moins de huit ans, ça n'est pas gênant ? Enfin, bref, on a échappé au pire apparemment. Bravo Panini ! Et comme dit dans le courrier des lecteurs de ce numéro : "continuez comme ça !"
Quand tout est parfait, on va pas s'emmerder à changer des trucs non ? ;o)

On termine avec le grand, le génial Warren Ellis (Fell, Nextwave, New Universal) et le tout aussi somptueux Mike Deodato Jr. Je radote parce que je ne peux que vanter les mérites, mois après mois, de leur Thunderbolts, mais c'est plutôt un radotage positif du coup. On a droit cette fois, entre autres, à un monologue de Norman Osborn qui vaut presque à lui seul le détour. Et toujours un habile dosage entre action spectaculaire et dialogues fins, drôles et intelligents (il faut parfois connaître un peu le passé de certains persos pour pleinement les savourer mais bon, rien de trop dur à comprendre). Visuellement, c'est tout simplement beau, peut-être ce qui se fait de mieux à l'heure actuelle dans le genre moderne/réaliste. Les couleurs sont de Rain Beredo qui mérite amplement d'être cité lui aussi tant son travail est à la fois puissant et subtil. Et l'on sait pourtant comme il est difficile d'embellir un dessin en le colorisant (sans doute moins de nos jours que par le passé, mais tout de même).
Bref, nous servir les Thunderbolts au rythme d'un épisode par mois, c'est presque de la cruauté envers le lectorat...

L'année finit en beauté avec la neige de circonstance, les traditionnelles bastons et l'humour qui va bien. Et en plus vous venez de bénéficier d'une introduction à la culture maya. Y'a pas à dire, ça mène à tout les comics !

30 novembre 2008

31 jours pour 3 Deluxe

Vous vous souvenez, l'année dernière, j'avais organisé un petit concours histoire de voir si vous n'étiez pas trop manchots avec un crayon. Je remets ça. Mais, c'est une caméra qu'il vous faut maintenant !

Les règles sont simples. Pour participer, il vous faut réaliser une vidéo ayant un rapport avec mon blog (en le vantant hein si possible, pas en lui chiant dessus). Vous n'avez rien à m'envoyer à part un lien permettant de voir votre réalisation (hébergez-là sur un binz gratuit et connu).
Le concours est ouvert à partir d'aujourd'hui et se terminera le 31 décembre.
Soyez drôles, inventifs, pertinents, bref, exceptionnels ! ;o)

Le premier prix (et le seul) consiste en une intégrale des Civil War en Marvel Deluxe, soit trois tomes d'une valeur de 84 euros, frais de port à ma charge. Je me réserve le droit de ne pas attribuer le prix si j'estime qu'il n'y a rien de bandant dans les trucs que l'on me propose (en même temps, je publierai tous les liens "participants", donc, bon, on pourra se rendre compte). Pour qu'une participation soit valide, il vous suffit de réaliser une scène ou un petit sketch et de l'héberger quelque part tout en signalant l'url dans les commentaires de ce message (je validerai toutes les vidéos à partir du moment où elles ne tombent pas sous le coup de la loi).

Soyez "marvellien" et "neaultèsque" ! ;o)
Enfin, bon, démerdez-vous pour évoquer les comics et...mon repaire (vous pouvez vous moquer hein, on accepte l'humour par ici).

LFAQQQQQ (La foire aux questions qui que quoi qu'est-ce ?)
- Au niveau de la durée heu...
--> Ni trois heures ni 30 secondes. Quelques minutes. Non ? Raisonnable quoi.
- Comment je peux être sûr que mon talent sera reconnu à sa juste valeur ?
--> Ce concours est complètement subjectif. A part ma bonne foi, je n'ai trouvé que la publication intégrale des liens pour montrer le résultat des différentes vidéos à tous. Et, oui, c'est aussi une façon de me faire de la pub. Mais, en ai-je vraiment besoin ? Hmm ? ;o)
- Puis-je me déguiser en Moore ?
--> Oui.
- Acceptes-tu les vidéos qui sont pas en..."haute définition", that's what you say in french ? (Steven S., USA)
--> Pfiouu, mais oui, te casse pas le cul Steven ! C'est à la bonne franquette par ici !
- Est-ce que je peux utiliser ma petite amie dans cette vidéo ?
--> Heu...oui, mais, avec son consentement, déjà. Pis...bon, c'est un truc sur les comics hein. Va falloir se calmer au bout d'un moment.
- Je...je pensais faire un truc avec un criminel, des gens qui s'aiment et se quittent et aussi un peu de paranormal. Et, heu, on dirait que tous les gens d'un quartier ben c'est pas grave s'ils vont tous en prison !
--> Les scénaristes de "Plus Belle la Vie" ne sont pas exclus mais, bon, ils vont devoir s'accrocher "grave".
- Est-ce que si on te déteste mais que l'on sait filmer de chouettes trucs, ça marche quand même ?
--> J'ai bien peur que oui.

