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08 novembre 2013

It's a kind of Magic

La magie, qu'elle soit blanche, noire ou même rouge (contre toute attente, ça existe aussi !), a toujours fasciné. Certains l'ont condamnée dans le passé, d'autres s'y adonnent encore ou sortent de très sérieux ouvrages qui lui sont consacrés. Et comment en effet ne pas être au moins un peu émoustillé par une pratique qui pourrait nous faire connaître bonheur, fortune et pouvoir ? Le tout, en apparence au moins, sans trop d'efforts.
Evidemment, les auteurs se sont aussi emparés du sujet, de Tolkien à Rowling et son Harry Potter. Et comme ses pratiques "réelles", la magie dans la fiction connaît bien des déclinaisons.
(cet article est paru à l'origine dans le webzine de WEBellipses)

Il n'est peut-être pas inutile de prendre quelques instants pour parler un peu de la magie dans notre monde, au XXIème siècle. Si derrière le terme vous mettez des boules de feu, l'invocation d'entités démoniaques ou une quelconque pluie de pierres, effectivement, la magie n'existe pas. Ou disons, pour ne pas être trop affirmatif, que je nourris de sérieux doutes quant à son existence. Mais une forme de magie existe, et, comme souvent, l'on peut en expliquer les effets avec un peu de recul sur le sujet.
La magie blanche, telle qu'elle est présentée de nos jours, puise dans des techniques qui appartiennent à différents domaines, plus ou moins reconnus. Il y a évidemment des rituels, des symboles, du folklore, mais la magie blanche fait également appel à la visualisation, l'autosuggestion voire l'hypnose, à différents exercices respiratoires (à l'efficacité reconnue dans les pratiques méditatives) et même à des principes que l'on retrouve en Yoga, en médecine chinoise ou plus généralement dans les arts martiaux.
Ainsi, considérer que l'on peut transformer son facteur en crapaud grâce à la magie est évidemment ridicule, mais en déduire que puisque l'absurde est impossible, le raisonnable l'est également, ne serait guère plus malin. Car, oui, si l'on "découpe" la magie blanche en techniques explicables et sensées, alors leur somme est efficace. Ou a au moins quelques effets.

Imaginons un exemple tout bête. Une personne se sent en petite forme et, à la veille d'un examen ou d'une compétition sportive, elle pratique un rituel supposé lui faire surmonter ses problèmes. Cela commence en général par "s'ancrer" et "se centrer", des termes barbares qui en fait ne désignent rien d'autre que des exercices respiratoires et une sorte de méditation. Des pratiques dont on sait qu'elles améliorent, dans des proportions certes variables mais certaines, la résistance au stress, la concentration, voire même la lutte contre le taux de cholestérol. Ajoutons à cela la foi de l'individu et les capacités d'auto-persuasion du cerveau, et l'on se retrouve avec un "sort" efficace. L'on pourrait obtenir les mêmes effets sans le rituel, mais il permet d'ajouter un effet placebo dont il serait bête de se priver. Parce qu'évidemment, en plus des explications qui permettent de satisfaire l'esprit cartésien occidental, le côté ésotérique et mystique permet de donner du grain à moudre à cette petite partie, non avouable, de notre personnalité, qui nous fait éviter de passer sous les échelles ou nous fait faire grise mine lorsqu'un rendez-vous important tombe un vendredi 13.
C'est cette partie-là que les scénaristes tentent d'exciter régulièrement.

Lorsque l'on parle magie, l'Heroic Fantasy vient tout de suite à l'esprit. Le Seigneur des Anneaux ou encore Dungeons & Dragons sont passés par là et ont fortement marqué les mémoires. Au point de générer des parodies et, surtout, de lamentables déclinaisons. Le genre parvient néanmoins encore à engendrer de vraies belles pépites, comme le Dragon Age (publié en France par Milady) de Orson Scott Card. Dans cet univers à la fois familier et riche, les mages sont placés sous le joug de templiers, censés faire cesser leurs abus. L'on y parle visualisation (une pratique bien réelle) mais également magie de Sang, un support hautement chargé en puissance symbolique.
Dans certaines oeuvres dont l'intrigue se déroule à notre époque, la magie peut paraître plus banale, moins douloureuse et adopter un profil bas au profit de ses pratiquants, parfois très sombres et cyniques malgré leur jeune âge. C'est notamment le cas de l'acide Courtney Crumrin, de Ted Naifeh (cf. cette chronique). Le support magique est ici presque l'enfance, ses rêves et ses épreuves, même si ce n'est jamais clairement dit. Là encore finalement, un élément bien réel qui laisse des traces dans nos vies d'adultes.

L'exemple de magie "concrète" le plus poignant, le plus poétique, le plus évident aussi, vient peut-être du roman Le Roi de l'Hiver, de Bernard Cornwell, premier tome d'une excellente trilogie qui revisite la légende arthurienne. L'auteur fait évoluer ses héros dans une Bretagne antique en proie au déchirement entre vieilles croyances et "modernité" chrétienne. Surtout, il donne à la magie une explication très moderne malgré le contexte. Ainsi, lors d'une scène extraordinaire, Nimue défend les appartements de Merlin contre une horde de soldats. Après sa victoire, elle explique à l'un des personnages que sa magie n'est finalement qu'un peu d'esbroufe et de mise en scène (elle tient des serpents dans ses mains, apparait nue, le corps badigeonné de sang, elle a attaché une chauve-souris dans ses cheveux, etc). Et, devant la déception de son ami, elle continue son explication ainsi :
- Quand j’ai franchi cette porte, j’affrontai un roi, son druide et ses guerriers, qui a gagné ?
- Toi.
- Ce ne sont donc pas seulement des trucs. Ce pouvoir appartenait aux Dieux mais il me fallait y croire pour qu’il puisse opérer. A chaque instant du jour et de la nuit, tu dois être ouvert aux Dieux, et si tu l’es, ils viendront. Pas toujours quand tu as besoin d’Eux, c’est entendu, mais si tu ne demandes jamais, Ils ne viendront jamais. En revanche, quand Ils répondent, c’est merveilleux, merveilleux et terrifiant, comme d’avoir des ailes qui t’élèvent dans la plus haute des gloires.
- Jamais je n’ai vu de Dieux…
- Tu en verras. Tu dois penser à la Bretagne, comme si elle était parée de rubans de brume de plus en plus fins. De simples fils ténus, ici où là, qui dérivent et s’estompent. Mais ces fils, ce sont les Dieux, et si nous parvenons à les trouver et à leur plaire, si nous leur rendons leur terre, alors les fils s’épaissiront et se rejoindront pour former une grande et merveilleuse brume qui recouvrira tout le pays et nous protègera de l’Extérieur.
Un extrait bien trop court pour réellement rendre justice à cette scène fabuleuse (aux interprétations multiples), mais qui donne déjà à penser que bien des auteurs ont compris l'essence de la magie et son subtil rapport au réel.
Car finalement, de nombreux domaines aux noms complexes ne sont en fait qu'un genre de magie. Celle-ci étant passée de mode et, de nos jours, fortement entachée par les manipulations de nombreux margoulins et autres escrocs, il était nécessaire de recycler certains de ses principes fondamentaux sous une autre appellation.

