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27 octobre 2014

Danger Girl : Girls, Guts, Guns... & Girls !

Lorsque J. Scott Campbell a pu asseoir sa notoriété dans le monde des comic-books suite à sa collaboration avec Jim Lee sur Gen 13, il a eu le loisir de se pencher sur les frustrations qu'il avait accumulées en faisant ce boulot que, par ailleurs, il adorait. 
Pourquoi ne pas sortir du sentier profondément balisé des histoires de super-héros interminables pour assouvir ses fantasmes et coucher enfin sur le papier les passions qui l'avaient conduit à devenir artiste ? Nourri dès son plus jeune âge aux grandes sagas populaires du type Star Trek et Star Wars, vouant un culte absolu aux Indiana Jones, admirateur des James Bond, c'était le moment de créer un produit qui conjuguerait toutes les qualités de ses références, tout ce qui le fascinait et l'émoustillait quand il était ado. Quand on sait que les Aventuriers de l'arche perdue sont nés dans un contexte similaire, on comprendra d'autant plus aisément les sources d'inspiration pour Danger Girl : un truc cool mêlant action, humour, exotisme, un brin d'occultisme et de mythologie, un zeste d'espionnage, des gadgets et, surtout, des filles.

Ce n'est pas moi qui extrapole, je ne fais que reprendre certains des propos de son introduction à l'intégrale Danger Girl dans son édition DeLuxe parue chez MDI il y a quelques mois. Le produit n'est rien moins qu'un rêve de gosse qui a bénéficié du réel savoir-faire d'un dessinateur bien aidé par un pote aussi allumé que lui (Andy Hartnell). Présenter l'œuvre ainsi est tout à son honneur : impossible, même au plus inculte d'entre nous, de passer outre les innombrables clins d’œil qui parsèment les aventures de l'adorable Abbey Chase, accorte aventurière dont les courbes fantasmatiques ne sont que les plus évidents des atouts ; à mi-chemin entre Indy et Lara Croft (plus mignonne que l'un et plus marrante que l'autre - rien que son nom est un appel du pied à Tomb Raider), elle ne cesse de se mettre dans les situations les plus insensées et de s'en tirer en usant de son charme, de ses qualités athlétiques et d'une capacité d'adaptation hors pair - en y laissant, la plupart du temps, une bonne partie de ses fringues (les connaisseurs se rappelleront sans doute que Caitlin Fairchild, leader des Gen 13, souffrait des mêmes problèmes vestimentaires, spécialement lorsqu'elle sortait de l'eau...).

L'intégrale proprement dite ne concerne en fait que la série initiale qui est parue dans l'Hexagone chez Semic en fascicules. Campbell et Hartnell, créateurs du concept, y sont aux commandes, bien accompagnés par des pointures comme Scott Williams, Art Thibert, Justin Ponsor ou Joe Chiodo à l'encrage. L'équipe initiale a ensuite cédé sa place à d'autres artistes pour trois mini-séries parues en France en albums chez Soleil et Glénat (Kamikaze, Destination Danger et Revolver), le temps pour eux de peaufiner leur projet, d'adapter le concept au support vidéoludique (un jeu pour PlayStation est sorti en 2000 et on peut trouver quelques croquis de préparation dans l'édition DeLuxe susnommée (de mémoire, on en apercevait déjà dans les fascicules Semic)).



Danger Girl a bien marché - en tous cas tant que Campbell la dessinait. Sa technique s'était déjà bien affirmée chez WildStorm et lorsque Jim Lee lui a proposé de rejoindre le label Cliffhanger créé spécialement pour ses poulains (Campbell, Madureira et Ramos), ce fut chose aisée. 
On y retrouve ce qui a d'abord fasciné puis agacé les lecteurs d'Image Comics : le caractère prépondérant de l'aspect visuel au détriment du script, la forme privilégiée au fond. Cependant, cet aspect est clairement revendiqué : Danger Girl se voulait un produit ultra-cool et totalement référentiel, entre l'hommage et le pastiche. De la plastique des héroïnes à la profusion de gadgets en passant par les voitures de sport, les soirées mondaines, le savant fou et les adeptes d'un IVe Reich, on frôle la surdose d'hormones. D'autant que le scénario se construit comme un épisode de James Bond, multipliant les scènes d'action et les rebondissements : trahisons, séduction et mystère des origines parsèment les pages découpées savamment afin de mettre en valeur le rythme de narration et les dialogues bourrés de punchlines. C'est fait pour être fun. Impossible de trouver à redire sur la technique de Campbell qui non seulement sait dessiner des filles comme personne (moins fuselées et altières que chez Jim Lee, plus humaines que chez Madureira, plus variées que chez Frank Cho et moins opulentes que chez Terry Dodson) : elles n'ont pas des jambes de trois kilomètres de long et ce caractère inaccessible des top models, mais sont tout de même trop parfaitement proportionnées pour être réalistes. D'autant que Campbell en rajoute tant dans les poses que dans les mimiques : en plus d'être bâties comme des déesses, elles sont extrêmement expressives. Evidemment, elles ne s'habillent pas chez Kiabi et, quand elles ont l'indécence de porter des tenues trop sages, finissent immanquablement par tomber à l'eau histoire de marquer des points au concours de T-shirts mouillés local (soyons honnête, c'est sans doute parce que le dessinateur avait la flemme de dessiner les plis des vêtements) ; sinon, c'est le royaume du cuir moulant, de la résille et des petites culottes. Y en a qui aiment.