29 novembre 2008

Quand le Toucan rit à nos dépens

Voilà un moment que je n'avais plus parlé de produits dérivés, je vous en ai trouvé un de gratiné pour l'occasion. ;o)

Le machin dont il est question aujourd'hui est une sorte de coffret (sous cellophane) sur lequel je suis tombé dans une librairie. Je tiens tout de suite à mettre les choses au point, Panini n'est en rien responsable de cette boite éditée par Toucan Jeunesse. Alors, bon, curieux comme je suis, mon regard est attiré par ce binz rouge vif flanqué d'un gros Marvel Heroes. Le descriptif est alléchant : "le livre des super-héros Marvel", "27 figurines phosphorescentes" et un "masque de Spider-Man". Le tout pour 15 euros. Je flaire immédiatement le produit bas de gamme, d'autant qu'il n'y a aucune photo du contenu au dos, mais bon, je le prends en me disant qu'après tout, je sais à quoi m'attendre.

Eh bien non, je l'avoue, j'ai réussi à être surpris. Pourtant, je m'attendais à du moche et du bâclé, mais là, c'est presque une blague. Commençons pas le livre. Un vulgaire fascicule (cf la deuxième photo en bas de cet article) évoque quelques personnages Marvel d'une manière très succincte voire incompréhensible. Non seulement chaque héros n'a droit qu'à trois ou quatre lignes (de gros caractères) pour sa présentation, mais en plus, certaines infos valent le détour. Ainsi, les pouvoirs du Silver Surfer sont définis comme "Survie Cosmique" (c'est quoi ça ??). Daredevil à des "sens surhumains", Hulk a une "puissance phénoménale", Wolvie des "sens animaux", ça sent bon l'érudition !

On passe ensuite aux... "figurines". Je pensais avoir affaire à des petits bonhommes un peu moches, que nenni ! Les figurines en question sont en fait des personnages prédécoupés dans des feuilles cartonnées. J'étais persuadé qu'une figurine c'était une sorte de représentation d'un perso en 3D moi. Ben non, Toucan commercialise des figurines plates. Et en fait, vous aussi, si vous avez une imprimante chez vous, vous pouvez, du coup, vous monter votre propre collection de "figurines" (voir la première photo, toujours à la fin de ce post).
En plus, sur les 27, la plupart des personnages sont en double, mais bon, normalement, après le choc de la découverte, ça pourrait bien être 27 fois Spider-Man que ça serait pareil.

Reste le fameux "masque" de Spider-Man... comment vous dire ? J'en ai déjà vu des merdes hein, des trucs bricolés à la va-vite et dont le vernis, appliqué à grand coup de licence ronflante, est censé caché l'odeur. Mais là, je le reconnais, ça dépasse tout. Le masque est en fait un dessin de la tête de ce pauvre Spidey, imprimé sur un carton tout rigide. C'est donc un masque... plat. Avec deux minuscules trous pour les yeux et, surtout, une sorte de trappe pour faire passer le nez. RI-DI-CULE ! A ce niveau de foutage de gueule, ça devient même drôle. Seulement, ce qui me gêne, c'est que sans doute bon nombre de parents (la date de sortie n'est pas innocente) vont acheter ce coffret prometteur en pensant bien faire et satisfaire leurs bambins. Qu'ils sachent donc que le livre n'en est pas un, que les figurines sont des conneries que l'on peut faire soi-même et qu'il existe de meilleurs masques, voire même des costumes entiers, pour moins cher.

Je crois qu'il va falloir s'accrocher pour trouver quelque chose d'aussi racoleur et d'aussi peu intéressant. On sentait l'effluve de l'investissement minimum mais c'est l'odeur nauséabonde de l'arnaque qui vous prend à la gorge dès que vous ouvrez ce coffret. Mon fils en rigole encore. Et il n'a que onze ans.
Parfois, y'a des licences qui se perdent. Les coups de pied au cul aussi.

