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25 octobre 2014

La merde du mois : la boîte à quizz Marvel

Sortie ce mois d'un jeu qui frise l'arnaque. UMAC l'a testé pour vous. Et croyez-moi, on a bien du mérite...

Parfois, à force de tomber sur des trucs pourris, on finit par développer une sorte de sixième sens qui nous avertit de ne surtout pas mettre la main au portefeuille. C'est ce qui s'est passé avec ce quizz. Un gros Marvel, une toute petite boîte sous blister, seulement 120 questions, le tout pour une quinzaine d'euros, ça sent le binz vite (et souvent mal) torché.
Ben ça n'a pas loupé, je n'avais pas vu pire depuis le coffret du Toucan, en 2008.
Mais voyons en détail comment ça se présente.

Une fois la boîte ouverte, l'on a devant soi une pile de cartes questions, un sablier, un petit livret (j'insiste sur "petit", il est de la longueur d'une carte) et une pile de cartes plus petites.
Premier réflexe, l'on regarde les fameuses cartes sur lesquelles sont imprimées les questions et, là, c'est le choc ! On est au-delà du hideux. Les cartes ne bénéficient d'aucune illustration, seulement de vagues silhouettes en rouge et noir. Et en plus c'est imprimé sur une sorte de papier cartonné bas de gamme de très mauvaise qualité (rien à voir par exemple avec des cartes de Trivial Pursuit pour prendre un point de comparaison). Et c'est signé Hachette hein, c'est pas un truc vendu sous le manteau par une équipe d'albanais. 

Bon, c'est dégueulasse, mais le jeu est peut-être bien vous dites-vous. Haha, voilà bien là la cruelle naïveté, traînant derrière elle son lot d'amères déceptions, propre au néophyte encore trop confiant dans les produits douteux qui fleurissent, l'automne venu, dans les boutiques grouillantes et malodorantes. Pour faire simple, non, le jeu n'est pas bien.
Et pour cause. Figurez-vous que les réponses aux questions figurent non pas sur les cartes elles-mêmes, comme le voudraient la logique et le sens pratique, mais dans un petit carnet à part. Autrement dit, pour chaque question, il faut aller feuilleter le petit calepin. C'est même pas que ça devient chiant au bout de cinq minutes, c'est chiant dès le départ.

Attention, avec seulement 120 questions, n'espérez pas allez bien loin. A trois ou quatre, en une partie tout est torché. Il y a quatre catégories : Spider-Man, X-Men, Avengers et Cosmique. Difficile de juger de la difficulté, ça me semble a priori très simple mais pour le grand public, bon nombre de questions doivent être assez ardues. Il y a à chaque fois quatre propositions, je ne sais pas si elles se veulent drôles ou faciles, mais elles sont parfois très étranges. Par exemple : "Suite au décès de Peter Parker, un jeune homme d'origine latino-africaine endosse le costume de Spider-Man, il se nomme : Jim Parson, Miles Morales, Steve Ditko ou Howard Duck ?". Même sans bien connaître l'univers Ultimate, ça ne laisse pas beaucoup de choix plausibles...
Et bien entendu, il y a aussi des erreurs. Par exemple, on nous demande comment s'appelle la saga dans laquelle les personnages Marvel sont enlevés par le Beyonder pour s'affronter. Choix de réponse : Invasion des Titans, Guerre Secrète, Battleworld ou Civil War. On jette un œil au livret qui nous dit que la réponse correcte est "la guerre secrète". Malheureusement, c'est faux, la "guerre secrète", ou Secret War, c'est une saga moderne dans laquelle Nick Fury monte une équipe pour faire un raid en Latvérie (cf. cet article). La réponse correcte est Secret Wars, ou les Guerres Secrètes. On pourrait ne pas pinailler s'il n'y avait pas une autre saga au nom très proche, mais là, la réponse est tout simplement fausse. Et trouver le moyen de laisser des erreurs dans si peu de questions, ça en dit long sur le sérieux des mecs qui ont pondu ça.

Que vous dire encore de cette calamité ? L'on peut noter la présence de petites cartes qui donnent des bonus quand vous les jouez (une sorte de joker que vous recevez en début de partie). En gros, soit ça vous donne du temps supplémentaire (inutile), soit ça vous permet de changer de question (et vu qu'il n'y en a pas des masses...). 
Et dernière fausse-bonne idée (ou idée à la con comme on dit par chez moi, mais ça dépend des régions), la présence du sablier. Il dure une minute. C'est relativement long une réflexion d'une minute quand même, surtout quand vous avez des propositions. Soit vous savez, et vous n'avez pas besoin de temps, soit vous ne savez pas et l'écoulement du sablier n'apportera rien de plus à part emmerder tout le monde.