En plus, elles dépotent sévère. Chacune a sa spécialité (les Drôles de dames font également partie des références avouées des créateurs), de l'arme de poing au fouet en passant par toutes les lames et l'informatique (la bien nommée Silicon Valerie compensant son petit tour de poitrine par des connaissances technologiques supérieures à la moyenne - soyons clairs : les trois autres sont loin d'être des gourdasses poseuses, c'est juste qu'elles sont trop occupées à trucider les méchants pas beaux pour s'occuper d'écrans et de codes). 
Evidemment, un tel catalogue peut faire peur : on est noyé sous les clichés. D'autant que les hommes sont taillés dans la même matière, entre le bellâtre égocentrique et les ninjas nazis (si, si !). Les hommes d'affaires sont de gros porcs vicieux, les riches héritiers des tapettes enfarinées servies par des soubrettes, le mentor bardé de secrets est le sosie de Sean Connery (avec un catogan !), le nain est forcément libidineux et le savant fou est forcément allemand : n'en jetez plus ! Si ça n'était pas matraqué avec une évidente bonne humeur, ce serait vite indigeste.

Danger Girl ne se veut pas une oeuvre d'anthologie : l'introduction de Bruce Campbell est ainsi aussi élogieuse que parlante. On tient là un concentré d'action sexy et d'humour destiné avant tout à divertir et/ou à se rincer les yeux. Les filles sont belles, les méchants très méchants, ça flingue de partout et on court après des reliques atlantes qui pourraient changer la face du monde. Avouez que ce serait bête de passer à côté !







09 avril 2011

Avengers : Guide Complet des Personnages

Sortie cette semaine d'un nouveau guide Semic consacré aux Vengeurs.

Il existe déjà plusieurs encyclopédies centrées sur certaines équipes ou embrassant le marvelverse entier, ce guide, lui, a été conçu autour des très nombreux héros qui ont un jour ou l'autre fait partie des Vengeurs ainsi que des ennemis qu'ils ont affronté.

L'aspect pratique a été plutôt bien pensé : petit format, facilement manipulable (une cover souple aurait constitué sans doute un meilleur choix), et un personnage par page. L'auteur, Alan Cowsill, va à l'essentiel. L'on retrouve pour chaque fiche un petit topo sur le personnage, des informations pratiques (nom, base, taille, poids, alliés...), des caractéristiques techniques notées sur 7 (force, endurance, rapidité, intelligence...) ainsi qu'une illustration principale et deux mises en situation, entourées de petits pavés de texte explicatifs.
En tout, plus de 200 personnages rassemblant bien entendu les plus connus, tels que Captain America, Iron Man, Wolverine, Spider-Man, mais aussi des seconds couteaux plus obscurs, comme Arkon, Two-Gun Kid ou Klaw. Un sommaire, classant les personnages par ordre alphabétique de leurs pseudos originaux permet de rapidement accéder au sujet recherché.

Bien entendu, le côté succinct des informations présentées ici destine plutôt ce guide aux néophytes. Il est en effet pratique, pour se retrouver dans le vaste monde Marvel, de pouvoir rapidement accéder à quelques données essentielles permettant de se faire une idée générale d'un intervenant méconnu.
Mais, et c'est un gros "mais", certaines erreurs ou omissions peuvent également malheureusement égarer un peu plus le nouveau venu ou, tout au moins, nuire à l'utilité réelle de ce guide. Cette réalisation douteuse finit même par être une marque de fabrique des ouvrages Semic (un peu à l'image du Guide Iron Man ou des Chroniques de Marvel, des livres à l'intérêt indéniable mais diminué par de trop fréquentes approximations). Les ratages ici sont multiples. Tentons d'en faire le tour.

Tout d'abord, l'on peut retrouver de fausses informations. Ainsi, dans la fiche de Fatalis, un encart donne Méphisto comme membre de la Cabale d'Osborn alors qu'il n'en a jamais fait partie. Sur celle de Jessica Jones, il est affirmé qu'elle devient journaliste puis détective alors que c'est l'inverse. De petits détails, certes, mais qui n'aident pas à éclaircir un univers éditorial déjà bien complexe. Autre aspect contestable, alors que les personnages sont normalement classés par leur nom en VO suivi de leur traduction française, par exemple "Moondragon [Dragon-Lune]", certains apparaissent uniquement sous leur nom anglais. Moonstone n'est ainsi jamais désignée sous le nom d'Opale, pseudo pourtant utilisé dans les comics VF. Même chose pour 7ème Ciel qui est ici seulement appelée Cloud 9. Pas de quoi désarçonner les habitués, mais pour un guide destiné à aider les débutants, de tels manques ne sont pas très heureux.
L'on retrouve aussi des fautes plus classiques, de sens ou de français. Le HAMMER est ici mis au féminin, sans que l'on sache bien pourquoi, et la fiche de Galactus nous informe qu'il est "l'ultime survivant de la galaxie qui a précédé la nôtre", ce qui ne veut évidemment rien dire, Galactus étant en fait issu de l'univers qui a précédé le nôtre, ce qui n'est tout de même pas la même chose. Dans les informations concernant Jessica Jones, il est noté que "son esprit vif et son excellente mémoire desservent ses talents de détectives et de reporter". L'utilisation du verbe "desservir" (qui signifie "nuire") est ici impropre, les traducteurs souhaitant en fait dire exactement l'inverse.
L'on peut également regretter quelques répétitions, imputables à Cowsill, qui n'aident pas à optimiser le peu d'espace disponible, ainsi que quelques tournures maladroites. Bref, une impression générale d'amateurisme franchement dommage.