(cliquez sur les photos pour obtenir la taille réelle)

ps : ajout d'une "vraie" figurine, Havok pour être précis, dans les Figurines Marvel.

28 novembre 2008

Paradise X : Chapitre Final

Le 6ème 100% Marvel consacré à Paradise X vient clôturer la longue saga d'Alex Ross. Cosmique et complexe.

L'humanité entière qui mute, un Mephisto cherchant à échapper à son destin, des Célestes qui se reproduisent en pondant des oeufs au coeur des planètes, la Mort qui meurt, un Paradis qui engloutit tout et devient une menace, voilà, en vrac, quelques-uns des thèmes contenus dans Paradise X, dernier volet d'une trilogie commencée dans Earth X et Universe X (et dont vous pouvez lire un résumé un peu plus complet ici).
Les épisodes rassemblés ici datent de 2003 (en VO). Il aura donc fallu plus de huit ans pour que la version française soit enfin disponible dans son intégralité (le premier tome ayant été publié en 2000 en France). Voilà qui n'aide pas à suivre l'histoire d'autant qu'elle est... extrêmement complexe.

L'idée de départ est d'Alex Ross (qui signe également les superbes covers), le scénario (probablement le truc le plus embrouillé jamais écrit pour la Maison des Idées) est de Jim Krueger et les dessins des pages intérieures sont de Dougie Braithwaite.
Niveau personnages, on traverse un peu toutes les strates de l'univers Marvel : Black Bolt et les Inhumains, Hyperion, les Vengeurs, Mar-Vell, Loki, Thanos, Daredevil, Spider-Man et sa fille, Merlin, King Britain, et j'en passe, on peut difficilement faire plus complet ! Cette incroyable épopée évoquant le futur des héros Marvel (ou du moins l'un des nombreux futurs alternatifs) tente de donner une explication globale à l'univers et de relier divers personnages et évènements connus dans une sorte de "Tout" relativement cohérent. Je dis bien "tente" car le résultat est pour le moins confus et la manière de mettre tout cela en scène assez lourde, notamment à cause des multiples questionnements de X-51 (et d'autres protagonistes d'ailleurs) tentant désespérément, en même tant que le lecteur, de comprendre quelque chose à cet embrouillamini métaphysique.

Evidemment, mieux vaut connaître déjà un peu les bases du Marvelverse si vous ne voulez pas frôler la syncope. Le tout est plutôt dense, les épisodes - déjà bien fournis en texte - étant entrecoupés d'appendices verbeux qui n'éclairent pas toujours vraiment la situation. Au-delà du rythme poussif et des répétitions, le lecteur pourra toujours profiter de personnages au look souvent réussi et d'une mythologie qui peut maintenant rivaliser haut la main avec les panthéons les plus peuplés. ;o)

Une histoire à part, quelque peu déroutante, et dont Earth X reste, de loin, la meilleure partie.

De l’évolution des techniques narratives

En plusieurs décennies, de l’eau a coulé sous les ponts dans nos comics. Ils ont évolué mais en quoi consiste exactement ce virage essentiel ?

Il y a un fait qui est immuable : bien des lecteurs sont, avec raison, attachés à leurs premiers pas sur une série. Eh oui, la « première fois », ça compte. Que ce soit dans la vie amoureuse ou lors des premières planches dévorées avec un regard passionné et un cœur pur. Avec le temps, nous avons tendance à embellir nos souvenirs et, surtout, à les associer à nos propres sentiments. Les analyser, admettre qu’ils soient un peu moins forts ou motivés par des créations moins intemporelles que ce que l’on imaginait, c’est un peu se remettre en cause soi-même. Et ce n’est pas évident.

La première – et plus commune erreur – est sans doute de confondre nostalgie, compréhensible, et enfermement buté dans le passé. Au niveau de l’aspect visuel, certains admettent plus facilement les choses, sans doute parce qu’il est difficile de nier les progrès accomplis au niveau des dessins et de la colorisation (cela n’implique pas nécessairement d’ailleurs une optique purement réaliste, bien des styles très typés peuvent aujourd’hui tenir le haut du pavé et même faire jeu égal avec certaines peintures ayant l’avantage de ne pas traîner derrière elles l’étiquette « divertissante »). D’un point de vue scénaristique, les changements, pourtant essentiels, sont moins palpables.
Et pourtant, le fait est là, l’on ne raconte pas une histoire de la même manière aujourd’hui que dans les années 60 ou même en 1990.