Même lorsque la magie semble totalement déconnectée du réel, comme dans le vaste et complexe univers Marvel, certains éléments demeurent troublants. Ainsi, la Sorcière Rouge par exemple, lors de la saga House of M, va modifier la réalité et remodeler entièrement le monde. L'on est loin des limites du possible ou d'un vague effet placebo me direz-vous. Certes dans les effets, mais si l'on se penche sur l'élément déclencheur, ce qui fait que Wanda Maximoff "pète les plombs", l'on tombe sur un terrible désir d'enfant, une souffrance psychologique intense qui oblige le sujet à modifier non pas la réalité mais sa réalité. Des états que la psychiatrie connaît évidemment bien et qui, pour celui qui les expérimente, relèvent d'une certaine "magie" (empreinte il est vrai, dans ce cas précis, d'une souffrance bien réelle).

Et puis, il y a cette fameuse magie fondamentale, qui emploie des runes étranges sans cesse recombinées, qui permet d'agir à distance sur un inconnu, de modifier son humeur, de titiller ses sens.
Cette magie, c'est la nôtre, celle des mots et de l'écriture.
Dans Jeanne Dark, Grégory Lê nous montre une sorcière mais, pendant qu'elle lance des sorts ou enchante des objets, lui s'occupe aussi de magie. Celle qui peut avoir un véritable impact, même de ce côté des planches. Cela n'a rien d'occulte mais ce n'est tout de même pas donné à tout le monde. Cette magie-là, c'est ce garçon au regard halluciné, derrière sa fenêtre, qui nous intrigue et nous fait frémir. C'est ce bon gros chien placide et maniant l'ironie, qui nous amuse et nous fait sourire. C'est Jeanne et son père qui, déjà, nous séduisent et nous inspirent une certaine sympathie.     
Et, croyez-moi, cette magie-là est une bonne magie. Elle est faite d'encre et de rêves. De mots et de bulles. De couleurs et de cases. Elle ne fonctionne pas toujours, car il faut, pour la maîtriser, un travail de longue haleine, une volonté sans faille et le bon dosage entre technique pure et émotions. C'est donc très casse-gueule et, souvent, ça rate.
Mais lorsqu'elle fonctionne, lorsque vous touchez des milliers d'inconnus à distance, alors, tous les auteurs vous le diront, c'est, comme le dit si bien Cornwell, avoir des ailes qui vous élèvent dans la plus haute des gloires.

Par contre ami lecteur, ouvrir un livre, qu'il soit fait de pixels ou de papier, n'a rien de dangereux. Car la magie des écrivains a ceci de particulier qu'elle ne peut s'exercer sans l'accord et la participation active du lecteur.
Sigmund Freud a dit qu'au commencement des temps, les mots et la magie étaient une seule et même chose. Rien n'est plus vrai. Et c'est cette interaction, ce mariage primordial, que les artistes recherchent encore. En chantant les mots, en les dessinant, en les tordant ou en y mettant le feu. Tout cela dans un but. Le but magique et bien réel d'illuminer de lointains regards.
Peut-être pour se prouver que l'on n'est pas seul et que, quelque part dans les ténèbres, l'on peut s'adresser à quelqu'un. Avec franchise. Avec audace.
Avec espoir.






06 octobre 2013

Quand la télé-réalité s'invite dans les comics


Quand une mode s'inscrit dans la durée, elle cesse d'être une mode et devient un phénomène de société. C'est un peu ce qui est arrivé avec la "real-TV", très décriée à son apparition en France (rappelons-nous que Loft Story occasionna à l'époque des manifestations demandant la "libération" des candidats) et devenue aujourd'hui un élément incontournable des grilles de programme de nombreuses chaînes. La définition du genre est cependant suffisamment floue pour faire cohabiter des programmes fort différents, allant du défi sportif (Koh-Lanta) au culte de la stupidité (Secret Story), en passant par l'alibi culturel (Pékin Express) ou l'éternelle recette "du cul et des nichons" (L'île de la Tentation). Mais toutes ces émissions ont deux réels points communs : un certain voyeurisme et la manipulation.
[ceci est un article, dont je suis évidemment l’auteur, publié à l’origine dans le webzine accompagnant les publications WEBellipses, je ne modifie en rien sa structure mais ajoute quelques précisions en fin de chronique]


Le voyeurisme, nul besoin de l'expliquer, il fait partie du pack de défauts et autres habitudes honteuses dont nous sommes tous en général dotés. C'est ce qui nous fait lever le pied sur la route à la vue d'un accident, ou encore ce qui nous fascinait et terrorisait dans les films d'horreur bas de gamme lorsque nous étions enfants : le choc, la violence des faits, sans recherche de sens, sans autre plaisir que celui, coupable, de la satisfaction d'une curiosité aussi malsaine que répandue.
La manipulation, qu'elle soit subtile ou grossière, répond, elle, à un impératif technique : une télé-réalité se doit d'être un spectacle. Il faut donc alimenter les tensions, les antagonismes, les heurts, quitte pour cela à prendre quelques libertés avec la morale ou, dans les cas les plus extrêmes, avec la sécurité même des candidats.

L'on ne s'étonnera donc pas que les comics qui accueillent en leur sein la télé-réalité en profitent pour la maltraiter un peu et en dénoncer les égarements. Dans Bertrand Keufterian, Guillaume Matthias met en scène une émission populaire basée sur une chasse à l'alien. Chasse qui, bien entendu, ne se déroule pas de la meilleure manière qui soit pour les malchanceux habitants de Metz. Les fondamentaux sont présents : une communication qui ne reflète pas la réalité, des stars à la popularité aussi rapide que fragile, un danger réel qui passe largement après la perspective de profits faciles. L'auteur illustre notamment la dichotomie existant entre la pseudo-réalité de la télévision et les faits objectifs en opposant et superposant des images violentes, reflétant l'anarchie totale, à un discours de présentateur policé et rassurant.
Les artistes ne pouvant pas se couper de l'époque dans laquelle ils vivent, il ne sera pas surprenant de retrouver d'autres exemples d'émissions, à la filiation plus ou moins évidente, dans nos bandes dessinées.
En 2006 déjà, Mark Millar, chez Marvel, base le début de l'évènement Civil War sur une télé-réalité qui tourne mal. Un groupe de héros - les New Warriors - font en effet filmer leurs interventions lorsque l'une d'entre elles vire au cauchemar et occasionne des centaines de morts. La décision des justiciers d'intervenir à la va-vite, sans réelle préparation, est motivée par l'envie de booster l'audience d'une émission en perte de vitesse. Là encore, la course au spectaculaire et à la surenchère est en ligne de mire. Les résultats seront d'ailleurs à la hauteur du désastre puisque Robert Baldwin, alias Speedball, un héros ayant participé à l'assaut, deviendra "l'homme le plus détesté d'Amérique". Rejeté par ses propres parents, hanté par la culpabilité, il finira par prendre l'identité de Penance, un nom prédestiné pour un surhumain dont les pouvoirs sont générés par la souffrance qu'il s'inflige. Le message est clair ; à trop jouer avec le feu, même les super-héros peuvent se faire prendre au piège de la télévision.