Au final, l'on peut dresser un bilan mitigé dont on retiendra :

Les Plus
- petit prix (15 euros)
- format pratique
- grand nombre de personnages
- belles et nombreuses illustrations

Les Moins
- erreurs et approximations convenant mal à un guide
- quelques fiches trop succinctes et mal optimisées


Avec un peu de sérieux, ce guide aurait pu être incontournable. Miné par un traitement bien léger dû autant à l'auteur qu'à l'adaptation de Semic, il se hisse à peine au-dessus du simple gadget pour collectionneur.
Décevant.

28 octobre 2009

Les Chroniques de Marvel : de 1939 à aujourd'hui

Avec l'énorme pavé intitulé Les Chroniques de Marvel - de 1939 à aujourd'hui, Semic nous propose un fantastique voyage au travers de plusieurs décennies d'aventures éditoriales.

Les fans du marvelverse ne manquent pas d'encyclopédies consacrées à leur passion. Qu'ils soient centrés sur un personnage, une équipe ou une série particulière, les ouvrages sont déjà plutôt nombreux. Semic augmente pourtant encore ce mois-ci le choix offert aux lecteurs avec cet imposant livre se donnant l'ambitieuse mission de retracer le parcours de notre chère Maison des Idées, de sa création - sous le nom de Timely Comics - en 1939, jusqu'à nos jours.

Vous l'aurez compris, notre balade au sein de l'univers Marvel se fera donc par ordre chronologique. Globalement, chaque année commence par un petit résumé des faits marquants, suivi ensuite d'une description mensuelle plus détaillée et abondamment illustrée. Un petit plus non négligeable : un bref rappel des évènements, politiques, économiques ou encore culturels, permet régulièrement de resituer les comics dans leur époque.
Alors, bien entendu nous allons suivre les grandes périodes de Marvel et les bouleversements éditoriaux qui ont façonné l'éditeur, comme l'arrivée d'auteurs marquants, le lancement de nouvelles séries, la création du Comics Code Authority, mais nous pourrons également nous remémorer les évènements clés issus de l'imagination des scénaristes, comme le mariage des Richards, l'arrivée de Galactus ou la mort de Gwen Stacy. Si vous êtes déjà un connaisseur du marvelverse, rassurez-vous, les personnages secondaires ne sont pas oubliés et vous aurez la satisfaction de retrouver, entre autres, les premières apparitions d'un Howard the Duck ou d'une Silver Sable.

Evidemment, avec l'arrivée de Spider-Man, Hulk, les Fantastic Four, les X-Men ou Iron Man, les années 60 tiennent une place respectable dans l'histoire marvelienne. Les super-vilains ne sont pas oubliés non plus, avec Magneto, le Bouffon Vert ou Fatalis. Leurs premières apparitions ou leurs faits marquants sont à chaque fois brièvement résumés, avec quelques explications sur le contexte, les auteurs et la série dans laquelle ils sont publiés.

Il faut l'avouer, le voyage ne manque pas de charme et d'étapes mythiques. Secret Wars, The Infinity Gauntlet, Age of Apocalypse, toutes les grandes sagas sont évoquées, jusqu'aux plus récentes d'ailleurs puisque les auteurs abordent également House of M, Civil War et même Secret Invasion.
Evidemment, les parties les plus intéressantes risquent d'être celles que vous connaissez le moins. Les premières années notamment, avec une plongée dans des styles aussi variés que le western, la romance ou la comédie pure, devraient permettre aux plus jeunes (et même aux moins jeunes d'ailleurs) de découvrir de nombreux titres et personnages méconnus ou tombés dans l'oubli. C'est un véritable plaisir de pouvoir ainsi jeter un oeil aux covers de l'époque ou à de courts extraits. Signalons à ce sujet deux superbes planches de la première aventure de Namor (Sub-Mariner) dans Marvel Comics #1. Par contre, lorsque l'on maîtrise mieux le sujet, pour ce qui est des sagas plus récentes, les résumés pourront sembler parfois un peu brefs voire approximatifs. Ce qui nous amène aux points négatifs de l'ouvrage.

Tout d'abord, l'on peut s'étonner de l'absence totale de sens critique. Ainsi par exemple, alors que plusieurs petits articles sont consacrés à la Saga du Clone, il n'est jamais fait mention du tollé qu'elle engendra chez les lecteurs et du recul éditorial de Marvel qui s'en suivit à l'époque. Un peu dommage, d'autant qu'il y a prescription et qu'il n'y a nulle honte à reconnaître un cafouillage lorsque l'on présente un bilan général aussi flatteur.
Certaines descriptions sont également parfois incorrectes. Ainsi, Sentry est décrit comme un personnage "simplet et hypra-puissant". Or, s'il est effectivement très puissant, Robert Reynolds est loin d'être un benêt. Il a certes des problèmes psychologiques assez graves, mais en aucun cas cela n'influe sur son potentiel intellectuel. Il est même assez stupéfiant de constater que certains peuvent encore associer, de nos jours, un malade sujet à des troubles psychiatriques avec un imbécile. Les auteurs sont, eux, parfois assez maltraités également. Kurt Busiek se voit appeler à deux reprises "Kurk Bussiek". Dans un autre genre, on nous signale des covers alternatives signées "par Michael Turner ou Turner". Autre information étrange ; à propos du costume de Spider-Man conçu par Stark (le rouge et or), on nous apprend que Stark s'en est servi ensuite pour "ses légions d'araignées écarlates". La vache ! Y'a bien eu les clones de MVP qui portaient cette tenue, mais de là à appeler ces trois gamins des "légions"... ils n'ont pas encore osé proclamer Stark Imperator mais on sent qu'il ne faudrait pas beaucoup les pousser.
Et enfin, on retrouve la si énervante contraction "ç'a" (dont Panini nous abreuve dans les dialogues VF) mais, cette fois, elle apparaît dans un texte descriptif. C'est une première ! Putain mais c'est trop dur d'écrire "cela a" ? Même oralement d'ailleurs, on dit "ça a" et pas "ç'a". Quelle espèce de graine d'abruti inculte faut-il être pour dénaturer à ce point une langue ? Comment peut-on laisser des incapables pareils graver leur imbécillité sans limite sur un support aussi noble que le papier ? Alors merde, une bonne fois pour toutes, "ça" ne s'élide pas devant un "a" ! Jamais ! Nulle part ! Sauf si un taré vous menace avec un putain de calibre .44 et l'exige expressément, là on peut élider dans tous les sens, et avec précipitation même ! Mais, dans des conditions normales : NON !

