Affichage des articles dont le libellé est Série TV. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Série TV. Afficher tous les articles

09 novembre 2014

Sélections UMAC : 5 séries cultes, à voir ou revoir

Une petite sélection de séries TV excellentes mais aussi très différentes : polar, western, SF ou comédie, il y en aura - pratiquement - pour tous les goûts [1].

The Shield

Difficile de passer à côté de cette série coup de poing qui a donné un énorme coup de vieux aux classiques enquêtes bouclées en un épisode. Ici, l'on suit en réalité, tout au long des sept saisons, Vic Mackey et son équipe, la Strike Team. Les flics qui la composent luttent contre les pires gangs de Los Angeles et ont fréquemment recours à des méthodes limites. Entraînés dans une spirale dramatique, ils vont devoir faire face à la mafia, aux Affaires Internes et à certains politiciens.

Si Michael Chiklis est exceptionnel et joue un policier hors norme, bon nombre d'autres personnages sont parfaitement campés, de Shane Vandrell à David Aceveda, en pensant par Dutch Wagenbach. A part une saison 4 un peu en-dessous (mais tout à fait regardable), la série aligne scènes choc et cliffhangers à un rythme incroyable.
Les protagonistes sont loin d'être caricaturaux et possèdent parfois des facettes contradictoires. Dutch par exemple, qui fait office de "gentil", peut aussi être parfois très inquiétant. 

La bande son est parfaitement choisie. La fin de la saison 2 notamment, sur Overcome de Live, est une pure merveille (l'on ne sait si la musique magnifie le jeu des acteurs ou si ce sont eux qui, sans un mot, parviennent à atteindre une telle puissance émotionnelle).

Il fallait une fin tragique à la hauteur des personnages, c'est ce qu'offre une septième saison aussi belle que désespérée. 
La série est certes dure, violente, mais d'une qualité d'écriture rarissime. L'intégrale est disponible en DVD, l'édition collector contenant de nombreux bonus (commentaires audio, scènes inédites...).


Kaamelott

Dans un genre très différent, la série d'Alexandre Astier s'impose comme LA grande réussite télévisuelle française (en même temps, il n'y a pratiquement aucune concurrence tant le reste de la production franchouillarde est majoritairement poussif et mal foutu) [2].

Outre l'humour de la série, apporté notamment par le décalage entre l'époque et des dialogues modernes, l'on peut noter une évolution particulièrement audacieuse et intelligente, Astier parvenant non seulement à changer de format (on passe de "pastilles" de quelques minutes à de longs épisodes de 50 minutes) et de ton (les saisons 5 et 6 notamment apportent un aspect dramatique qui renforce encore l'attachement que l'on peut éprouver pour les personnages).

Il faut insister sur le travail énorme d'Astier qui signe le scénario et la musique, réalise, s'occupe du montage et joue le rôle principal [3]. Une collection de BD a également vu le jour, celle-ci présente des aventures inédites, contemporaines du Livre I de la série TV. 

Reste la suite, que l'on attend encore et qui parait de plus en plus compromise malgré les déclarations du principal intéressé. Les "négociations" qui semblent nécessaires pour qu'il ait une liberté éditoriale complète n'ont toujours pas abouti et, pire, l'auteur parle maintenant d'autres difficultés, comme celle de trouver une date de tournage (si celui-ci avait lieu !) qui s'accorde avec les autres projets qu'il a en cours. 
Si on lit entre les lignes, ça ne sent pas très bon [4]


Deadwood

Nous sommes loin ici du western propret à la John Wayne, avec de bons sentiments et des chemises impeccables. 
La série conte l'histoire de pionniers, fraîchement débarqués dans Deadwood, un bled paumé qui connaît un regain d'activité depuis que de l'or a été trouvé dans les Black Hills.

La série mélange habilement fiction et faits historiques, de nombreux personnages principaux ont d'ailleurs réellement existés : Seth Bullock, Calamity Jane ou encore Wild Bill Hickok. L'essentiel de l'intrigue tourne autour de l'affrontement entre Bullock, nommé shérif et prenant son rôle très au sérieux, et Swearengen, patron de saloon et proxénète usant de méthodes assez peu recommandables, incluant la corruption, pour protéger son influence sur la ville.

Là encore l'écriture se révèle subtile, même Swearengen échappant au rôle du "parfait méchant" en devenant, peu à peu, sinon sympathique du moins plus humain. 
Malheureusement, le coût élevé de la série aurait apparemment précipité sa fin au bout de trois saisons. HBO a un temps parlé d'une conclusion sous la forme d'une mini-saison de six épisodes, puis de deux téléfilms, mais à ce jour, rien ne s'est fait (et rien ne se fera, vraisemblablement).

La fin est d'autant plus amère qu'elle n'était nullement prévue ainsi par David Milch, mais elle s'accorde plutôt avec le ton de la série, sombre et désenchanté.


Seinfeld

L'on retrouve une ambiance plus gaie avec tout simplement la plus grande sitcom de tous les temps, Seinfeld.

Les décors et les fringues ont un peu vieilli avec le temps, mais les répliques et situations sont toujours aussi excellentes. L'on suit ici l'humoriste Jerry Seinfeld dans sa vie de tous les jours, entouré de proches (son meilleur ami George, son ex Elaine et son voisin Kramer).
Le point de départ de la série est assez dingue, pour ne pas dire "couillu", puisqu'elle ne parle de... rien [5]. Du moins, rien de précis, car en réalité, la moindre petite situation quotidienne peut donner lieu à une discussion surréaliste et hilarante, que ce soit un simple diner, un message sur un répondeur ou la réparation d'un véhicule. 

L'on pourrait penser d'ailleurs que certains faits sont un peu "exagérés" mais, comme on peut l'apprendre dans les bonus des DVD, les pires situations sont en réalité tirées de faits réels, vécus par Seinfeld ou son compère d'écriture, Larry David [6]. Même Kramer, le personnage le plus taré du groupe, aux idées farfelues, existe bel et bien. Il a d'ailleurs un temps insisté pour interpréter son propre rôle et, après un refus, a même contacté NBC pour être payé pour l'utilisation de son nom.

