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02 décembre 2014

Hello FuckTopia

Du whisky, des champignons hallucinogènes, quelques profs bien barrés et deux jeunes filles plutôt attachantes sont au menu de Hello FuckTopia.

Cet album, sorti il y a quelques jours chez Ankama, est écrit et dessiné par Souillon, le "papa" de Maliki. Les habitués n'auront d'ailleurs pas de mal à reconnaître le style de l'auteur.
L'histoire ? Il n'y en a pas. Ou plutôt, elle est composée de petits riens qui, mis bout à bout, finissent par former un joli tout.
Vous voilà prévenu, l'on est ici dans quelque chose de délicat et doux-amer qui repose essentiellement sur l'ambiance - très réussie - de ces petites tranches de vie.

L'introduction de l'auteur avait pourtant de quoi faire peur. Il parle non seulement d'autobiographie mais d'évidence dans la démarche. Or, un auteur qui me dit qu'il n'invente rien, qu'il ne parle que de lui, cela me met toujours très mal à l'aise. Un peu comme un toubib qui refuserait de toucher les malades, voyez ?
- Vous ausculter ? Heu, non, je ne préfère pas, je viens tout juste de me laver les mains. De toute façon vous avez sûrement une gastro, c'est la saison.
Bien entendu, à un certain niveau, l'on comprend tout à fait ce que veut dire Souillon. Un auteur ne parle que de ce qu'il connaît, donc de lui. Même Tolkien ou Lovecraft parlent avant tout d'eux-mêmes, mais ils ont la décence d'emballer leur égocentrisme dans des inventions censées nous divertir et nous faire oublier que l'on est en train de se taper les états d'âmes d'un parfait inconnu en recueil.

Et fort heureusement, Souillon fait partie de ces Conteurs qui savent rendre l'anecdotique intéressant. Grâce à son incomparable style graphique déjà. Ça lorgne vers le manga, avec de grands yeux et des expressions outrancières, l'on a droit également à quelques tenues - ou absence de tenues - sexy, mais ce sont dans les moments de fragilité et d'intimité que le trait de Souillon parvient à nous séduire vraiment. Mali notamment se révèle tour à tour drôle, touchante ou même un peu garce.
La colorisation, permettant de jouer sur l'ambiance très différentes des scènes, apporte la touche visuelle finale.

Tout au long de ces pages, nous allons suivre Mali, une jeune fille étudiante en art, récemment débarquée à Paris. Elle traîne dans les bars, picole sévère, a ses moments de spleen, mais l'auto-apitoiement est toujours habilement évité. L'on a même droit à de petits traits d'humour, grâce en partie à des dialogues plutôt bien écrits et à des constats aussi durs que réels. Ceux qui connaissent un peu, par exemple, l'ambiance détestable des facs d'arts plastiques n'auront guère de mal à en reconnaître le jargon (à base de branlette intellectuelle pour ââârtiste pétant plus haut que son fondement) et les attitudes pitoyables. 
Même les sempiternels chieurs avec leurs pétitions en tout genre sont gentiment brocardés.

Tout cela est donc joli, agréable, parfois drôle ou émouvant et... ça ne mène nulle part. L'on ne peut s'empêcher de penser que l'on est devant un bric-à-brac de moments qui souffrent d'un manque de liant, de l'absence d'un fil conducteur. 
Et malgré tout, malgré le fait qu'il ne se passe rien et que cette BD soit dénuée de fond, l'on ne peut qu'être séduit par les personnages, leur fraîcheur et la sympathie qu'ils dégagent. 
Gentil sans être niais, grave sans être plombant, Hello FuckTopia est finalement en accord avec la description qu'en donne son sous-titre ("un vrai conte de fées") : la plupart des scènes ont un potentiel énorme et se révèlent accrocheuses pour finalement ne dévoiler qu'un quotidien banal mais magnifié par un artiste sacrément doué. La dernière page tournée, l'on se dit "ah, c'est tout ?", mais à aucun moment l'on ne regrette d'avoir fait la connaissance de Mali, Thémis et Stéphane.

Un univers acidulé dans lequel il fait bon plonger. La faiblesse du scénario est largement rattrapée par une narration efficace et des astuces visuelles apportant nuances et rythme.

+ un style graphique au charme indéniable
+ des personnages suscitant immédiatement l'empathie
+ un subtil mélange d'humour, d'émotion et de coups de pied au cul
- il manque une véritable histoire pour apporter de solides fondations à ce très joli château de cartes





01 septembre 2014

Sons of Anarchy, version comics

Le premier tome de la version comics de Sons of Anarchy vient tout juste de sortir en France. Le point en détail sur ce premier arc.

