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08 mai 2015

Miss Marvel, tome 1 : Métamorphose

C’est avec joie que j’ai appris que la série Miss Marvel allait repartir, après les épisodes médiocres (et dangereux pour la vue) de Captain Marvel qui m’ont laissé un relent de bâclé et de "peut faire mieux".
Tout comme le reboot d’Ultimate Spider-man en Août 2011, Miss Marvel se refait une beauté et une cure de jouvence pour sa première apparition en février 2014 aux USA.
Un an après (février 2015), cette série est publiée en France, sous la tutelle de Panini Comics dans la collection 100% Marvel, et connait un franc succès (grâce à une bonne stratégie commerciale notamment, vous risquez d’être déçus si vos attentes se portent sur les commentaires laissés sur la page FB de Panini… la série est bonne, mais n’a rien de transcendant).


En ayant toujours été fan de Miss Marvel (un peu pour les mêmes raisons que l’héroïne, d’ailleurs !), je souffrais cependant d’un problème d’identification au personnage (comment remédier à mon absence de blondeur et d’un justaucorps décidément trop ample au niveau de la poitrine ?).



Ainsi, j’ai été agréablement surprise lorsque l’éditeur a décidé d’accorder cette série d’envergure (pas tout le monde n’a la chance de camper Miss Marvel) à une jeune femme issue d’une minorité ethnique et religieuse. En effet, même si je n’y ai jamais fait allusion n’y voyant pas la nécessité, j’ai plus de ressemblance avec Kamala Khan qu’avec quiconque au sein du harem, pourtant peuplé, des super-héros ! De fait, malgré ma joie, des craintes ont commencé à fleurir : Comment son milieu sera-t-il exploité ? Espérons que l’on n’ait pas là (encore une fois) une caricature grotesque (et pourtant si commune et adorée des médias) d’un cadre familial oppressant et d’une liberté anéantie.

Miss Marvel #1-5 : Nouvelle peau, nouvelle vie.

Les premiers épisodes étant les plus importants, du fait de la présentation d’un nouveau personnage dans un nouveau contexte, le rôle qu’occupait la scénariste G. Willow Wilson était des plus épineux. Je pense cependant qu’elle l’a rempli avec brio malgré quelques couacs. Et surtout, elle a donné un visage (un peu) plus réaliste du quotidien des musulmans, étant elle-même convertie à l’Islam.
Kamala et son entourage nous sont présentés rapidement, dans les premières pages. Amie avec Bruno et Nakia, une étudiante voilée (avec une bonification pour le passage où elle explique que ce port de voile est voulu et qu’elle n’a d’ailleurs pas le soutien de son père, histoire de faire un pied de nez aux théories généralisées de la soumission des femmes musulmanes), elle semble avoir de la personnalité et un don d’effacement face aux populaires du lycée tels que Zoé Zimmer. Mal dans sa peau donc, et ayant du mal à concilier obligations religieuses et jeunesse dans l’Amérique de tous les possibles, elle tente de s’intégrer au détour d’une soirée alcoolisée au grand dam de ses parents, dépassés par sa crise d’adolescence.
Cependant, ce n’est pas en enfreignant les règles que l’on devient cool et mature, et Kamala le comprendra à son insu, puisque c’est en tentant de retrouver le chemin de la maison qu’elle reçoit ses pouvoirs. Surement le moment le plus flou de tout le récit… Pourquoi elle ? Comment ? (Pourquoi ? Comment ?… et ce, autant de fois que j’ai relu le passage, c’est-à-dire beaucoup). En effet, s’il suffisait d’hallucinations pour se procurer des super-pouvoirs, ça se saurait, et j’aurais sans doute fait une overdose depuis bien longtemps à force de bouffer des champignons hallucinogènes !


C’est seulement après avoir lu Marvel Wikia, que tout s’est éclairci :

Une nuit, Kamala a fait le mur en dépit de l'interdiction de ses parents pour participer à la fête dans le Jersey Waterfront, pour au final être taquinée par Zoé Zimmer et Josh. Alors que Kamala retournait chez elle emplie de colère et de déception, la ville de Jersey a soudainement été enveloppée par de la brume Tératogène, qui a été libérée par le roi des Inhumains, la Flèche Noire (Black Bolt), et Kamala s'est évanouie sous l'exposition.