Plus récemment, chez Vertigo (et plus précisément sous le label Vertigo Crime), Dark Entries (édité en VF chez Panini) va également aborder le sujet des dérives télévisuelles. Le détective John Constantine, spécialisé dans le paranormal, va être plongé au milieu d'un jeu d'enfermement où de jeunes candidats sont censés être confrontés à la peur. Une maison faussement hantée, génératrice de frissons sécurisées pour les spectateurs, est au centre du concept. Pourtant, malgré le lieu et l'apparent contrôle de la production, les dérapages ne sont pas loin. C'est d'ailleurs la manipulation que Ian Rankin va mettre en exergue dans cet ouvrage. Les responsables parviennent en effet à faire rentrer Constantine de lui-même dans le jeu, sans jamais véritablement l'y obliger. Un grand classique en fait de la psychologie élémentaire : convaincre un individu qu'il est à l'origine de la décision qu'on le pousse à prendre. Dans une véritable émission française, la même technique avait été employée afin de parvenir à un résultat souhaité par des moyens détournés. Alors que la production avait demandé aux candidats de décrire les défauts des autres participants, tous, flairant le piège, avaient refusé. La production n'insista pas et proposa le lendemain un jeu qui enthousiasma tout le monde : que chacun se livre à une petite imitation de l'un de ses "collègues". L'imitation étant par nature basée sur le grossissement et l'exagération, tous les candidats livrèrent donc de bon cœur, sans même s'en rendre compte, la liste des défauts qu'ils voyaient chez les autres.
Beaucoup le prirent naturellement mal et le climat voulu fut obtenu.
Ce que montre Rankin, et qui peut sembler anecdotique, c'est cette facilité, pour un système organisé, à obtenir les réactions attendues de la part d'individus qui, s'ils ne sont pas déjà préalablement choisis pour leur fragilité, sont rendus vulnérables par un contexte inhabituel (enfermement, promiscuité, interdiction de communiquer avec leurs proches, pression du jeu et des caméras, appât du gain, et cetera).

Certains pourront penser qu'il est un peu facile de juger, dénoncer ou se moquer. L'on pourrait même objecter que les comics en particulier, ou les livres en général, ne sont pas, par nature, forcément plus éclairés que d'autres media ou formes artistiques. Et c'est assez vrai. Un livre aussi peut être médiocre, faire appel à de mauvais réflexes chez le lecteur ou simplement être basé sur la provocation et la vision à court terme.
Les comics, et la littérature dans son ensemble, ont pourtant cet avantage particulier d'appartenir au Temps du Papier. Et peu importe le support de lecture ; que vous lisiez une oeuvre sur votre PC, sur un iPad ou sur votre smartphone, le travail qui apparaît à l'écran a été longuement pensé. Il a fallu coucher des idées sur le papier, écrire un scénario, faire des essais de personnages, dessiner des crayonnés, modifier et remodifier, encrer, puis passer à la colorisation, écrire les textes définitifs, choisir l'emplacement des bulles, ergoter sur des détails entêtants, et, à deux doigts de la folie, mettre enfin un point final à une œuvre certes imparfaite mais assumée. Le contraire même de l'évènement tape-à-l’œil basé sur l'impulsivité du moment et les réactions espérées.  
Bien évidemment, la télévision demande également un certain travail. Il faut créer un concept, bâtir un décor, faire un casting, installer et maîtriser des moyens techniques complexes. Seulement, alors que l'auteur de comics livre un produit fini, qui ne demande plus que la magie du regard des lecteurs pour prendre vie, le spectacle télévisuel est tributaire du plus grand impondérable qui soit : les réactions humaines. Et alors que l'on peut tout faire subir, souvent avec un plaisir évident, à des personnages fictifs, la manipulation de véritables personnes, même volontaires, devrait nous interroger sur ce que nous sommes prêts à infliger aux plus fragiles - ou aux plus avides, qui ne le méritent finalement pas plus - au nom de notre besoin de distraction.

Bien sûr, ce n'est pas (encore) les jeux du cirque. Il y a des limites. L'on nous assure même qu'il y a un suivi psychologique des candidats. Mais si naguère les gladiateurs pouvaient craindre les morsures des lions ou la lance des hoplomaques, les acteurs du spectacle télévisuel ont tout intérêt à se méfier de ces coups de dents dans l'ego et autres balafres psychologiques que laissent les caméras et la sauvagerie de la médiatisation.
Il y a, dans le regard de la masse, plus de glaives que l'on n'en pouvait compter dans tout l'empire romain. Et, bien que le but de nos comics soit avant tout le divertissement, s'ils peuvent éclairer les plus jeunes sur la cruauté des écrans, cela sera un effet secondaire des plus bénéfiques.
Pour ce qui est de nos écrans à nous, rassure-toi ami lecteur, ils ne te veulent pas de mal. Car au final, tu en gardes le contrôle et choisira, seul, de faire évoluer nos aventures ou d'en détourner ton regard... c'est aussi là sans doute une différence cruciale autant que douloureuse entre comics et télé-réalité : lorsque le lecteur ferme les yeux, le personnage fictif cesse de gesticuler et s'en retourne au doux royaume de l'Imaginaire, alors que lorsque le téléspectateur va se coucher, les personnages réels sont toujours enfermés, dans l'attente d'une gloire éphémère qui, malheureusement, brûle autant qu'elle enivre.



Addenda


1. La première image qui illustre cet article (sans rapport avec la version WEBellipse) est issue du nanar horrifique Cannibal Holocaust. A l’époque, le style narratif employé (proche de celui d’un Projet Blair Witch) avait suscité polémiques et rumeurs, certains allant jusqu’à soupçonner de véritables meurtres. Une enquête disculpa le réalisateur des soupçons farfelus qui pesaient sur lui mais révéla le mauvais traitement d’animaux, tués pour les "besoins" du tournage. 
Bien évidemment, comme pour toute merde mal fagotée, certains y ont vu aussi l’acte d’un génie dénonçant les dérives de la société occidentale.  

2.  L’article a été écrit avant certains évènements dramatiques, notamment l’accident qui coûta la vie à un participant de Koh Lanta et entraina le suicide du médecin qui supervisait l’épreuve incriminée et assurait la sécurité.
Il convient d’apporter quelques précisions à la lumière de ces faits.
Tout d’abord, la mort de candidats de télé-réalité est statistiquement inéluctable, du fait même du nombre de ces émissions. Le présentateur de Pékin Express a lui-même failli mourir lors d’un accident de la route particulièrement violent (et diffusé car sans conséquences graves), mais les participants sont sans cesse en danger et à la merci d’accidents, très fréquents dans certains pays traversés.
Faut-il interdire tout ce qui comporte un danger ? Non, sinon on ne jouerait pas au football, encore moins au rugby, on ne prendrait pas l’avion, ni le bus, et on ne mangerait pas de fast food.
Il y a une grande différence entre mettre volontairement en danger la vie de quelqu’un et faire face à l’imprévisible. Il convient de ne pas amalgamer ces deux aspects fondamentaux et contraires : ce qui est clairement suscité par les nécessités de la production et ce qui est de l’ordre de l’aléatoire. Une émission comme Koh Lanta, bien qu’elle ne soit pas (et de loin !) la pire des émissions de real-TV, repose sur des principes télévisuels. Il faut un minimum de "crises", de pleurnicheries, de situations "limites". C’est très facile à obtenir : on donne vingt bananes à deux mecs et rien aux autres, on file un téléphone à une minette et rien à un père de famille qui chiale tous les jours en pensant à ses gosses, etc. Immonde mais sans danger. Le reste est totalement lié aux risques "normaux" imposés par le simple fait de vivre. Rien n’est sans danger (votre histoire se terminera mal, même l’univers vogue tranquillement vers sa fin, froide et sinistre). Le "tout sécuritaire" qui consiste à donner l’illusion que quelqu’un est responsable du vent, du moindre orage ou du cycle naturel qui impose aux gens de crever un jour ou l’autre est aussi ridicule qu’absurde. 
Parfois des gens meurent. Même jeunes. C’est injuste, épouvantable, très dur à avaler, mais il n’y a pas toujours pour autant un coupable, si ce n’est la fatalité et notre condition fragile. Il est d’ailleurs étonnant de constater à quel point la société française développe une étrange dichotomie qui consiste à trouver des excuses à ceux qui commettent des actes volontaires violents et, dans le même temps, à incriminer, pour des faits fortuits, de pseudo responsables.
Il reste néanmoins que la mort du médecin a, elle, été provoquée, notamment par le déchainement, stupide et incontrôlé, qui a suivi l'annonce d'une mort sur l'émission  (pourtant prévisible et ayant lieu dans des circonstantes mal définies, ce qui ne veut pas dire "troubles" ; tout n'a pas heureusement vocation à finir sur la place publique). Alors que la télévision semblait poser un réel problème éthique et moral il y a encore quelques années, le net et ses pratiques, par leur violence, leur effet de meute et la quasi impunité qui les accompagne, posent maintenant un questionnement plus fondamental encore, qui fait passer des Angela Lorente pour des saintes et des Morandini pour de vrais journalistes.
Il appartient à chacun maintenant non de se restreindre sur le fond, car la liberté de parole est une liberté précieuse, grignotée d'ailleurs sans cesse par des lois absurdes et inefficaces, mais de s'interroger sur la forme donnée à une critique, même argumentée, et encore plus à une simple morsure facile, précipitée par un écran décidemment trop protecteur pour être respectable.  