Bon, ben je crois qu'on a un beau strike là.
Allez, poubelle !

- matériel de qualité médiocre
- très faible nombre de questions
- des erreurs
- un système de jeu peu pratique et mal pensé
- le prix (ça semble bon marché, mais vu le foutage de gueule à tous les niveaux, c'est en fait hors de prix)  
- à la place du sablier, un peu de vaseline aurait été plus franc et plus utile




20 juin 2014

Avengers : Disassembled

Un nouvel arc à ne pas manquer, dans la collection Marvel Comics de Hachette, avec Avengers : La Séparation.

Voilà une borne chronologique très importante pour l'univers Marvel, qui marque l'arrivée de Brian Michael Bendis (cf. cet article) sur les séries Avengers et prépare le terrain pour le futur House of M. C'est d'ailleurs ce récit qui ouvre la chronologie Marvel présente sur ce site.
Voilà déjà dix ans que cette "séparation" spectaculaire a eu lieu, signant le basculement de la Maison des Idées dans l'ère moderne, avec des récits plus adultes et ambitieux (jusqu'à Civil War et ses suites directes, avant la période de stagnation que l'on connaîtra ensuite).
Et en plus de la valeur historique, la saga est bien écrite et plutôt spectaculaire.

Les Vengeurs subissent de plein fouet plusieurs attaques. Leur manoir part en fumée, She-Hulk devient folle et tue l'un de ses collègues, des Ultron débarquent en masse, suivis d'extraterrestres Kree belliqueux. Plusieurs membres du groupe perdent la vie. Pire encore, l'image même de l'équipe va se dégrader. En effet, Tony Stark, alias Iron Man, alors qu'il est à l'époque ministre de la défense, pète les plombs et menace de tuer l'ambassadeur de Latvérie en pleine séance de l'ONU. 
Des sanctions internationales tombent, Stark ne peut plus financer le groupe, plusieurs Vengeurs font part de leur désir de passer à autre chose... c'est la fin d'une époque.

C'est David Finch qui officie, en tant que dessinateur, aux côtés de Bendis. C'est peu de dire que ses planches sont superbes et rendent l'épopée spectaculaire. D'autres artistes sont également présents sur Avengers Finale, l'épisode qui conclut la saga et revient sur les grands moments de l'équipe. Alex Maleev, Michael Gaydos, David Mack, Steve McNiven, Eric Powell et bien d'autres sont de la partie, ce qui renforce encore l'aspect hommage et "fin de règne" du récit.
Récit d'ailleurs mené brillamment par un grand Bendis qui lancera dans la foulée les New Avengers (cf. ce deluxe, qui compilait Disassembled et les premiers numéros de la nouvelle série).
Tout est subtilement dosé et harmonieusement placé, de l'émotion d'un Hank Pym qui veille son ex-compagne blessée, jusqu'à l'humour - traditionnel mais efficace - d'un Spidey (cf. scène #1 du Bêtisier) qui commente une situation pourtant dramatique. 

Evidemment il y a énormément de protagonistes et un bon nombre de références au passé prestigieux des Vengeurs, ce qui peut parfois perdre un peu le lecteur novice. La narration et l'intrigue sont cependant suffisamment claires pour que, même sans connaître les personnages secondaires qui interviennent régulièrement, chacun puisse comprendre l'importance de ce qui se trame.
Niveau bonus, pas grand-chose. C'est même le service minimum : deux pauvres pages sur Bendis et son arrivée sur le titre. Bon, on peut quand même rajouter à ça le "point sur la situation", au début de l'ouvrage, sur lequel on trouve des infos vraiment succinctes sur la composition de l'équipe (un portrait de chaque membre et son nom). Rajouter ne serait-ce que leurs pouvoirs aurait été un plus.
Quant à la VF, elle est plutôt correcte à part la disparition, une fois sur deux, de l'adverbe de négation "ne", ce qui donne l'impression que les personnages sont aussi demeurés que des candidats de télé-réalité (cf. ce petit rappel sur les effets pervers de la dégradation volontaire d'un texte dans les dialogues). 

Au final, il ne s'agit pas réellement d'un arc complet mais plutôt d'un moment, certes important et même émouvant, arraché à une continuité complexe. 
Excellent en tout point, et donc forcément conseillé.

+ de l'action grandiose
+ une écriture inspirée et efficace
+ richesse de l'aspect relationnel entre les personnages
+ historique, tout simplement...
- des bonus peu nombreux, quant à ceux qui sont présents, ils manquent de détails





   

19 mai 2014

Planet Hulk : à ne pas manquer

Hachette continue à taper très fort avec la réédition de l'excellente saga Planet Hulk.