L'un des points essentiels qui font de Seinfeld une série humoristique à part, c'est sans doute son absence de morale ou de moments "émouvants", ce qui lui donne un ton très politiquement incorrect.
Par contre, il est impératif de la regarder en VO, le doublage, en plus d'être truffé d'approximations, repose en effet sur des voix et un jeu d'acteur d'une médiocrité absolue, ce qui enlève tout son charme à la série. 


Real Humans

Une série plus récente, qui n'est pas américaine mais suédoise, ce qui prouve qu'il n'y a pas que les anglais qui peuvent faire des séries de qualité en Europe [7].

L'histoire se déroule de nos jours, dans une Suède alternative où l'usage d'androïdes très sophistiqués, appelé hubots (contraction de "humain" et "robot"), est devenu monnaie courante.
Les hubots servent d'ouvriers ou de femmes de ménage mais aussi d'objets sexuels, grâce à des programmes "pirates" permettant de les détourner de leurs fonctions premières.
Alors que certains humains commencent à songer à des actions violentes contre les hubots, une partie d'entre eux semblent commencer à éprouver des sentiments...

La série, dont les deux saisons actuelles ont été diffusées sur Arte, est une réussite exemplaire sur tous les points. Elle pose avec intelligence des problèmes moraux et philosophiques épineux et s'attarde sur le destin de personnages touchés par ce bouleversement social que constitue l'arrivée massive des hubots. 
L'histoire relève à la fois du drame, de la SF et de l'intrigue policière. Le tout avec ce côté dépaysant que peuvent avoir des décors suédois, plutôt inhabituels sur nos écrans.

Si la série a connu un succès d'audience relatif en France (pour Arte en tout cas, ce serait considéré comme un échec sur TF1), elle reste probablement la plus confidentielle de cette sélection. Et en est d'autant plus conseillée !




[1] J'ai volontairement laissé de côté des séries qui, malgré leur qualité, sont plus des adaptations (comme Walking Dead, tirée des comics éponymes, ou Game of Thrones, issue des romans A song of ice and fire).
[2] On se demande en même temps si les gens de télé comprennent vraiment ce qu'ils diffusent, ou même s'ils prennent la peine d'y jeter un œil. Sur Paris Première par exemple, où Kaamelott continue d'être rediffusée, une bande annonce claironne régulièrement que les téléspectateurs vont retrouver "Arthur, le roi le plus déjanté de tous les temps". Or Arthur, justement, n'a rien de "déjanté" dans la série, il est même particulièrement posé, a les pieds sur terre et assume normalement ses responsabilités. 
[3] Il a aussi insisté pour que les coffrets DVD aient la forme qu'on leur connaît, c'est-à-dire un look de vieux grimoires. Au départ, les responsables marketing voulaient un truc clinquant, avec les tronches des acteurs sur la couverture. Astier, à force de persuasion, a réussi à obtenir que le coffret de la saison 1 sorte sous les deux formes. L'essentiel des ventes s'étant effectuées avec les coffrets "livres", les suivants sont restés ainsi. Une nouvelle preuve que, lorsqu'un artiste sait ce qu'il fait, il vaut mieux suivre son avis plutôt que de vagues "spécialistes".
[4] L'on s'était gentiment amusé de cette situation lors de ce poisson d'avril.
[5] Dans la série, l'on voit Jerry vendre son idée de série à NBC, dans une sorte de mise en abîme. Lorsque les producteurs demandent de quoi elle parle, la réponse de George est surprenante et reste culte : "it's about nothing."
[6] Un acteur vint voir un jour Larry en lui disant que sa réplique était injouable, car personne de sensé ne réagirait ainsi dans une telle situation. Larry répondit alors : "Ah ? Pourtant ça m'est arrivé, et c'est exactement ce que j'ai dit."
[7] Difficile en Europe de détrôner les séries anglaises qui comptent dans leurs rangs des productions d'aussi grande qualité que Black Mirror, How not to live your life, Sherlock, Black Adder ou Utopia (dont les épisodes ont été censurés en France malgré le fait qu'ils aient été diffusés sur une chaîne payante). A côté, la grande majorité de la production française semble ridicule et bien frileuse.




01 septembre 2014

Sons of Anarchy, version comics

Le premier tome de la version comics de Sons of Anarchy vient tout juste de sortir en France. Le point en détail sur ce premier arc.

Kendra, une actrice de films pornographiques, a été témoin d'une scène qu'elle n'aurait pas dû voir. La voici en danger et poursuivie par de dangereux criminels.
Elle décide alors de se rendre à Charming pour demander la protection de SAMCRO (Sons of Anarchy Motorcycle Club - Redwood Original), le gang de motards local dont son père était membre.
Tig, qui est encore hanté par la mort de sa fille, va tout tenter pour venir en aide à la jeune femme.

Les séries TV qui connaissent une déclinaison en BD sont assez nombreuses. Il s'agit parfois d'adaptations strictes, reprenant l'histoire principale (comme pour Game of Thrones, bien qu'en réalité ce soit une adaptation des romans et non des épisodes TV), de suites après l'arrêt de la série (Jericho, Buffy, L'homme qui valait trois milliards) ou encore de récits parallèles, venant enrichir l'univers (True Blood, ou même Kaamelott dans un autre registre).
Cette série, publiée par Boom! aux Etats-Unis, appartient à cette dernière catégorie. Le récit se déroule après le meurtre de la fille de Tig, alors que Jax est devenu président du club.

Première constatation, l'ambiance de la série est assez fidèle. Le scénariste, Christopher Golden, s'attache à respecter le caractère des personnages et alterne scènes d'action et petites trahisons. 
Du point de vue graphique, c'est là aussi très correct. Le dessinateur, Damian Couceiro, s'en sort plutôt pas mal, tant au niveau des personnages, qui sont tous reconnaissables, qu'au niveau des décors, simples mais suffisants.
Le seul petit bémol tient à la représentation du sang (la série étant violente, il y en a quelques litres tout de même). On dirait plus de la peinture qu'autre chose. L'effet tient sans doute autant à la colorisation qu'à la manière, trop nette, de délimiter les coulures. 