16 octobre 2012

Rendez-vous chez le Psi


Pas besoin de vous allonger et de parler de votre enfance, le rendez-vous du mois concerne non pas le psychologue mais les pouvoirs psioniques et ceux qui en usent (et abusent ?).
[Ceci est un article issu du webzine de WEBellipses]

Dans la longue liste de super-pouvoirs largement employés dans les comics, l'on trouve des classiques (super-force, vol, super-vitesse...), des capacités moins connues ou moins évidentes (intangibilité, élasticité...) et les fameux pouvoirs mentaux. Télépathie, vision à distance, télékinésie, pyrokinésie, les possibilités de l'esprit semblent très nombreuses et s'avèrent aussi fascinantes qu'effrayantes, d'autant que, contre toute attente, scientifiques et services secrets s'y sont très sérieusement intéressés dans le monde réel.

La CIA notamment a mené de nombreuses expériences dans les années 70. En pleine guerre froide, l'on n'a guère de mal à imaginer l'intérêt énorme que pouvait représenter la capacité de localiser des cibles stratégiques ou de décrire le contenu d'une base ennemie en restant bien tranquillement "à la maison". Le programme Stargate (l'un des nombreux projets développés par les Etats-Unis pour vérifier l'existence et exploiter, militairement ou civilement, les pouvoirs psi) a pris fin seulement en... 1995. Et encore, dans son numéro de décembre 95, le Time révélait que trois sujets travaillaient encore pour le gouvernement US à Fort Meade, Maryland, base censée pourtant être fermée. Et ce avec un budget annuel de 500 000 dollars.
Plus troublant encore, après la déclassification d'une faible partie des documents détenus par la CIA, l'on peut se rendre compte que certaines expériences ont eu des résultats incroyablement précis. Le description de certaines parties (une machine notamment) de la base de Semipalatinsk (le plus important centre d'essai atomique de l'ère soviétique) laisse rêveur... l'exemple a d'ailleurs été repris pour alimenter de nombreux sites spécialisés du net, qu'ils soient sérieux ou farfelus.

Personne ne croit qu'un type puisse, même affublé d'une cape, voler comme un oiseau, être plus rapide qu'un train (peut-être certains trains français, admettons) ou soulever plusieurs tonnes. A contrario, même des gouvernements misent sur l'existence de capacités psychiques.
Est-ce si étonnant que cela d'un point de vue scientifique ? L'on sait depuis longtemps que l'on n'utilise qu'une infime partie des capacités de notre cerveau (et certains encore moins que d'autres si l'on en croit certaines émissions de télé-réalité). L'on sait également que les processus inconscients du cerveau sont à la fois très nombreux, d'une rapidité phénoménale et essentiels pour vivre normalement.
La plupart du temps, il faut se rendre à l'évidence, nous ne sommes pas vraiment aux commandes. Notre cerveau effectue la plupart des tâches en mode "automatique". Il ne nous transmet en réalité que ce qu'il n'a pas l'habitude de traiter ou ce qui peut relever d'une urgence quelconque. C'est ce qui nous permet de saluer de la main une personne que l'on a reconnue alors que l'on descend un escalier et que l'on discute au téléphone. La conscience est concentrée sur la conversation (entièrement nouvelle, c'est pour cela qu'elle représente un danger en voiture), alors que l'inconscient se charge de se démerder pour nous faire dévaler les marches sans que l'on se casse la gueule tout en allant puiser dans une immense banque de données qui permet d'identifier le type que l'on croise.

Bien souvent, l'on entend que l'ordinateur n'est pas plus intelligent que l'être humain mais qu'il est capable de traiter plus d'informations simultanément que lui. C'est exact si l'on parle de la conscience mais totalement faux si l'on prend en compte les exploits quotidiens de nos routines inconscientes.
Lorsque je regarde un visage, presque instantanément, je vais recevoir une quantité phénoménales d'informations essentielles : en comparant le visage à ma "banque de données" personnelle, mon cerveau me dit si je connais ou non la personne, qui elle est, si des sentiments positifs ou négatifs lui sont associés. Mieux encore, même pour un inconnu, une autre routine travaille, tout aussi rapidement, pour me dire si l'individu en question a l'air hostile, amical, peiné, apeuré, fébrile, etc.
Et, plus extraordinaire encore, alors que mon inconscient va faire un scan d'un unique visage dans certaines circonstances, afin de me fournir le maximum d'informations, il va laisser tomber (et heureusement !) ce genre d'analyses si je me trouve au milieu d'une foule habituelle (si vous êtes sur une grande artère de Londres, un samedi après-midi, votre cerveau n'interprète pas la présence de milliers de personnes comme une menace ou un élément important de l'environnement, il n'analyse donc pas leurs visages de manière approfondie).
De la même manière, si pour une raison ou une autre (tâche précise à accomplir, danger soudain, etc.) vous devez vous concentrer sur un point précis de votre champ de vision, tout ce qui est dans votre champ périphérique n'aboutira plus au niveau conscient (c'est ce que l'on appelle l'effet "tunnel", un phénomène bien connu notamment en self-défense).

Et la liste des fantastiques capacités méconnues du cerveau humain serait encore longue à dresser.
Alors... imaginons. Imaginons que pour une raison ou une autre, un individu puisse accéder à ces routines inconscientes. A ces banques de données. A cette phénoménale puissance de calcul et d'analyse. Que pourrait-il, consciemment, en faire ?
Sans vouloir non plus trop extrapoler et simplifier, l'on peut remarquer que dans certains cas d'autisme (notamment le syndrome d'Asperger), un sujet va être privé de routines qui pour nous sont banales (il ne saura pas par exemple analyser et comprendre une émotion évidente sur un visage) mais il sera capable de calculer à une vitesse ahurissante ou de reproduire un plan complexe en l'ayant aperçu une fraction de seconde.
Malheureusement, ces "pouvoirs", aussi réels qu'utiles, s'accompagnent souvent dans le monde réel de désordres majeurs qui sont relativement handicapants dans la vie de tous les jours.