Je n'aime pas tellement Hulk en général. Le grand géant vert ne m'intéresse pas plus que ça, allez savoir pourquoi. Mais, au-delà d'un personnage et de son univers, bien souvent, c'est un scénariste que l'on aime ou non. C'est le type derrière les planches qui fait que l'on bascule entièrement ou que l'on reste froid. Et si ce type est suffisamment doué, peu importe le personnage ou le pitch que les pontes de la Maison des Idées lui imposent, il en fera un conte, quelque chose qui finira par vous happer et vous arracher même, peut-être, quelques larmes.
C'est le cas ici.
Parce que c'est une putain de sacrée bonne histoire.

Greg Pak est au scénario. Et il est conscient d'avoir écrit là, avec Magneto : Le Testament, ses deux œuvres les plus abouties, bien que dans des genres différents. Encore que...
Mais, remettons rapidement les choses dans leur contexte. Les Illuminati - un groupe aussi secret que puissant - décident de régler le "cas" Hulk. Ce dernier ayant causé de lourds dégâts, notamment à Las Vegas, ils décident de le prendre au mot et d'exaucer son souhait de finir seul. Tout seul. En l'expédiant sur une planète inhabitée, dans une autre galaxie.
Malheureusement, ou heureusement pour le gros balèze vert, il aboutit en fait sur un endroit très peuplé. 

L'idée de départ, à l'époque, est de Joe Quesada. En gros, faire combattre Hulk, en tant que gladiateur, dans un endroit hostile. Tout le reste est de Pak. Autant dire qu'il réussit à mener à bien l'idée et même à la dépasser, en insufflant tout ce qu'il est possible (et même un peu plus) dans un truc aussi basique et improbable, pour faire vibrer le lecteur.
Le monde, déjà, est suffisamment varié pour être intéressant. Si le côté culturel repose sur une sorte d'empire romain technologiquement boosté, les différentes races et luttes permettent d'aboutir à un ensemble complexe mais plausible et cohérent.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le récit n'est en rien "bourrin" (au contraire d'un World War Hulk par exemple). Si l'arène permet de voir de beaux combats, c'est à dire de belles planches, essentiellement par Carlo Pagulayan, ce qui se développe sur Sakaar dépasse largement les gnons, les coups de pied circulaires et les jolies techniques d'épée. 
Très vite, Pak va faire de ses personnages, très différents, des "liés en guerre", des frères d'armes. Mais, surtout, il va donner une profondeur essentielle à chacun, pour que l'on puisse éprouver ce que ressent Miek, le déruché, ou encore pour que l'on comprenne les agissements et la trahison d'une Ombre.

Après avoir pris soin de construire des lieux et une organisation sociale crédibles, puis des personnages ayant un vrai passé, des caractères différents, Pak nous balance, au milieu des luttes politiques, des moments d'une rare intensité. Comme lorsque la flore renait grâce au sang vert, ou, mieux encore et plus poignant, lorsque Caiera, en attendant le pire, serre fort un enfant contre elle et lui demande de fermer les yeux alors qu'il pleure et avoue avoir peur. Cette tragédie absolue, ce maelström de sentiments, a rendu la saga épique, légendaire, essentielle. Un comic indispensable pour ceux qui vouent un culte à Hulk ou souhaiteraient simplement le découvrir.

Niveau bonus, c'est plutôt sympa. Deux pages sur Pak qui explique un peu son travail. Puis deux pages présentant les habitants de Sakaar, avec deux cartes, un peu petites mais pas trop mal faites. Enfin, deux autres pages présentent six des personnages principaux, avec des informations sur leurs origines et leurs pouvoirs. Les bonus ne volent pas leur nom. Si les cartes avaient été plus grandes, c'eut été parfait. 
Etant donné que ce volume contient huit épisodes (avec les covers grand format), ces six pages de bonus, plutôt pertinentes, sont tout à fait appréciables. Par contre, contrairement à ce que l'on avait pu penser lors de cet entretien, les textes ne semblent aucunement retravaillés, les mêmes coquilles (heureusement peu nombreuses ici) se retrouvant très exactement aux mêmes endroits que dans le Monster, distant de plusieurs années.

Une tragédie immense, peuplée de personnages originaux et fouillés. 
Grand, beau, intense.

