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17 avril 2015

The Dark Knight : à l'origine du mythe


En 1986, Frank Miller se charge de réécrire l'histoire du Caped Crusader à sa façon. Assisté par Klaus Janson à l'encrage et Lynn Varley aux couleurs, il redorera non seulement le blason du super-héros le plus emblématique de DC, mais établira des fondements durables sur lesquels les nouvelles séries consacrées à Batman, en comic books, à la télévision et au cinéma, n'en finissent plus de s'appuyer : il est désormais de bon ton de revendiquer l'œuvre de Miller comme référence, quand bien même on n'en tirerait pas la quintessence (voir les films de Nolan). L'ouvrage, devenu culte, a été plusieurs fois réédité, et il en existe en France plusieurs versions, dont une intégrale chez Delcourt.

L'histoire se déroule dix ans après la dernière apparition du héros. Bruce Wayne établit un constat amer : Gotham a irrémédiablement sombré dans la décadence, et la racaille règne sur les bas-fonds d’une cité en proie à la peur. Gordon n’est plus désormais qu’un policier désabusé et, cerise sur le gâteau, le Joker refait parler de lui. Il est temps pour Batman de revenir, et sa croisade personnelle, impitoyable et féroce, fera parler de lui jusque dans les hautes sphères de la Présidence, au point que le Justicier de l’ombre soit déclaré gênant. Mais qui pourra, ou osera, l’éliminer ?





Relire The Dark Knight est une expérience fascinante, parfois éprouvante : à chaque âge, notre attitude de lecteur changera - mais l'impact sera toujours aussi puissant. C'est avec ce titre que j'ai redécouvert Batman, que je connaissais dans des comics mais qui avait été rapidement supplanté dans mon cœur par toute une génération de héros marveliens plus fascinants sans être aussi charismatiques (quoique...). L'écriture brutale et intuitive et un dessin sobre, épuré, sans concession, presque archaïque, détonnaient face aux productions Marvel de l'époque et le scénario, sombre, d'une maturité exemplaire, prenait aux tripes et vous explosait en pleine face, sans vous laisser de répit. Amer, et terrible. 




Cette relecture, après toutes ces années pendant lesquelles Marvel et DC traversèrent des périodes fastes et moins intéressantes, est révélatrice d'un constat permanent : il ne suffit pas de demander à des artistes de faire du beau avec de beaux outils graphiques sur des histoires transparentes et banales. Les productions Wildstorm/Image et, dans une moindre mesure, l’aventure Heroes Reborn, axaient tout sur le graphisme : des désillusions qui ont fini, plusieurs années après, par me lasser de séries jolies à regarder, mais d'une vacuité terrible, se bornant à répéter des schémas éculés, voire à ne rien raconter du tout. Même les jeunes lecteurs, en adoration au début, ont vite déchanté, attendant davantage des scénaristes : ça n'a pas eu l'heur de leur faire changer d'avis, vu que ces maisons qui nous vendaient du rêve ne cherchent plus qu'à faire de l'événementiel sans impact sur la production courante (pour vous en convaincre, lisez les différents billets de Neault sur les crossovers).  DC et Marvel communiquent davantage qu'ils ne créent et se battent pour s'attirer les faveurs d'artistes qu'ils musellent par un cahier des charges bien trop lourd, ne leur laissant plus le loisir d'oser. Or, il suffit bien souvent, et simplement, d'oser, et d'avoir un minimum de talent. Le Frank Miller de cette époque a su conjuguer ces deux atouts, c'est indéniable. Cela dit, il faut admettre que the Dark Knight n'est pas directement accessible pour un ado : ce qui est retracé véhicule tant d'informations diverses et de références culturelles qu'il ne peut être appréhendé qu'avec un minimum d'expérience.  



The Dark Knight n'a pas "mal" vieilli ; au contraire, les événements récents (comme les nombreux actes de terrorisme qui instillent la peur au cœur même des métropoles occidentales) redonnent au récit l'aspect du neuf. L'insécurité et le mal-être qui règnent à Gotham City sont le quotidien de toute grande métropole actuelle. Je ne vais pas raconter l'histoire mais j'ai envie de dire à quel point j'ai été surpris de découvrir certaines approches qui m'avaient échappées à l'époque, comme le traitement du jeune partenaire de Batman ou celui de "l'Autre Super-héros DC" : on peut dire que des séries plus récentes comme Captain America s’en sont certainement inspirées (relation quasi névrosée entre Bat et Robin comme entre Cap et Bucky ; fidélité sans faille envers le drapeau US, au point d'y perdre au passage certains principes moraux). 

Et comme dans Le Seigneur des Anneaux (le livre), le dernier volet, l'apothéose (ou l'Apocalypse ?) annoncée ne tient pas toutes ses promesses : ça va trop vite, il y a trop de choses à digérer. Néanmoins, l'acte final demeure grandiose et Batman en sort revêtu d'une aura nouvelle et indélébile.

20 février 2015

Clone #2 : Deuxième génération

L'été précédent a vu la parution en France du second volume de la série Image comics/Skybound, Clone, dont on attend encore le développement télévisuel, et que j'avais présentée dans cet article à l'occasion de la sortie du premier tome chez Delcourt. Au scénario, Aaron Ginsburg et Wade McIntyre sont venus épauler David Schulner, laissant toujours la partie graphique au formidable Juan José Ryp, colorisé ici par Andy Troy.

Nous avions laissé ce brave docteur Luke Taylor plongé dans un drame terrible : non seulement il se découvrait de (très) nombreux clones, liés à un projet gouvernemental encore obscur, mais sa vie était en danger. Sa femme enceinte avait d'ailleurs été enlevée et il s'en était fallu de peu qu'il soit capturé. Confiné dans un centre de recherches ultra-secret, il songe désormais à retrouver sa seule raison d'exister (car ne plus se savoir unique, ça vous nique flingue ruine une bonne part de votre personnalité) : sa famille, mais les clones parmi lesquels il est reclus ne veulent pas lui laisser prendre ce risque. D'une part, il courrait à sa perte ; or, comme le lui rappelle le directeur du centre, son père naturel, il est l'Alpha, celui à partir duquel tous les autres ont été clonés - et il pourrait apporter la solution à la maladie qui ronge ces copies quasi-conformes, les rendant instables. D'autre part, il est hors de question qu'il puisse dévoiler l'endroit où ils se terrent. En attendant, les représentants du gouvernement passent à la phase supérieure : des tests plus poussés vont être opérés sur la fille de Luke (née en captivité) et des clones de seconde génération sont mobilisés. Ces derniers sont redoutables : plus jeunes, plus compétents et plus impitoyables. La chasse aux clones est ouverte !