Mis à part cet incident, le récit reste fluide et fait sourire en étant parsemé de scènes fun (notamment son attitude envers sa famille en rentrant chez elle après la fête, lorsqu'elle pensait toujours porter les cuissardes de Miss Marvel ou lorsqu'elle tente de maîtriser ses pouvoirs après avoir détruit le vestiaire de son lycée) et de monologues internes qui rendent le personnage de Kamala particulièrement attachant. C'est dans cette ambiance décontractée que l'on découvre concomitamment avec l’héroïne et son meilleur ami ses nouveaux pouvoirs qui ne sont pas des moindres : métamorphose, rapetissement et agrandissement sur commande, capacité de guérison, etc.

Pour l'instant durant ces 5 épisodes, Kamala n'a pas rencontré de dangers de renom (un coq !), mais j'ai l'intuition que cela ne va pas durer (il n'y a qu'à voir la couv' de Spider-man #5). Après tout, comme dirait l'oncle Ben, "de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités"... et des ennuis (c'est mathématique), qui sont actuellement surement au coin de la rue !

Concernant les dessins d'Adrian Alphona, ils font très cartoons, et rendent la lecture plus fluide, bien que la colorisation ait tendance à les rendre un peu trop plats, ce qui est dommage... l'action ne nous saute pas aux yeux. Cependant, sur certaines vignettes, son style se rapproche assez de celui des mangas où les décors sont minimalistes et assez négligés. Mais bon, ce n'est qu'un détail.
Pour ce qui est du costume, j'avoue avoir ri. Beaucoup. Qui aurait cru qu'un burkini ferait un jour l'objet d'un costume de super-héros ? L'idée était bien trouvée, bien que je ne puisse m'empêcher de rester hilare face au ridicule de la chose (et de m'imaginer là-dedans, ça donne matière à la censure je vous dis !).
Quant aux couvertures, celle choisie par Panini Comics pour ce premier tome est un pur plaisir pour les yeux (en même temps, c'est signée Pichelli) et la variant d'Annie Wu est très sympa aussi.

En bref, Miss Marvel est pour l'instant tout mignon tant au niveau de la storyline que des illustrations, mais il faut s'attendre à une affirmation de Kamala Khan au cours des prochains épisodes, tant dans sa nouvelle vocation de super-héros où elle devra se renforcer pour être à même de combattre de nombreux vilains, que dans sa sphère familiale et scolaire. Car on ne peut rester inchangé lorsqu'on sauve le monde (forcement notre égo émerge) !


 "Maybe I'm finally part of something... bigger."    7/10

29 avril 2015

Batman - Les Nouvelles Aventures

Passage en revue aujourd'hui du premier tome de Batman - Les Nouvelles Aventures, publié dans la collection Urban Kids.

Comme le nom de la collection l'indique, ce recueil (qui s'avère plutôt épais : 250 pages) est destiné en priorité aux jeunes lecteurs. Néanmoins, cette série inspirée par le dessin animé Batman des années 90 s'avère tout à fait compatible avec un lectorat plus âgé [1].
Surtout, Urban Comics fait encore preuve de sérieux et de rigueur en ce qui concerne l'adaptation et le contenu rédactionnel.

En effet, lorsque l'éditeur s'adresse aux "kids", il n'en demeure pas moins exigeant. Outre la VF irréprochable, l'on a droit à une présentation de Batman et de ses origines, à un historique détaillé sur la série animée à l'origine du comic, à un topo sur Gotham et à des fiches de personnage très complètes, détaillant les pouvoirs ou encore la première apparition de chaque protagoniste.
De plus, certains termes, qui pourraient être inconnus des jeunes lecteurs, sont parfois expliqués dans la BD par des notes de bas de page. C'est le cas de mots d'argot, comme "guimbarde", ou encore de références plus pointues, comme James Cook ou les Moaï de l'île de Pâques. Le souci pédagogique est aussi évident que louable.