+ Pak, magique sur ce titre
+ environnement crédible et travaillé
+ grosse charge émotionnelle pour certaines scènes
+ un Hulk différent
+ le tout est très accessible...
+ et enrichi par des bonus utiles !
- pas de corrections au niveau des (rares) coquilles





  

24 avril 2014

Entretien avec... Eleonore Doosterlinck !


C'est avec grand plaisir que nous accueillons aujourd'hui la responsable éditoriale de la collection Marvel Comics de Hachette, Eléonore Doosterlinck, afin d'en savoir un peu plus sur ce florilège de sagas de la Maison des Idées. 

Bonjour Eléonore, et merci de prendre un peu de temps pour répondre à nos questions. Pouvez-vous, pour commencer, nous dire quel rôle vous avez tenu dans l’élaboration de cette collection ?
– Cette belle collection est le fruit du travail concerté de plusieurs équipes, en France, en Italie, aux Etats-Unis, et ce projet ne serait rien sans l’enthousiasme de tous. Je m’occupe pour ma petite part du suivi éditorial en France.

Comment, et sur quels critères, les différentes sagas et séries ont-elles été sélectionnées ?
– La popularité des héros Marvel n’est pas exactement la même partout, en France, certains Super-Héros sont plus connus et familiers qu’en Angleterre ou qu’aux États-Unis. Nous avons voulu représenter les personnages les plus emblématiques pour le public français, tout en ouvrant les perspectives sur des créations moins connues de la Maison des Idées, comme la saga Marvel Zombies ou le personnage de la Panthère Noire. Le choix des séries a ensuite été évident, car la collection a pour ambition de faire connaître ces Super-Héros dans ce qu’ils ont de plus emblématique et de donner à lire l’incontournable. Nous voulons permettre aux lecteurs novices d’entrer facilement et avec plaisir dans cet univers incroyable et tellement foisonnant ! Cette collection est en fait un best-of et une porte d’entrée.

Le premier volume de la collection comportait six épisodes de 22 planches. Certains numéros pourront-ils être plus volumineux ou est-ce là une constante ?
– Les livres varient de cent à deux cent soixante pages : rien n’est constant en ce qui concerne le nombre d’épisodes, tout dépend des évènements racontés et de la production éditoriale existante. C’est ainsi que le premier opus de la collection, The Amazing Spider-Man : Vocation comporte 6 épisodes, et le volume 5 sur le même personnage, The Amazing Spider-Man : La Naissance de Venom en comporte 7, issus de deux sagas différentes : Amazing Spider-Man et Web of Spider-Man. Le nombre de planches varie aussi en fonction des sélections.

Dans le premier numéro, un « point sur la situation » permet de préciser un peu le contexte pour permettre au lecteur de s’y retrouver. Ce type d’introduction sera-t-il systématique pour tous les récits ?
– Ce type d’introduction est effectivement systématique, car chaque héros de la collection a une histoire longue, dense et riche, et que nous l’abordons à un point signifiant. Chaque livre est donc resitué dans son contexte, pour que tous les lecteurs, les inconditionnels comme les néophytes, s’y retrouvent.

D’autres collections Hachette concernant les comics (DC Comics par exemple) pourraient-elles voir le jour dans un avenir proche ?
– Nous commençons tout juste à explorer l’immense univers des comics Marvel, je souhaite déjà que cette collection vive bien et que nos lecteurs soient pleinement satisfaits ! Mais rien n’est impossible…

On a pu voir, au niveau des bonus du premier numéro, des croquis, des galeries, des présentations d’artistes, y aura-t-il d’autres types de matériel rédactionnel dans la collection et si oui lesquels ?
– Les bonus du dossier additionnel comportent exactement ce que vous citez : des couvertures variantes, des croquis, des galeries de costumes ou de Super-Vilains, des dossiers thématiques qui présentent les origines du personnage et le travail des dessinateurs et des scénaristes, et une petite sélection d’ouvrages pour aller plus loin.

La traduction employée est celle qui avait été utilisée par Panini. L’on sait que les VF de cet éditeur ne sont pas exemptes de maladresses et d’erreurs, y aura-t-il des corrections apportées le cas échéant ?
– Les traductions sont bien sûr modernisées et retravaillées, mais nous tenons aussi à garder ce qui fait le sel des comics, les mots propres au milieu ou aux personnages et qui parlent à tous les fans. Nous essayons de faire en sorte par exemple que les plus vieux comics restent danr leur jus d’époque et gardent leur saveur, mais il faut aussi que les livres restent accessibles. C’est un exercice assez périlleux !