Ce que nous pressentions à l'issue du premier tome s'est avéré : Clone est parti sur des bases solides mêlant beaucoup d'action, de violence graphique et de complots dans les hautes sphères. Les chapitres montent chaque fois d'un cran dans ce tempo infernal, quitte à ce qu'on refourgue quelques vieilles recettes pour entretenir le suspense : l'arme fatale, le traître qui s'ignore (dans les deux camps), l'homme de l'ombre qui régente l'opération et de nouveaux secrets. Du matériau idéal pour une série télévisée, utilisé avec suffisamment de savoir-faire, d'autant que Ryp ne faiblit pas, avec un découpage toujours aussi nerveux et même un peu plus de latitude pour le gore (ça fusille, lacère, découpe et explose à tire-larigot). Ses personnages sont même un poil plus caractérisés, ce qui aide pas mal le lecteur, et nul doute que le trio de scénaristes a reçu des instructions pour insérer quelques cases plus coquines afin de satisfaire comme il faut le jeune mâle de base : la femme de Luke, prisonnière, est à la merci d'un gardien un peu trop pervers pour être honnête, qui ne se contentera pas de se rincer l’œil quand elle se douche.


Quand survient la fin, on n'est pas du tout surpris de lire qu'elle annonce un troisième volet, bien qu'on commence à se dire qu'il serait temps d'en finir : rien de révolutionnaire, rien non plus d'ennuyeux, les retournements de situation sont parfois laborieux et jamais surprenants, mais la réalisation enlevée et le dynamisme de la mise en page, ainsi que les cases ultra-détaillées de notre dessinateur vedette, valent le détour, emportent l'adhésion et n'engendrent aucun regret. En espérant qu'ils évitent les ficelles un peu trop voyantes pour le prochain épisode ou une résolution cousue de fil blanc.

Outre une galerie de couvertures, on a droit à un carnet de croquis commenté par les différents artistes, et c'est un vrai bonus.

27 octobre 2014

L'Auteur et ses Droits

UMAC parle d'œuvres, d'auteurs et d'éditeurs depuis très longtemps. Nous comptons également parmi nous des artistes qui, eux aussi, sont soumis aux lois actuelles, aux pratiques constatées et aux idées reçues. Aussi, il nous a semblé que faire un point sur les droits d'auteur pouvait être utile.

Bien souvent, l'on trouve sur le net des textes très précis mais peu clairs car rédigés dans un jargon abscons ou encore de vagues affirmations plus ou moins exactes. Pour ne pas dire trop de bêtises, nous avons fait appel à un avocat spécialisé dans les droits d'auteur. Je tiens d'ailleurs à chaleureusement le remercier pour son aide technique et ses remarques pertinentes.
On commence ? Allez !

1. J'ai écrit un roman/un scénario, seul, sans l'aide de quiconque et hors d'un cadre professionnel.

Vous êtes donc devenu auteur et bénéficiez à ce titre de droits, sans avoir besoin d'accomplir de démarches particulières. Sympa, non ?
Bon, attention quand même, le droit d'auteur ne protège que les œuvres originales. Il faut donc qu'il y ait un effort de création qui puisse démarquer l'œuvre de ce qui existe déjà. 
De plus, l'on ne peut pas protéger une idée ou un concept, seulement sa mise en forme (mais l'on y reviendra plus loin).

2. Alors, cool, j'ai des droits, mais quels sont-ils ?

Le droit d'auteur se divise en deux domaines distincts. Voilà qui complique un peu la chose mais, vous allez voir, cela reste très compréhensible. 
En France, donc, le droit d'auteur comprend :
- le droit moral
- les droits patrimoniaux

Pour faire court, le droit moral est inaliénable, imprescriptible et incessible. Il n'y a donc pas de limite de temps et vous ne pouvez pas non plus céder ce droit à quelqu'un d'autre. Le droit moral garantit l'intégrité de l'œuvre et le respect de la paternité de son auteur.
Dans certains pays, comme les Etats-Unis, où s'applique un système différent, dit du "copyright", les auteurs peuvent renoncer à l'ensemble de leurs droits. En France c'est juridiquement impossible, le droit moral ne pouvant faire l'objet d'une renonciation.   

Les droits patrimoniaux sont plus pragmatiques et recouvrent les droits de reproduction et de représentation de l'œuvre. L'on parle parfois de "droits d'exploitation" car ce sont eux qui permettent l'exploitation commerciale de ce que vous avez écrit. 
La grosse différence par rapport au droit moral vient du fait que les droits patrimoniaux peuvent être cédés, pour une durée et une portée territoriale librement définies par le cédant (autrement dit, vous).

Une fois ces droits éteints, généralement 70 ans après le décès de l'auteur, l'œuvre tombe alors dans le domaine public.
Le domaine public désigne l'ensemble des œuvres intellectuelles dont l'usage n'est plus protégé par la loi. Par contre, le droit moral s'applique encore. L'on ne donne par exemple plus d'argent à John Smith ou ses ayant-droits, mais son nom doit être spécifié sur la couverture et le texte doit demeurer inchangé.

3. Bon, ok, si on parlait pognon ? Combien je serai payé ?

Pas beaucoup ! Environ 10% du prix hors taxe de votre roman en moyenne. Donc un euro et des brouettes pour chaque exemplaire vendu dans le commerce à 20 euros l'unité [1].
En vendant 10 000 exemplaires par an, ce qui est déjà énorme et exceptionnel (cf. cet article), vous aurez donc l'équivalent d'un petit salaire mensuel, sans les avantages d'un salarié. Et avec quelques soucis parfois en prime. Pour évoquer une anecdote personnelle, j'ai eu toutes les peines du monde à faire comprendre à l'administration que je n'étais pas chef d'entreprise (car forcément, pour eux, si mes revenus n'étaient pas issus d'un salaire, j'étais forcément à la tête d'une société). Cela a atteint des sommets ubuesques (où l'on me demandait avec insistance mon numéro de siret malgré mes courriers regorgeant pourtant d'explications claires) et j'ai été obligé, en dernier recours, de faire intervenir ma députée qui a réussi à débloquer la situation.