Et dans la fiction ?
Eh bien, l'on n'est pas forcément mieux loti.  Les personnages qui communiquent avec les morts, dans VHB, sont finalement aussi maudits que doués. Même si, techniquement, leurs capacités permettent de faire avancer des enquêtes, ce qu'ils se "prennent" dans la tronche reste émotionnellement très dur.
Chez Marvel, le professeur Xavier, tout moraliste et faussement bienveillant qu'il soit, va enfreindre ses propres dogmes à plusieurs reprises et n'hésitera pas à manipuler ses élèves. Car la tentation est là, omniprésente. Et il est si facile de pousser un peu les gens vers le bon chemin, ou tout du moins, le chemin qui l'arrange...
Dans un registre plus artistique, Isaac Mendez, dans la série Heroes, peint le futur mais en souffre énormément.
Les auteurs de romans ne sont, en général, guère plus bienveillants envers les psi. Stephen King, dans Dead Zone ou Charlie (Firestarter) dépeint des personnages tourmentés par des visions d'un futur peu réjouissant ou pourchassés par la "Boîte", sorte d'agence de barbouzes qui ferait passer la CIA pour un club d'anciens scouts.
Si l'on remonte un peu plus loin, jusqu'à certains classiques de la science-fiction, malgré des auteurs qui s'émerveillent des possibilités presque infinies offertes par le cerveau, l'on sent tout de même que dérapages et excès ne sont pas loin. Les extrapers de Alfred Bester par exemple, dans L'Homme Démoli (1952), ont permis d'éradiquer le crime mais vivent au sein d'une guilde envahissante, imposant de nombreuses contraintes sociales, morales et financières. Les psi de E. van Vogt, dans A la poursuite des Slans (1946), sont dans une situation encore bien pire puisqu'ils sont traqués sans pitié par une humanité qui voit en eux une menace.

Ainsi, le pouvoir, qu'il soit issu de la science ou d'une évolution naturelle, fait peur. Pire, nos propres capacités latentes sont source de craintes. Pour une raison d'ailleurs évidente et infiniment triste : l'homme, par nature, est rarement bon. Sans le mince verni social qui lui permet de s'enivrer d'une image civilisée plus rêvée que réelle, l'homme reste un loup pour l'homme. Les armes ne tuent pas, mais l'homme peut s'en servir pour tuer. L'intelligence ne tue pas, mais l'homme peut également l'employer à faire le mal. Et l'on peut dire la même chose des automobiles, de la génétique et même des moyens de communication lorsqu'ils tournent à la propagande.
Agir à distance, manipuler les pensées, lire les esprits, que de merveilleux phénomènes ! Mais également que de menaces pour un citoyen, déjà paranoïaque, qui se méfie de son voisin, de son gouvernement et parfois même de ses amis. Si de tels prodiges existaient un jour, nul doute que certains d'entre eux basculeraient vers le "côté sombre", cette voie facile qui ne s'embarrasse pas d'exigence morale et d'altruisme.
Et les "normaux" ?
Combien, au nom d'une hypothétique menace, seraient prêts à les traquer tous ?
Sans doute beaucoup. Peut-être même vous et moi en ferions-nous partie.
C'est le problème avec les ténèbres. Elles ont tendance à vous envelopper, même lorsqu'on les combat...


07 août 2012

Uchronies : ces mondes qui auraient pu être les nôtres...

De nouveau une chronique issue de l'un des webzines de WEBellipses auquel j'ai eu la chance de participer. Cette fois, l'on s'embarque pour les fabuleux mondes uchroniques.
Quelques modifications mineures, rendues nécessaires par le changement de support, ont été apportées.

Une uchronie est un récit se déroulant dans notre monde mais qui explore les conséquences de faits historiques connaissant une issue différente de celle qui s'est imposée dans notre réalité. Il s'agit donc en fait d'une sorte d'étude à grande échelle sur les effets d'évènements triturés et réécrits, souvent dans un but bien précis.
Dans Le Maître du Haut Château, un roman de Philip K. Dick qui date de 1962, l'auteur s'attaque à la célèbre variante dans laquelle les forces de l'Axe remportent la deuxième guerre mondiale. Les débarquements alliés en Afrique et en Europe ont échoué et les démocraties capitulent en 1947. Les Etats-Unis sont alors divisés en trois zones, dont deux sont dominées par les vainqueurs japonais et allemands. L'ouvrage est surtout intéressant de part la mise en abyme utilisée par Dick. Celui-ci va en effet mettre en scène un personnage qui écrit une fiction dans laquelle les Etats-Unis ont gagné la guerre, interrogeant du coup le lecteur sur sa perception de la réalité, ce qui constitue l'une des façons, plutôt intelligentes, de manier le principe de réalité alternative.

Dans VHB, une série Phylactères publiée également en numérique sur WEBellipses, vous aurez remarqué que, bien que la série appartienne à différents genres (science-fiction, fantastique, drame, comédie...), elle contient des éléments uchroniques assez nombreux. L'histoire de cet univers bascule dans les années 30, lorsque les peuples de la nuit (vampires, lycanthropes...) se dévoilent et déclenchent de profonds bouleversements sociaux, économiques et politiques. Outre la quasi chute de l'humanité, certains évènements n'ont jamais eu lieu et, bien que l'on soit en 2053, l'Homme n'a jamais été sur la Lune et il ne passe pas non plus ses soirées à bouffer des chips en regardant la télévision puisque cette dernière, même si elle a été inventée, est réservée à un usage militaire. A partir de quelques variables habilement modifiées, l'auteur influe sur l'ambiance générale du titre.

De leur côté, les comics mainstream, avec leur concept bien connu de multivers, sont par nature des laboratoires uchroniques en puissance. A plusieurs reprises, des auteurs développeront l'idée qu'une ligne temporelle du marvelverse ne peut être réellement modifiée et que voyager dans le passé pour modifier un évènement conduit en fait à créer un point de divergence qui donne naissance à un autre univers qui sera, pour son point de référence, une uchronie (même s'il existe des exceptions, à base d'inhibiteur de variance chronale (non, ne rigolez pas, c'est une invention de Fatalis)). Les célèbres What If... de la Maison des Idées ont d'ailleurs été créés pour explorer ces possibles altérations. Chez DC Comics, l'on trouve également des exemples dont certains, comme Superman : Red Son, donnent des versions surprenantes des personnages phare de l'éditeur. Mark Millar va notamment faire aboutir le jeune rescapé de Krypton en Union Soviétique et doter les russes de leur Superman. L'uchronie s'invite donc également au cœur même des univers de fiction ; le fameux point de référence évoqué plus haut n'est pas toujours notre monde mais peut tout à fait être une réalité inventée de toutes pièces à partir du moment où celle-ci est suffisamment connue et installée dans l'inconscient collectif ou dans l'imaginaire du public visé. Ainsi, dans les Star Wars Infinities, publiés par Dark Horse, le but est de modifier un point important des films de la première trilogie. Pour être honnête, ces histoires ne sont souvent destinées qu'aux fans et n'offrent pas grand-chose de bien excitant par rapport au matériel original.

La plupart des comics décrivant une uchronie prennent cependant le monde réel comme point de départ (il faut dire qu'il offre une infinité de possibilités à lui seul). Dans le classique Watchmen, qui se déroule dans les années 80, les différences avec notre monde sont peu visibles mais pourtant présentes. Les Etats-Unis ont ainsi gagné la guerre du Vietnam et, autre exemple, le scandale du Watergate n'a jamais éclaté. Le monde global reste tout de même relativement proche du nôtre, ce qui n'est pas le cas dans Rex Mundi, où la France des années 30 est une monarchie sous l'influence de l'Eglise et de son Inquisition, alors que la guerre civile américaine a connu une issue radicalement différente qui a donné lieu à la pérennité de la sécession des états sudistes.
Qu'elle s'attaque à des évènements bien ciblés ou qu'elle redessine entièrement le monde, l'uchronie se révèle un outil pratique que l'écrivain pourra employer de manière légère ou massive. Mais qu'apporte-t-elle réellement ?