Ça s'est vu que j'étais énervé ? Bon, ceci dit, même s'il me paraît normal de signaler ces quelques égarements, il ne faudrait pas en déduire que ces chroniques ne valent rien. Il s'agit tout de même d'une mine d'informations - sans doute justes pour la plupart - et d'une incroyable vue d'ensemble sur un éditeur culte ayant profondément marqué les comics et le genre super-héroïque.
Le coffret est vraiment très beau, outre le livre (dont la couverture a été découpée en forme de M), il contient deux lithographies de Jim Cheung (c'est la même en fait, une encrée et l'autre version colorisée). Reste le prix, près de 50 euros quand même, qui n'est certes pas négligeable mais qui semble honnête vu la densité des 350 pages. Et c'est bientôt Noël remarquez...

Une encyclopédie passionnante, richement illustrée, dont la traduction n'est malheureusement pas exempte d'approximations voire de franches libertés prises avec la langue française.


Galerie
(cliquez sur les images pour obtenir la taille réelle)


13 juillet 2009

Les Britanniques à la conquête de l'Espace

Et si les missions Britannia avaient remplacé Apollo ? Si l'espace avait été conquis, peu de temps après la guerre, par les pilotes de Sa Majesté ? C'est ce que conte Ministère de l'Espace, une mini-série en trois parties.

1945. Peenemünde, Allemagne. Le plus grand centre de recherche au monde est investi par les américains qui n'y trouvent que des baraquements vides. Les anglais viennent d'exfiltrer les scientifiques allemands au nez et à la barbe de leurs alliés et des soviétiques.
Trois ans plus tard, Spoutnik n'existe pas et la première lune artificielle mise en orbite autour de la terre émet le "God save the King" en morse. Les premières vont s'accumuler pour un Empire qui ne perd rien de sa superbe. Vol habité, station spatiale, premiers pas sur la Lune, conquête de Mars, la Grande-Bretagne, forte d'une avance technologique ahurissante, règne sur l'espace.
Pourtant, un lourd secret pèse sur la conscience de Sir John Dashwood. L'homme a laissé ses jambes dans la course à l'espace. Il est aujourd'hui le plus ancien membre du Ministry of Space. Anobli de surcroît. Et malheureusement, il n'est plus le seul à savoir que les plus beaux rêves ont parfois besoin d'exploiter la saleté et l'horreur pour se réaliser...

Voici donc une mini-série originale qui se révèle être une sorte de version uchronique de la course à l'espace, Washington et Moscou étant complètement dépassées ici par la perfide Albion. Le scénario de Warren Ellis (Astonishing X-Men, Fell, Nextwave, New Universal) est prenant et fort bien construit. L'auteur développe en fait parallèlement un récit contemporain et des flashbacks revenant sur les grandes dates de la Royal Space Force en s'appuyant sur quelques références historiques réelles, comme Peenemünde, immense centre de recherche allemand où furent élaborées les Vergeltungswaffe (les fameux V1 et V2) et où travaillèrent entre dix et quinze mille personnes, ce qui pour l'époque (1936) était tout simplement vertigineux et sans égal.
Visuellement, Ellis est fort bien appuyé par les excellents dessins de Chris Weston. Les appareils anglais ont ce qu'il faut de réalisme tout en s'écartant suffisamment de leurs homologues historiques américains, les scènes dans l'espace sont souvent impressionnantes, comme l'arrivée sur Mars, à couper le souffle, et l'on a droit, sur Terre, à quelques plans d'anthologie, comme cette magnifique planche où des vaisseaux survolent la Tamise et le Palais de Westminster.

Tout est réussi donc ? Eh bien oui sauf que c'est abominablement court. Le sujet est si riche, les étapes si nombreuses, que l'on aurait pu très largement imaginer une on-going plutôt que ces trois intenses mais brefs épisodes. Bizarrement, Ellis est un peu coutumier du fait, l'on retrouve cette même impression de ne pas avoir fait totalement le tour du sujet dans Red, une série inédite en France dans laquelle il dépeint la traque d'un ex agent de la CIA. Autre petit défaut, le fameux "secret" concernant le financement du ministère est franchement téléphoné vu le contexte et l'époque.
Mais qu'importe après tout puisque l'ensemble nous fait passer un très bon moment, surtout si l'on aime un peu les machines volantes et la profonde et mystérieuse noirceur du cosmos.

Un excellent comic qui nous tire de notre pesanteur terrestre pendant un trop bref instant.
La VF est disponible chez Semic et date de 2005.