Venons-en maintenant à la série en elle-même. Elle est écrite par Ty Templeton et Dan Slott (Amazing Spider-Man, Superior Spider-Man). Les dessins sont assurés par Rick Burchett et le même Templeton. 
Graphiquement, le style est cartoony, parfois un peu simple mais non dénué de charme. 
Le récit est quant à lui adapté au lectorat visé mais conserve tout de même un aspect sombre. Bien que l'humour soit présent et que l'action ne soit pas, dans sa représentation au moins, très violente, certains éléments (comme la mort de certains personnages, même si elle n'est qu'évoquée, ou certaines situations émotionnellement fortes) contribuent à ne pas verser dans l'angélisme naïf et à conserver une dimension quelque peu dramatique. 

L'ouvrage se divise en deux grandes sagas (La Société des Ombres et La Société des Faux Visages), elles-mêmes divisées en chapitres qui contiennent deux épisodes : le premier fait progresser la trame principale alors que le second, plus court, approfondit un thème ou un personnage (on apprend par exemple comment un ancien flic, devenu détective privé, a perdu son emploi dans la police, ou encore comment Bruce Wayne a eu l'idée de prendre le rôle du criminel Malone pour infiltrer la pègre). 
Niveau guests et ennemis, l'on retrouve Robin, Gordon, Batgirl, le Joker, Ra's Al Ghul, le Pingouin, le Sphinx ou encore Phantasm. Un casting classique mais efficace.

Même si la série ne peut pas rivaliser avec des productions plus adultes (ce qui n'est pas le but de toute façon), elle possède des qualités indéniables. Certaines scènes sont visuellement et narrativement très réussies, comme lorsque Batgirl "décroche" d'une échelle en tentant de rattraper un criminel tombant dans le vide. La petite séance chez le psy, pendant l'épisode final, mettant en scène un très habile jeu d'association d'idées dévoilant les réelles pensées de Batman avant la réponse de Bruce Wayne, est également savoureuse et dévoile une conclusion poignante et mature. 

Au final, ces aventures se révèlent accessibles et ont le mérite de ne pas prendre les enfants pour des imbéciles.
Sous la douceur des planches se cache une souffrance qui, en affleurant parfois sans jamais heurter vraiment, donne à ce comic un véritable parfum d'enfance, fait de magie, de sourires mais aussi de menaces métaphoriques élégantes.
Et puis, alors que l'on a terrorisé nos gamins pendant des siècles avec des contes peuplés d'ogres, de sorcières et de parents indignes qui abandonnent leurs mioches dans la forêt, ce n'est pas la faune interlope du Dark Knight qui risque de les traumatiser. Ou pas beaucoup plus disons.

Idéal pour découvrir le justicier de Gotham. 
Vivement conseillé.

+ accessible
+ style graphique agréable
+ casting de choix
+ quelques scènes plus "adultes" que l'on ne pourrait le croire
+ richesse du contenu rédactionnel


[1] C'est d'ailleurs souvent le cas des séries estampillées "kids", comme Spider-Man loves Mary Jane chez Marvel. Le Spider-Man Poche, plutôt lui aussi axé sur les enfants, a par exemple accueilli l'excellent début de la première série Ultimate Spider-Man. L'on peut noter aussi la plus récente collection Panini Kids, au contenu aseptisé mais honnête, ou encore Sentinel, une série publiée en Mini-Monster et qui n'a pas franchement rencontré de succès malgré des qualités évidentes. Enfin Bone, sous un aspect enfantin, véhicule une réelle noirceur et des thèmes franchement adultes.




17 avril 2015

The Dark Knight : à l'origine du mythe


En 1986, Frank Miller se charge de réécrire l'histoire du Caped Crusader à sa façon. Assisté par Klaus Janson à l'encrage et Lynn Varley aux couleurs, il redorera non seulement le blason du super-héros le plus emblématique de DC, mais établira des fondements durables sur lesquels les nouvelles séries consacrées à Batman, en comic books, à la télévision et au cinéma, n'en finissent plus de s'appuyer : il est désormais de bon ton de revendiquer l'œuvre de Miller comme référence, quand bien même on n'en tirerait pas la quintessence (voir les films de Nolan). L'ouvrage, devenu culte, a été plusieurs fois réédité, et il en existe en France plusieurs versions, dont une intégrale chez Delcourt.