Le premier avantage de l'uchronie est d'ordre pratique. Plutôt que d'inventer un monde totalement nouveau, avec sa mythologie, ses rites et ses peuples, utiliser celui que l'on a sous la main, même en le remodelant, s'avère infiniment plus pratique. Outre les basses considérations techniques, le fait de plonger le lecteur au cœur d'un univers qu'il comprend et connaît permet évidemment de l'impliquer plus profondément et plus rapidement dans le récit. La destruction d'une vague cité imaginaire aura toujours moins d'impact que l'évocation des bombardements d'Hiroshima et Nagasaki, tout simplement parce que la violence d'évènements réels, surtout d'une telle ampleur, est ancrée dans l'inconscient collectif et fait appel à de puissantes émotions comme la peur ou la colère. Emotions qui peuvent bien entendu être également suscitées à partir de rien, en se basant sur la seule qualité de l'écriture et des dessins, mais qui se révèlent tout de même moins dérangeantes, un peu comme une peur éprouvée à la vue d'un film d'épouvante usant et abusant de "trucs" si connus qu'ils finissent par engendrer un sentiment paradoxal, de type "peur agréable".
Lorsque dans le roman uchronique Fatherland, Robert Harris développe un polar politique, à base de complot et de secrets d'état, le fait que l'intrigue soit centrée sur les pires horreurs du régime nazi (régime qui a perduré puisque l'Allemagne, ici aussi, gagne la guerre), renforce l'aspect tragique de l'ensemble et renvoie à une peur rétroactive qui n'a plus rien d'agréable.
Enfin, l'aspect philosophique, voire métaphysique, ne doit pas être négligé. L'uchronie donne à s'interroger sur le destin, le hasard, le possible, la perception de la réalité, du temps ou encore sur l'existence d'éventuels autres univers (tout à fait envisageables scientifiquement, cf cet ouvrage). Des domaines tout de même plus qu'excitants et qui sont, depuis toujours, au centre de l'Imaginaire et de la Pop Culture.

Et puis, admettons-le, les principes uchroniques font appel à un questionnement naturel. Qui n'a jamais songé, même fugitivement, à ce qu'aurait été sa vie s'il avait suivi telle voie plutôt qu'une autre ? ou donner une chance à une rencontre avortée ? ou encore abrégé un repas s'éternisant ?
A quel moment, dans nos vies, un détail fera-t-il basculer notre avenir ? Et quelle personne pèsera, qu'on le veuille ou non, sur nos joies et nos peines futures ? Un sourire sera-t-il mal interprété ? Un non-dit précipitera-t-il une séparation ? Et qu'en est-il de ces milliards de variables, tout droit issues de la théorie du chaos, qui courbent nos chemins, froissent notre devenir et égratignent nos existences ?
Je suis en train d'écrire ce texte plusieurs mois avant que vous le lisiez. Pour être exact, le 29 novembre 2010. Si tout va bien, aujourd'hui, nous sommes plus ou moins un an plus tard. Et, d'une certaine façon, je modifie un peu votre journée. En vous arrachant de précieuses minutes de votre temps mais aussi en vous mettant cette idée en tête : qu'est-ce qui se serait passé autrement dans votre vie si vous n'aviez pas lu cet article ? Sans doute rien pour certains, ou de vagues détails insignifiants, peut-être beaucoup pour d'autres. Peut-être que demain, ou dans un an, vous vous souviendrez de ces petites réflexions sur l'uchronie et que vous vous en servirez pour lancer une conversation avec celle ou celui qui deviendra votre conjoint. Auquel cas la moindre des choses serait de m'inviter au mariage ! Sauf que... dans ce cas là, il faudrait inviter Stan Lee. Parce que sans Spider-Man quand je suis gamin, je ne lis pas de comics, je ne crée pas ce blog et je n'écris pas pour WEBellipses. Il faudrait aussi se démerder pour inviter le mec qui a organisé le bal dans lequel mon père et ma mère se sont rencontrés. Peut-être aussi le groupe qui animait la soirée à l'époque. D'une façon ou d'une autre, des milliers de gens, par leurs décisions, importantes ou minimes, ont contribué à la naissance de ce texte. Mince, moi qui pensais avoir une petite influence, voilà que, déjà, je me rends compte que je suis pris dans un enchevêtrement de causes, d'effets et de hasards, de lignes qui se tendent, se croisent, s'effilochent ou se perdent dans d'improbables nœuds ! Pour ne pas te ruiner, noble lecteur, en t'obligeant à inviter plusieurs millions de personnes à tes noces, je crois qu'il serait temps d'avouer que l'effet papillon n'est finalement pas au centre de l'uchronie. 

Cette théorie si célèbre, admettant qu'un battement d'aile à New York puisse engendrer un typhon à Pékin, consiste en une sorte de tentative de mise en équation de l'inexplicable, mais l'uchronie est bien plus simple et relève du domaine magique de l'écriture. Ce domaine où nous pouvons, contrairement à la "vraie" vie, expérimenter plusieurs choix et en savourer les saveurs opposées. Les auteurs - les bons en tout cas - ne basent pas leurs pouvoirs sur la science mais la sorcellerie. Celle qui permet de relever des empires oubliés, de faire gagner des batailles perdues ou de dévier les trajectoires des balles et des avions. D'aucun pourront me dire qu'il ne s'agit que de fiction, que les empires restent enfouis sous la poussière et le poids du temps, que la retraite de Russie ne sera pas moins fatale à Napoléon et qu'à jamais Kennedy sera touché par les balles, aussi sûrement que le World Trade Center par les vols détournés.
Je vous répondrai que oui, seulement, vous vous trompez sur le but véritable de cette sorcellerie. Car ce qu'elle modifie, ce n'est pas le passé, mais le présent. En vous modifiant. En vous rendant joyeux ou tristes, courroucés ou amusés.
La magie fonctionne. Pas sur le monde, juste sur nous. Et c'est déjà beaucoup.

31 juillet 2012

A Flingue et à Vapeur

Voici une chronique un peu particulière puisqu'il s'agit de l'un des articles que j'ai eu la chance de pouvoir rédiger pour le webzine de WEBellipses durant cette première saison. Quelques modifications mineures, rendues nécessaires par le changement de support, ont été apportées. 
Nous voilà donc parti pour un petit voyage, tout à fait subjectif, à travers le steampunk et le western. 

Le steampunk est un genre à part dont on peut retrouver les racines aux sources de la littérature populaire d'aventure et de science-fiction, que ce soit à travers La machine à explorer le temps, de H. G. Wells, ou Vingt mille lieues sous les mers, de Jules Verne. Ce type de récit s'est également décliné à la télévision ou au cinéma (Les Mystères de l'Ouest, repris il n'y a pas si longtemps sur grand écran sous le titre original Wild Wild West), mais en quoi consiste-t-il exactement ?

