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09 avril 2015

Hot Dog, Jumping Frog...

Une polémique molle de plus, sur la variant cover d'Albuquerque, nous pousse à nous interroger non seulement sur l'art mais le rapport à la foule et ses cris.

Alors, attention, l'image ci-contre est la cause de l'indignation, du choc, de la crise de chiasse aiguë qui a frappé la sphère internet, du moins la partie de la sphère la plus chaste et casse-couille. 
C'est ce Joker, proche d'une Batgirl terrorisée, qui pose apparemment problème. Au point que ce pauvre Rafael Albuquerque s'est excusé et a lui-même demandé à ce que son dessin ne soit pas utilisé, ce que DC Comics, dans son infinie sagesse, a accepté.

Pour situer un peu le contexte, l'artiste s'est inspiré de l'histoire d'Alan Moore, The Killing Joke, dans laquelle le Joker s'en prenait violemment à Barbara Gordon, causant même sa paraplégie. Certains pensent que Barbara aurait pu être également agressée sexuellement, bien que ce ne soit pas explicite dans le récit. Mais admettons.
C'est donc directement en référence à cet épisode émotionnellement lourd que ce même Joker est ici représenté aux côtés d'une Barbara visiblement terrorisée. Et pour cause. 

Apparemment, ce serait "misogyne"... ou pas vraiment dans la ligne de la série actuelle, c'est en tout cas ce qu'ont pu proclamer quelques internautes, certains sites allant même jusqu'à réclamer la suppression de la cover, ce qu'ils ont obtenu, Albuquerque expliquant qu'il n'était pas dans son intention de "blesser" qui que ce soit. Parce qu'apparemment, on peut être blessé par un dessin représentant des personnages imaginaires. Faut vraiment être très sensible, mais admettons-le encore une fois. 

Le Joker est censé être un "méchant", un criminel, un personnage épouvantable. Comment bâtir des histoires si les salauds sont censés être lisses et fades ? 
Que faut-il faire pour paraître "politiquement correct" de nos jours ? Effacer les traces de sang aux coins des lèvres du Dracula de Stoker ? Oublier la scène du cochon dans le Deliverance de Boorman ? Empêcher le viol de la psy dans The Sopranos ? Faire d'Hannibal Lecter un végétarien ? Et pourquoi pas aussi conseiller de ne pas utiliser de couleurs "trop violentes", comme certains ont pu naguère le réclamer à propos des comics ? 
Mais qu'est-ce que c'est que ce monde catastrophique dans lequel même la fiction est tordue selon des règles à la con, psalmodiées par des foules hystériques ?

Certains ont même eu l'audace de reprocher à Tolkien son traitement des Orcs, allant jusqu'à dénicher là du racisme (oui, les orcs n'existent pas vraiment, mais les auteurs n'ont pas le droit pour autant de les maltraiter...). La différence cependant, c'est qu'il n'y a encore pas si longtemps, ce genre de conneries n'étaient proférées que par quelques illuminés lorsqu'ils parvenaient à passer à la télévision ou dans les journaux (ou à sortir un livre en surfant sur le talent des autres).
De nos jours, avec le net, la donne a changé. Une fosse à purin s'est ouverte, débordant chaque jour un peu plus.

Attention, le net en soi n'est pas condamnable, il peut même être très utile selon l'utilisation que l'on en fait. Il s'agit d'un "tuyau", au même titre que la télévision ou le téléphone, dans lequel l'on fait passer ce que l'on veut. Malheureusement, la mode des "réseaux sociaux" (et de leurs emportements de meutes) a non seulement excité les vocations de grands courageux qui n'ont des couilles que derrière un écran (et rasent les murs dans la vraie vie) mais, pire encore, a également réussi à influencer la télévision, medium de masse par excellence, qui ne jure plus que par eux et par des "buzz" aussi pathétiques que vains.

Ainsi, le jugement anonyme de la masse a donc un poids, aussi violent qu'exigeant. Les mécontents de tout bord pouvant s'unir au sein d'un égrégore numérique, ils pèsent, crachent, jugent et menacent, rendant des sentences courtes et acides, influant sur les crayons et les claviers, les caméras et les instruments de musique. 