Avec le temps, la société évolue. Pas seulement d’un point de vue technique mais dans tous les domaines. La morale change, les habitudes changent, le langage même change. Non pas d’une manière violente permettant de tracer une rapide frontière historique sur une hypothétique frise, mais en douceur. Le glissement est léger, lent, sans heurt. Mais, au bout du compte, il est radical.
Prenons un exemple connu de tous : les premiers pas de Peter Parker, alias Spider-Man. Sa « transformation » est, à l’époque (en 1962), torchée en quelques cases. Or, combien de fois les auteurs nous ont, depuis, gratifiés de relectures plus complètes de ce moment crucial ? Mieux encore, certains détails anodins, comme les débuts de Peter en tant que catcheur, sont aujourd’hui l’objet de mini-séries à part entière.
Ce n’est pas tout et, évidemment, il faut chercher des causes plus profondes que la simple envie de compléter les blancs laissés par les prédécesseurs pour expliquer les différences majeures entre nos anciennes histoires et les récits actuels.

Le lecteur, cet animal bizarre et dangereux, a changé. Il n’est plus si facilement bernable. Il sait que le clonage est un fait scientifique, que la vie existe certainement sur d’autres planètes, il a vu des tas d’effets spéciaux au cinéma, a connu la libération sexuelle, il a accès au savoir (et surtout à un tas de conneries) sur le Net, bref, on ne la lui fait pas.
Pour retenir son attention, il faut le choquer, magnifier ses idées reçues ou encore le surprendre gentiment. Mais surtout, il faut lui donner une impression de proximité qui était naguère proscrite. Finis les habiles Arsène Lupin ou les Zorro exotiques, le lecteur ne veut plus d’une icône comme héros. Il a besoin de failles, de recul, de sordide même parfois.
Ce virage drastique est pris, d’une manière parallèle, dans les séries TV.
Le cinéma le subit moins, peut-être parce que, dès le départ, il s’adressait à un public plus divers et segmenté là où ses moins nobles concurrents visaient à réunir le plus grand nombre (il est d’ailleurs amusant de constater qu’il est aujourd’hui à la traîne en proposant des adaptations de comics fades et sans aucun intérêt).

Mais revenons aux comics. Quelques auteurs profitent d’une certaine aura pour aller très - voire trop - loin (Moore par exemple), d’autres vont effectuer un travail sérieux et décomplexé par rapport aux media supposés plus « nobles » (le 300 de Miller est à ce titre exemplaire).
D’un point de vue concret, la violence est moins édulcorée (et c’est sans doute un bien, surtout lorsqu’elle suscite le dégoût), le sexe est plus présent, les dialogues plus crus, mais s’il suffisait de mettre des gnons, des bites et des gros mots dans une BD pour qu’elle fonctionne, ça se saurait. Il y a donc quelque chose de plus viscéral mais aussi de moins évident.
L’écriture, en soi, évolue avec la société. Il n’y a qu’à regarder un Starsky & Hutch, série plutôt bonne à l’époque, et la comparer avec un The Shield, véritable chef-d’œuvre, pour que la différence de traitement saute aux yeux. Ce n’est pas seulement la fin du manichéisme, il s’agit d’une manière de raconter qui évolue et implique le lecteur à un plus haut niveau.
Personne, dans les années 60, ne pouvait se prendre pour Hulk, Captain America ou Superman. Même Batman, sans aucun pouvoir, était richissime et particulièrement inventif, donc « à part ». Tout le monde, ou presque, peut par contre se retrouver sur des récits impliquant Jessica Jones (Alias) ou les Runaways. L’exemple de Jessica Jones est particulièrement édifiant car, après tout, qu’est-elle ? Une fille, banale, portée sur la boisson et n’hésitant pas à s’offrir une partie de jambes en l’air quand elle en a envie. Là où auparavant le lecteur trouvait, dans les comics, un puit sans fond d’héroïsme, il y trouve aujourd’hui un miroir rassurant lui disant « ok, tu vois, nous aussi on craint, on doute, on perd parfois. »