Tout simplement à explorer une voie technologique différente et son impact sur l'évolution du monde. Dans le steampunk, comme son nom l'indique, la vapeur est reine. En tant que source d'énergie s'entend. Les moteurs à combustion interne ne sont pas inventés et l'électronique (voire l'électricité) est absente, ce qui entraîne une évolution vers le gigantisme (et non la miniaturisation).
Le tout s'accompagne d'une esthétique victorienne, avec une dominante des boiseries et du laiton. Un look d'ailleurs utilisé de nos jours pour "recouvrir" des machines bien modernes mais au design rétro (téléphones ou pc). Après tout, cela a sans doute plus de charme que le plastique.
Mais intéressons-nous de plus près à la vapeur. Son usage intensif est-il réellement concevable ? Eh bien contre toute attente, l'idée n'est pas si folle et les performances parfois étonnantes. Son emploi remonte à l'antiquité où, déjà, Héron d'Alexandrie (un grec fort en maths et particulièrement imaginatif) invente l'éolipyle, une machine à vapeur et à réaction. Un simple gadget à l'époque, mais le principe étonne.
Si par la suite c'est surtout le bateau à vapeur qui restera dans les mémoires du grand public, peu de gens connaissent les performances de la vapeur appliquée aux débuts de l'aviation. Ainsi, le célèbre ingénieur Clément Ader inventera un moteur ultraléger à vapeur (destiné à la base aux dirigeables) qui s'avère remarquable au niveau des performances : 20 cv développés pour un poids total de 35 kg alors que, dans le même temps, le moteur à essence des frères Wright fournit seulement 12 cv pour 63 kg. A l'époque, la logique penchait donc vers l'emploi de la vapeur...

Citer Ader n'est pas innocent car ses prototypes (bien réels) d'avions ne dépareraient pas dans une uchronie steampunk, que ce soit l'Eole ou le Zéphyr, dont l'architecture des ailes était basée sur celles d'une... chauve-souris.
La fiction est donc largement inspirée par la réalité dans ce cas précis. Réalité qui, en retour, s'inspire ensuite de la fiction, comme pour la réalisation du téléctroscope reliant Londres à New York. Quel est donc cet étrange engin ? Une sorte de télescope, imaginé au XIXème siècle par Alexander Stanhope St George, qui devait permettre aux habitants des deux villes de pouvoir s'observer grâce à un tunnel passant sous l'Atlantique et utilisant un ingénieux système optique. Des travaux auraient même débuté pour creuser le fameux tunnel qui, évidemment, ne vit jamais le jour. Le téléctroscope existe pourtant bel et bien aujourd'hui. Si techniquement le tunnel a été remplacé par des caméras (ça coûte quand même moins cher), l'artiste qui a construit l'engin a par contre conservé son aspect rétrofuturiste, l'énorme appareil semblant plonger sous la terre pour parcourir les milliers de kilomètres qui séparent les deux villes. Un projet scientifique avorté est donc ici récupéré par l'art, preuve que rien ne se perd vraiment tout à fait. 

Dans Steam West, l'une des séries originales publiées par WEBellipses, il est question de cette évolution technologique si spéciale mais également d'un cadre particulier, celui des grandes étendues et de la violence de l'Ouest sauvage. Un peu comme si Jonah Hex rencontrait Grandville ou La Ligue des Gentlemen Extraordinaires.
Nous avons bien des desperadoes, des six-coups et des saloons enfumés, mais le tout rehaussé par des diligences à vapeur, de gigantesques dirigeables et l'envoyé robotisé du président Lincoln ; un marshal d'un nouveau genre.
Finalement, deux univers qui étaient destinés à se rencontrer et dont le mariage s'avère des plus réussis. D'un côté un progrès inquiétant, fait de machines au potentiel destructeur parfois sidérant, de l'autre un Far West dans lequel cohabitent des pionniers à l'esprit aventureux et les pires canailles qui puissent exister. Un cocktail qui se devait d'être détonnant.

Voilà qui nous amène directement à l'autre aspect de cet article : les flingues. Et pas n'importe lesquels puisque ce sont ceux que manipulèrent Wild Bill Hickok, Wyatt Earp ou Billy the Kid. Des types dont le destin a sans doute été enjolivé par pas mal d'oeuvres de fiction (encore que la tendance actuelle tende vers plus de réalisme, comme dans la série TV Deadwood) mais qui ont tous existé, qu'ils aient été du bon ou du mauvais côté de la loi (un concept de toute façon fluctuant, surtout à l'époque).
Plus que toute autre épopée, la conquête de l'Ouest a généré des légendes empruntées au réel. Peut-être parce qu'elle a été menée par des hommes (et des femmes !) d'une autre trempe (je ne parle évidemment pas ici des conquêtes militaires menées par les armées anglaises, françaises ou espagnoles mais des aventures individuelles venues bien plus tard). 
Ne l'oublions pas, tous ces gens venaient d'Europe. Qu'ils soient irlandais, anglais, polonais, allemands, français, espagnols ou italiens, ils devaient quitter non seulement leur pays d'origine, mais aussi leur continent, pour se lancer dans une traversée en bateau, longue et hasardeuse. Arrivés sur place, il fallait en plus pour certains entamer un voyage de plusieurs milliers de kilomètres, en quête de terres cultivables ou de filons d'or. Il fallait affronter les bandits, les indiens, les déserts et les montagnes, la sécheresse ou la dureté de l'hiver, le tout sans forcément les vêtements appropriés et avec des soins médicaux qui tenaient souvent plus du charlatanisme que du simple bon sens. Et une fois un petit lopin de terre déniché, que ce soit dans les Black Hills, sur les plaines du golfe du Mexique ou à l'ouest des Rocheuses, si l'on avait survécu aux flèches, aux abrutis avinés, aux maladies et à la fatigue harassante, il fallait encore construire une maison de ses mains !
Mais qui, quelle bête de somme, quel fou pourrait envisager un tel périple de nos jours ?
  
Bien entendu, certains, si ce n'est la plupart, étaient plus poussés par le désespoir que l'appât du gain ou le goût du risque. Beaucoup fuyaient la famine, la pauvreté et, même si cela peut paraître paradoxal, la violence (éternel mythe du ciel "plus bleu" ailleurs). N'oublions pas également les asiatiques, surexploités, notamment lors de la construction du premier chemin de fer transcontinental, un projet pharaonique mais vital pour l'économie et le développement du pays. Et bien entendu les Noirs, déracinés, qui vont connaître l'esclavage (qui, contrairement à une idée reçue, ne débuta pas avec les européens et américains mais ne les disculpent pas pour autant de cette honteuse pratique). Et ajoutons au lot les premiers concernés, les amérindiens, un peuple multiculturel, sans doute pas parfait comme l'on tente parfois de nous le faire croire en ressassant le mythe du "bon sauvage", mais bien plus riche et évolué (socialement et humainement) que ce que l'image d'Epinal classique en fera pendant longtemps.
Dans un tel contexte, comment ne pas aboutir à des hommes d'exception ? Avec un tel niveau de souffrance, de peur, de violence, de totale incertitude quant à l'avenir, comment ne pas admirer, et finir par considérer comme des héros, certains des acteurs de cette époque ? Surtout lorsqu'ils se distinguent et dépassent leur condition d'êtres malmenés par la vie pour devenir des légendes.