Pourtant, n'est-ce pas aussi le rôle de l'artiste de choquer ? De faire naître une émotion, même violente ? 
Et n'est-ce pas là une liberté essentielle que celle de l'auteur ? La frilosité n'est jamais bien loin de la censure, et avec la censure viennent des dogmes qui n'ont de valeur que pour ceux qui y croient. Des dogmes qui, si on les laisse perdurer, nécessiteront une lutte de plus pour les briser et récupérer quelques fragments de liberté. 
Attention là encore, cela ne veut pas dire que l'on ne peut pas avoir d'avis à titre individuel, ni condamner des fictions qui semblent choquantes pour une raison ou une autre, juste que ce droit au commentaire, même vif, n'a que peu de rapport avec les exigences d'un groupe enivré par le poids très temporaire qu'il pense avoir et par le confort de l'anonymat.  

Le respect des convictions, de la femme, des races, que sais-je encore, ne passe pas par le musellement de l'expression artistique et des Conteurs. Au contraire, plus l'on peut dire de choses, moins les réactions sont épidermiques, plus la société, habituée au maelström des idées, peut les digérer, les peser, les manipuler sans en faire des idéaux. 
Je vais prendre un exemple personnel pour illustrer mon propos : l'avortement. Je n'arrive pas à avoir une opinion sur ce sujet, non parce qu'il ne m'intéresse pas, mais parce qu'il me semble insoluble. Avorter, c'est supprimer une vie en devenir, quoi que l'on puisse en dire, donc ça pose un réel problème moral. Mais avorter, c'est aussi le droit indiscutable des femmes à disposer de leur corps. Chez moi, cela aboutit à une aporie fondamentale. Moralement, je ne peux trancher ce dilemme, car quelle que soit la décision prise, elle ne me satisfait pas et va à l'encontre de ce que je pense être juste. 

Quel rapport me direz-vous ? Eh bien, je crois qu'il est bon parfois de ne pas pouvoir faire de choix, d'être dans le relatif et non l'absolu. Pas pour tout, il est naturel d'avoir des convictions, mais avoir un avis tranché sur tout me semble dangereux. S'il n'y a plus de place pour le doute, la remise en question, l'avis d'autrui, qu'est-ce donc que ce monde d'évidences imposées ?  Une cage idéologique ?
Et pour admettre une opinion contraire, ou un dessin "choquant", il faut admettre aussi que l'on n'a pas tout résolu, que même en nous se battent des principes contraires. 

Je ne jette pas la pierre à Albuquerque, il a pu être dépassé par son dessin, vouloir apaiser les choses, ce pas en arrière part peut-être d'un bon sentiment, mais je suis plus sévère sur son éditeur et son manque de soutien, voire sur les auteurs en général, dont le manque de réaction me navre.
Quant à la masse... elle est égale à elle-même, dangereuse et inepte. 
Lorsque l'individu se perd au sein du nombre, le raisonnement est occulté par l'émotion. 
Et qui voudrait d'un monde régit par les lames de fond émotionnelles de quelques inconnus rassemblés dans la célébration de leur indignation passagère ? 

Pouvoir être indigné par un dessin est une chance.
Pouvoir en interdire ou faire échouer la publication est un désastre. 
Dans bien des sociétés, anciennes ou actuelles, l'indignation doit se taire, ou peut être punie sévèrement. L'exprimer est un droit précieux.
Mais aller jusqu'à l'interdiction, pour un dessin, un mot, une scène, c'est déjà admettre que l'on croit en des choses si fragiles qu'elles ne supportent pas de côtoyer de simples fictions ou un peu d'encre sur du papier.

Les auteurs, les artisans, n'ont rien perdu de leur pouvoir. Ils affolent les cons, ils brisent la tranquillité, ils sondent tous les possibles. En écrivant et en dessinant. Ce n'est pas forcément sans "violence", mais ça ne fait pas couler de sang. En cela, la violence artistique sera toujours supérieure et préférable aux autodafés et à l'écriture sous tutelle.
Quant au dessin d'Albuquerque, il est bien mal interprété je trouve. Car, chez moi, il n'évoque pas l'apologie d'un crime ou la mise en avant d'un connard, mais permet l'empathie immédiate avec une Barbara qui nous supplie du regard et nous fait ressentir sa détresse. Ce dessin donne envie de la sauver, pas de ricaner avec le Joker. Si certains éprouvent autre chose, il semble difficile d'en vouloir à l'artiste. La masse ne réglera pas ses déviances en se défoulant sur des cibles trop fragiles pour lui dire d'aller se faire mettre.




01 septembre 2014

Les gamers ont vraiment des vies de merde...

... et la télévision est fantastique. D'ailleurs, Canal+ a fait très fort en insultant les amateurs de jeux vidéo dès la rentrée. Pas en s'en moquant avec tendresse et ironie, non, mais en utilisant un rire gras et lourd, synonyme de méconnaissance et de jugement à l'emporte-pièce.
Hmm ? Oui, ben en faisant de la télé quoi.