"Dès lors que vous aurez goûté au vol, vous marcherez à jamais sur terre les yeux levés vers le Ciel."
Léonard De Vinci

20 juin 2009

Jay & Silent Bob : Chasing Dogma

Les pires trous du cul au monde ont eu leur heure de gloire au cinéma, ils sont aussi présents en comics. Par la grâce du Père Dodu. Bienvenue dans le monde du 458ème degré !

Jay et Bob squattent un appart depuis six mois. Ils sont sales, fainéants, obsédés et complètement barrés. Quand la nana chez qui ils se sont installés les met dehors, Jay ne trouve pas mieux que d'aller la rejoindre sous la douche pour la convaincre à grands coups d'élans... affectueux.
Les deux potes vont se faire virer également d'un vidéo club et même d'un bus. C'est eux contre le monde entier. C'est surtout une manière d'être qui ne fonctionne nulle part. Et un jour, ils ont une révélation. Il faut aller à Shermer dans l'Illinois. Là-bas, les pétasses sont bonnes et les mecs sont de petites natures. L'idéal pour deux ratés qui veulent devenir des Tony Montana version light.
Mais entre le rêve et la réalité, il y a de nombreux écueils. Comme un film porno où il faut servir de boute-en-train, et pas forcément pour une nana...

Si vous connaissez Kevin Smith, vous savez qu'il est capable du meilleur comme du pire, que ce soit au cinéma ou en comics. Dans l'univers Marvel, l'on peut retenir son passage sur Daredevil, plutôt bien fichu (et relativement important, cf cet article). Il va également écrire une mini-série Spider-Man/Black Cat qui, elle, est tout à fait dispensable (et va subir des retards énormes).
Au cinéma, le bonhomme suit le même parcours en dents de scie. Clerks, Chasing Amy ou Dogma sont plutôt bons, d'autres oeuvres comme Mallrats, Jay & Silent Bob strike back ou Clerks II vont se révéler franchement poussives. Pourtant, le type a su construire un univers et, surtout, fidéliser un public qui se reconnaît dans son humour volontairement bas de gamme et ses références "geeks".
Smith est à l'écriture ce que McDonald est à la gastronomie. Pas un truc immense mais un truc qui, parfois, fait du bien par où ça passe. C'est gras, c'est lourd, c'est en dessous de tout et c'est Bon !! Avec un gros B en érection.

Revenons précisément sur Jay & Silent Bob : Chasing Dogma, un comic qui fait référence aux films précités. En français, nous avons droit à Jay & Motus Bob. Mouais. On a échappé à "Chut Bob", on s'en sort pas si mal. Bref, nous voilà dans un comic qui, dès les premières planches, doit vous offenser. Parce que c'est n'importe quoi. C'est offensant envers les femmes, les homosexuels, la religion (enfin, la religion chrétienne hein, faut pas déconner), les péquenots et probablement tout ce qu'il est possible d'offenser en 4 x 22 planches. Tout n'est pas forcément drôle mais la surenchère est telle que l'on finit pas avoir le sourire aux lèvres et par se dire que, finalement, cet abruti de Jay vaut bien un Francis Lalanne. En mieux d'ailleurs, puisque sans les bottes. Et avec deux ou trois neurones en plus. Et puis il est dessiné par Duncan Fegredo.
Pour ceux qui ne le sauraient pas, Silent Bob est incarné, au cinéma, par Kevin Smith. Il lui ressemble donc aussi comme deux gouttes d'eau dans les comics. Pourquoi est-il silencieux ? Parce que cela permettait au réalisateur de ne pas avoir à s'embarrasser avec du texte à apprendre. Ah ben quand on est fan de comics, on est débrouillard hein. ;o)
Il y a aussi des moments intéressants au niveau de la VF, chez Semic donc, avec notamment un présentateur américain que le traducteur compare, en note de bas de page, à Claude Pierrard. Là, si vous avez moins de trente ans, ça va être chaud pour piger. Et si vous avez plus... aah... Croque-Vacances...
Sinon, les allusions sont multiples (comme les prises !) et l'on peut entendre parler de Batman ou de Spidey au détour d'une case dégoulinante d'obsessions étranges. Si l'on devait résumer dans le style de Smith : des costumes avec une bite qui dépasse.

Que dire... c'est bas de plafond mais ça vise justement pas plus haut. Pour les nanas, je dirais que Smith est pote avec Jason Lee et Ben Affleck. Ben... ça aide. Pour les mecs... heu... y'a parfois des lesbiennes dans ses films... ça aide aussi. ;o)
Une autre curiosité (décidément, rien de banal dans ce truc), la quatrième de couverture est signée Alanis Morissette (qui joue Dieu dans Dogma). C'est dispo à l'heure actuelle à 3,50 € en neuf dans certains magasins, une raison supplémentaire de foncer tête baissée dans le Smithuniverse ! Enfin, seulement si vous avez une capote, un brin d'humour trash et une envie de vous faire un bon gros comic qui ne lésine pas sur les ingrédients choquants et la sauce piquante.

"D'accord y'a pas de paradis sur terre, mais chiotte... doit bien y avoir un endroit où toi et moi on pourrait zoner peinard, tirer un max de gonzesses et vivre selon la volonté du Seigneur : comme des nababs !"
Jay, sous la plume de Kevin Smith.

15 avril 2009

Ruse : Enquêtes, Magie et Gargouilles

La ville de Partington peut s'enorgueillir d'abriter le plus grand détective du monde. Faisons connaissance avec le personnage en parcourant les pages de Ruse, une fort belle série.