La plus grosse réserve tient cependant à la série elle-même. Pour profiter pleinement de ce comic, il faut l'avoir vue et bien connaître les protagonistes. Entre les magouilles de Clay, le passé chargé de Tig, les allusions à certains personnages disparus ou les relations tendues entre Gemma et Tara, il sera difficile de comprendre vraiment ce qui se joue si l'on n'a pas l'histoire principale en tête.
Ce premier arc, complet, de six épisodes est accompagné par un grand nombre de covers alternatives ainsi que quelques pages montrant l'évolution d'une planche, du storyboard à la version finale colorisée, en passant par le crayonnage et l'encrage. 
Élégante hardcover, traduction soignée, le tout pour un peu moins de vingt euros.

Un premier album sympathique qui, sans atteindre des sommets, parvient à restituer l'essentiel du ton de la série TV.

+ des trognes reconnaissables
+ une ambiance fidèle
+ approfondissement des relations entre certains personnages
- difficile à suivre si l'on n'est pas fan de la série
- un topo sur les personnages principaux n'aurait pas été de trop 





20 juillet 2014

En route vers la Tour sombre Etape 0.1 : le Fléau

Il ne s’agit pas d’un article ancien réédité pour la cause – ou simplement pour faire du remplissage, ou encore pour tenter de justifier mon salaire élevé auprès du boss en recyclant des vieilleries (encore que…). Autant commencer par un aveu : je n’avais jamais lu le Fléau jusqu’ici. Pourquoi alors, se demanderont nos fidèles suiveurs, entamer sa lecture juste après le premier tome de la Tour sombre ?
Tout simplement parce que je suis un bon élève, et aussi un lecteur consciencieux. Je fais partie de ceux qui ont lu toutes les annexes, renvois et notes de bas de page du Seigneur des Anneaux, ou de la Maison des feuilles ; c’est vrai que ça a tendance à hacher le rythme de lecture, mais on n’a ainsi pas l’impression d’être passé à côté d’un élément enrichissant l’intrigue ou donnant du sens à une réplique, un geste, un acte. Ainsi, lorsque Neault a publié son Guide de lecture de la Tour sombre, en précisant les lectures indispensables pour bien l’accompagner, je n’ai pas hésité à faire une pause dans la saga afin d’accumuler les références que notre Docteur ès King estimait nécessaires.
J’en profite pour glisser une nouvelle parenthèse à propos de l’absurde politique du livre numérique en France : lorsque je vois que je devrais payer plus cher la version dématérialisée d’un roman de 1978 que sa version poche, comment pourrais-je décemment opter pour un téléchargement ? Quand bien même je risquerais de revendre les livres aussitôt après leur lecture (je n’ai, à mon grand regret, plus la place requise pour satisfaire ma vieille collectionnite aiguë et il me faut régulièrement  - et la mort dans l’âme – me séparer des ouvrages auxquels j’accorde moins d’intérêt qu’aux autres). Comme je n’ai aucun scrupule à m’offrir un livre de seconde main, j’ai fini par trouver ce que je cherchais.
Lire Le Fléau de nos jours, c’est s’exposer à une déception inévitable : le roman est déjà vieux (je précise que je n’ai lu que la version de 1978, que l’éditeur de King avait demandé d’alléger) – une nouvelle édition, datant de 1990, réincorpore les passages coupés ainsi que des modifications pour mieux coller à l’actualité ; la fin est également modifiée avec un épilogue qui n’existe pas dans la version que j’ai lue (mais nous y reviendrons). En 2014, quand bien même on n’aurait pas pris connaissance des versions comics ou télévisées, le sujet du livre n’a rien de bien original : il s’agit, après tout, d’un script post-apocalyptique construit à partir d’une sélection de personnages distincts que le destin se chargera de rassembler. On reconstruit un monde sur les ruines de l’ancien en tirant (ou non) les leçons du passé tragique qui a conduit au drame. Ce pourraient être des zombies, une guerre totale, une succession de séismes cataclysmiques, voire une invasion extraterrestre. Ici, on a droit à un virus, échappé d’un laboratoire militaire. Une forme extrêmement virulente de grippe dévaste le pays (on ne sait absolument rien de ce qui se passe hors du continent nord-américain), mal gérée par les forces gouvernementales qui s’appliquent dans un premier temps à dissimuler leur bévue, avant d’être dépassées car rien ne semble arrêter le fléau. Les cadavres s’amoncellent, les villes se dépeuplent, les routes s’encombrent de voitures abandonnées ; des incendies éclatent, des centrales explosent, le monde se vide de ses habitants (car certaines espèces animales, comme les chiens, sont également touchées).

Mais.
Mais des individus s’avèrent résister à la maladie. Miracle génétique ou choix divin, peu leur importe car il faut tout d’abord s’organiser, affronter la solitude et la folie qui les guette avant de trouver un nouveau sens à leur existence désormais fragile. Petit à petit, des couples se font, des petits groupes cherchent leur salut, espérant trouver qui des renforts, qui des explications, qui un havre ayant échappé au Mal. Un jeune et habile sourd-muet s’associe à un attardé, un chanteur de rock en pleine ascension se lie avec une fascinante institutrice revêche, un Texan flegmatique tombe amoureux d’une jeune célibataire enceinte… C’est alors que surviennent les rêves. Dans certains, une vieille Noire les convie au Nebraska pour leur expliquer la volonté de Dieu ; dans d’autres, un homme sans visage les terrorise, s’apprêtant à monter une armée de l’autre côté des Rocheuses. L’éternelle lutte entre le Bien et le Mal, la Lumière et l’Ombre, la Loi et le Chaos est sur le point de se jouer, par le biais de pions plus ou moins conscients de leur statut, plus ou moins optimistes quant à leur avenir dans une Amérique désormais déserte où les machines se sont tues.
On le voit, rien d’original, et même à l’époque (Je suis une légende de Richard Matheson date de 1954). D’ailleurs, Stephen King ne cherchait pas vraiment à raconter du nouveau, mais plutôt à introduire de l’épique dans un monde dévasté, en passant par 3 moments-clefs : la survie, le rassemblement et l’affrontement final. Ceux qui connaissent l’auteur remarqueront également que le style possède encore les scories décelables dans le Pistolero, bien que l’écriture soit plus dynamique et les phrases moins ampoulées. Mais ce qui tire le Fléau vers le haut, c’est avant tout cette formidable faculté qu’a King de donner naissance et surtout faire vivre par le biais de ses mots des personnages aussi exceptionnels qu’anodins. Aucun super-héros, même si quelques-uns jouissent de facultés hors du commun : sans que le pouvoir soit nommé autrement que par « une forme de télépathie », on retrouve par exemple des enfants dotés du shining. Les survivants ne sont pas des êtres d’exception, les « bons » étant soumis aux mêmes affres, aux mêmes tentations que n’importe qui – et c’est bien de la manière dont ils gèrent leur faiblesse que se dégage leur statut de héros. Fran sait parfaitement qu’Harold est follement épris d’elle et jouera habilement de ce sentiment à son avantage, ce qui lui vaudra la terrible rancœur du garçon éconduit ; le gentil Larry qui s’en voulait déjà de ne pas s’être assez occupé de sa mère ruminera tout le long du roman sa terrible expérience avec Rita qui a fini par se suicider alors qu’il avait promis de l’aider.