Alors, si la dernière connerie des media vous avait échappé, en gros, Antoine de Caunes et Nunuche, une obscure chroniqueuse, se sont moqués des gens qui regardaient des vidéos de jeux vidéo sur le net. Pas "moqué" genre je ricane, non, plutôt style je te traîne dans la boue ("il faut vraiment rien avoir à foutre de sa vie", "je ne veux pas de ce monde"...). Les propos semblent au minimum exagérés.
Tout d'abord, essayons de comprendre l'intérêt d'une partie enregistrée.

En fait, tout comme pour un court-métrage ou un reportage, tout dépend du but (et du talent !) de la personne qui joue et enregistre ses prouesses. Une telle vidéo peut permettre de simplement présenter un jeu, d'en dévoiler des aspects cachés, de montrer des exploits mais aussi de se moquer gentiment de certaines licences en en dévoilant les bugs ou d'apporter une vision décalée par les commentaires. Bref, ça peut être très chiant (comme la... télévision), drôle, informatif, mais ce n'est pas en soi plus idiot ou insipide qu'autre chose.

Le site Hitek a notamment fait une brillante comparaison qu'il convient de reprendre : si des individus qui regardent d'autres individus jouer à un jeu qu'ils pourraient pratiquer sont risibles, que penser effectivement du football, basé sur le même principe et qui constitue l'une des bases financières de Canal+ ?
L'on voit bien ici que la télévision (les journalistes, le système, barrez ce qui ne vous convient pas) ne critique pas une démarche (qu'elle approuve puisqu'elle s'en nourrit) mais un transfert de domaine. Diffuser du football, c'est normal. Mais diffuser du Battlefield ou du Mario Kart, c'est forcément débile selon eux. 
L'on pourrait encore en discuter s'il y avait un début d'argumentation derrière ce sectarisme idiot, mais non, c'est bien entendu toujours présenté comme un axiome. Oh, pardon pour Nunuche et Antoine, je voulais dire "comme une vérité indémontrable qu'il est de bon ton d'admettre sans discuter".

Alors, on pourrait aussi s'en foutre. Oui, au bout d'un moment, on pourrait en avoir marre et ne plus réagir. Sauf que... ben, ça ferait un peu mal au cul, déjà. Et puis il n'est jamais bon de laisser les béotiens monopoliser la parole. Surtout lorsqu'ils ont déjà les plus grosses antennes, à défaut d'avoir les plus gros neurones.
Dans ce Grand Journal, qui n'est finalement ni grand ni à proprement parler un journal (voilà un beau titre !), on nous parle par exemple encore d'addiction aux jeux vidéo. Une addiction. Une maladie quoi, à ranger dans les addictions à l'alcool, à l'héroïne ou à la cocaïne (ah ben non, pas la coke, c'est vrai qu'à Canal, ils la paient avec des tickets-restaurant).

Plus sérieusement, il est intéressant de se pencher sur les termes utilisés pour décrire diverses activités, tout autant chronophages ou onéreuses. 
Que dit-on par exemple d'un pêcheur ? Qu'il a un hobby. Que dit-on en général d'un numismate ? Qu'il a une passion. Mieux encore, il est reconnu que ces gens (tout à fait respectables) ont également des connaissances, un savoir-faire technique. Mais avez-vous déjà entendu parler d'addiction à la pêche ? Non. Et pourtant, je connais des mecs qui se lèvent à trois heures du matin, même le week-end, pour ne pas risquer de passer à côté de la poiscaille (le poisson étant apparemment un véritable chieur qui n'accepte de manger qu'à des heures hindous indues).

Le jeu (de rôle, ou vidéo) a par contre moins bonne presse. Tout comme les dessins animés naguère (Dorothée, avant d'être culte et courtisée, était une cible pour tous les culs bénis - ou coincés - de l'époque). Il y a encore quelques années, l'on pouvait comprendre une telle attitude par la différence générationnelle. Mais aujourd'hui ?
Antoine de Caunes a certes 20 hivers de plus que moi, mais à 42 ans, je fais office plutôt de "vieux" sur le net. Et dans mes "biberons", j'avais du Goldorak, du Spider-Man (l'Araignée à l'époque) et les premiers jeux, sur Amstrad ou d'autres bécanes improbables. En suis-je pour autant réduit à cela, à cette seule forme de culture ? Non, non bien évidemment. J'aime Racine, Strauss et Dali. Mais aussi King, Iron Maiden et Mack. Est-ce là une contradiction ? Non, une richesse. Mais pour comprendre cette richesse, cette interpénétration des genres et des arts, encore faut-il se donner la chance de ne pas s'imposer des bornes stupides. 

