17 mai 2013

Marvel NOW : prologue ou simple pub payante ?



Le Marvel Universe hors série #14, sorti aujourd'hui, nous permet de faire un premier pas vers le prochain (gros ?) évènement de la Maison des Idées : Marvel NOW !

Autant le dire, depuis House of M et, surtout, Civil War, les fameux events Marvel ont largement baissé en qualité, même s'ils continuaient à faire un usage tapageur - et presque drôle - de superlatifs dont personne n'est pourtant dupe.
Que dire en effet de World War Hulk, Secret Invasion ou même du plus récent Avengers vs X-Men (sans parler de One More Day, pour d'autres raisons), si ce n'est que ces "évènements" (différents des crossovers purs, cf. cet article) ont été décevants voire même frileux d'un point de vue narratif et éditorial.
Marvel, sans doute quelque peu attiré par la réussite du relaunch de DC Comics (cf. par exemple des titres comme Catwoman, Swamp Thing ou encore Aquaman qui, bien que n'étant pas des séries phare de l'éditeur, ont réussi à faire dans l'accessible et le qualitatif (oui, même Aquaman !)), a décidé de lancer sa propre vraie/fausse remise à jour.

Pourquoi "vrai/fausse" ? Parce que la recette est connue, trompeuse et, la plupart du temps, inefficace. Mais remontons un instant aux racines du supposé Mal : l'univers partagé continu.
Le Marvelverse, tout comme le DCU, a la particularité d'être complexe. Pourquoi ? Parce qu'il est fait de milliers de personnages, de centaines de séries, de dizaines d'années de publication et d'avancées narratives. Cette complexité, c'est sa richesse. Or, très bizarrement, cette richesse est régulièrement analysée (par des "spécialistes") comme la cause de la baisse des ventes (vertigineuse, il est vrai) que les Etats-Unis ont connu ces dernières années. C'est cependant sans doute un peu rapide (et très injuste).
Qui, sous prétexte de difficultés à aborder un domaine, se résoudrait à ne pas au moins tenter de donner corps à une passion ? Tout, absolument tout, ce qui vaut le coup en ce bas monde nécessite des efforts. C'est compliqué d'apprendre à piloter, c'est compliqué d'apprendre à jouer d'un instrument, c'est compliqué d'apprendre à manger sainement, de s'initier à la mécanique quantique, c'est même compliqué de draguer une fille. Et lire une BD, en comparaison, même une BD Marvel, n'a rien d'insurmontable. Surtout si les efforts consentis mènent à ce plaisir indicible et profond qui, seul, découle de l'Art, et notamment de l'Ecrit.
Malheureusement, la dérive actuelle pousse les éditeurs à un suicide assez incroyable.

En effet, pour attirer d'hypothétiques lecteurs (qui jamais ne viennent), les éditeurs US (et parfois français) ont recours à deux stratagèmes aussi absurdes qu'inutiles. Le premier est le fameux relaunch. Le "on efface tout et on recommence". Ou plutôt, on fait semblant d'effacer et on tente de ménager les lecteurs en devenir qui ne viennent pas, et les lecteurs réels qui partent pour de bon.
Car évidemment, ce qui transforme un individu en lecteur et ce qui le maintient lecteur relève de techniques bien différentes. Ce qui fait qu'un lecteur continue à lire une série, c'est uniquement la qualité de cette même série. Pas compliqué à comprendre mais déjà plus ardu à faire. Ce qui fait que l'on attire de nouveaux lecteurs est évidemment tout autre. Ce n'est pas la qualité des séries, puisqu'ils ne les lisent pas. C'est donc simplement la pub. Créer l'envie. Et certaines personnes (et dans le lot, j'en soupçonne même certaines d'avoir été à l'école, au moins un peu) pensent que la meilleure publicité pour une série, c'est un très joli numéro #1 sur sa tranche. Le relaunch donc. L'illusion du nouveau départ. C'est pratiqué avec une certaine habileté parfois outre-Atlantique, ça l'est beaucoup moins dans nos contrées (avec Panini qui nous refourgue des numéros #1 aussi souvent que possible, cf. les Deluxe Daredevil ou même l'actuelle dérive kiosque, avec des revues qui naissent et disparaissent à un rythme assez incroyable).