Bien entendu, ces 10% s'appliquent dans le cadre d'un contrat à compte d'éditeur. Attention donc, par les temps qui courent, à ne pas tomber dans le piège tendu par certaines micro-structures qui sont plus attirées par l'argent des auteurs plein d'espoir que par la qualité réelle et le potentiel de leurs créations.
Reste la solution de l'auto-édition, réelle mais qui devrait rester une exception tant elle implique un gros investissement en temps, de réelles connaissances et une rétribution hasardeuse. N'importe qui avec un peu d'argent peut faire imprimer une œuvre, mais la diffuser, c'est autre chose.

4. Heu... j'ai écrit un truc bien cool, mais je ne veux pas qu'on me le pique ! Suis-je protégé contre le plagiat ?

En théorie, oui. Dans les faits, c'est rock n'roll.
Tout d'abord, sachez que l'on ne peut pas protéger une idée. C'est normal, imaginez qu'il soit impossible de reprendre l'idée d'un braquage de banque ou d'une histoire d'amour qui tourne mal... cela imposerait des contraintes phénoménales sur la création artistique. En droit français, c'est très simple, le plagiat (qui n'existe pas en tant que tel d'un point de vue légal) est une contrefaçon, donc une reproduction d'une œuvre en violation des droits d'auteur.

Autrement dit, deux cas se présentent :

- vous n'avez évidemment pas le droit de recopier, à l'identique, ce que d'autres ont écrit avant vous (sauf pour de courtes citations, en précisant la source). Vous allez me dire que personne ne serait assez stupide pour faire du copier/coller ? Ben si, ça arrive. Des gens comme Patrick Poivre ou Thierry Ardisson sont connus pour avoir été pris en flagrant délit de plagiat (du vrai mot-à-mot), à leur insu en plus (puisqu'ils utilisent des "collaborateurs" qui se chargent d'écrire à leur place, c'est dire si ce ne sont pas des auteurs).

- la contrefaçon peut parfois ne pas être servile, c'est à dire une reprise à l'identique d'un texte. Dans ce cas, le tribunal tente de déterminer, au cas pas cas, s'il y a une véritable proximité par rapport à l'impression d'ensemble. Donc si vous décidez de réécrire Harry Potter en changeant les noms, les lieux et en paraphrasant certains passages, ça risque de ne pas passer tout de même. Attention, le juge va également prendre en compte l'existence d'œuvres antérieures similaires, afin de déterminer ce qui est "original" dans l'œuvre première, prétendument plagiée. Car tout ce qui n'est pas original ne peut être protégé et, par conséquence, peut être repris par d'autres. Pour rester sur l'exemple de Harry Potter, le fait d'utiliser de la magie et des gobelins n'est pas suffisamment original pour être protégeable (bien d'autres récits utilisent ces éléments). C'est donc la manière d'associer des éléments communs entre eux qui va créer l'éventuelle originalité, et par ce fait générer les droits qui vont avec.

5. Cette fois, je flippe, que faire pour m'assurer contre le plagiat ou un vol pur et simple de mon œuvre ? 

Si vos droits naissent automatiquement dès la création de l'œuvre, il n'en est pas de même pour les preuves que vous seriez éventuellement amené à fournir devant un tribunal.
En cas de litige, il est en effet nécessaire d'apporter la preuve de l'antériorité de votre œuvre. En pratique, le plus simple et le moins onéreux consiste à s'envoyer en recommandé son propre manuscrit, sans ouvrir le précieux paquet bien entendu (cela vous donnera l'occasion de vous marrer en voyant la tête de la personne au guichet lorsqu'elle constate que les noms et adresses de l'expéditeur et du destinataire sont... identiques).
Ce mode de preuve n'est pourtant pas sûr à 100% et d'autres systèmes existent, comme le dépôt SACD ou le recours à une enveloppe SOLEAU.

6. Un point particulier : le titre. Suis-je libre de choisir ce que je veux ?

Oui, totalement. Enfin, à partir du moment où il n'est pas trop reconnaissable.
Voyons cela en détail.

La mode actuelle est aux titres fourre-tout, du genre "Ne m'attends pas", "Je t'ai aimé", "Cours vite", "A bientôt", "Ferme bien la fenêtre et laisse les clés dans la cuisine", bref, vous aurez reconnu les - presque - titres d'auteurs en vogue. Il est très difficile de protéger ces titres-là, cela reviendrait à terme à interdire l'usage même des mots. Entre les romans, les nouvelles, les chansons, les poèmes, les films, les BD et j'en passe, il ne serait plus possible de rien nommer.
Il est d'ailleurs déjà arrivé que deux romans au titre identique sortent la même année en France chez deux éditeurs différents. En général, les maisons d'édition s'arrangent pour éviter ce risque de confusion, mais cela peut arriver.

Là encore, au niveau du titre, c'est l'originalité qui va jouer (et ce sera donc du cas par cas dans le cadre d'une action en justice). Ainsi, Tintin est évidemment suffisamment original pour être protégé. C'est aussi le cas du roman Les Hauts de Hurlevent par exemple (à mon sens l'une des meilleures transpositions d'un titre anglais en français).

7. Du coup, avec toutes ces lois, puis-je utiliser un personnage dont je ne suis pas l'auteur ?

Oui, dans au moins trois cas :

- le personnage est tombé dans le domaine public (Arsène Lupin ou Allan Quatermain par exemple). N'importe qui peut donc l'utiliser à partir du moment où l'auteur ne reprend pas une interprétation de ce personnage qui, elle, ne serait pas tombée dans le domaine public (vous pouvez utiliser Blanche Neige et le Grand Méchant Loup mais par pour autant plagier Fables, la série Vertigo).

- l'auteur accepte une utilisation libre de son personnage. C'est déjà plus rare, citons en exemple le Cerebus de Dave Sim [2].