Reste l’élément central, articulé autour du pivot qu’est Randall Flagg, l’Homme sans visage, être sans scrupule ni remords dans lequel s’est incarné le Mal et qui sent, alors que le fléau se propage, venue l’heure de son apothéose démoniaque. Il se découvre des pouvoirs et se met à rassembler des adeptes qu’il dompte par la terreur, afin de constituer une armée capable de détruire la communauté de la Zone libre, constituée autour de la vieille du Nebraska qui semble l’Elue de Dieu. Dieu, le Diable : on peut faire la fine bouche face à ce genre de mentions. Après tout, pour autant, ce ne sont que des vocables aisément identifiables pour désigner des forces antagonistes. Le manichéisme primaire structurant l’œuvre n’est pas critiquable en soi, tant qu’il ne se reflète pas dans l’exposition des personnages, qui sont suffisamment riches et complexes pour qu’on prenne plaisir à les suivre, à les aimer ou les détester. Des éléments de leur passé resurgiront par moments afin de mieux étayer leurs réflexions, leurs doutes, leur désarroi face aux inévitables interrogations éthiques qu’engendrera leur mission. Est-ce Dieu qui parle à travers Mère Abagail ? Qui leur envoie ces rêves ? Le fait est qu’ils ont tous rêvé des mêmes êtres, ils sont au moins forcés de se rendre à l’évidence : quelque chose de « supérieur » les a choisis, et quelque chose de malfaisant est à l’œuvre dans l’Ouest. Le petit monde tranquille qu’ils ont rebâti, réinventant les principes démocratiques des Pères de leur nation défunte, risque d’être éphémère et nul doute qu’ils devront combattre, peut-être même se sacrifier pour la sauvegarde et de leurs proches et d’un idéal fragile. Il est amusant de voir dans leurs réflexions, leurs discussions, leurs atermoiements, la volonté de l’auteur de ne pas sombrer dans les travers ésotériques d’un discours trop religieusement orienté : après tout, des milliards ont péri, où était Dieu à ce moment ? A moins que ce ne fut là un châtiment divin…
Dans ses deux premiers tiers, le Fléau fonctionne à merveille, même si on sent par moments une certaine frilosité dans la description de certains actes pervers suscités par la disparition d’un ordre établi et par le désœuvrement d’individus se livrant à leurs plus bas instincts. L’écrivain semble plus disert sur les intentions des créatures les plus viles que sur leurs agissements, comme s’il s’apercevait au dernier moment de l’inanité d’un tel voyeurisme. Peut-être les passages rétablis (dont au moins un avait été proprement censuré à l’époque) vont-ils plus loin dans le glauque, le gore ou la violence ? Stephen King, en revanche, fait la part belle aux émotions, aux sentiments, à tout ce qui sourd de l’âme humaine : bons ou mauvais, ses personnages n’agissent jamais sans réfléchir et l’auteur n’hésite jamais à traduire les pensées de tel pyromane dégénéré, tel attardé mental ou tel sourd-muet suspicieux.

La fin, du coup, laisse à désirer. L’accélération est patente, les ellipses temporelles se multiplient, délayant la tension, ralentissant le tempo : la conclusion inévitable, le duel ultime, le Gran Finale se précipitent doucement, et on se demande quelle pirouette pourra bien se produire pour nous surprendre, quelle surprise nous réserve King à la fin. Elle sera, forcément, décevante, presque ridicule par sa tiédeur et ses coups de théâtre, tant les enjeux et le potentiel étaient immenses. On est presque étonnés par l’absence d’étonnement.

Qu’importe. Considéré comme l’une des œuvres majeures du Maître de l’Horreur, le Fléau vaut le coup, ne serait-ce que pour faire connaissance avec l’Ombre qui hante nombre de ses écrits, celui que le Pistolero poursuit depuis (et jusque) la nuit des temps et pour y voir concrétisée la persistante méfiance de l’auteur envers les agissements de son propre gouvernement.   

06 juillet 2014

L'Homme qui valait Trois Milliards : la suite en comics

Gros plan aujourd'hui sur une nouvelle saison, en comics, de la série The Six Million Dollar Man. 

Peut-être êtes-vous trop jeune pour que le nom de Steve Austin vous dise quelque chose. Dans le cas contraire, vous connaissez forcément cette série culte des années 70. 
Commençons par éclaircir un point. Il n'aura pas échappé aux plus matheux d'entre vous que pour passer de six millions de dollars à trois milliards de francs, il faudrait un taux de change monstrueux. L'on pourrait donc se dire que le type qui a traduit le titre n'était pas un as de la conversion. En fait, à l'époque, les nouveaux francs étaient relativement récents et le prix du bonhomme a donc été exprimé en anciens francs, plus impressionnants et plus parlants pour bon nombre de spectateurs.
Alors, c'est pas de la bonne anecdote historique ça ?

Revenons à la série. The Six Million Dollar Man est tiré de Cyborg, un roman de Martin Caidin. En quittant l'univers du papier pour arriver sur les écrans, le personnage s'est quelque peu aseptisé : exit les doutes existentiels et la violence, place à un héros bien sympathique et propret. Tout commence lorsque le colonel Austin, pilote dans l'armée de l'air, se crashe à bord de son appareil. Heureusement, les avancées technologiques des seventies vont permettre de le réparer comme une vulgaire bagnole, en lui flanquant deux jambes, un bras et un œil bioniques. En contrepartie - parce que bon, faut pas déconner, ça coûte un max tout ça - Steve Austin devra bosser pour l'OSI, une agence gouvernementale.