Simon Archard est un détective aux capacités intellectuelles extraordinaires. Il résout régulièrement les affaires les plus complexes et finit même par s'ennuyer ferme, sans véritable défi à relever. L'arrivée de Miranda Cross va pourtant bouleverser le quotidien de Simon, la baronne de Kharibast va en effet bientôt mettre dans sa poche les notables de la ville et discréditer l'habile investigateur.
Emma Bishop, partenaire - ou assistante selon les points de vue - d'Archard va bien entendu lui apporter son aide. La jeune femme est non seulement débrouillarde mais possède aussi quelques dons et un bien curieux secret. Décidemment, cette bonne ville de Partington est pleine de mystères, jusque dans son ciel où volent d'improbables gargouilles.

A première vue, nous voici plongés dans une histoire des plus classiques où un personnage à la Sherlock Holmes cherche à résoudre divers crimes, pourtant le scénariste, Mark Waid (Fantastic Four, Captain America, Spider-Man : House of M), ajoute à sa recette quelques ingrédients inattendus. La magie tout d'abord. La blonde Emma a en effet le pouvoir d'arrêter le temps bien que cela ne soit apparemment pas sans danger. Les gargouilles ensuite, animaux communs dans la ville imaginaire, type Londres XIXème siècle, où se déroulent les évènements. Ces éléments étranges tiennent un rôle important dans l'espèce de méta-intrigue sur laquelle viennent se superposer les affaires policières plus traditionnelles. Et si ces dernières sont résolues dans chaque recueil, de nombreuses questions restent posées à propos du passé des deux personnages principaux.

Les dessins sont l'oeuvre de Butch Guice (Ultimate Origins, Iron Man) et sont réellement splendides (n'hésitez pas à cliquez sur les images présentes dans l'article afin de les admirer en gros plan). La ville est déjà fort belle mais certains décors intérieurs sont à tomber par terre, le simple parquet d'une salle de bal devenant soudainement un régal pour les yeux. Les nombreux détails dont fourmillent les planches incitent d'ailleurs à s'attarder longuement sur elles. Signalons, pour être complet, l'encrage de Mike Perkins mais surtout les couleurs de Laura Depuy, ces dernières venant magnifier les traits de Guice.
Trois volumes sont disponibles en version française chez Semic. L'éditeur mal en point ayant été repris par le groupe Tournon, Ruse peut donc encore se trouver, en neuf, sur leur site (et uniquement là semble-t-il). La traduction est plutôt soignée, fait suffisamment rare pour être souligné. Les livres arborent une couverture en dur, un papier glacé et se présentent dans un format à l'italienne tout à fait approprié. La série a malheureusement été arrêtée aux Etats-Unis après la faillite de CrossGen. Onze épisodes demeurent totalement inédits en France, quant aux droits des séries CrossGen, ils appartiennent maintenant à Disney Publishing.

Une série de qualité qui n'a guère porté chance à ses éditeurs, américains ou français, et qui aurait mérité une plus longue vie.

28 juillet 2008

Le Serial-Killer qui brisa Eliot Ness

Avec Torso, un polar se déroulant dans le Cleveland des années 30, Bendis nous plonge sur les traces d'un tueur en série traqué par le célèbre Eliot Ness. Un comic inspiré d'une histoire vraie et inspiré tout court.

Cleveland. Nous sommes en 1935. Le terme serial-killer n'a pas encore été inventé mais les cadavres sont déjà là. La ville sort de la crise de 1929 et attire une foule bigarrée qui s'entasse dans Shantytown, un bidonville qui rassemble les chômeurs, les sans-abri, des gens qui, s'ils disparaissaient, ne manqueraient à personne. C'est dans ce réservoir humain qu'un tueur en série va puiser ses proies. Il va trouver sur sa route le célèbre Eliot Ness qui, auréolé de sa victoire face à Capone, se voit chargé par le maire de nettoyer Cleveland. Il y a tout à faire. Il faut même penser à installer des feux de signalisation pour faire baisser les statistiques des morts causées par la circulation. Et puis, les pressions politiques sont là aussi. Il serait si pratique que ce monstre dont la presse parle tant soit arrêté avant la convention nationale du parti républicain...

J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer les polars de Brian Michael Bendis, il était temps que je consacre un article entier à Torso, sans doute l'un des plus réussis. Bendis a travaillé ici en collaboration avec Marc Andreyko. Les deux hommes ont avant tout effectué un important travail de recherche sur l'affaire en question. Oui, "Torso" (ou "Mad Butcher" ou encore "Head Hunter") a réellement existé. Malgré le contexte assez exceptionnel de l'affaire (histoire sordide de serial-killer, présence de la "star" Ness, magouilles politiques), elle reste relativement peu connue, en tout cas bien moins que la lutte de Ness contre la pègre de Chicago.
Graphiquement, nous avons affaire à du noir & blanc jouant avec les ombres, les contrastes mais aussi à une technique relativement originale consistant à intégrer de véritables photographies d'époque en guise de décors. On a un peu l'impression, au fil du récit, de consulter un vieil album photo qui, subitement, se mettrait à s'animer sous nos yeux pour nous raconter l'histoire de ces lieux et visages d'un autre temps. Plutôt magique comme sensation.
L'histoire en elle-même reste assez classique : scènes de crime, enquête, un flic intègre, des politiques emmerdeurs, une fausse piste, la tension de l'assaut final, et cetera. Pourtant, le lecteur reste collé aux basques de Ness et de ses Inconnus, la version "made in Cleveland" des Incorruptibles de Chicago. Même la vie privée du super-flic parvient à être évoquée de manière réaliste et sobre, rendant ainsi un personnage "larger than life", et réputé invincible, plus humain sans pour cela sombrer dans le voyeurisme.