- vous empruntez le personnage à des fins parodiques. La parodie est une exception au droit d'auteur. Elle permet d'utiliser un personnage sans l'accord de son auteur et/ou éditeur mais est encadrée par quelques principes importants. Le but doit être humoristique, il ne doit pas y avoir de risque de confusion avec l'œuvre originale et la parodie ne doit pas porter préjudice à l'auteur de l'œuvre originale. Pour prendre un exemple polémique, il nous a semblé que l'artiste Benjamin Spark, qui utilise des œuvres avec très peu de modifications, sans citer les auteurs et sous couvert de la "parodie", n'était pas du tout dans le cadre de cette exception. Le fait qu'il nous ait menacés de poursuites judiciaires et que l'on n'ait toujours rien vu venir en dit long sur le bien fondé de sa démarche et la solidité de sa conviction.


Eh bien voilà, nous espérons avoir au moins un peu défriché le terrain. Cela ne vous dispense aucunement de prendre conseil auprès d'un avocat en cas de problème, mais si ces quelques paragraphes ont pu contribuer à mettre au clair quelques éléments importants, c'est toujours ça de gagné ! ;o)


[1] Il m'est arrivé de lire un jour, sur le net, des propos ahurissants tenus par un auteur qui souhaitait être rémunéré au tirage et non à la vente. Il faut bien comprendre à quel point c'est absurde. Cela revient à être payé avec de l'argent imaginaire issu de livres qui ne se vendent pas. Un artiste (musicien, romancier, scénariste...) est payé si son œuvre se vend, ce qui semble logique. Les maisons d'édition importantes paient déjà aux auteurs une avance, non remboursable, qui garantit un revenu minimum, même si les ventes sont inférieures à l'avance. Difficile à mon sens de leur demander plus. Le boulanger n'est pas rémunéré au nombre de croissants qu'il fabrique mais au nombre de ceux qu'il vend. Vous allez objecter qu'il a un salaire fixe, mais si rien ne se vend, la boulangerie ferme, tout simplement. On ne peut pas générer de l'argent avec un tirage, un tirage coûte de l'argent au contraire.
[2] C'est dans son cas une position idéologique, il fait notamment partie du Comic Book Legal Defense Fund et est un fervent partisan de l'auto-édition.




27 août 2014

Jack Kirby : l'oeuvre d'un géant

En 2006, Panini éditait en français une anthologie d’œuvres créées par Jack Kirby pour Marvel :  20 histoires réalisées (dessinées, mais parfois aussi écrites) entre 1940 et 1978, sélectionnées par Greg Theakston, qu'on nous présente comme un spécialiste des comic-books. 

Ce très beau livre, au toucher agréable, ne se veut pas une biographie exhaustive de l'artiste et se concentre sur ses créations pour un panorama édifiant (même si uniquement au sein du même éditeur). La préface ne rappellera que quelques éléments de la carrière de Kirby : on ne saura pas grand chose de ce fils d'immigrés juifs autrichiens (de son vrai nom : Jacob Kurtzberg) qui commença sa carrière sur des dessins animés de Popeye et faillit périr lors de la Bataille de Metz en 1944. 

L'anthologie nous replonge dans les prémisses du Golden age des comics au travers du travail de celui qui devait devenir un des deux piliers de Marvel avec Stan Lee, créant les super-héros les plus célèbres de la planète. On s’aperçoit ainsi que l’homme est arrivé à force de volonté et de talent, a essuyé des échecs mais a toujours su faire face, jusqu’à ce que la gloire survienne. Si les trois premières histoires (datant de 1940 et 1941) apparaissent bien datées, on y sent, derrière les poses outrées et les visages inexpressifs, cette dynamique extraordinaire que l’artiste allait savoir instiller dans ses cases à l’avenir. Le trait est encore peu affirmé, les personnages assez sveltes avec un graphisme qui rappelle Steve Ditko. On y retrouve tout de même Cap America, dans l’aventure qui l’a vu naître – maintes fois réécrite par la suite.  Puis on saute aux années 1960 pour le gros morceau : Hulk, les VengeursThor et surtout les FF, avec l’incontournable saga du Silver Surfer

Entre 1962 pour les origines de Hulk et 1967 pour la série Thor, avec inévitablement son compère Stan Lee comme scénariste, on y trouve un dessin aux traits puissants, aux personnages plus denses, dans une mise en page demeurant classique, mais avec un souci du décor qui explose, grâce au savoir-faire accumulé dans des récits de Strange Tales : il utilisera le moindre prétexte pour laisser libre cours à son goût pour les machines compliquées, les appareillages tortueux et les armes destructrices. 
Dans le même ordre d’idées, le design de Galactus est symptomatique : en mettre plein la vue tout en donnant cette idée d’infini, d’inconcevable, d’extraterrestre (d’indicible ?). Si on peut désormais sourire devant les discours pompeux des personnages sous la plume d’un Stan Lee inspiré, la vision de certaines planches force le respect. Kirby a trouvé son style, qui colle autant aux personnages de soldats ou de lutteurs qu’aux héros virils – sans être disproportionnés, les bras et les cuisses sont massifs, les poses dynamiques, les combats dégageant une vraie impression de puissance. Autant dans la description majestueuse  d’Asgard que dans celle de la machinerie de Galactus, Kirby s’en donne à cœur joie dans la démesure. Seule faiblesse : les personnages féminins qui perdent de leur charme et semblent coulés dans un moule unique – à la différence d’un John Buscema par exemple, plus attaché aux expressions corporelles et à des attitudes plus fluides. 

La dernière partie nous montre des travaux des années 1970, avec la série des Inhumains ou celle des Eternels, dans lesquelles il a réussi à dépeindre avec maestria les Célestes, dans des histoires qu’il a lui-même rédigées. Cette fois, même les cases se plient à sa volonté de grandeur, et voir une cohorte de Célestes à l’œuvre est un spectacle impressionnant. Parallèlement, sa série sur Captain America prouve combien il est à l’aise dans l’action pure, brutale et la montée du suspense : il n’y a plus le lyrisme cher à Stan Lee, on est dans le thriller nerveux. Ses héros foncent et sont souvent montrés de face, plongeant vers nous, une main tendue prête à sortir du cadre. Des histoires fortes et des personnages aux destins hors-normes étaient faits pour être illustrées – racontées – par lui. 


Son influence est définitivement majeure et se sent encore aujourd’hui, ne serait-ce que dans le dessin des ennemis bigger than life. Sans lui, la Chose ne serait qu’un tas de cailloux informe quoique doué de parole, et Captain America le héros ringard d’une époque révolue. Et puis, surtout, il a créé Galactus et son héraut, le très charismatique Surfer.