L'histoire se déroule dix ans après la dernière apparition du héros. Bruce Wayne établit un constat amer : Gotham a irrémédiablement sombré dans la décadence, et la racaille règne sur les bas-fonds d’une cité en proie à la peur. Gordon n’est plus désormais qu’un policier désabusé et, cerise sur le gâteau, le Joker refait parler de lui. Il est temps pour Batman de revenir, et sa croisade personnelle, impitoyable et féroce, fera parler de lui jusque dans les hautes sphères de la Présidence, au point que le Justicier de l’ombre soit déclaré gênant. Mais qui pourra, ou osera, l’éliminer ?





Relire The Dark Knight est une expérience fascinante, parfois éprouvante : à chaque âge, notre attitude de lecteur changera - mais l'impact sera toujours aussi puissant. C'est avec ce titre que j'ai redécouvert Batman, que je connaissais dans des comics mais qui avait été rapidement supplanté dans mon cœur par toute une génération de héros marveliens plus fascinants sans être aussi charismatiques (quoique...). L'écriture brutale et intuitive et un dessin sobre, épuré, sans concession, presque archaïque, détonnaient face aux productions Marvel de l'époque et le scénario, sombre, d'une maturité exemplaire, prenait aux tripes et vous explosait en pleine face, sans vous laisser de répit. Amer, et terrible. 




Cette relecture, après toutes ces années pendant lesquelles Marvel et DC traversèrent des périodes fastes et moins intéressantes, est révélatrice d'un constat permanent : il ne suffit pas de demander à des artistes de faire du beau avec de beaux outils graphiques sur des histoires transparentes et banales. Les productions Wildstorm/Image et, dans une moindre mesure, l’aventure Heroes Reborn, axaient tout sur le graphisme : des désillusions qui ont fini, plusieurs années après, par me lasser de séries jolies à regarder, mais d'une vacuité terrible, se bornant à répéter des schémas éculés, voire à ne rien raconter du tout. Même les jeunes lecteurs, en adoration au début, ont vite déchanté, attendant davantage des scénaristes : ça n'a pas eu l'heur de leur faire changer d'avis, vu que ces maisons qui nous vendaient du rêve ne cherchent plus qu'à faire de l'événementiel sans impact sur la production courante (pour vous en convaincre, lisez les différents billets de Neault sur les crossovers).  DC et Marvel communiquent davantage qu'ils ne créent et se battent pour s'attirer les faveurs d'artistes qu'ils musellent par un cahier des charges bien trop lourd, ne leur laissant plus le loisir d'oser. Or, il suffit bien souvent, et simplement, d'oser, et d'avoir un minimum de talent. Le Frank Miller de cette époque a su conjuguer ces deux atouts, c'est indéniable. Cela dit, il faut admettre que the Dark Knight n'est pas directement accessible pour un ado : ce qui est retracé véhicule tant d'informations diverses et de références culturelles qu'il ne peut être appréhendé qu'avec un minimum d'expérience.  



The Dark Knight n'a pas "mal" vieilli ; au contraire, les événements récents (comme les nombreux actes de terrorisme qui instillent la peur au cœur même des métropoles occidentales) redonnent au récit l'aspect du neuf. L'insécurité et le mal-être qui règnent à Gotham City sont le quotidien de toute grande métropole actuelle. Je ne vais pas raconter l'histoire mais j'ai envie de dire à quel point j'ai été surpris de découvrir certaines approches qui m'avaient échappées à l'époque, comme le traitement du jeune partenaire de Batman ou celui de "l'Autre Super-héros DC" : on peut dire que des séries plus récentes comme Captain America s’en sont certainement inspirées (relation quasi névrosée entre Bat et Robin comme entre Cap et Bucky ; fidélité sans faille envers le drapeau US, au point d'y perdre au passage certains principes moraux). 

Et comme dans Le Seigneur des Anneaux (le livre), le dernier volet, l'apothéose (ou l'Apocalypse ?) annoncée ne tient pas toutes ses promesses : ça va trop vite, il y a trop de choses à digérer. Néanmoins, l'acte final demeure grandiose et Batman en sort revêtu d'une aura nouvelle et indélébile.

01 avril 2015

America's Got Powers

Télé-réalité et pouvoirs sont au menu du premier tome de America's Got Powers

Il y a dix-sept ans, un étrange cristal atterrit à San Francisco, au milieu du Golden Gate Park. Une violente lueur émanant de la pierre provoque alors l'accouchement de toutes les femmes enceintes dans un rayon de 10 km.
Tous les bébés vont cependant bien. Mieux, ils ont tous acquis un pouvoir en grandissant. Tous sauf un.
Alors que le gouvernement prend des mesures pour contrôler ces surhumains, la télévision lance une émission, ultra-violente, mettant en scène les capacités spéciales de ces jeunes gens...