Certains lecteurs souhaiteraient « piocher » un peu dans la collection, en prenant certains tomes et en en laissant d’autres de côté. Pourront-ils tous les trouver en kiosque ou est-il préférable de s’abonner ?
– Le risque d’acheter un livre de temps en temps en kiosque est que l’approvisionnement se tarit à la longue : en effet, le commerçant ne demande pas des ouvrages qu’il n’est pas sûr de vendre. Si vous voulez compléter votre collection personnelle, il vaut mieux s’abonner, ce qui vous permet en plus de bénéficier de nombreux cadeaux liés à l’univers des Super-Héros Marvel. Il est aussi possible de commander les livres au numéro sur notre site Internet (www.hachette-collections.com), mais en butinant un livre par-ci, par-là, la frise ne sera pas complète et ce serait dommage car, croyez-moi, elle vaut vraiment le coup !




19 avril 2014

Ultimates : Super-Humains

Le quatrième tome de la collection Hachette est consacré aux Ultimates et s'intitule Super-Humains. Tout de suite, le point sur ce premier arc de la série.

Rappelons qu'au début des années 2000, Marvel a l'idée de lancer sa gamme Ultimate, développant des séries débarrassées de la continuité classique et se déroulant dans un univers parallèle (le 1610). Le concept ne tient en réalité que sur le moyen terme (car, à force, il génère lui-même sa propre continuité), mais il a le mérite de voir débarquer des séries de grande qualité, comme Ultimate Spider-Man (par Bendis) ou justement les Ultimates, sorte de version modernisée des célèbres Avengers.
Ce nouveau volume de la collection Hachette (cf. cette chronique) reprend les six premiers épisodes de la première saison, écrits par Mark Millar (Superior, Wanted, Superman, Nemesis, Wolverine, Kick-Ass, Trouble) et dessinés par Bryan Hitch.

Si vous n'avez pas cédé à l'appel de ce comic lors de sa parution en kiosque ou en deluxe, voilà une excellente occasion de vous y mettre car, il faut l'avouer, c'est en tout point une réussite. 
L'on retrouve un Tony Stark charismatique et dragueur, menant grand train, un Thor dont on ne sait s'il est réellement un dieu ou le gourou d'une secte altermondialiste, un Captain America à la fois émouvant et servant de jeu de contraste par rapport à l'évolution de la société américaine et de ses valeurs, un Bruce Banner pathétique et, enfin, un Giant-Man et une Guêpe qui ont des relations plus que tendues.
Le tout est magnifié par les planches de Hitch.

Plus qu'une histoire complète, il s'agit ici d'une introduction dans l'univers des Ultimates. L'on y fait connaissance avec Nick Fury et le SHIELD, mais les auteurs s'offrent également quelques guests de luxe, en la personne de Bush himself par exemple, ou de Shannon Elizabeth (moins connue mais plus sexy).
Surtout, deux combats épiques, bien que très différents, sont brillamment mis en scène : le premier, apocalyptique, oppose Hulk au reste de l'équipe, dans un New York sous la pluie et les explosions, le second entre Janet et Hank Pym, dans une scène de ménage qui dégénère et aborde le thème de la violence conjugale d'une manière originale (jamais un simple insecticide n'avait eu autant de portée dramatique).

Bref, c'est une bonne histoire, moderne, accessible et offrant du grand spectacle agrémenté de quelques vannes. Très hollywoodien finalement.
Question bonus, l'ouvrage contient un topo sur les auteurs ainsi qu'une galerie comparant les looks des personnages classiques (de l'univers 616) et leur évolution Ultimate (plutôt une bonne idée). Les covers sont par contre réduites au minimum (six sur une seule planche, un peu cheap). En tout, six pages de compléments.

Une excellente série, efficace et dynamique.

+ percutant
+ esthétique
+ accessible
+ des Vengeurs modernisés
- bonus un peu justes, notamment pour les covers réduites




  

17 mars 2014

Iron Man : Extremis (collection Hachette)

Le troisième volume de la collection Marvel Comics de Hachette est consacré à Iron Man, avec les six épisodes de l'arc Extremis.

Extremis a été publié aux Etats-Unis en 2004 et a même bénéficié, en France en 2006, d'une édition en Graphic Novel. Il s'agit du relaunch de la série Iron Man (vol. 4), qui redéfinit les origines du personnage et introduit un nouveau procédé de contrôle de l'armure.
Tony Stark, riche industriel tourmenté par son passé de marchand d'armes, vient en aide à l'une de ses amies, chercheuse, qui a mis au point une drogue permettant d'agir un peu comme le sérum du super-soldat qui fit de Captain America le guerrier qu'il est devenu. La scientifique s'est toutefois fait dérober le produit par un extrémiste qui souhaite s'en prendre aux institutions fédérales.
Pour combattre cet adversaire, rapide et incroyablement puissant, Stark va devoir utiliser une version modifiée de cette drogue...