La série s'arrêtera au bout de cinq saisons (99 épisodes tout de même). Mais, joie et bonheur pour les nostalgiques, la sixième saison a vu le jour, l'année dernière, chez Dynamite.
Ce n'est pas la première fois que L'Homme qui valait Trois Milliards investit la BD. Il y a quelques années, l'on avait eu droit à The Bionic Man, une version écrite par Kevin Smith (à la base pour un film qui n'a pas vu le jour). Ce Bionic Man reprenait l'essentiel du concept en le modernisant, ce qui n'était donc pas raccord avec la série TV.
Cette nouvelle on-going, écrite par  Jim Kuhoric et dessinée par Juan Antonio Ramirez, constitue donc la suite officielle et s'offre de magnifiques covers, par Alex Ross, pour faire bonne mesure.

Deux intrigues principales sont développées dans les premiers épisodes. D'une part, une mystérieuse matière, récupérée sur un satellite qui orbitait du côté de Vénus, s'avère être une terrible menace et contamine la jeune scientifique qui tentait de l'analyser. D'autre part, certaines personnes à l'OSI militent pour remplacer Austin par un agent entièrement automatisé. Un androïde en somme, qui n'aurait pas d'états d'âme et pourrait se "ranger" plus facilement entre deux missions. Le prototype (tiré d'une gamme de jouets d'époque) a pour nom Maskatron et se met à déconner dans les grandes largeurs dès sa première mission.

Evidemment, le contexte est respecté. Nous sommes en pleine guerre froide et les russes font office de grands méchants de service. Les auteurs ont placé de nombreuses allusions (directes ou plus subtiles) à la série et son univers. Outre le fameux Maskatron, l'on retrouve également Barney Miller (un autre type aux implants bioniques), Jaime Sommers (alias Super Jaimie en français) rentre en scène dès le troisième épisode, et une référence est même faite à la neotraxin-3, un produit dont il est question pendant la saison 4, dans l'épisode The Return of Bigfoot (en vf, Le retour du Scalpeur).
On a même droit aux célèbres "bruitages", lorsque Steve utilise ses capacités spéciales. Vous les avez encore en tête ? Je vais vous les faire de toute façon, parce que sur UMAC, on ne recule devant rien. Alors, la vision spéciale, ça faisait "bananananana, bananananana" (en tout cas, en anglais et dans les comics, ça donne ça). Et pour l'utilisation des membres bioniques, lors d'épreuves de force ou de super-sauts, ça donne "tenenenene".
Et c'est pas la peine de gueuler, "banana, tenene, c'est pas pareil du tout, c'était pas comme ça !", oui ben, c'est pas évident à retranscrire ! Et le scénariste l'entendait comme ça, et vu que c'est lui qui décide, on s'adapte.

Alors, plus sérieusement, qu'est-ce que ça donne tout ça ? 
Eh bien, bizarrement, alors que je m'attendais à un truc un peu cheap et vieillot, ça fonctionne pas mal du tout. Les dessins ne sont pas extraordinaires (à mon sens bien moins bons que ceux de Bionic Man), Lee Majors et Lyndsay Wagner ne sont pas toujours très ressemblant, et la colorisation n'arrange rien et est un poil criarde, mais on se laisse prendre au jeu et c'est avec un vrai plaisir de gamin que l'on tourne les pages.
De l'action, quelques vannes, du rythme, des références bien placées, tout cela contribue à faire de cette série un agréable voyage dans le temps et la pop culture. 

Du pur divertissement, fun, simple et efficace. Les quelques défauts techniques de ce comic ne parviennent pas à amoindrir son potentiel de séduction.

+ Austin et Sommers de retour !
+ des intrigues prenantes
+ respect de l'univers développé par la série TV (et non celui du roman)
- une série qui aura peut-être du mal à s'imposer chez les plus jeunes, chez qui le levier nostalgique, très important ici, n'aura pas d'effet  





20 avril 2014

Capitaine Albator, le pirate de l'espace : l'intégrale


Afin d'aborder le sujet du jour, une intégrale des aventures d'Albator parues en format papier (donc le manga original) et traduites en français, il est nécessaire de revenir brièvement sur le personnage lui-même, au cas où me liraient quelques ressortissants du Paléolithique ressuscités pour la cause. 

Les aventures du corsaire spatial qui nous a fascinés dans notre jeunesse sont d'abord parues, comme de bien entendu, en manga : le grand Leiji Matsumoto en a publié 5 chapitres entre 1977 et 1979, édités par Akita Publishing. Très vite, le personnage du Captain Herlock (ou Harlock, suivant les traductions), ont connu un succès tel que le marché de la vidéo lui tendit les bras, au point que l'auteur dut mener de front l'évolution de la première série télévisée et celle de la série originelle. Un travail en parallèle qui finit par privilégier l'anime, dont les premiers épisodes débarquèrent très tôt sur les chaînes internationales et firent les beaux jours des émissions jeunesse dans notre PAF jusque lors endormi l'après-midi. La première série, renommée plus tard Albator 78, voyait, en 2977, le fier capitaine corsaire et son équipage affronter les terrifiantes Sylvidres, extraterrestres d'origine végétale à la semblance de femmes sublimes, à bord de son fidèle Atlantis, le vaisseau créé par un ingénieur surdoué, capable de se diriger seul et doté d'une puissance de feu phénoménale.

Tout était "cool" dans Albator : le design des astronefs et des tenues, la manière dont les Sylvidres mouraient (elles s'enflammaient en poussant un cri vous glaçant les os) et surtout le personnage même d'Albator, héros mystérieux, taciturne, foncièrement bon mais rongé par de vieilles rancunes. Sabre-laser au côté, cicatrice et bandeau sur l’œil, la tête de mort sur la poitrine et cette cape rouge et noire : inflexible, irrésistible, invincible. 
Plus tard, Albator engendrera une seconde série (Albator 84), sorte de préquelle légèrement divergente, à l'animation plus fluide et aux dessins plus soignés, qui raconte la genèse de ce corsaire à l'époque où il était encore un officier des armées humaines embrassant la cause de rebelles avec l'aide de son meilleur ami. On y croisait également Emeraldia (ou Esmeralda, suivant les traductions) qui les initiera au "piratage" (je simplifie, bien entendu). Matsumoto n'aimant rien tant que faire s'interagir les personnages au sein de l'univers qu'il a créé, il a également inséré Albator dans Galaxy Express 999.