Ce récit est scénarisé par Jonathan Ross (à la base un présentateur de la BBC) et dessiné par Bryan Hitch.
On ne sait pas trop pourquoi mais, alors que l'histoire ne contient que six chapitres, Panini a eu la bonne idée de la découper en deux tomes. Bah... passons.
Ce n'est pas la première fois que la télé-réalité s'invite dans les comics, loin de là (cf. cet article). Et la critique basée sur la course à l'audimat ou les "jeux du cirque" modernes est également très ancienne, rappelons-nous seulement de l'excellent Rollerball [1]. Aussi, la vision de Ross, bien que très poussée et cynique, tombe un peu à plat et sent le réchauffé, d'autant qu'elle n'apporte rien de bien singulièrement neuf.

L'on suit essentiellement Tommy Watts, un "cristaleux" sans pouvoir, qui va être jeté dans l'arène par le plus grand des hasards. Et bien entendu, celui que l'on surnomme Zéro va finalement se découvrir un don. Là encore, on le sentait venir de loin. Le côté "manipulation" et "conspiration" manque sans doute également de subtilité, avec des personnages et situations caricaturaux. Quant aux autres surhumains, leur personnalité est inexistante. On est très loin d'un Rising Stars par exemple, qui, avec la même situation de départ, explorait la thématique en profondeur et avec beaucoup d'intelligence.
Du coup, alors que l'on attendait une critique habile de la télévision et de ses pratiques (par en plus un scénariste qui en est issu), l'on n'a en réalité que de l'action effrénée, pas désagréable mais un peu légère pour un thème qui aurait pu être explosif et passionnant.

Un méchant gouvernement, des producteurs aux dents longues et un jeune garçon plein de bons sentiments, tout cela est trop convenu pour susciter autre chose qu'un intérêt très limité.
Dispensable.

+ les dessins
+ une narration sans originalité mais qui tient la route
- une thématique survolée, souvent de manière caricaturale
- des personnages bien fades
- une intro un peu facile et déjà vue




[1] Évidemment la version de 1975, de Norman Jewison, bien plus troublante et dérangeante que le pâle remake de 2002. Le film est scénarisé par William Harrison, lui-même auteur de Roller Ball Murder, le recueil de nouvelles dont l'adaptation cinématographique est tirée.




14 mars 2015

Love in Vain : biographie d'une étoile filante

Aujourd'hui, avec le soutien de notre Grand Gourou Neault, je cède la place - et la parole - à mon grand ami Lobo, ex-marvelophile mais toujours amateur de bandes dessinées et comic books indépendants (et de musique à l'avenant).



En septembre 2014, Glénat mettait sur le marché, dans la collection "Hors Collection", la biographie ultra stylisée du mythique bluesman Robert Johnson, père de tous les rockers modernes (mort tragiquement, peut-être à la suite d'une rivalité amoureuse, à l'âge de 27 ans, il est sûrement l'initiateur du fameux Club des 27*).

Présenté dans un album cartonné de 72 pages, Love in vain s'impose comme une magnifique œuvre d'art, un véritable objet de collection. 


Ci-dessus, le crayonné et la version définitive de la scène dédiée à Beale Street.

En partant des deux seules photos connues du légendaire guitariste de blues, en s'appuyant sur les travaux des photographes Dorothea Lange et Walker Evans, connus pour leur reportage sur la grande dépression de 1929, et avec un travail de documentation qu'on devine colossal, Mezzo vous explose littéralement les mirettes dans un style hyper-réaliste qui donne un ton quasi fantastique à ses cases, lesquelles évoquent autant la peinture que la photographie dans un découpage très cinématographique, le tout souligné par les textes de J.-M. Dupont, tout en réalisme poétique autour du Mississippi des années 30, miné par la ségrégation. Cette synergie achève de faire de Love in vain un récit quasi biblique hanté par le sexe, l'alcool et le diable, une ode pour tous les outcasts et autres freaks qui ont pour seule ambition de faire de leur vie une fuite en avant tragique et incandescente, en traversant l'existence telles des étoiles filantes...