Le scénario est l'oeuvre de Warren Ellis (Freakangels, Black Summer, Ocean, Ministry of Space, Transmetropolitan, Nextwave, Fell, New Universal), les dessins sont de Adi Granov.
Le scénariste modernise le personnage en tirant un trait sur son passage au Vietnam pour situer sa détention en Afghanistan, cette "mise à jour" permettant de ne pas vieillir le héros en l'ancrant dans un passé trop lointain. Le procédé est utile mais nécessitera l'emploi d'une forme de double pensée pour les plus anciens lecteurs. L'intrigue a l'avantage de parfaitement présenter Tony Stark tout en reposant sur une histoire mélangeant divers thèmes (technologie, politique, drogue...). 
Les planches de Granov, à base de peinture numérique, sont splendides, son style, bien qu'un peu froid et très "jeu vidéo", convenant parfaitement à l'univers futuriste de Tête de fer, présenté ici de manière très esthétique.

Pas de point sur la situation en introduction cette fois, puisqu'il s'agit d'un relaunch et que tout est fait pour faciliter l'immersion des lecteurs novices. Les bonus sont un peu légers mais présents. Deux pages de présentation de Warren Ellis et de son travail, deux autres pages d'interview de Granov, le tout largement illustré. Une galerie de deux pages, consacrée aux armures Iron Man, complète le tout. Suffisant pour faire un rapide tour d'horizon des différents modèles, mais un peu juste en comparaison, par exemple, du bien plus exhaustif travail que l'on peut trouver dans les handbooks Marvel (qui listaient 36 modèles, contre seulement 11 ici).
La traduction, de Khaled Tadil, est sans défaut, ce qui est un véritable soulagement après les inepties du volume précédent.
Malheureusement, ce comic souffre d'un autre problème : un défaut d'impression assez énorme sur deux pages (cf. cette image). Le texte est quasiment illisible et les planches sont lacérées par de profondes coupures, visibles sur la photo. Dommage, reste à espérer que ce souci n'est pas présent sur tous les exemplaires.

Une bonne histoire, faisant office de parfait point d'entrée dans l'univers d'Iron Man.
Quelques pages de plus sur les armures auraient néanmoins été appréciables.

+ accessible
+ agréable à lire
+ style Granov
+ gratuit ! (offert avec le volume 2) 
- bonus qui auraient pu être plus étoffés
- défaut d'impression très gênant







15 mars 2014

Uncanny X-Men : Le Phénix Noir (collection Hachette)

Point complet sur la réédition de la saga du Phénix Noir, tirée de la série Uncanny X-Men.

La particularité de la collection Marvel Comics récemment lancée par Hachette (cf. cet article) réside essentiellement dans le fait d'avoir sélectionné des sagas récentes, publiées dans les années 2000 ou à la fin des années 90. Il y a toutefois quelques exceptions, comme le numéro qui nous intéresse aujourd'hui et qui se situe au tout début des années 80. Ce volume n'est donc pas représentatif de ce que l'on pourra découvrir par la suite, mais il est révélateur de certains points, positifs et négatifs, qu'il semble utile d'évoquer.
Voyons tout d'abord brièvement l'histoire, plutôt connue.
Jean Grey est investie de la puissance du Phénix, une entité qu'elle parvient à peine à contrôler. Après diverses intrigues impliquant le Club des Damnés, notre gentille Jean se tape un trip cosmique, butant dans la foulée la pacifique populace d'une lointaine planète et s'attirant ainsi les foudres des Sh'iars et de quelques autres races extraterrestres. Cyclope et les autres mutants vont devoir défendre l'amie qu'ils connaissaient, tout en s'interrogeant sur la menace qu'elle abrite maintenant...

Cette saga, écrite et dessinée par le tandem Chris Claremont & John Byrne, est souvent qualifiée de "culte", pire encore, Marco Lupoi, imperator paninien, nous clame en introduction qu'il s'agit même peut-être de "la plus grande saga jamais racontée au sein d'un comic book". Toujours le sens de la mesure chez Panini. Alors, disons-le tout net, si c'était vrai, si c'était là le dessus du panier de la BD américaine, je n'en lirais pas. Parce que bien qu'il y ait des éléments sympathiques dans cette histoire, elle est également plombée par de nombreux défauts, certains liés au temps, d'autres aux auteurs ou encore à la VF, misérable.
Commençons par le temps, que l'on peut aisément condamner sans fâcher personne.
Depuis 1980, de l'encre a passé sur les planches, et ça se voit, tant au niveau de la colorisation que de la narration. L'ensemble est tout de même très daté, même si les dessins en eux-mêmes n'ont rien de désagréable. Le papier glacé ne fait aucun cadeau aux couleurs flashy, et nos yeux de lecteurs du 21ème siècle n'en font guère plus à la manière verbeuse et emphatique de "raconter" l'action. 
Voilà pour les douces mais inexorables blessures des Horloges.