Si le récent film d'animation (sorti chez nous en décembre 2013) s'inspirait davantage d'Albator 84, la trame du manga est celle de la première série. Et, pour les amateurs de celle-ci, c'est assez étrange à lire car, comme l'équipe de Kana l'explique fort bien dans la présentation, les lecteurs passent leur temps à se remémorer les animes. Or on constate que, si l'ensemble était fidèle au manga, certains ajustement avaient été effectués déjà à l'origine, comme le statut des Terriens par exemple, ou l'attitude générale des corsaires, présentés ici comme d'incorrigibles pochtrons, passant leur temps à boire, dormir ou jouer - mais complètement efficaces au moment des combats.
Le manga au contraire prend son temps pour démarrer et nous présente une Terre peuplée d'humains veules, ignorants et incapables de la moindre initiative : des proies faciles pour les terrifiantes Sylvidres et leur armada infinie surgie d'une galaxie au-delà de l'espace connu. Celles-ci sont tout aussi fascinantes que dans la série et dissimulent le secret des origines de la vie sur Terre comme la véritable raison de leur désir de conquête. Face à elles, se dresse seul l'équipage de l'Arcadia (un travail minutieux et pertinent de traduction a été entrepris pour demeurer le plus possible fidèle au texte original tout en essayant de ne pas trop altérer les souvenirs des fans de la série télévisée en français pour laquelle de nombreux noms avaient été modifiés). Tout cela pour vous dire qu'il est difficile de faire abstraction de ses souvenirs, surtout lorsqu'ils ont été marquants.
L'oeuvre originale s'avère ainsi déstabilisante, avec ses fonds très travaillés (une constante chez Matsumoto : on sent une véritable passion pour les visuels d'ingénierie (cadrans, manettes et tous les accessoires d'un vaisseau futuriste)) et ses personnages moins détaillés, en dehors d'Albator avec ses poses iconiques. Les petites cases multiplient les gros plans sur des visages mal définis, souvent grossiers et les scènes de combat manquent de dynamisme et de lisibilité. Néanmoins, l'histoire est intéressante et, si elle manque de rythme, ses révélations font avancer régulièrement l'intrigue jusqu'à la confrontation finale entre la reine Sylvidra et le capitaine (confrontation qu'on ne lira jamais car l'intégrale s'arrête au chapitre 5, les autres n'ayant jamais été écrits), en levant petit à petit le voile sur de nombreux mystères (le concepteur du vaisseau, l'origine des Sylvidres, leur avancée technologique). On s'amusera à retrouver des concepts à la fois très savants mêlés à des considérations plus proches des pseudo-sciences et agrémenté de ce technobabble cher aux trekkies : on navigue souvent entre Star Trek, X-Files et... les Mystérieuses Cités d'or. C'est rédigé tout en accélération, avec un premier chapitre un peu poussif et les suivants qui sont de plus en plus denses, malgré quelques rappels parfois théâtraux et pompeux qui trahissent l'âge du texte. Albator s'avère plus complexe que prévu et on ne peut qu'être frustré par les nombreuses ellipses et énigmes qui obscurcissent les intentions des personnages. 1084 pages qui se lisent somme toute assez rapidement mais qui s'achèvent avant la fin de l'histoire, laissant notre imagination vagabonder pour tenter de percer le secret de ce membre d'équipage fantôme, ou notre cerveau aller à la pêche aux souvenirs.

Cette intégrale est donc disponible chez Kana, dans la collection Sensei, en un volume épais et bien documenté, à parcourir, évidemment, dans le sens japonais de lecture.

+ le héros le plus cool de l'Univers
+ c'est "collector"
+ une traduction fidèle et respectueuse des anciens fans
+ des suppléments explicatifs très clairs
+ un bel objet dans une bibliothèque
+ c'est l'intégrale
- c'est l'intégrale, et c'est inachevé !
- personnages souvent bâclés
- des lourdeurs et des répétitions

01 avril 2014

Kaamelott : enfin la suite !

On trépignait depuis maintenant quelques années, la suite tant attendue de l’excellente série Kaamelott sera enfin disponible à la rentrée, dans un format original.

Plusieurs supports avaient été envisagés après la fin de la série TV : une trilogie au cinéma, un recueil de nouvelles traitant de la partie Kaamelott : Résistance, un téléfilm sur M6… sans parler des BD qui content des aventures parallèles se déroulant pendant la première saison.
Las des difficultés de production qu’il rencontre, Alexandre Astier a réussi à contourner le problème en optant pour un système de diffusion inédit à ce jour en France. La conclusion de l’épopée d’Arthur sera en effet à découvrir sous forme de vignettes autocollantes à collectionner que l’on trouvera dans les boîtes de Vache qui rit.

La nouvelle à de quoi décontenancer, aussi Alexandre Astier s’en est-il expliqué dans une interview, ce matin sur Europe 1 : « En tant qu’artiste, je suis ouvert a priori à tout, au départ cette idée était uniquement une plaisanterie, mais après quelque temps de réflexion, j’ai vu cela comme un challenge. De plus, la marque Vache qui rit est pour moi associée à l’enfance, à la magie quelque part, il y a une logique dans cette démarche, une filiation presque. Et puis l’aspect aléatoire me plaisait. On ouvre un paquet et l’on ne sait pas sur quelle partie de l’histoire on va tomber. Le lecteur participe à la construction physique de l’intrigue, il est au cœur de la quête du Graal. »
Ceux qui attendaient de retrouver les héros de Kaamelott sur grand écran seront sans doute déçus, mais nul doute que cette nouvelle ravira les collectionneurs et les amateurs de fromage à tartiner !

D’un point de vue pratique, un album grand format (de 250 pages) pourra être commandé sur le site officiel d’ici quelques mois. C’est en tout près de 2000 vignettes différentes qu’il faudra rassembler, sachant que chaque boîte de Vache qui rit en comprendra cinq...

A vos tartines !




21 janvier 2012

Boxer Boxer : bienvenue dans le monde réel

Retour de la rubrique De l'autre côté des Planches avec une web-série intitulée Boxer Boxer.