Kendra, une actrice de films pornographiques, a été témoin d'une scène qu'elle n'aurait pas dû voir. La voici en danger et poursuivie par de dangereux criminels.
Elle décide alors de se rendre à Charming pour demander la protection de SAMCRO (Sons of Anarchy Motorcycle Club - Redwood Original), le gang de motards local dont son père était membre.
Tig, qui est encore hanté par la mort de sa fille, va tout tenter pour venir en aide à la jeune femme.

Les séries TV qui connaissent une déclinaison en BD sont assez nombreuses. Il s'agit parfois d'adaptations strictes, reprenant l'histoire principale (comme pour Game of Thrones, bien qu'en réalité ce soit une adaptation des romans et non des épisodes TV), de suites après l'arrêt de la série (Jericho, Buffy, L'homme qui valait trois milliards) ou encore de récits parallèles, venant enrichir l'univers (True Blood, ou même Kaamelott dans un autre registre).
Cette série, publiée par Boom! aux Etats-Unis, appartient à cette dernière catégorie. Le récit se déroule après le meurtre de la fille de Tig, alors que Jax est devenu président du club.

Première constatation, l'ambiance de la série est assez fidèle. Le scénariste, Christopher Golden, s'attache à respecter le caractère des personnages et alterne scènes d'action et petites trahisons. 
Du point de vue graphique, c'est là aussi très correct. Le dessinateur, Damian Couceiro, s'en sort plutôt pas mal, tant au niveau des personnages, qui sont tous reconnaissables, qu'au niveau des décors, simples mais suffisants.
Le seul petit bémol tient à la représentation du sang (la série étant violente, il y en a quelques litres tout de même). On dirait plus de la peinture qu'autre chose. L'effet tient sans doute autant à la colorisation qu'à la manière, trop nette, de délimiter les coulures. 

La plus grosse réserve tient cependant à la série elle-même. Pour profiter pleinement de ce comic, il faut l'avoir vue et bien connaître les protagonistes. Entre les magouilles de Clay, le passé chargé de Tig, les allusions à certains personnages disparus ou les relations tendues entre Gemma et Tara, il sera difficile de comprendre vraiment ce qui se joue si l'on n'a pas l'histoire principale en tête.
Ce premier arc, complet, de six épisodes est accompagné par un grand nombre de covers alternatives ainsi que quelques pages montrant l'évolution d'une planche, du storyboard à la version finale colorisée, en passant par le crayonnage et l'encrage. 
Élégante hardcover, traduction soignée, le tout pour un peu moins de vingt euros.

Un premier album sympathique qui, sans atteindre des sommets, parvient à restituer l'essentiel du ton de la série TV.

+ des trognes reconnaissables
+ une ambiance fidèle
+ approfondissement des relations entre certains personnages
- difficile à suivre si l'on n'est pas fan de la série
- un topo sur les personnages principaux n'aurait pas été de trop 





01 octobre 2012

Le Tueur de la Green River

Un sujet sulfureux, une bonne intro et un nom prestigieux pour en vanter les mérites ne suffisent pas forcément pour faire une bonne BD. La preuve aujourd'hui avec Le Tueur de la Green River.

Après presque vingt ans d'enquête, Gary Ridgway est enfin arrêté. Ce tueur de prostituées, nécrophile de surcroit, finira par avouer 71 meurtres, sa première tentative ayant eu lieu alors qu'il n'était encore qu'un adolescent.
Au coeur de la traque, un flic, Tom Jensen, qui fit partie de l'équipe monopolisée dans les années 80 pour mettre fin aux agissements du serial killer. Après plusieurs années de traque infructueuse, il restera seul pour s'occuper des dizaines de cas non-résolus et tenter de rendre justice aux victimes.
C'est également lui qui participera aux 180 jours d'interrogatoire pendant lesquels la police sera obligée de passer un accord avec Ridgway afin de savoir où se situaient les cadavres qui n'avaient pas encore été retrouvés...