Ce livre est disponible en VF chez Semic (dans la collection Semic Noir). L'ouvrage est complété par des articles de presse et des photos d'époque ainsi qu'un très intéressant topo sur l'affaire en question et ses conséquences.
La carrière de Ness fut à jamais entachée par sa décision d'incendier Shantytown pour priver le meurtrier - insaisissable pendant les quatre années où il fut "actif" - de son vivier. Le policier perdit les élections municipales de Cleveland et quitta la ville. Même après son départ, il continua à recevoir des cartes postales du tueur (ou d'un trou du cul morbide). Il emporta dans la mort son intime conviction. L'un de ses inspecteurs continua à se rendre sur tous les sites de crime avec démembrement même après que le dossier fût classé. A ce jour, le "Torso" de Cleveland reste officiellement inconnu.
Pour l'anecdote, Adolf Hitler prit cette série de meurtres en exemple pour démontrer la "décadence de l'Amérique" (sic).

Un excellent Bendis qui parvient à créer une atmosphère pesante et prenante à partir de quelques photos et de dialogues ciselés avec le talent qu'on lui connaît. En tant qu'inconditionnel du gaillard, je dirais que c'est immanquable mais même en essayant de rester objectif, cette histoire vaut largement le détour.

Pour compléter cet article vous pouvez consulter :
Le dossier du FBI concernant Eliot Ness
Le blog de Matt Murdock (qui a notamment chroniqué de nombreuses oeuvres de Bendis)
Un article du site skcentral.com

Extrait de Torso :
- Je voulais vous parler des évènements à venir.
- De quoi ?
- La convention nationale du parti républicain le mois prochain.
- Ah ? Ça ?
- J'espère juste que cette affaire du tueur aux torses sera réglée d'ici-là.
- Pardon ?
- Cette affaire des torses. Je veux que ce soit réglé avant la convention. Le monde entier nous regardera. C'est notre moment de gloire, alors je ne veux pas le voir sali par ce cirque aux horreurs.
- Vous savez ce que je vais faire ? Je vais lui envoyer un télégramme pour lui dire d'arrêter. Je suis sûr qu'il comprendra. A moins qu'il ne soit démocrate.

14 février 2007

Nouvelle encyclopédie Semic

Il reste encore quelques droits Marvel chez Semic puisque ce sont eux qui publient la dernière encyclopédie en date (rien à voir avec celles qu'ils avaient éditées auparavant ou avec celles que l'on trouve actuellement chez Panini). Très belle jaquette tout d'abord, avec le même dessin d'ailleurs sur la couverture en dur. C'est lourd, plutôt épais, la première impression est positive (y'a intérêt vu le prix, 45 € tout de même).
Voyons un peu l'intérieur maintenant. Ce n'est pas moins de 1000 personnages qui sont répertoriés. Vengeurs, Mutants, Entités Cosmiques, Héros ou Vilains, tous sont rassemblés au sein du même ouvrage. Pratique.

Les fiches sont bien illustrées avec des dessins plutôt jolis et assez récents pour la plupart. Outre un rapide rappel du parcours du perso, les fiches comprennent également divers détails comme les nom, taille, poids, pouvoirs, base, et activité ainsi que le nom de la revue et la date de la première apparition du personnage. Les différentes équipes ou organisations sont également présentes ainsi que les principales races extraterrestres. On a droit aussi à un petit historique des grands évènements Marvel, organisé par décennies. Bref, c'est très complet et cela couvre vraiment l'essentiel de ce qu'il faut connaître. Le tout est évidemment classé par ordre alphabétique, de Abomination à Zzzax (tiens, je ne le connaissais pas le dernier).
Bel objet et ouvrage utile, voilà une encyclopédie réussie dont le prix me semble tout à fait justifié et qui aura sa place dans toute bibliothèque digne de ce nom ! ;o)

05 février 2007

The Authority

On poursuit notre petit voyage à l'extérieur de l'univers Marvel avec la série The Authority dont 5 tomes sont parus en librairie dans la collection Semic Books.

Bien que ce ne soit pas du Marvel, vous allez voir, ça en a parfois l'apparence. Tout d'abord, l'on reste dans le domaine des super-héros. Ensuite, l'auteur* n'est autre que Mark Millar que l'on a pu voir sur Ultimate Fantastic Four ou Marvel Knights Spider-Man entre autres. Mais si The Authority a une ressemblance avec l'un des travaux marvelliens de Millar, c'est du côté de Ultimates qu'il faut la chercher. Les célèbres Vengeurs sont d'ailleurs clairement parodiés ici, en plus "trash", et composent une équipe secrète de surhumains dont se servent les Etats-Unis pour intervenir dans le monde lorsque leurs intérêts sont menacés. On pourra sans peine reconnaître Thor, Cap, la Guêpe, Iron Man, etc. Millar y va franchement et nous donne une vision jusqu'auboutiste de ce fameux groupe, quelque chose de plus négatif et personnel que son ébauche dans Ultimates en quelque sorte.