Joseph Cormac, meilleur vendeur du Mondial Moquette de Bagneux, et Stanislas Doude, employé de péage, se retrouvent lors d'une réunion d'anciens élèves où ils se prennent une cuite monumentale.
Le lendemain, le réveil est difficile.
Stan est habillé en gendarme, Joseph a du sang sur les mains, il y a un flingue dans les Miel Pops et les deux ahuris ont des inscriptions énigmatiques partout sur le corps.
Ils ne se souviennent de rien à part d'une chose : une fille en rouge qu'ils ont assassinée !
Ensemble, ils vont peu à peu reconstituer le fil des évènements et découvrir ce qu'ils ont réellement fait la veille...

Les séries les plus originales ne sont pas forcément à la télévision, on en trouve aussi sur le net. C'est encore le cas avec Boxer Boxer, réalisée par Xavier Bazoge et écrite par Mathieu Alexandre, Manuel Le Gourrierec, Vincent Steinebach et le réalisateur déjà cité.
L'équipe s'en sort franchement bien avec ce récit aux influences diverses et plutôt sympathiques. Un fond de Very Bad Trip, une pincée de Memento, des flashbacks qui ont un petit goût de Eyes Wide Shut, le tout mélangé de manière bien déjantée et l'on obtient les neuf premiers épisodes qui sont déjà en ligne (sur ce site).

Cette comédie, un brin flippante, est non seulement souvent efficace (les dialogues sont excellents) mais la réalisation est également tout à fait honorable, avec même quelques effets pas dégueulasses qui témoignent du soin apporté à l'ensemble. Tout cela est donc drôle, sans temps mort (les répliques sont assénées comme des coups de poing) et parsemé d'ingénieuses trouvailles, jusque dans la façon de résumer l'épisode précédent.
Bref, l'occasion de passer un bon moment et de plonger dans l'univers de cette bande d'allumés franchement doués.
Si en plus vous avez buté quelqu'un et que vous n'êtes pas trop pressé, vous apprendrez un ou deux moyens de faire disparaître (assez lentement) un corps. Pas sûr que la police scientifique ait déjà pensé à ces techniques. Et, cerise sur le gâteau, vous connaîtrez également la meilleure façon de montrer son respect à autrui dans la culture sumérienne (oui, c'est quasiment culturel, Arte est déjà sur le coup à ce qu'il parait).

Un flingue et un peu d'alcool peuvent mener à tout, même à une série atypique et totalement addictive.
En plus y'a des ninja. Si avec ça vous n'avez pas envie de jeter un oeil...

14 septembre 2011

DLACDP : J'ai jamais su dire non !

Toujours dans le cadre de la nouvelle rubrique, De l'autre côté des planches, l'on évoque aujourd'hui une excellente web-série : J'ai jamais su dire non.

Alors, c'est quoi les histoires là ? Ben, en fait, il s'agit d'une série qui met en scène Tom, un type plutôt sympa mais qui a un grave défaut : il n'a jamais su dire non.
Et à cause de trois non qui se transforment en oui, il va créer une situation embarrassante à son travail, perdre sa petite amie et récolter un colocataire lourdingue. Le fameux tiercé gagnant.
Mitch, le colocataire en question, a cependant une idée pour tout remettre d'aplomb : faire pousser des "balls" à son déballonné de pote.
Ah, attention, pas n'importe quelles balls, des balls même utilisables par des filles. Des psycho-balls.
Tout cela pour éviter d'être licencié, reprendre le contrôle de son appart, squatté même par un clodo, et reconquérir la femme de sa vie.
Sans déconner, qu'est-ce qui faut pas faire pour avoir droit au bonheur !

Cette série en 14 épisodes est réalisée par Slimane-Baptiste Berhoun (qui signe également le scénario et  interprète le personnage principal, une sorte d'Alexandre Astier-like donc (heu... je ne suis pas sûr que l'expression puisse s'utiliser pour un être humain... bon, tant pis (c'est un compliment de toute façon))). J'ai jamais su dire non est visible sur le site Frenchnerd, qui héberge également Le Visiteur du Futur, autre oeuvre dans laquelle on peut retrouver à peu près la même bande.
Il s'agit évidemment d'une comédie, et même d'une comédie... drôle, ce qui n'est pas toujours le cas de ce que l'on peut voir à la télévision (visiblement, aucune chaîne ne s'est encore intéressée à cette fiction qui ferait pourtant un très bon programme court). La réalisation est nerveuse et soignée, l'écriture originale et l'on rentre très vite dans l'univers décalé de Tom. Quant aux acteurs, ils campent leurs rôles avec talent (même Chris, apparemment le moins "pro" de la bande, mais dont le personnage de gentil demeuré est à mourir de rire !). Signalons également, dans l'épisode final, un guest totalement inattendu et qui fait preuve d'une rare autodérision.
Bref, de quoi passer un bon moment, d'autant que des épisodes spéciaux ont été parfois intercalés pour nous montrer un peu l'envers du décor. Cela ressemble à un mélange entre bêtisier et making-of, mais avec une mise en scène particulière qui conserve le ton de la série (et qui est à des années-lumière des sketchs pathétiques dont certaines émissions se servent parfois pour habiller leurs bêtisiers).

Si ces gens, sans prétention mais bourrés de talent, restent méconnus trop longtemps, c'est à désespérer du PAF !
Un vrai bon moment de détente et une pure bouffée d'air frais.

01 août 2009

Hero Corp : les héros sont fatigués...

Une série décalée portant un regard gentiment sarcastique sur les super-héros, c'est ainsi que l'on pourrait résumer Hero Corp dont la première saison se termine demain.

Lorsque John arrive dans le petit village isolé où sa tante vient de décéder, il tombe sur une étrange communauté aux moeurs bizarres. Rapidement, il va apprendre que l'endroit est en fait une sorte de refuge pour super-héros retraités. Les justiciers font d'ailleurs parfois peine à voir ; le mal ayant été éradiqué, leurs pouvoirs ont commencé à décliner. Ainsi, Acid Man par exemple, qui autrefois pouvait projeter des jets d'acide brûlant, ne peut plus générer que du shampooing doux...
Mais alors que John commence à se lier d'amitié avec les habitants (et à trouver l'amour grâce à la seule civile présente sur les lieux), voilà qu'une ancienne menace refait surface : The Lord s'est échappé et compte bien prendre le contrôle du village, du monde même. John a maintenant un destin. Pour l'accomplir, il devra apprendre à maîtriser ses pouvoirs et mener ses troupes - quelque peu désorganisées - à la victoire.