Ce comic, initialement publié par Dark Horse et sorti, en mai de cette année, chez Ankama, est scénarisé par Jeff Jensen (journaliste de son état et fils du détective Tom Jensen dont il est question dans le récit). Les dessins sont de Jonathan Case.
Tout commence bien puisque l'on a droit à une intéressante introduction de Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série. La scène d'ouverture nous plonge directement dans l'ambiance en se révélant particulièrement glaçante (c'est notamment cette scène qui est vantée par Stephen King en quatrième de couverture). Vient ensuite la présentation du personnage principal, à savoir Jensen père, qui est habilement construite et permet même à l'auteur de faire preuve d'un certain humour. Malheureusement, ces quinze premières pages (sur plus de 230) sont bien les seules à générer l'enthousiasme. Reconnaissons que c'est tout de même assez peu.

L'angle d'attaque choisi par l'auteur s'avère sans doute être le principal facteur de cet échec, même si ce n'est pas le seul. En effet, nous ne suivons pas le tueur, ni même le déroulement de l'enquête, mais principalement des phases de l'interrogatoire, qui s'avère aussi mou qu'inexpressif.
La narration, entrecoupée de nombreux flashbacks à l'utilité discutable, n'aide pas non plus. Aucune émotion, aucune péripétie, ne sort de ce long état des lieux, aussi palpitant qu'un rapport de police. Et pour trouver, comme King, qu'il s'agit d'un "livre génial pour se faire peur, idéal pour se tenir éveillé toute la nuit", il faut vraiment n'en avoir lu que le tout début.
Les dialogues (pourtant primordiaux dans les confrontations Jensen/Ridgway) sont d'une platitude effarante, et les personnages aussi lisses et interchangeables que des Playmobil. Le graphisme, fade et austère, de Case achève de rendre l'ensemble totalement indigeste. L'on est évidemment à mille lieues d'un Torso ou d'un From Hell qui, dans le genre, étaient autrement plus inspirés et maîtrisés.

J'ai pu lire, ici ou là, que l'oeuvre avait le mérite de ne pas verser dans le voyeurisme (il n'aurait plus manqué que ça !), mais entre la retenue, certes louable, et le manque de savoir-faire, il y a un gouffre. Même les scènes censées humaniser un peu Jensen en le montrant dans le cadre familial sont totalement artificielles et idéalisées. L'on nous vante notamment les exploits passés des Jensen, ce qui fera certainement plaisir à la famille de l'auteur, mais nous laisse franchement de glace.
Jensen fils aurait pu tenter de nous faire frissonner en plongeant dans la psychologie du tueur, il ne l'a pas fait. Il aurait pu nous décrire les méandres de l'enquête, il ne l'a pas fait non plus (ou pas suffisamment bien), et enfin, il aurait pu choisir de s'attaquer au détective de son histoire, en le rendant intéressant, mais étant donné que c'est son père, il n'a pas osé le faire. Ben voilà, à force de ne rien tenter, on obtient ça.

Un très mauvais graphic novel, à la présentation bien prétentieuse qui, par contraste, souligne encore plus la nullité du fond comme de la forme.
A éviter.

15 février 2011

Doggy Bags : frissons, violence et tenues légères

Ce mois-ci débarque en librairie Doggy Bags, un titre se lançant sur les traces du défunt EC Comics et des films d'exploitation.

Une nouvelle publication, très old school dans l'âme, vient donc d'être lancée par Ankama, sous son label 619. Dès l'édito, les références permettent de situer un peu le registre des trois one-shots réunis dans ce premier tome. Il s'agit en fait de s'inscrire en héritier des anciens et célèbres comics d'horreur de EC, mais aussi d'assumer le côté trash et aguicheur des films dit "d'exploitation" (en gros, des séries B à petit budget qui, pour attirer le spectateur, se basaient essentiellement sur leur côté transgressif, sexy et gore).
Il ne s'agit donc surtout pas de parodies mais bien de faire "à la manière de", dans un style très premier degré et évidemment modernisé.

On commence par Fresh Flesh & Hot Chrome, par Guillaume Singelin. L'auteur associe en fait l'idée du club de bikers au thème du lycanthrope. Le gang des Lupus est en effet composé de loups-garous qui vont se lancer à la poursuite d'une malheureuse jeune fille.
Une entrée en matière sympathique, d'autant que la première planche débute sur Bad Moon Rising (du groupe Creedence Clearwater Revival) histoire de se mettre tout de suite dans l'ambiance. ;o)

On enchaîne ensuite avec Masiko, de Florent Maudoux, connu pour son excellente série Freak's Squeele. L'histoire qu'il nous propose ici est d'ailleurs directement en rapport avec cette dernière puisque l'on va s'intéresser aux péripéties d'une jeune femme qui se révèle être la mère de Petit Panda (heu, c'est un surnom hein). La belle a quelques yakusa aux trousses et devra user de tout son art du combat pour s'en débarrasser.
Ambiance Kill Bill (ça flingue, ça découpe) avec un brin d'humour et une touche sexy. Une tuerie, dans tous les sens du terme.