Il ne s'agit pourtant pas là des personnages principaux (les persos inspirés de l'univers Marvel sont plutôt les "salopards" dans l'histoire). Les véritables héros sont en fait Apollo, Midnighter, l'Ingénieur, Swift, le Docteur et Jack Hawksmoor qui forment The Authority, une organisation indépendante qui agit à sa guise contre les états qu'elle juge coupables de crimes. Leur philosophie est simple : pourquoi se contenter de combattre des menaces extraterrestres et des super-vilains pour ensuite laisser commettre des massacres par des gouvernements terriens ? Pour autant (et heureusement car on s'embarquait tout droit dans un politiquement correct nauséeux) les personnages ne sont pas entièrement caricaturaux et se permettent même des réflexions assez drôles, sur... les français notamment. Autre exemple, alors qu'ils viennent en aide à des réfugiés, on sent qu'ils n'ont pas trop envie de cohabiter avec. "Du moment qu'ils ont leurs propres toilettes..." dira l'un des super-héros.
Autrement dit, au final, tout le monde en prend pour son grade. Les Etats-Unis bien sûr (bah oui, c'est du Millar ;o)) mais même les bien-pensants qui veulent bien aider les "pauvres gens" mais surtout pas les fréquenter.

Visuellement (les dessins sont de Frank Quitely qui a notamment travaillé sur All Star Superman), c'est assez hard aussi. Membres tranchés, flaques de sang, on fait dans le massacre joyeusement assumé. Les dialogues sont excellents, souvent corrosifs ("les super-brutes dans notre genre ne sont pas là pour penser ni pour apprendre aux masses à quoi elles peuvent aspirer... nous sommes là pour leur montrer ce qu'elle se prendront dans la gueule si elles déconnent.") et drôles. Les références sont nombreuses et irrévérencieuses (les Batman et Superman de chez DC sont eux aussi égratignés sous la forme du Midnighter et d'Apollo qui sont d'ailleurs en couple !). On a droit également à une petite touche métaphysique avec Jenny Quantum, un nourrisson très convoité incarnant rien de moins que le XXIème siècle.
Voilà donc une série très bien écrite, passionnante et qui se sert avec intelligence des grands mythes super-héroïques pour moderniser et renouveler un concept pourtant déjà surdécliné depuis des décennies. A offrir (avec les Watchmen) à ceux qui en sont encore à "Quoi ? Tu lis des BD de super-héros ? Mais c'est pour les enfants non ?" ;o)

* le premier scénariste de la série était Warren Ellis mais le tome 1 VF commence avec le run de Millar, ce qui ne nuit nullement à la compréhension de l'histoire

25 janvier 2007

Powers

Nouvelle petite incartade hors des publications Marvel avec la série Powers. L'auteur en étant Brian Michael Bendis, l'on reste tout de même en terrain connu (pour ceux qui ne suivent pas dans le fond, il a signé House of M, Alias, et s'occupe actuellement de New Avengers et Ultimate Spider-Man). Les dessins sont de Michael Avon Oeming. Alors là, attention, ça risque d'en rebuter certains. Le style est très cartoony, bien loin de ce qui se fait en général sur la plupart des productions récentes. Perso, à petites doses, ça ne me dérange pas et il faut avouer que cela convient assez au ton de la série.

Voyons de quoi ça parle maintenant. Eh bien en fait, il s'agit d'enquêtes policières concernant des crimes liés au monde des super-héros. Niveau ambiance, certains détails font parfois penser à Ultra des frères Luna (les pubs parodiées par exemple) ou même à Invincible de Kirkman (pour l'humour et l'aspect des persos). Mais en fait, Powers va bien plus loin et fourmille de références et de scènes magnifiquement dialoguées.
Dans un épisode, c'est Warren Ellis (scénariste du récent Iron Man Extremis ou, pendant un temps, de Ultimate Fantastic Four) en personne qui se retrouve au centre de l'histoire, accompagnant les flics afin de se documenter et de trouver l'inspiration. Le point de vue narratif est toujours celui des policiers, jamais celui des masques et des capes. Ne vous laissez pas abuser par l'aspect enfantin du graphisme, le texte est souvent franchement pour adultes. Un petit exemple ? Dans un épisode, Olympia, un super-héros ultra populaire, est retrouvé raide mort dans une sordide chambre d'hôtel. Une fille, avec qui il a eu une "aventure", est interrogée par les deux inspecteurs. C'est une groupie qui est excitée par les "pouvoirs". Elle raconte assez librement qu'elle voyait Olympia pour "baiser" mais que, en dehors de ça, pour ce qu'elle en savait, "c'était un enculé". Mieux encore, elle raconte une anecdote concernant une amie à elle :
- On ne sait jamais ce qui peut arriver dans des aventures de ce genre. Une des filles que je connais, Kate, elle courait après Ringray. Et quand elle a fini par lui mettre la main dessus, elle... c'est drôle... elle lui a fait une... elle l'a sucé.
- Hum.
- Et elle est allé jusqu'au bout et... euh... elle... elle n'en a pas perdu une goutte.
- D'accord...
- Et après ça... elle a été capable de voler pendant quelques heures. Pas très haut ni très vite mais... six heures...

Il fallait y penser. La fellation donnant des pouvoirs pendant un temps limité, voilà une sacrée façon d'appréhender les supermen qui peuplent les comics. ;o)
Evidemment, il ne s'agit pas ici de super-héros confrontés à de terribles menaces, ni même d'une parodie à proprement parler, mais plutôt d'une sorte de constat ironique rassemblant tout ce que l'on ne peut pas dire dans les séries mainstream. C'est inventif, jubilatoire et résolument outrancier, Bendis se délectant à jouer avec les codes habituels du genre. A essayer d'urgence !
(pour l'instant, trois tomes sont parus en VF chez Semic)