22 août 2014

Supreme Power : l'escadron de Straczynski

Il y a une vingtaine d’années, un vaisseau s’est écrasé sur la Terre, près de la voiture d’un jeune couple désenchanté. Celui-ci déniche alors, dans les restes de l’engin extraterrestre, un bébé vivant et la jeune femme décide de garder ce don du ciel…

Que vous soyez amateurs de comics ou non, cette introduction vous rappelle immanquablement celle du personnage de Superman, reprise sous une forme similaire dans la série TV Smallville. C’est voulu, et pourtant ce n’est pas de lui qu’il s’agit. Nous sommes dans l’univers Marvel et Superman est un personnage de DC Comics. A la grande époque de la Justice League of America, rassemblant les plus grands héros de DC (Superman donc, Batman, Green Lantern, Wonder Woman, Aquaman et autres), les éditions Marvel avaient contre-attaqué en créant avec plus ou moins d’ironie une équipe de super-héros répondant trait pour trait aux caractéristiques de la JLA : le Squadron Supreme était né. C’est de cela dont il est question, mais avec une révision des origines qui dépasse le simple cadre de l’hommage ou de la parodie. Car ces histoires ont été publiées à l’origine pour la ligne éditoriale MAX, destinée à un public plus mûr, avide de sensations fortes et profitant d’une censure moindre sur la violence et les scènes dénudées.  

Ainsi, c’est sur une Terre qui ne connaît pas (encore) les surhommes que se situe l’action, dont la trame va très vite diverger par rapport à ce que nous connaissions de prime abord. Le bébé, forcément extraterrestre, ne grandira donc pas au sein d’une famille aimante, mais sera récupéré par le gouvernement américain dans un but apparemment louable (dès le départ, on découvre ses facultés extraordinaires) : venir en aide aux plus humbles, sous le couvert d’une vision impérialiste des USA, sachant que le projet Hypérion, dont il s’agit, est directement piloté par des militaires de haut-rang. Hypérion (le nom du projet devenant le nom de code de l’individu) sera donc un jeune homme nourri des valeurs américaines, pétri de bonnes intentions… mais seul. Lorsqu’il choisira de s’émanciper, il devra affronter la vérité : sur lui-même et ses origines, sur la société dans laquelle il ne parvient pas à s’intégrer, sur les intentions de ceux qui le nourrissent et l’éduquent. Quelle sera la réaction d’un homme plus puissant qu’une bombe nucléaire, plus dévastateur qu’un séisme, au moment où il apprendra, et c’est couru d’avance, qu’on lui a menti pendant des années ? Et du coup, alors qu’il se croit seul à détenir ces pouvoirs, comment fera-t-il face à l’apparition d’autres super-êtres de son âge ?  

Nous avions mesuré sa force via des moyens conventionnels. Mais seule l’échelle de Richter accepte les données enregistrées. On parle en mouvement de plaques tectoniques ici, plus en poids. […] La seule façon de mesurer sa force, c’est en millions de morts.
On connaît Straczynski pour son implication dans Babylon V, série de SF intelligente et fédératrice, et pour la façon dont il a réécrit les origines de Spider-Man et relancé du même coup la série. Neault, grand admirateur de son travail dans le monde des comics, avait d’ailleurs rédigé une série d’articles sur trois de ses œuvres phares, toutes à lire absolument. Ici, il va plus loin, car il a le champ libre pour développer les thèmes qui lui sont chers, comme la manière dont des pouvoirs surhumains peuvent corrompre celui qui en détient, et celle dont l’humanité se positionne face aux implications qu’entraîne la naissance d’individus quasi-divins. L’auteur ne s’embarrasse pas de détails et est en cela bien aidé par le talent de Gary Frank qu’on avait admiré déjà lors de son passage sur la série Hulk : un découpage clair et dynamique, des visages détaillés et expressifs, et une aptitude ahurissante à traduire le déchaînement de puissances surnaturelles.  

Plusieurs volumes sont d’abord parus en France – attention, les #3, 5 et 6 sortent de la trame principale pour se concentrer sur un personnage (comme Dr Spectrum ou Nighthawk) ; ceux-là sont créés par d’autres artistes, comme la paire Way et Dillon pour Nighthawk, volume 5 ou Straczynski/Jurgens pour Hypérion volume 6 – avant d'être réédités en intégrale dans la collection Marvel Deluxe de Panini

Il est évident que, jugée à l’aune d’un nouveau public se passionnant pour Smallville, et peut-être bientôt pour the Flash, on se demande ce qu’aurait pu gagner cette série TV en adoptant des attitudes aussi cyniques et perverses chez les dirigeants, tout en étant, il faut bien le reconnaître, nettement plus pertinentes. On voit Hypérion passer entre les mains de plusieurs gouvernements : apparu sous Carter, développé sous Reagan et désormais sous l’égide de Clinton, le personnage demeure à la merci de militaires moins obtus qu’on ne le pensait qui étaient parfaitement, et dès le départ, conscients du danger potentiel que représente un être dont la peau est impénétrable, qui peut se déplacer sur terre et dans les airs à des vitesses stupéfiantes et dont les yeux peuvent tuer sur une simple pensée. Il est une arme à double tranchant, et un révélateur.

Dans ces pages, tout y passera, des expériences interdites menées à l’insu des dirigeants à l’éveil de nouvelles entités qui ont toutes un rapport avec Hypérion. Ce dernier, entre vérités et non-dits, devra trouver sa voie qui se résume bien vite à choisir entre dominer un monde qui lui appartient de fait, ou se mettre à son service. Refus des valeurs établies, acceptation de sa condition : qui est-il ? D’où vient-il ? Il sait, depuis le deuxième volume, qu’il n’est plus seul, ce qui ne change rien à son statut unique. 

02 août 2014

Mutant Hanako

L’exposition de l’artiste plasticien japonais Makoto Aida à Nantes[1] est l'occasion de se pencher sur Mutant Hanako, un ovni dans le paysage de la bande dessinée paru chez l’éditeur poitevin Le lézard Noir en 2005.