Un Must !

Un clin d'œil à Dorothéa Lange

* Le Club des 27 est l'un des noms donnés par certains spécialistes à une liste de personnages influents du monde du rock et du blues, tous décédés à l'âge de 27 ans. Robert Johnson y est souvent intégré, alors que le noyau dur est composé de Brian Jones, Jimi Hendrix, Jim Morrison et Janis Joplin – auxquels on a ajouté récemment Amy Winehouse et Kurt Cobain.

11 mars 2015

Lucy Loyd's Nightmare

Du trompe-l'œil, du sang et de la mise en abîme aujourd'hui avec Lucy Loyd's Nightmare.

Voilà un album un peu particulier, sorti en avril 2014 chez Delcourt. Première chose étrange, bien que ce soit des auteurs aux noms américanisés qui soient crédités (Lucy Loyd et Mike Robb), il n'est fait mention d'aucun traducteur... même pas un studio. Or quand on ne mentionne pas le traducteur, c'est en général qu'on n'en a pas eu besoin. Et en effet, il suffira de quelques recherches pour se rendre compte que Loyd est un pseudo inventé de toutes pièces. Ce livre, dirigé par David Chauvel, est donc un faux comic mais, fort heureusement, une vraie bonne BD.

Comme on pourrait s'en douter au vu du titre, il s'agit avant tout d'un hommage aux comics horrifiques, du genre Tales from the Crypt, de EC Comics. L'on retrouve donc une série d'histoires courtes bien qu'un fil conducteur et divers personnages les relient plus ou moins entre elles.
Dans ce type d'ouvrage surviennent invariablement deux difficultés principales, liées au format court et aux propriétés inhérentes à l'art séquentiel. Il est en effet difficile d'installer rapidement des personnages (mais c'est indispensable si l'on veut que le lecteur frissonne à l'idée de ce qui peut leur arriver) et il est encore plus compliqué de faire peur ou de surprendre dans une BD. Tout simplement parce que, en bande dessinée, le lecteur voit une partie du "futur" à chaque fois qu'il tourne la page [1].

Eh bien ici, ces deux difficultés ont été surmontées avec une aisance magistrale. C'est tout bonnement un tour de force technique. D'une part les personnages et situations sont très rapidement et très bien introduits, d'autre part, l'on est souvent surpris par les chutes ou retournements de situation (qui arrivent toujours au bon moment). 
Cette narration nerveuse et intelligente est en plus servie par un humour constant, qui renforce encore l'impact des scènes (celle du shérif et de son "auditoire" surprenant vaut à elle seule le détour). 

Entre les outils de jardinage, les tarés au volant de poids lourds, les morts-vivants ou les dinosaures en plastique, les menaces sont variées et bien employées. Les auteurs s'amusent à jouer avec des codes horrifiques bien connus et à mettre en abîme leur propre BD et son auteur imaginaire. 
Graphiquement, là encore c'est parfait, à la fois classique et moderne. Quant à l'aspect éditorial, l'on se rend compte que rien n'a été laissé au hasard, de la quatrième de couverture à la dédicace.

Maîtrisé, efficace, blindé d'humour et de bonnes surprises.
Clairement conseillé !

+ construction narrative parfaite
+ humour des dialogues et situations
+ variété des récits
+ mention spéciale pour le shérif et son histoire
- plus surprenant et drôle qu'effrayant, mais c'est aussi le genre qui veut ça


[1] Rappelons-nous également la platitude de certaines adaptations, comme Vendredi 13 ou Freddy Krueger, qui n'ont jamais réussi à reproduire, sur papier, ce qui permettait à ces classiques de fonctionner à l'écran.




12 février 2015

Marvel Icons : Les Avengers par Busiek & Pérez

Un Marvel Icons de plus chez Panini ce mois, avec cette fois les Avengers à l'honneur.

L'épais ouvrage vient de débarquer en librairie et contient les quinze premiers épisodes de la troisième version de l'on-going Avengers (plus un annual).
Il s'agit donc du début du run de Kurt Busiek (scénario) et George Pérez (dessin) sur le titre. Les épisodes concernés datent de 1998 et 1999.
Nous allons voir tout cela en détail mais l'on peut déjà vous dire que c'est beaucoup moins indispensable que les Marvel Icons consacrés à Spider-Man par Straczynski.