Même en leur temps, Claremont et Byrne n'ont pas eu que des coups de génie, loin de là. Certaines scènes relèvent de la maladresse pure, comme lorsque les auteurs doivent faire passer des infos aux lecteurs et qu'ils se servent alors de Cyclope pour apprendre aux autres personnages ce qu'ils savent déjà. Pour un conteur, c'est techniquement la pire manière de procéder. C'est un détail, certes, mais qui saute aux yeux et évacue toute prétention au chef-d'œuvre.
Le scénario souffre également de longueurs, notamment dans les combats, rarement épiques, même contre la Garde Impériale. Fort heureusement, l'on trouve aussi des éléments intéressants, notamment l'aspect métaphysique du Phénix, un début de conflit entre Xavier et Summers, le dilemme moral des X-Men ou le refus de céder à la rédemption, synonyme de trop facile happy end, mais bien souvent, les bonnes idées restent à l'état embryonnaire. Ainsi, du choc psychologique résultant, pour Jean, du fait d'être responsable de milliards de morts, l'on ne sait presque rien. L'énormité du fait est complètement disproportionnée par rapport à son traitement, bien trop rapide et superficiel.

Enfin, après le Temps et les auteurs, il reste la traduction. De Coulomb.
Toutefois, avant de prélever des preuves coupables sur le texte, je voudrais préciser une chose. Cette traductrice, qui a certes un... style particulier, n'est à mon sens pas la première responsable du désastre, et c'est bien Panini, qui a validé ce ramassis de conneries, qui se doit d'être mis en cause. Ce sont les responsables éditoriaux qui doivent avoir honte de leur impéritie, pas une femme seule qu'il serait trop pratique de désigner comme la parfaite coupable. 
Ceci dit, voyons d'un peu plus près la fameuse VF.
Tout d'abord, c'est blindé de fautes en tout genre : accords hasardeux, mauvaise concordance des temps, ponctuation absurde, absence des adverbes de négation (ce qui donne, notamment à Wolverine, l'aspect d'un parfait abruti, cf. l'effet d'association expliqué dans cette chronique), presque tout y passe. Au niveau de la dégradation volontaire du texte et de l'élision sauvage, on a par exemple un très joli "peut-être" transformé en "p't'êt'". Trois apostrophes seulement ? Peut mieux faire.
Le pire, c'est cette zone étrange, ce no man's land littéraire où Panini nous convie si souvent, qui transforme un propos pourtant simple en un mauvais assemblage de mots, déposés presque au hasard dans la phrase : "Que ça arrête !", "Vous êtes eux ?", "Tu t'enfiles dans une impasse.", "Elle a fait tout cela comme en se jouant.", "La peur, c'est normal, le tout est de pas y céder, Cyclope m'a dit.", "J'ai assumé ma forme d'acier organique...", etc.
Je passe sur un "quant" employé à la place de "quand" ou encore sur le fait que Kitty Pryde soit considérée à un moment comme un homme. Et le tout est bien entendu saupoudré des expressions typiquement "coulombiennes", du style "les gonzes", "la môme Pryde", "fortiche", "rachtèque"... on s'attend à chaque page à voir surgir Edith Piaf au bras de Jean Gabin. 
Bref, l'ensemble du texte est d'une nullité crasse.

Du coup, sans remettre en cause la qualité de la collection Hachette, le fait que les anciennes traductions paniniennes soient reprises sans les corriger de A à Z quelques aménagements laisse un petit goût d'amateurisme dans le portefeuille. 
Il y a tout de même de bonnes surprises. Le nombre de pages est plus important pour ce deuxième volume (qui contient les Uncanny X-Men #129 à #137) et, malgré cela, des bonus sont encore présents : deux pages de présentations des personnages (pouvoirs, noms, plus quelques petites infos secondaires) ainsi que trois pages sur les auteurs (parsemées d'anecdotes éditoriales). On peut également signaler la présence d'une cover bonus, par Ross (en plus de celles des épisodes originaux) et, bien entendu, le récit est introduit par un point sur la situation.
Si vous avez opté pour l'abonnement, le troisième volume (Iron Man : Extremis) est offert (et accompagné de cadeaux ; un mug et un DVD).