Enfin, on termine par Mort ou Vif, de Run, dont je vous avais également déjà parlé à l'occasion de la sortie du tome #0 de Metafukaz. Il s'agit ici de la fuite en avant d'un criminel, pourchassé par un flic dont il a tué le collègue. Les promesses de la ligne éditoriale sont tenues puisque l'on a droit à une épopée assez sanglante et à un final peu ragoûtant, annoncé d'ailleurs dès la cover à grand renfort de punchline délicieusement racoleuse.

Le travail sur Doggy Bags ne se limite cependant pas aux seules histoires évoquées ci-dessus. Tout à été fait pour que l'habillage soit à la hauteur des récits et puisse participer au ton un peu rétro. De fausses pubs sont présentes (pour un poing américain, un peigne cran d'arrêt ou encore une bible avec laquelle est offert un mini-chopper !), des covers permettent de renforcer le côté "publication en fascicules", des infos d'ordre général sont placées au début de chaque histoire (sur le sigle 1% des clubs de motards par exemple, ou encore le Colt 1911), la présentation des auteurs a été soignée, avec des photos les montrant en "situation" (en tueur à gage ou expert en arts martiaux), et enfin, même la quatrième de couverture a été travaillée et offre une présentation originale. L'on retrouve également, même si c'est plus anecdotique, un poster détachable à l'intérieur.
Autrement dit tout a été pensé avec un désir évident de livrer un ouvrage réalisé avec soin, jusque dans les plus petits détails. Et bordel, ça fait du bien de voir des gens aussi sérieux et motivés ! D'autant que le texte est impeccable et que l'aspect graphique de l'ensemble ne manque pas de charme. Du coup, il faut espérer que le titre connaisse un vrai succès pour qu'il puisse perdurer. D'ailleurs, à ce sujet, Doggy Bags recherche des projets (35 pages maximum) pour ses futurs numéros (à envoyer à Run, directeur de cette collection).

Une très bonne entrée en matière pour ce recueil jubilatoire aux dérapages parfaitement contrôlés.

27 juillet 2009

Freaks' Squeele : des héros et du talent

Une université pour apprendre le super-héroïsme, ça existe. Pour vous en convaincre, il suffit de lire les deux volumes de Freaks' Squeele, une BD tirant sur le manga et bourrée de références.

C'est la rentrée universitaire et Li Xiong Mao et Chance d'Estaing vont faire connaissance en se rendant compte qu'elles sont fort mal classées au concours d'admission de la Faculté d'Etude Académique des Héros. Les deux filles, délaissées par les autres étudiants, vont se retrouver dans le même groupe de travail avec le dernier du classement, Ombre, un énorme loup au coeur tendre.
Il va maintenant falloir se battre pour passer les différentes épreuves, résister aux mesquineries des élèves et même trouver où se loger après avoir respectivement été virés du campus, du studio et de la tanière où ils logeaient. Question pouvoirs, le trio n'est pas très bien loti. Chance peut voler mais se révèle d'un tempérament plutôt gaffeur, Ombre est costaud mais pas vraiment discret, quant à Xiong Mao, elle n'a aucun pouvoir et a été admise grâce à son excellent niveau en Histoire, gestion de l'image et stratégie, des matières qui comptent au sein de l'académie.
Entre les légendes urbaines, les petits tracas quotidiens et les épreuves concoctées par les professeurs, la vie universitaire va se révéler mouvementée.

Une librairie, on ne le dira jamais assez, est un endroit dangereux. L'on va y déambuler parce que l'on est en avance pour un rendez-vous, en se disant que de toute façon on a acheté tout ce qui pouvait être intéressant en cette période estivale, et on en ressort avec deux gros ouvrages sous le bras. C'est ce qui m'est arrivé lors de l'achat de Freaks' Squeele. Le thème, pour quelqu'un comme moi, était forcément attirant. Une fois feuilletées, les planches ont fini par me convaincre. Alors, achat impulsif, certes, mais ô combien jouissif au final !
Souvenez-vous, nous avions déjà fait un petit détour par les éditions Ankama pour parler du tome #0 de Mutafukaz. L'on retrouve ici le même soin apporté à la réalisation et la même originalité au niveau du sujet et de son traitement. Mais, surtout, un charme extraordinaire qui me fait immédiatement ranger cette série dans la catégorie Best Of, hop !