Il faut considérer deux éléments bien distincts dans ce long récit. D'une part la pure castagne, et d'autre part l'aspect relationnel au sein du groupe.
Ce qui a pris un bon coup de vieux, c'est la baston. Les combats n'ont pas grand intérêt, les adversaires sont parfois ridicules, les invectives désuètes, bref, la narration date vraiment d'une autre époque. Une époque où les comics étaient beaucoup moins intéressants et très caricaturaux (mais bon, certains aiment le côté nostalgique). 
Ce qui reste intéressant, c'est l'aspect psychologique des personnages, leurs états d'âme, leurs doutes ou encore leurs relations amoureuses contrariées.

L'on va par exemple en apprendre plus sur les pouvoirs chaotiques de Wanda Maximoff, alias la Sorcière Rouge (et assister même à un remodelage de réalité qui préfigure un peu, à plus petite échelle, ce que sera bien des années plus tard House of M), mais aussi sur ses problèmes sentimentaux, coincée qu'elle est entre Vision et Wonder Man. Les auteurs s'attardent également sur les problèmes d'alcool de Carol Danvers (alias Ms. Marvel, Binary ou Warbird, elle change de pseudo comme de petite culotte). Et le duo d'ex-New Warriors, formé par Justice et Firestar, se révèle très intéressant également : Vance, fasciné par ses idoles, se sent de moins en mois à l'aise parmi elles, et Angelica est terrorisée par des pouvoirs certes utiles mais qui peuvent avoir un effet néfaste sur sa santé.

Outre ces personnages, l'on retrouve bien entendu des figures historiques incontournables, comme Captain America, Iron Man, Thor ou Hawkeye. Les Avengers vont rencontrer également (et forcément combattre) d'autres équipes, comme les Thunderbolts ou l'Escadron Suprême. 
Les auteurs eux-mêmes se mettent en scène avec humour, brisant ainsi le "quatrième mur" et évoquant leurs décisions futures. Si cela est tout à fait envisageable sur un titre comme Deadpool, ce serait très difficilement compréhensible sur les séries Avengers actuelles.
L'on a droit aussi à un nouveau venu, Triathlon, dont l'aspect et les pouvoirs sont aussi nazes que le pseudo. Côté vilains, l'on peut citer Mordred, Whirlwind ou Pagan, des stéréotypes de criminels pérorant et cognant sans beaucoup de finesse. On peut noter toutefois également l'idée de mettre en scène d'anciens Avengers revenus d'entre les morts pour combattre leurs collègues (un peu une sorte de mini Blackest Night). 

Le résultat est donc mitigé. Si l'on découvre avec plaisir un très grand nombre de personnages, avec des relations au sein du groupe fort bien traitées, le reste appartient à un autre temps et possède les tics de certaines séries des années 90, où une action débridée, mais souvent soporifique, prenait le pas sur l'histoire elle-même. 
La VF est correcte même si l'on peut relever quelques erreurs ("l'autrefois"), des décisions parfois étranges (les vengeurs deviennent les Avengers, tout comme Red Richards est maintenant appelé Reed, ce qui me semble plus logique, par contre, les Fantastic Four sont toujours désignés par l'abréviation QF au lieu du plus élégant FF) et quelques oublis (une case par exemple où le texte a été laissé en partie en anglais). 
Panini a ajouté une petite introduction, un topo sur les auteurs et les covers. Un poil léger pour le prix (des fiches de personnages seraient idéales pour accompagner ce genre d'histoire).

Très difficile d'avoir un avis tranché concernant ce Marvel Icons. Narrativement, le récit parait aujourd'hui, en référence aux codes actuels, franchement maladroit. Les dessins restent cependant agréables et la colorisation criarde bénéficie de l'atténuation apportée par un papier non glacé. 
Plutôt réservé aux complétistes, aux nostalgiques ou aux fans purs et durs des Avengers.

+ la vie privée des Avengers
+ un très bon Pérez
+ papier adapté
- une narration datée
- des ennemis souvent fades ou caricaturaux
- prix élevé 
- traitement éditorial léger





02 février 2015

Coffin Hill : flic & sorcière

Une nouvelle série Vertigo a débarqué il y a peu chez Urban Comics et flirte avec le polar et le fantastique : Coffin Hill.