Outrancier, non conformiste, jusqu’au-boutiste, dérangeant… depuis les années 90, les œuvres du facétieux artiste ne laissent pas indifférent. Mutant Hanako, et le travail de Makoto Aida en général, synthétise tous les travers et les clichés que le pays du soleil levant véhicule sur lui-même, ainsi que le regard que lui porte l'Occident. Il montre les faiblesses d’une culture se nourrissant et se vomissant perpétuellement, elle-même exportée dans nos contrées…
Makoto Aida réinterprète l’imagerie véhiculée par les manga, les jeux vidéo, la culture otaku[2] - au sens large comme le fait déjà l’artiste Takashi Murakami[3]. Il met à mal tout un mode de pensée et un système qui se cachent derrière des paravents. Non pas que les manga soient mauvais en soi, nous somme d’accord, d’excellents auteurs et de magistrales œuvres coexistes à côté d’œuvres plus borderline. Les manga s’intéressent à une quantité de thèmes qui va du sport, à la cuisine, l’économie, les sentiments amoureux, les vertus de l’entreprise… jusqu’à la pornographie envers des mineurs.

Parfois, sous le couvert d’un graphisme enfantin, mignon, les mangaka exploitent les limites de la psyché humaine et de ces horreurs. Tout cela explique en partie l’aversion en Occident pour ces bandes dessinées à coup de clichés éculés tels que « c’est violent », « c’est mal dessiné »… Des magazines comme Télérama[4] et bien d’autres ont exploité ce filon nauséabond en intentant des procès d’intention. Dans leur pays d’origine, certaines œuvres font aussi polémiques !
Cette richesse de thèmes et cette ambigüité oscillant toujours entre l’art et le mercantilisme pur et dur composent la complexité et la fascination que l’on peut éprouver face à ces univers. Makoto Aida, avec Mutant Hanako pointe du doigt tout en rendant hommage à ce monde composite et étrange qui trouve un écho dans nos contrées.
Artiste pluridisciplinaire, Makoto Aida s’attaque à des sujets difficiles tels la pornographie prépubère, le nationalisme exacerbé (connu sous le sobriquet de "l’esprit du Yamato"[5] ), les mutations sociales générées par la croissance économique après la seconde guerre mondiale... en passant par les attentats au gaz sarin commis par la secte Aum. Grâce à ses œuvres provocantes et absurdes, il met aussi en avant la structure asymétrique du globe, les affrontements nord-sud, les guerres civiles interminables. Makoto Aida avoue ne pas aimer faire de l'abstrait et préférer créer des tableaux faciles à comprendre, stupides et de mauvais goût[6] .

Né en 1965, on découvre qu’il rêvait de devenir mangaka sur le modèle d'Osamu Tezuka, mais il abandonna vite, tout comme ses études : il arrêta les cours d'anglais à l'école pensant que c'était une manœuvre de l'impérialisme américain ! Après un détour par la délinquance, il se reconvertit comme artiste au sens large du terme et il intègre enfin l’université des Beaux Arts. Cependant, il n’oublia jamais son envie de réaliser un manga et quelques idées prirent forme dans les méandres de son cerveau. Il commença par des tableaux inspirés par l’esthétique de ces bandes dessinées, puis imagina le personnage de Mutant Hanako dans la série des War Picture returns.

Mutant Hanako est un opus étrange qui peut être lu soit en commençant par la gauche, soit par la droite.
D'un côté de la couverture, une jeune femme soumise, un collier de chien autour du cou avec une laisse, nous sourit, et de l’autre, une collégienne vêtue de son uniforme scolaire, un drapeau japonais à la main dans une vision d’un monde embrumé et apocalyptique semble attendre.

Le travail de Makoto Aida est introduit et commenté sur quelques pages. Il permet de mieux appréhender le manga qui donne son nom au recueil. Des toiles aux graphismes pop issus de la culture manga hyper léchée côtoient des photos, ainsi que des tableaux à l’acrylique où une jeune amputée des quatre membres, Dog, nous sourit. La série des Dog, rappelle des personnages engendrés par l’imaginaire fécond du père de Goldorak[7], Go Nagai, dans des manga tels que Violence Jack ou Devil Man ainsi que tous les fantasmes autour des humains-troncs, forme ultime du bondage[8].
L’histoire du court manga trash érotique Mutant Hanako tient en quelques lignes : pendant la Seconde Guerre mondiale, Hanako rêve de l’empereur nippon qui lui demande de joindre ses forces à l'aviateur Junichi afin de détruire les libidineux démons américains. Capturée et violée par le général MacArthur, Hanako est larguée sur Hiroshima avec la bombe Little Boy. Irradiée, elle renaît surpuissante en tant que Mutant Hanako. Bien décidée à accomplir sa mission, elle part combattre le général américain ainsi que le président Roosevelt qui, d’une simple tête de gland, se métamorphose en monstre multi phallique !

Ce livre reprend la première mouture de Mutant Hanako dans une version revue et augmentée, colorisée et lettrée par l’auteur lui-même. À l'origine, cette histoire se compose d’une vingtaine de planches en un noir et blanc sale et photocopié à 300 exemplaires destinés à être vendus dans une galerie.
Sous l'apparence d'un graphisme naïf et malhabile[9] qui emprunte à la production mainstream, on sent la maîtrise de la narration, de la mise en scène, un parti pris évident où le fond et la forme se répondent en permanence.
L’auteur accable la société japonaise et sa tendance à se soumettre quitte à tendre les fesses de bonne grâce. Makoto Aida construit son délirium joyeusement foutraque et anticonformiste en puisant sa matière dans les poncifs et les codes des manga mainstream qu’il pervertit : une jeune fille avec de grands yeux, vêtue de son uniforme de collégienne, des super-pouvoirs, le sens du sacrifice, l’esprit combatif, le sauvetage de la planète avec moult références aux hentaï[10] (tentacule, orgie, viol…).

Si pour vous les bandes dessinées nippones se résument aux œuvres les plus commerciales comme Naruto, One Piece, les histoires girly pleines de paillettes en englobant les œuvres de mangaka tels que Naoki Urasawa, Osamu Tezuka et Jiro Taniguchi[11], vous allez être secoué. Lire Mutant Hanako, c’est admettre faire table rase du bon goût pour plonger dans la surenchère de grotesque, faire abstraction de tout critère préétabli comme de tout repère. Ce manga crache sur le politiquement correct qui gangrène notre société moderne, dans un récit cathartique et salutaire à l’humour décapant qui se pose aux frontières de l’acceptable. Il place au pied du mur les nouvelles générations des jeunes japonais insensibles à la réalité de la guerre[12].