Il y a deux aspects, très distincts, dans cette évolution. D’une part une technique narrative pure permettant d’étoffer le personnage par rapport au récit (car à une époque, seule l’histoire importait, il fallait de « l’aventure » sans forcément des protagonistes très travaillés (dans un exemple franco-belge, Tintin, asexué et passe-partout, est un peu le paroxysme du genre, dépassant les frontières et permettant de mettre le récit au-delà du personnage (sauf, peut-être, sur la fin et, notamment, dans « Les bijoux de la Castafiore », parfait contre-exemple de « non-aventure »))), d’autre part une volonté d’aller vers le « commun » (tout en le sublimant, évidemment) pour donner au lecteur un sentiment de déjà-vu voire même susciter une certaine empathie. Il ne s’agit plus d’aller vers l’extraordinaire à la Jules Verne (la science et le cinéma ayant blasé pas mal de monde) mais de faire un voyage vers l’infiniment humain, avec ses travers, ses saletés et ses moments ô combien touchants.
L’auteur ne va plus vers l’inconnu (physique) mais le non-dit (psychologique).
Pouvons-nous, pour autant, dire que le serpent se mord la queue ? Sommes-nous, à force d’histoires impossibles et de légendes magnifiques, arrivé à un point de non-retour qui veut que le réel et le commun soient au centre du récit ? Peut-être. Certainement même. Il ne suffit plus de bombarder un extraterrestre un peu bizarre pour écarquiller les yeux des lecteurs. Une araignée radioactive et de bons gros méchants basiques ne suffisent plus. Il faut de la poussière, du vécu, du doute et du flou. Parce que nous avons grandi, à l’évidence. Parce que certains de nos dogmes absolus se sont effacés au profit d’une sorte de soupe commune où se mêlent religions, technologie et confort personnel, c’est vrai.
Et avec la modernité et ses tares, viennent aussi ses dérives et un certain politiquement correct. Pourtant, ce politiquement correct si présent dans les media, les discours politiques, les émissions TV, semble ne pas atteindre les comics. Au contraire, alors qu’ils étaient, il y a encore peu de temps, destinés à un public enfantin, ils permettent des avancées extraordinaires. Sur la perception de l’handicap, comme dans Echo ou sur la perception de l’homosexualité (d’une manière plus diffuse, en touchant diverses séries). Et puis, il y a des attaques politiques (Millar est coutumier du fait), des moments plus intimistes (un petit binz pour la Saint Valentin ?), des polars historiques parfaitement maîtrisés… bref… ce que certains regrettent n’est plus, et c’est tant mieux.
Tant mieux car nous avons, auteurs, dessinateurs et lecteurs, transformé un medium mineur en support de premier plan dépassant, par ses audaces et ses élans, largement le cinéma.

Ce qui a changé ? Nous avons un esprit plus large et un estomac plus solide.
Et les scénaristes et dessinateurs se sont parfaitement adaptés, depuis quelques années, à cette nouvelle exigence et ce nouvel appétit. Un comic n’est plus forcément un machin vendu à la va-vite sur du papier de mauvaise qualité. Et un lecteur de comics n’est plus, forcément, un trou du cul. Nos planches peuvent être géniales ou à chier, elles ont acquis un droit précieux : celui d’être considérées comme un véritable moyen d’expression et, surtout, une source culturelle réelle pour ceux qui les lèchent du regard. La BD n’est plus un livre au rabais pour adolescent attardé, elle est une manière de marier la force et l’habileté du récit au pouvoir évocateur des images. Les dessins ne sont plus une facilité, ils font le lien entre l’indicible et le lecteur, entre ce qui échappe aux mots et ce que nous savons, d’instinct, être important voire essentiel.
Nos comics sont aussi l'union, imparfaite mais féconde, des crayons et de la plume. Rarement dans l’Histoire, deux courants artistiques si opposés dans la forme ne se seront aussi bien mariés sur le fond. Il s’agit ici non pas de séduire un jury pour gagner un prix littéraire mais d’emporter l’adhésion de lecteurs pour gagner un peu d’argent et réussir cette incroyable – et si gratifiante prouesse – qui consiste à faire éprouver à un parfait inconnu des sentiments réels à partir d’une histoire totalement inventée mais bien racontée.

Peut-être que, finalement, rien n’a changé. Au fond, il reste un besoin de conter et, de l’autre côté, un besoin de s’étourdir. Et là où des media très technologiques sont un peu à la traîne, nos planches sont, elles, loin devant. Parce qu’un noyau dur de passionnés leur permet d’exister mais aussi, probablement, parce que l’audace se niche toujours là où on la soupçonne le moins.


"Le serpent qui ne peut changer de peau, meurt. Il en va de même des esprits que l'on empêche de changer d'opinion : ils cessent d'être esprit."
Friedrich Nietzsche.