Le scénario, les dessins et la colorisation (en fait les volumes sont en niveaux de gris, seules quelques planches sont colorisées) sont l'oeuvre d'une seule et même personne, à savoir Florent Maudoux. Cet auteur réussit ici l'exploit non négligeable de mélanger de nombreux genres pour finalement obtenir une cohérence qui n'était pas gagnée d'avance. Les personnages tout d'abord. Ils ont des défauts, des secrets, ne réussissent pas tout ce qu'ils entreprennent, s'engueulent parfois, bref, ils ont largement ce qu'il faut pour que l'on puisse s'identifier à eux et les trouver attachants. Sur environ 130 planches pour chaque volume, ils ont d'ailleurs le temps d'être largement développés et approfondis. Le tout est fait avec humour et une touche, subtile mais présente, d'émotion. Le lecteur tombe sous le charme dès les premières pages et c'est en général un signe qui ne trompe pas.
Graphiquement, l'artiste emprunte quelques techniques propres au manga, comme ces tronches très exagérées, avec de larges bouches ouvertes, pour exprimer la surprise ou la colère, mais alterne avec un style plus réaliste sans que cela soit gênant. A ce sujet, Petit-Panda (le surnom de Xiong Mao) est particulièrement séduisante, surtout dans le tome #2 où ses apparitions "sérieuses" tranchent nettement avec les cases où elle est représentée de manière plus caricaturale. Pour ce qui est des décors, là encore selon les besoins du moment, ils peuvent être réduits au strict minimum ou se révéler détaillés et particulièrement beaux.

Alors, comme pour toutes les histoires, le point de départ peut être bon, il ne vaut pas grand-chose si la forme ne permet pas de rendre même les contraintes séduisantes. On l'a vu, les persos sont pour beaucoup dans la réussite de l'ensemble, mais il faut ajouter aussi une narration intelligente qui va mettre en place, petit à petit, plusieurs intrigues donnant envie de poursuivre la lecture avec acharnement. Florent Maudoux se permet également quelques clins d'oeil en direction des amateurs de comics, manga, films cultes ou nanars, toujours une bonne manière de mettre à l'aise le craintif animal qu'est le lecteur.
Ajoutez à cela une touche gentiment sexy et quelques trouvailles plutôt sympathiques, comme le Flamendo, art martial mélangeant Aikido, Tai Ji Quan et Flamenco (et calquant ses racines sur celles de la Capoeira), et vous vous approchez tout doucement de ce qu'il faut pour rendre un bouquin totalement addictif.

En plus de l'efficacité du dessin et de la maîtrise du récit, l'on peut encore ajouter, pour chaque tome, plusieurs pages de vrais bonus. Par "vrai", il faut comprendre intéressant et travaillé, autrement dit une véritable valeur ajoutée pour cette partie qui, toujours avec humour, va offrir des croquis, des précisions ou des scènes coupées.
Dans un jeu de baston, on ne serait pas loin du "perfect" tant Freaks' Squeele respire le travail et l'inspiration dans tous les domaines. Une véritable leçon pour ceux qui rêvent un jour de faire de la vraie bonne BD, bien française mais sans complexe et rivalisant avec les plus grands titres "populaires".

Quand c'est bon comme ça, les genres ne comptent plus. Que vous soyez fans de comics ou d'oeuvres nippones ou européennes, il est fort possible que vous trouviez ce que vous aimez dans cette série. Après tout, l'on n'est pas amoureux d'un label ou d'un style mais plutôt de cette magie qui fait qu'un peu d'encre sur du papier peut vous donner envie de sourire dans un monde de merde.
Et un sourire qui dure 130 planches, c'est toujours bon à prendre. ;o)

ps : j'ai oublié un truc, lorsque vous rangez vos deux tomes sur votre bibliothèque, vous vous rendez compte que le bas de la tranche forme une petite fresque. Alors, ok, c'est pas nouveau, mais quand même, c'est un détail qui ne trompe pas concernant le sérieux de l'éditeur, surtout lorsque l'on compare avec les tranches uniformes et laides d'un certain vendeur d'autocollants.
pps : il est question que la série comporte au moins 5 tomes voire plus si le succès est au rendez-vous. L'auteur parle même de possible spin-off, ce qui n'est pas étonnant vu la richesse de l'univers qu'il a mis en place.

12 janvier 2009

Les Nazis ont marché sur la Lune !

Petit plongeon dans une série totalement atypique avec ce tome #0 de Mutafukaz : It Came From the Moon !