Avec son propos outrancier, son graphisme gribouillé et surtout les représentations crues d'humiliation sexuelle, ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains !

« Je crois profondément que le “mauvais goût”, dans sa plus vaste définition, est l’une des armes fondamentales du manga. »[13]

+ Jusqu’au-boutiste et purement jouissif.
+ Narration maitrisée.
+ Traduction et adaptation soignée.
- Numérotation des pages absentes.
- Un peu cher pour le peu de pages .

[1] « Celui qui ne pense pas », du 27 juin 2014 au 31 août 2014, au Musée des Beaux-Arts de Nantes ainsi qu’au Château des Ducs de Bretagne.
[2]Pour en savoir plus, je vous renvoie vers le livre de Hiroki Azuma, Génération Otaku : Les enfants de la postmodernité, Hachette Littérature : "Les Otaku, ce sont ces jeunes fans de manga, de jeux vidéo ou de dessins animés, ne vivant qu'entre eux et que pour ces produits culturels dont ils ne cessent de créer et de consommer des dérivés : figurines, fanzines, romans tirés d'un dessin animé, dessins animés tirés d'une figurine, etc. Le phénomène, en perpétuelle croissance depuis les années 1980, représente aujourd'hui un marché colossal et s'étend à l'étranger via le succès mondial du manga."
[3]Artiste plasticien japonais dont l’exposition de ses œuvres colorées et kitsch au château de Versailles ont suscité beaucoup de réactions indignées.
[4]Un exemple avec cet article
[5]Yamato est l’un des trois termes désignant, en japonais, le Japon. Le Yamato Damashii 大和魂 se traduit par l’esprit (damashii) du Japon (Yamato). L’expression a été radicalisée durant la seconde guerre mondiale par les ultra-nationalistes.
[6]Makoto Aida, Mutant Hanako, Le Lézard Noir, 2010, p.24.
[7]UFO Robot Grendizer en VO.
[8]Agnès Girard, Le sexe Bizarre, Le Cherche Midi, p.67 : "Au Japon, ce fantasme des « chenilles » -exploité par l’écrivain Edogawa Ranpo - alimente en images des centaines de manga d’un genre très particulier appelé éro-guro, l’érotisme grotesque."
[9]Et comme le disait Picasso :  «J'ai mis toute ma vie à savoir dessiner comme un enfant. »
[10]Terme qui désigne les manga pornographiques.
[11]Ce qui n’enlève rien aux qualités de ces trois auteurs !
[12]Makoto Aido, Mutant Hanako, Le Lézard Noir, 2010, p.24.
[13]ibid.

20 juin 2014

Super Crooks : Millar & Leinil Yu en remettent une couche

Visiblement, on ne change pas une équipe qui gagne.

Le duo d’artistes officiant sur Superior 1 et Superior 2 se retrouve aux commandes d’un nouveau récit, publié en France dans la même collection (« Best of Fusion Comics ») chez Panini. J’avoue que la simple mention de Millar au-dessus du titre a attiré mon attention, d’autant que personne encore chez UMAC n’avait évoqué ce nouveau titre. C’est qu’une actualité de ce scénariste aussi talentueux que tapageur est difficile à rater, surtout lorsqu’on s’évertue désormais de ne prendre que le dessus du panier de la production de comic-books, suivant d’abord les conseils de mes partenaires blogueurs, ceux de mon libraire puis la lecture d’une 4e de couverture tempérée par mon humble expérience. Millar, s’il n’a pas fait l’unanimité chez moi (encore moins chez Neault) jusqu’ici, a tout de même eu le mérite de proposer des pitchs ultra-accrocheurs qui conduisent à des débuts toujours prometteurs, sa verve et son côté iconoclaste parvenant à construire des situations enthousiasmantes. Toutefois, ses prises de position radicales lorgnant davantage vers le sensationnalisme et des conclusions régulièrement décevantes ont tendance à me rendre circonspect devant ses œuvres.
Bref, il s’agit de ne pas foncer tête baissée, ce pourrait être un énième piège tendu par Millarworld Limited pour nous cueillir au portefeuille. L’argent, justement, est au cœur de ce récit qui se déroule dans un univers apparenté à celui de Wanted, avec cette volonté manifeste (et récurrente chez lui, comme chez quelques-uns de ses confrères contemporains) de rationaliser le monde super-héroïque en le banalisant et en explorant les conséquences. Dans Super-Crooks, les pouvoirs existent, de toutes sortes et toutes magnitudes. Ceux qui en sont dotés en usent, parfois pour le salut de l’Humanité, parfois dans leur propre intérêt : il y a donc des super-héros et des super-vilains, ces derniers semblant plus nombreux mais généralement de moins grande envergure. 
Un background d’un classicisme éhonté, presque contestataire, n’est-ce pas ? Sauf que là, ce sont les méchants qu’on va suivre, un groupe de super-vilains à la petite semaine, menés par un Johnny Bolt en sous-Electro racoleur et futé, lequel, afin de sauver la mise à un des leurs qui s’est fait piquer, monte un projet ambitieux après s’être pris une pile par le Gladiateur. C’est qu’à force de voir leurs casses systématiquement stoppés par le premier encapé, ils en ont marre, nos bad guys : marre de se prendre des torgnoles, marre de se ridiculiser, marre de se faire enfermer comme le premier voleur à la tire venu. Comment faire, alors ? C’est bien simple (et pourquoi les super-vilains Marvel/DC n’y ont jamais pensé ?) : il suffit d’opérer là où il n’y a pas de justicier ! Pleine de bon sens et d’à-propos, voilà donc notre fine équipe en train de se monter façon Ocean’s Eleven (facile de persuader des gars obligés de se planquer pour user de leurs pouvoirs) – certains y trouveront un faux-air de Insaisissables et ils auront bien raison, ces losers magnifiques ayant assez de charisme pour susciter au moins la sympathie. D’autant qu’ils vont s’en prendre au Bâtard, c'est-à-dire au plus grand super-vilain de tous les temps, qui vit une retraite paisible en Espagne, « là où il n’y a pas de super-héros ».