Le second stratagème, tout aussi inefficace et presque plus pervers, résulte de la lente mais certaine inféodation du Papier au Cinéma, un peu comme si les paillettes et les starlettes pouvaient sauver les Plumes de leur supposée fadeur et de l'oubli. Là encore, la technique n'a aucun effet, si ce n'est, étrange paradoxe, une baisse de qualité des publications (cf. l'effet Boomerang des adaptations de comics au cinéma).
L'on sait bien que, par une différence liée au public visé et aux moyens engagés, un film ne peut en aucun cas répondre aux mêmes exigences qu'un livre. 10 000 livres vendus et voilà déjà un énorme succès d'édition. 10 000 spectateurs pour un film, et c'est une production entière qui prend l'eau et ne s'en relèvera pas.
Autant dire que, pour un éditeur, se baser sur un domaine artistique qui n'est pas le sien est étrange, c'est un peu comme si un entraîneur d'une équipe de handball suivait les règles du football. Oui, c'est du sport, mais le jeu et les buts sont différents.

Ce qui se passe actuellement (et même presque depuis toujours) dans le domaine des comics, en tout cas chez Marvel (DC me semblant prendre un bien meilleur virage, encore faudra-t-il en juger sur le long terme) c'est tout bonnement un dangereux sur-place qui n'attire personne et désespère ceux qui suivent déjà certaines séries. Et cet état de fait est parti pour durer, tout bonnement parce que l'analyse faite par les éditeurs est fausse mais bien ancrée dans un nuisible réflexe pavlovien.
Le seul atout de ces éditeurs est la richesse de leurs univers, or, ils n'ont de cesse de le simplifier (ou au moins de tenter de nous le faire croire). Ceux qui ne s'y intéressaient pas n'ont donc aucune raison valable de l'aborder, et ceux qui s'y intéressaient ont de plus en plus de raisons de le quitter. Là où il suffit de remodeler un peu la réalité, en faisant confiance aux capacités d'adaptation des lecteurs (cf. De la Doublepensée dans la Continuité), l'on terrasse et élague sans tenir compte de l'essentiel, en perpétuant les mêmes erreurs.
La revue que nous allons prendre en exemple n'échappe pas à la règle, que ce soit sur le fond, imputable aux orientations de fond décidées par Marvel, ou la forme, toujours aussi misérable chez Panini.

Découvrons donc le contenu du binz (oui, c'était long avant d'y arriver, mais vous allez voir, ça valait le coup d'attendre).
Alors, je vais quand même revenir deux minutes sur l'intro de Panini, parce que franchement, faut s'accrocher. Ce n'est pas Christian Grasse pour une fois, c'est un certain Max Brighel qui nous balance le topo. Et, bien que ne le connaissant pas, je trouve ce type franchement sympathique. On sent qu'il y croit. D'ailleurs, en parlant de ce Marvel Universe, il nous calme dès le départ en affirmant qu'il ne s'agit pas "d'une simple anthologie de brefs récits, mais d'un écrin de merveilles qui renferme des indices sur blablabla". Ah ouais, quand même, un "écrin de merveilles"...
Déjà, avant de lire les "merveilles", je me suis dit que le mec s'avançait un peu. Mais après la lecture, j'avoue que c'est carrément la consternation.
Voyons l'écrin déjà. Une revue fort maigre, vendue 4,30 euros, avec zéro valeur ajoutée rédactionnelle. Pas le meilleur rapport qualité/prix du kiosque. J'ai même testé les AR (ces bonus à la con censés présenter de la réalité augmentée), pas moyen d'y accéder. Est-ce l'application Marvel qui déconne ? Si ça se trouve mon téléphone est simplement aussi blasé que moi : il ne cherche même plus à s'intéresser aux conneries.