Eve Coffin est une jeune policière qui vient juste de mettre fin aux agissements d'un serial killer, s'attirant ainsi la curiosité de la presse. Alors qu'elle retourne chez elle, dans le Massachusetts, elle découvre que deux jeunes gens ont disparu dans les bois où, plus jeune, elle a elle-même vécu une expérience traumatisante.
En effet, lors d'une nuit mémorable mêlant magie, sexe et drogue, quelque chose de terrible s'est déroulé au cœur de la forêt. Quelque chose qui peut vous faire disparaître dans les ténèbres ou vous rendre fou...  

Cette série est écrite par Caitlin Kittredge, romancière connue pour ses ouvrages de fantasy mêlant justement polar et magie. Les dessins sont l'œuvre de Inaki Miranda
Alors que l'on aurait pu s'attendre à un bon gros ratage à la Mercy Thompson ou du genre La Maison de la Nuit, l'on a la surprise de découvrir non seulement une histoire qui tient la route mais également une ambiance tout à fait réussie qui génère frissons, curiosité et cette indispensable envie de tourner les pages.

Si l'aspect graphique est indéniablement séduisant, Miranda installant des décors plutôt impressionnants (crypte, vieille bâtisse, bois brumeux...) et des personnages au look gothique, l'écriture de Kittredge s'avère être d'une efficacité redoutable.
Le personnage principal, sorte de sorcière moderne et futée, est parfaitement campé et l'histoire progresse régulièrement, entre flashbacks et révélations. Bien que l'on rencontre tout ce que l'on pensait être en droit de trouver (le médecin taré dans l'asile glauque, l'entité effrayante, l'histoire d'amour contrariée...), l'auteur parvient à dépasser les clichés pour livrer un récit agréable qui navigue entre enquête policière, secrets de famille et pratiques ésotériques. 

Ce premier tome se termine sur un gros cliffhanger qui donne envie de découvrir la suite (prévue pour juin 2015). Même si Coffin Hill ne dispose pas de toutes les qualités d'un Locke & Key (la saga de Hill maniant en plus l'humour et l'émotion et étant sans doute plus inventive), l'aspect étrange des lieux et des personnages, le suspense ainsi que la forte teneur en paranormal peuvent quelque peu rapprocher ces deux titres (attention cependant, la magie reste relativement light et "réaliste", à base notamment de potions ou de symboles dessinés sur le sol [1]). 
Un récit qui, quoi qu'il en soit, ne fera pas honte au label Vertigo, riche en comics de qualité.

Du sang, des sorts et un peu de sexe. Un mélange qui n'est pas suffisant en soi pour faire une bonne BD mais qui ici est particulièrement bien employé et dosé. 

+ un style graphique efficace et percutant
+ de la magie crédible
+ aisance narrative évidente
+ une héroïne charismatique...
- mais dont la dureté et la froideur empêchent pour l'instant le petit plus émotionnel qui rendrait le tout imparable et complètement addictif


[1] Ce n'est bien entendu pas un défaut, cela rend même certaines pratiques plus vraisemblables et leurs effets mieux compréhensibles (cf. cet article sur le sujet).




29 janvier 2015

L'univers étendu Alien débarque chez Wetta !

Après la récente suite de Robocop respectant la vision originelle de Frank Miller, les éditions Wetta décrochent une nouvelle grosse licence prometteuse avec Le Feu et la Roche, une saga en cinq tomes qui se déroule dans l'univers d'Alien et qui sortira en avant-première en France au mois de mars (un mois avant la sortie US) ! 

Tout débute avec Prometheus, un premier volume qui se déroule en 2219, alors que la firme Weyland-Yutani envoie une équipe sur LV-223 afin de récupérer une épave. Problème, l'épave n'est pas celle prévue et, au lieu d'un paysage désolé, les types découvrent une végétation luxuriante et des créatures inconnues...

On nous annonce notamment que cette série permettra d'établir des liens entre Prometheus et les sagas Alien, Predator et Aliens vs Predator
Un joli coup de boost pour l'univers des sales bestioles. ;o)

L'ensemble des cinq tomes (Prometheus, Aliens, Predator, AvP et Prometheus Omega) seront proposés en versions papier et numérique.