Ce qui fait l'héroïsme véritable, les amateurs de comics le savent bien, ce n'est pas un grand pouvoir mais un sacrifice. Une douleur primaire. Une perte. Et l'éternelle lutte contre le désespoir. Voilà sans doute pourquoi, en partie, ces hommes furent - et continuent - d'être adulés ou, au moins, de fasciner, alors qu'ils étaient plus souvent imbibés de whisky qu'en train de sauver la veuve et l'orphelin.
Cowboys, indiens, esclaves, shérifs et hors-la-loi fascinent parce que, inconsciemment parfois, nous sommes impressionnés par ce qu'ils ont affronté.
Et, même si le mélange de la vapeur et de la fumée des colts brûlants nous masque un temps la vue, nous savons que derrière, il existe une réalité qui dépasse les poncifs, la technologie ou le regard trop tendre des poètes. Derrière se déroulent des drames totalement humains. A base de gestes maladroits, de regards troublés, d'esprits échauffés... et, pour gérer tout cela, faute de mieux, un putain d'auteur !
Ouep.
Le sacré totem qui dirige les balles et permet aux pires piliers de comptoirs de marcher plus ou moins droit.
Et aux immenses machines à vapeur de s'envoler vers l'azur d'un ciel synonyme de liberté et de progrès.

Et qui permet aussi, ne l'oublions pas, de rendre crédibles les hommes et femmes qui actionnent les machines, pressent les détentes, s'écroulent dans la poussière ou disparaissent dans le soleil couchant, une fois leur forfait ou leur acte héroïque accompli.
Ces gens-là s'en vont toujours vers l'Ouest. Ils pensent y trouver le repos ou la richesse, ils savent en tout cas qu'il n'y a rien de bon pour eux ici. Un peu comme s'ils étaient des parias, condamnés à courir le monde sans jamais y trouver leur place.
Quoi de plus moderne en somme que cette sensation, fugace mais terrible, de n'être pas tout à fait au bon endroit ? D'être dépassé par la technologie ? De vivre dans un monde violent, sauvage, dont on ne comprend plus les règles ?
Steampunk et Western, loin d'être des genres appartenant simplement à l'Imaginaire ou à l'Histoire, sont peut-être les vecteurs d'une souffrance éternelle qu'il est plus facile de transposer ailleurs. Pour des causes purement romanesques, sans doute.
Par pudeur, probablement aussi.

Merci à Guillaume Matthias pour son aimable autorisation de reproduction.


Les BD WEBellipses disponibles sur Android via bdBuzz


Les publications WEBellipses, dont je vous ai déjà parlé ici à plusieurs reprises (cf quelques planches dans cet article) et qui n'étaient jusqu'à présent disponibles que sur les iPod, iPhone et iPad, sont maintenant accessibles sur les tablettes Android !

Les heureux possesseurs de tablettes tactiles tournant sous Android vont donc pouvoir enfin avoir accès à des séries comme VHB, Bertrand Keufterian, Jeanne Dark, Steam West ou encore Rage, Fléau des Démons.
Pour cela, il suffira de passer par bdBuzz et leur propre application.

A cette occasion, la pagination des épisodes des séries concernées sera revue à la hausse, un changement de format dû à l'évolution de l'offre WEBellipses pour la saison prochaine et à l'abandon, un peu forcé, du rendez-vous hebdomadaire (plus d'informations ici).

Que vous ayez une Nexus, une Archos ou une Galaxy (la liste n'est nullement exhaustive), vous voilà paré pour faire le plein de comics "french touch" et vous détendre sur la route des vacances ou à la plage. Ou confortablement installé chez vous si vous avez horreur des voyages. ;o)

30 mai 2012

Gagnez un an de BD WEBellipses avec le Crédit Mutuel !


Le Free Comic Book Day, c'était le 5 mai ! Pour l'occasion, le Crédit Mutuel soutient de jeunes artistes hexagonaux de "French Comics" en offrant, aux 300 premiers d’entre vous, un abonnement à l’application WEBellipses, vous permettant de consulter et de télécharger les BD numériques originales publiées depuis octobre 2011 et celles à paraître jusqu’à fin août 2012. 
Téléchargement et consultation sans durée limitée dans le temps ! C'est très simple : renseignez les champs dans le lien suivant et suivez les instructions !

Il ne reste plus que 48h pour gagner l'équivalent de 25 € de BD numériques !!

01 mai 2012

Le Rayon Vert : festival BD en Moselle

Le festival Le Rayon Vert aura lieu le week-end prochain, les 5 et 6 mai, à Thionville-Volkrange, en Moselle.

Un évènement BD à moins de 10 kilomètres de chez moi, ce n'est pas si courant, et je n'allais donc pas rater l'occasion de vous en parler, d'autant que le programme semble aussi varié qu'alléchant.

Au menu, entre autres :
- deux conférences, l'une sur les manga (shonen), l'autre concernant les comics et plus précisément consacrée aux super-héros sur grand écran en 2012
- un atelier/débat sur les métiers de la BD
- dédicaces d'auteurs, stands de divers éditeurs (dont nos amis de Phylactères et WEBellipses)
- des expos et animations diverses
- et même de quoi se restaurer et une projection d'un film en plein air le samedi soir

Tout le programme en détail, avec horaires et liste des auteurs présents, est disponible sur le site du Rayon Vert.
Une heureuse initiative qui permet de célébrer la BD, entre passionnés ou simples curieux.

Entrée libre - Centre Saint Michel - Domaine de Volkrange

29 avril 2012

Free Comic Book Day chez WEBellipses


Le Free Comic Book Day est une tradition, maintenant bien installée aux Etats-Unis, qui permet aux éditeurs de dévoiler un peu leur univers en mettant à la disposition des fans et, évidemment, d'éventuels curieux, des épisodes gratuits. 
WEBellipses, suivant la même démarche, a décidé d'offrir à ses lecteurs les BD numériques In Vitro, de Goblin, et Saga, de Close Call Comics. Les possesseurs de iPad, iPhone et iPod auront donc, en plus du webzine mensuel, un peu de lecture pour tester l'application, et ce dès le 5 mai.


J'en profite également pour vous faire part de la sortie de Bertrand Keufterian #3.
La série BK est disponible, au format numérique, chez WEBellipses, mais elle sort également régulièrement, sur papier, chez Phylactères (cf VHB), un éditeur associatif particulièrement actif et fort intéressant.

Le sympathique chasseur d'aliens, originaire de Metz, va cette fois être pris en otage... une occasion d'en découvrir plus sur les dessous de l'émission de télé-réalité mise en place après l'invasion extraterrestre.


Hop, un petit teaser, ci-dessous, pour vous mettre dans l'ambiance. ;o)



09 novembre 2011

WEBellipses disponible sur iPad

L'application gratuite de WEBellipses est enfin disponible sur l'App Store.

Après un gros retard dû à divers problèmes techniques, le lancement de WEBellipses est maintenant effectif. Il concerne pour le moment les possesseurs d'iPad puisque l'application, téléchargeable gratuitement, est disponible sur l'App Store (elle sera plus tard adaptée pour tablette Android, smartphone et PC).
Les webzines vous permettront notamment de tester la liseuse (intuitive et proposant divers modes de lecture et options) et d'avoir un aperçu des séries proposées.

Rappelons que pour 2,99 euros par mois, les lecteurs pourront bénéficier d'un comic par semaine, et ce sans engagement de durée. Par contre, pour se faire pardonner cette sortie un peu tardive, WEBellipses propose pour ce mois une offre exceptionnelle puisque, pour la même somme (2,99 euros), les abonnés recevront non pas 4 épisodes mais 9.
Une bonne occasion de découvrir un univers riche et varié basé sur le meilleur de la BD indépendante française.

Ces quelques liens vous permettront d'en savoir plus :

- le Webzine #0, qui présente des extraits et un petit résumé de chaque oeuvre
- la page facebook de WEBellipses