Passons maintenant aux "merveilles" contenues dans l'écrin. Attention, à partir de maintenant, je vais faire un effort pour rester correct (il y aura bien un gros mot par-ci par-là, comme toujours, c'est mon côté redneck ça, mais je vais vraiment essayer de rester calme).
Mais qu'est-ce que c'est que cette merde ??
Franchement, j'ai rarement vu plus misérable chez un "gros éditeur" ! Et dire que c'est censé attirer de nouveaux lecteurs !
Attention, les teasers présentés ici (car ce n'est que ça) ne sont pas forcément mauvais, simplement, pour être utiles, ils auraient dû être accompagnés d'un minimum d'explications et d'efforts rédactionnels.
C'est à peine croyable, mais comment peut-on vendre ça ? A la limite, ça pourrait se distribuer gratuitement, et encore, ça serait tout de même mal foutu. Parce que, putain, si quelqu'un qui ne connaît rien à Marvel se sent subitement l'envie de suivre une série grâce à ça, alors là je veux bien sucer un gnou (avec tous les dangers que cela comporte, tant sur le plan gustatif que relationnel).

Plus sérieusement, c'est sans intérêt, incompréhensible pour le profane, et tellement survendu que ça en devient drôle. En gros, on a un interrogatoire, mené par Fury, entrecoupé de scènes à l'intérêt relatif (pour des "merveilles" en tout cas, pour des teasers, ça passe). Le pire c'est que les personnages présentés sont quasiment tous inconnus du grand public (Star-Lord, Ant-Man, Forge, Miss America...). Pour donner envie, on a déjà vu mieux.
A la fin, Panini nous gratifie de quelques pubs (mini cover + une petite phrase de présentation) censées dévoiler les nouveautés à venir. Evidemment, c'est pathétique tellement on n'apprend rien. Bon, dans le lot, je vous conseille essentiellement le Superior Spider-Man, déjà évoqué ici.
La troisième de couverture est encore plus navrante tant elle se complaît dans les stratagèmes évoqués plus haut. On nous parle de Iron Man 3, de Captain America 2, de formation "cinématographique" du SHIELD, bref, on recherche l'adoubement (mortel) du Grand Ecran, sans parvenir une seule fois à mettre en avant les qualités inhérentes aux planches. Un exploit.

Habituellement, je termine en faisant une liste de "+" et de "-" et en donnant une sorte de note graphique (merci encore à Carali pour ses dessins, aussi expressifs que drôles). J'estime que c'est ici impossible.
Ce n'est pas parce que Panini vend des teasers, mal emballés, que je vais faire semblant de les considérer comme une oeuvre véritable.
Ce Marvel Universe hors série est simplement une pub payante, et en plus une pub mal torchée.
Et pour Marvel Now, avouons-le, c'est mal barré. En France, Panini ne simplifiera pas ses nombreuses collections librairie (tiens, une nouvelle vient, encore, de faire son apparition), et la politique d'inondation du kiosque continuera, sans cohérence ni discernement (ce qui va à l'encontre du but annoncé). Aux Etats-Unis, des gens très bien feront semblant de croire que Marvel efface tout et ils écriront des séries passables, bonnes ou géniales, mais qui, sur le long terme, n'auront aucun intérêt tant que les éditeurs garderont comme principes directeurs des idées qui les condamnent à un irritant radotage.

Ceci dit, pour une fois, le slogan est bien trouvé : Marvel Now !
Maintenant, encore et encore, comme enlisé dans un présent qu'il faudrait s'empresser de réécrire maladroitement pour colmater une fuite précipitée par ce même enlisement.
Rarement une fin aura été mieux annoncée et aussi mal conjurée.