Lorsqu'une série est signée Astier, on s'y intéresse forcément tant Kaamelott s'est imposée comme une référence absolue voire même la meilleure série française de tous les temps. Si Alexandre Astier s'est attaqué aux légendes arthuriennes, Simon Astier (auteur et réalisateur) s'empare lui du thème du super-héroïsme grâce à Hero Corp, rediffusé en ce moment sur France 4.
Bien entendu, l'on va retrouver le même type d'humour que dans Kaamelott, autrement dit des répliques à la Audiard et une sacrée bande de bras cassés, mais tout ne fonctionne cependant pas de la même façon. Hero Corp a un rythme plus lent auquel il faut s'habituer, le temps d'installer les personnages et de mettre en place l'intrigue principale. Et même si la comédie reste au coeur de la série, elle flirte également avec l'aventure sur un ton certes original mais bien présent.

Si il faut quelques épisodes pour bien rentrer dans l'ambiance et se familiariser avec ces encapés si particuliers, notamment Doug (Sérum), Klaus (Force Mustang) ou Allen (Captain Cold), l'on s'attache ensuite très vite à tout ce petit monde. Comme l'on pouvait s'y attendre, les références sont nombreuses. Les Quatre Atomiques font évidemment penser aux Fantastic Four, Wolverine est même cité par l'un des personnages qui trouve qu'il "se la pète trop", bref, l'on est en terrain connu. Pour ce qui est des codes liés au monde des héros et vilains, là encore l'on a droit à un passage en revue assez complet, que ce soit les costumes, parfois ridicules, ou le choix, tout aussi risqué, des pseudos.
Petite cerise sur le gâteau, de vrais-faux comics apparaissent dans la série et des illustrations sont utilisées pour le générique.
La saison 2 devrait se dérouler au Canada et, vu le final de cette première saison, elle devrait réserver pas mal de surprises et un décor plus urbain.

Une manière sympathique de se moquer un peu de nos icônes tout en leur rendant hommage.
A découvrir.

Le site officiel : Hero Corp

24 septembre 2008

Nerdz ou la vie quotidienne du geek dans son milieu naturel

Nerdz, c'est une série TV à part, récente, faite par des passionnés de "sous-culture" et pour les gens qui ne quittent leur écran que pour lire des comics ou aller enterrer les personnes qu'ils ont tuées, "sans le faire exprès", dans la forêt. ;o)

Darkangel64 est ce que l'on appelle un "nolife". Il passe son temps sur ses consoles et son PC, il tient un blog vidéo, il change de fringues une fois l'an et se nourrit de pizzas réchauffées au micro-ondes. Son super-pouvoir à lui ? Il est mou. Pas bête. Juste mou. Il sous-loue son appart à Jérôme, un maquettiste très "rive gauche" qui adore Godard, et Caroline, une étudiante un peu évaporée. Ah, oui ! Ils ont aussi un animal de compagnie : Régis-Robert, ancien champion de France de King of Fighter 95 et fan de Hugo Délire et du Club des Cinq...

Bon, il s'agit là d'une série qui passe sur la chaîne NoLife et dont on peut trouver la première saison en DVD chez Kaze (si un vendeur de la fnac vous dit qu'il n'a que l'import pour l'instant, vous avez le droit de lui rire au nez). Alors, au premier abord, on se dit "houla, ils sont bien atteints eux quand même !" Ensuite on se dit que, oui, vraiment, ils sont atteints, y'a pas de doute. Et puis... on finit par rentrer dans cette folie assumée, ce décalage ultime à base de vieux jeux SNES, de références à Star Wars, de figurines Saint Seiya et de posters de Spidey par Tim Sale. Parce que, tout y passe, aussi bien Dragon Ball que Meetic. Ces quatre ahuris vivent dans une sorte de savant mélange de Manga, séries télé et jeux cultes. Attention, le mélange peut surprendre, car si l'on connaît chaque ingrédient, ils finissent tous par prendre une certaine indépendance et par avoir une saveur étrange au milieu de tout le reste, un peu comme ces Bolinos, pas très bons, mais que l'on a tous portés aux nues lors de rentrées tardives, quand la fainéantise de préparer un vrai repas nous tenaillait autant que la faim. Et qui n'a pas connu la joie gustative du Bolino saveur forestière (ils le font plus celui-là les enculés !) une fois blindé au Jack Daniel's ne pourra pas pleinement comprendre Nerdz. Il faut s'être saoulé au Gran Turismo, s'être défoncé à l'Albator (tain, ça sonne comme un produit chimique non ?), s'être overdosé au lol ircéen pour vraiment savourer Nerdz. Comme un vrai putain de Bolino saveur forestière !
Que dire de l'écriture ? Est-ce que ça tape toujours là où ça fait rire ? Non. Mais Friends non plus si l'on prend par là. Nerdz a cela de particulier qu'elle (la série) doit se savourer sur le long terme. Non seulement tout trentenaire sera titillé par des références cultes qui ne sont pas présentes dans "Julie Lescaut" ou "Plus Belle la Vie" mais, en plus, les personnages s'éloignent, à coups de trop courtes minutes composant les épisodes, des stéréotypes qu'ils représentent pour devenir même, parfois, touchants.

Les auteurs/acteurs de la série tiennent un blog qui permet à la fois de connaître les dernières news sur la série, leur présence à des dédicaces, et cetera, mais aussi d'avoir accès au "vrai-faux" blog de Darkangel64 (qui ne prend toute sa réelle dimension que lorsque l'on a vu la série, chaque intervention du blog étant censée s'intercaler entre deux épisodes).
Allez, un petit bonus, le blog de Mr Poulpe en personne. ;o)

Nerdz, une manière couillue et pas si débile que ça de rendre hommage à un pan de la culture que les salons parisiens ont toujours du mal à accepter aujourd'hui encore. Mario et Batman ont enfanté Nerdz... le bébé ne se porte pas plus mal que les geeks !

"Trop d'tension ici !!"
Caro