1935. Un équipage allemand part pour la lune à bord du "Der Zorn Gottes", un zeppelin gigantesque propulsé par des fusées V2. Les pionniers ne tardent pas, à leur arrivée, à se faire attaquer par un monstre local, lui-même anéanti par de providentiels sauveteurs. Le premier contact entre les Atlantes et les Nazis vient d'être établi...
Au même moment, la Lucha Ultima tente de mettre la main sur l'un des mythiques 13 crânes de cristal maya censés dévoiler, lorsqu'ils sont réunis, les secrets de l'origine de l'humanité. Malheureusement, les SS sont passés par là et ont emporté l'une de ces reliques avec eux. Pour tenter de retrouver le précieux objet, un petit groupe de catcheurs part pour une Europe qui, déjà, tremble sous les bruits de bottes.

Nous voici ici devant quelque chose de plutôt original, aussi bien au niveau de l'histoire que de la forme. Tout d'abord, si vous n'avez pas lu les tomes #1 et #2 de la série, rassurez-vous car il s'agit ici d'une préquelle, totalement abordable par les nouveaux lecteurs donc.
Le scénario est de Guillaume Renard, alias RUN, un jeune auteur fan de science-fiction "old school", de séries Z et de catch mexicain, un cocktail tout à fait perceptible ici. Le ton est très particulier, d'autant que l'auteur mélange faits historiques réels et évènements complètement improbables dans une sorte d'hommage aux comics des années 50 voire même à la littérature "pulp" en général. Extraterrestres, civilisations disparues et ésotérisme au kitsch assumé sont les ingrédients de cette épopée décalée et nostalgique. L'ambiance va du très drôle (lors de l'arrivée des catcheurs en Allemagne notamment, avec un joli choc des cultures) à l'action pure et dure (toujours old school dans son déroulement) en passant même par une petite pointe dramatique.

Les dessins sont de RUN lui-même et Bicargo (tiens, il n'a pas de prénom). C'est essentiellement du Noir & Blanc (à part quelques planches finales qui sont, elles, colorisées) très rétro (avec les fameux petits points censés nuancés les zones) au départ mais parfois très moderne (les scènes de catch font parfois un peu "manga"). Une trouvaille graphique, toujours issue des scènes sur le ring, à signaler : l'effet qui consiste à montrer les os d'un corps qui se prend un choc, un peu comme une radio. Très parlant. D'autres plans peuvent par contre rappeler Frank Miller par exemple. Les images semblent, au final, être aussi hétéroclites que le récit.
Mais cette BD ne peut pas se résumer à ses seuls scénario et aspect graphique. Tout le livre a été traité, du début à la fin, comme un objet complet, beau et très riche. On commence par la couverture, à l'aspect vieilli, qui a vraiment de la gueule dans une bibliothèque (tiens, vous verrez, il y a même une fausse étiquette sur la quatrième de couverture, on a toujours envie de gratter pour l'enlever !). Le lecteur va trouver également une petite galerie de croquis mais aussi de fausses covers de fascicules ou encore une parodie de courrier de lecteurs. Et cela ne s'arrête pas là, on a encore de faux articles de magazines ou journaux, de nombreux encarts, des blagues, des "le saviez-vous ?" et des pubs à l'ancienne (avec la parodie de ce fameux truc que vous avez tous vu - si vous n'êtes pas trop jeune - où l'on vante les mérites d'une méthode destinée à changer un gringalet en montagne de muscles).

Enfin, petite touche d'originalité supplémentaire, 16 pages sont en relief. Vous trouverez donc une jolie paire de lunettes 3D à l'intérieur de l'ouvrage. Attention tout de même, le filtre vert doit se trouver sur votre oeil droit si vous voulez que cela fonctionne correctement (les lunettes de mon exemplaire étaient pliées à l'envers, mais bon, il suffit de remettre le tout dans le bon sens). Alors, évidemment, ça n'apporte pas grand-chose ce relief, ça ne marche même pas toujours très bien, mais c'est tout à fait dans l'esprit de l'oeuvre et de l'époque qu'elle parodie (ou à laquelle elle rend hommage). La première page bénéficiant de cette "technologie" fait tout de même son petit effet et l'on se surprend à passer la main dessus bêtement en rigolant comme un benêt. Sisi, ça devrait vous le faire aussi. ;o)

Voilà un livre fort bien pensé dans son ensemble et au charme désuet mais indéniable. Plus de 160 planches disponibles pour moins de 20 euros et publiées par Ankama Editions.

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