Une saga qui a vieilli et qui subit en plus les affres des approximations paniniennes.
Le travail propre à Hachette reste tout à fait correct.

+ saga "historique"
+ un style graphique qui conserve son charme
+ des bonus sympathiques
+ petit prix
- une narration lourdingue, typique de l'époque
- colorisation criarde
- de bonnes idées peu développées
- une VF d'un amateurisme désespérant




  

02 mars 2014

La collection Marvel Comics de Hachette

Hachette vient de lancer une nouvelle collection kiosque consacrée aux comics de la Maison des Idées.

Pour le lancement de Marvel Comics, la collection de référence, Hachette, qui ne cache pas ses ambitions, n'a pas lésiné sur les moyens, avec une grosse campagne de publicité et un excellent "produit d'appel". Ce premier volume (en réalité le numéro #24 d'une collection qui comptera 60 tomes) met à l'honneur six épisodes du run de Straczynski sur Amazing Spider-Man.
Il s'agit de l'arc Vocation, particulièrement important puisque le scénariste installe à cette occasion une vision radicalement nouvelle de l'origine totémique des pouvoirs du Tisseur. Pour ceux qui se seraient procuré la réédition récente de The Other, l'achat de ce comic est particulièrement approprié puisque l'on y découvre Morlun, l'un des ennemis les plus inquiétants de notre brave Monte-en-l'air.
En outre, cette saga s'avère importante pour la vie privée de Parker. C'est à ce moment-là qu'il change de carrière en devenant professeur et que sa tantine découvre enfin qu'il est Spider-Man.

Cet arc avait déjà été réédité il y a quelques années par Panini, en deux volumes de la collection Marvel Premium (un truc pas très bien imprimé, publié sans que l'on sache pourquoi au format franco-belge, et qui n'a duré que cinq numéros). 
Ici cependant, un soin particulier a été apporté à la forme et à la présentation.
Un texte d'introduction permet de planter le décor et de rappeler les évènements précédant cette histoire. Niveau bonus, on a droit à dix pages, richement illustrées. Les deux premières reviennent sur les origines éditoriales de Spider-Man. Deux autres pages sont ensuite réservées à la présentation du scénariste et du dessinateur (John Romita Jr, qui à l'époque prenait le temps de rendre des planches correctes, contrairement à aujourd'hui). Les deux planches suivantes présentent une galerie où l'on voit Spider-Man évoluer au fil des ans et des artistes, ainsi qu'une autre galerie regroupant des personnages d'inspiration totémique (parfaitement dans le thème donc). On termine par quatre planches de croquis de J. Scott Campbell, auteur des covers (toutes présentes également, en grand format). 

Le tout avec papier glacé et hardcover, pour seulement 3,99 euros. Autant dire que l'on n'est pas volé !
Seul (très) petit bémol, une erreur figurant sur la quatrième de couverture : il ne s'agit pas des épisodes #30 à #35 de Amazing Spider-Man volume 1 mais volume 2. Anecdotique. La traduction est celle de Panini.
Un travail sérieux, une belle présentation, un excellent choix de saga, voilà qui augure du meilleur pour la suite. Les autres numéros seront proposés au prix de 12,99 euros, tous les quinze jours. Quelques cadeaux sont réservés à ceux qui opteront pour l'abonnement. Parmi les futurs titres, l'on peut citer Planet Hulk, Wolverine : Les Origines, la saga du Phénix Noir, Marvels, les Ultimates, Iron Man : Extremis, FF : Coup de ForceSecret War mais aussi des arcs tirés de différents events (Civil War, House of M, Secret Invasion...) et même du Marvel Zombies ou encore du 1602. De Daredevil aux Fantastic Four, en passant par Thor, le Silver Surfer, le Punisher ou les Eternels, les personnages et auteurs sont très nombreux et la période concernée fort vaste puisque certains classiques, comme La dernière chasse de Kraven ou les Guerres Secrètes, seront de la partie (liste complète disponible ici).
Signalons enfin que les tranches des 60 volumes formeront une très jolie fresque signée Gabriele Dell'Otto.

Du très lourd au menu d'une collection variée et agrémentée de bonus sympathiques.

+ de très bons choix de sagas
+ un sérieux et une envie de bien faire évidents
+ bonus apportant une valeur ajoutée
+ prix raisonnable (et très attractif pour ce premier numéro)
+ certains numéros pourraient se révéler une bonne "porte d'entrée" pour de nouveaux lecteurs, d'autant qu'ils bénéficient d'explications indispensables
- les anciennes traductions de Panini et leurs imperfections (encore que celle-ci n'est pas trop mal)