Très vite, le scénario affiche ses références, et le lecteur un tant soit peu averti comprend très vite qu’il se retrouve devant une histoire de casse dans laquelle tous les coups sont permis, mais surtout qu’il devine moins aisée qu’elle n’en a l’air, que les motivations du leader vont bien au-delà de la simple entraide et qu’il y aura forcément des surprises et des atouts dissimulés dans les manches. En fait, il n’y a rien de nouveau pour qui a l’habitude de ce genre de trames, hormis le fait que les protagonistes ont des pouvoirs et qu’ici, on assistera à des explosions de crâne dignes de Scanners ainsi qu’à une très sanglante course à qui perdra le moins de membres.
Le finale est écrit à l’avance, à coup de faux-semblants malins et de retournement de dernière minute accumulant les invraisemblances. Ensuite, c’est encore plus classique, presque ringard dans la manière dont se nouent les dernières intrigues.
Est-ce mauvais pour autant ? Certes non. Ca se lit très vite, c’est mené tambour battant, avec ce qu’il faut d’humour dans les dialogues, un zeste de violence et pas mal d’hémoglobine (un truc que Leinil Yu maîtrise sans peine, même s’il reste toujours aussi peu intelligible dans sa gestion des combats). C’est terriblement efficace, agréable et rafraîchissant. Néanmoins, quand bien même il ne se prive pas d’évoquer certaines déviances chez les plus grands super-héros, il n’a pas la portée d’un the Boys et ne cherche pas à étoffer son histoire par un sous-texte critique. C’est donc une réussite d’un point de vue formel, mais c’est si peu novateur et enrichissant que ça en devient frustrant, agaçant voire énervant. Millar vaut, et peut, bien mieux.


+ Ocean’s Eleven avec des pouvoirs 
+ un pitch accrocheur
+ une bonne dose d’humour
+ du sang et de la bidoche
- du déjà vu et revu dans les grandes histoires de casse
- un univers sous-exploité
- des situations parfois peu lisibles

20 octobre 2013

Superior 2 : l'Ame d'un héros

Il y a quelque temps de cela, Neault vous avait parlé de Superior, nouvelle mini-série du surdoué et prolifique Mark Millar, expliquant que le concept, rendant hommage aux super-héros du Golden Age, semblait plutôt (et jusque-là) bien maîtrisé par un auteur jamais avare de bonnes idées, habitué des introductions fracassantes mais également connu pour conclure laborieusement ses séries.
Il se trouve que je partageais son avis.

1e de couverture
Curieux de savoir ce que nous concoctait l’Ecossais pour la suite de Superior, je me suis procuré le second album publié dans la collection 100% Fusion Comics – et qui ne contient que trois épisodes puisque la série se clôt au septième. N’allez pas croire pour autant que Panini compense le coût en ajoutant une profusion de bonus : vous aurez droit aux traditionnelles couvertures originales et à leur version brute, ceci afin d’admirer le travail de Leinil Francis Yu. Ce dernier nous gratifie d’ailleurs d’un travail agréable avec des traits légèrement moins anguleux que d’habitude tout en conservant une grande dynamique dans ses scènes d’action et en jouant habilement des angles. Cela dit, certaines cases sont à la limite de l’intelligible du fait de cet encrage particulier, très appuyé et renforcé de couleurs sombres.
Le résultat me laisse un petit peu perplexe. Mais laissez-moi d’abord vous affirmer que j’ai plutôt apprécié. Il y a dans le déroulement de drame faustien aux ressorts très classiques quelque chose de réconfortant, d’apaisant presque, et qui détonne chez celui qui n’aime rien tant que provoquer, parfois pour le simple plaisir de faire parler. Donc ce garçon, atteint de sclérose en plaques et au bout du rouleau, se voit offrir la possibilité d’incarner le héros de ses rêves, une version de Superman à peine modifiée (c’est bien entendu voulu), invulnérable et droit. C’est un petit singe de l’espace ( !) qui lui a accordé ce vœu, dont les contreparties seront bien vite présentées, le lecteur étant prévenu dès la fin du quatrième épisode. Et pour compliquer le choix qu’il devra être amené à faire, il devra mettre dans la balance la sauvegarde de la Terre, rien que ça.


Avec un tel matériau, Millar aurait pu surfer sur la vague actuelle consistant à décliner les conséquences d’une telle promesse de pouvoir sur la psyché humaine (en effet, et si celui qui recevait le don – par magie, par un coup du sort, une morsure radioactive ou des rayons cosmiques – en usait de la pire des manières ?). Un grand pouvoir implique… vous connaissez la suite. Ici, rien de tout cela, on est assez loin de the Cape, pour ne prendre qu’un exemple. Uniquement une quête élaborée dans les règles de l’Art avec un ennemi retors mais d’une banalité éhontée, contre lequel ce brave Simon Pooni devra compter sur l’appui d’amis proches, dont une accorte journaliste à la générosité proportionnelle aux appas plutôt bien mis en valeur. Le suspense naît par conséquent chez le lecteur habitué à l’iconoclastie millardienne (millardesque ?) : jusqu’où l’auteur suivra-t-il ce schéma traditionnel ? On peut du coup être déçu, fort légitimement du résultat. Pourtant, à ma grande surprise, j’ai été touché par les choix effectués et cette plongée en nostalgie opérée avec un respect très digne de ses aînés (rappelons que la mini-série est dédiée à Richard Donner et Christopher Reeve).


Pas bouleversant ni renversant, Superior s’avère une aventure confortable, agréablement menée, sans imagination mais avec maîtrise. Et puis il y a ces petits moments magiques pendant lesquels ce garçon de douze ans, le même qui sommeille en nous, réalise ses souhaits les plus chers avec une candeur et un aplomb qui se savourent sans retenue.

19 mars 2013

Portrait Exclusif : Steve Ditko


Nous vous avions parlé il y a peu de temps de l'ouvrage Des Comics et des Artistes, dont la version collector est maintenant financée à 30%.

Afin que vous puissiez découvrir un peu plus le contenu de ce livre, voici en exclusivité l'un des 50 portraits qu'il contient.
Il s'agit de Steve Ditko, artiste atypique dont on connaît l'importance et l'influence qu'il a pu avoir aux côtés de Stan Lee.

Pour aider à l'édition de ce collector en version limitée, vous pouvez encore pré-commander votre exemplaire sur Ulule.



Portrait Steve Ditko