Des frontières, tout le monde en met, tout le temps, partout. Même en littérature, il y a des genres, des sous-genres, des rayons censés plaire à des lecteurs calibrés...
C'est ce culte du compartimentage, de ce qui est noble ou pas, qui aboutit aujourd'hui à ces dérives dont nous nous moquons. Ces rayonnages, ces catégories, n'intéressent que ceux qui ne connaissent pas les domaines qu'ils évoquent. C'est ce qui permet à Canal de ricaner sur Twitch, tout en fonctionnant sur un principe similaire. Les mecs ne se rendent même plus compte qu'ils raillent ce qu'ils sont. C'est du domaine du merveilleux. 
Le temps de la réflexion a été aboli de nos media. Il n'y a plus d'amont, juste un aval perpétuellement agité par des eaux tièdes et infectes, servant à abreuver une ménagère supposée acheteuse et des cerveaux trop malléables pour être honnêtes.

Un dérapage unique ? Non. Une constante.
En voici quelques traces :
- Canal+ : "ce n'est qu'une BD" ou comment induire le mépris avec le sourire de l'incompétence
- France2 : "les adulescents" ou comment faire passer l'idée qu'un lecteur de BD est un attardé
- M6 : "le phénomène Spider-Man" ou comment passer à côté du sujet tout en crachant un peu quand même sur les lecteurs
- Télérama : "la SF c'est mort" ou comment dire 150 conneries en trois phrases

A l'époque, nous avions pu nous en amuser, avec notamment  ce vrai/faux test, j'avais également tenté une réflexion, il y a quelque temps, sur la télé-réalité dans les comics, en englobant les dérives du net par souci d'honnêteté. 
Mais qui aujourd'hui se soucie de ce genre de basses considérations ? Le but n'est plus d'informer mais de remplir une case, un vide, souvent avec un autre vide ou quelques idées reçues. 

A qui faut-il en vouloir ? A de Caunes, qui ricane bêtement mais avec l'excuse de la méconnaissance ? A Nunuche, qui est censée avoir bossé son sujet plus que son rouge à lèvre vulgaire ? Au diffuseur, qui vit sur le talent de quelques cinéastes et la passion de footeux qu'il avoue mépriser ? Aux spectateurs, trop mous pour changer leurs habitudes et les envoyer chier ?
Un peu tout cela en réalité. Parce qu'il n'y a pas de grand méchant, de monstre abominable. Juste des principes bafoués, quotidiennement. Et une fainéantise, pas grave, au moins au début, mais qui s'installe et ronge tout. 

Quand un avion s'écrase, on fait une enquête, pour faire en sorte d'améliorer la sécurité des vols. Pour qu'une même raison ne puisse pas causer d'autres morts. 
Quand les media déconnent - et ils déconnent de plus en plus - rien ne se passe.
Quelques sites isolés protestent et tentent de démontrer la dérive, mais le net, contrairement à ce que tente de faire croire la télévision, n'a qu'un pouvoir très relatif. Infime en comparaison du "petit écran" et de sa néfaste influence.

Alors, encore une fois, sur UMAC, nous avons décidé de réagir. 
En opposant nos chroniques, longues et argumentées, aux sentences courtes et violentes de la télévision. 
En mettant un peu quelques gnons aussi, c'est de bonne guerre. 
Et en vous mettant en garde. Surtout quand des mecs encravatés vous balancent un sourire si blanc qu'il en fait mal aux yeux. Non pas que l'on soit contre l'hygiène dentaire, simplement, parfois, l'éclat lumineux n'est que le flash rapide qui précède la morsure. Une morsure lâche puisqu'elle peut tout aussi bien se suivre d'excuses, bien entendu. 
La télévision est une brute de cour d'école. Qui peut défoncer le petit timide qui ne demandait rien dans son coin. Et les brutes modernes, parfois, peuvent porter des cravates ou de belles robes.
Par contre, comme les demeurés d'antan, les brutes télévisuelles courbent l'échine dès que le nombre joue contre elles. 

Ne croyez jamais que ce qui vous fait du mal est forcément hideux. La plupart des coups mortels sont enrobés de sucre et de dentelles.





17 juillet 2014

Benjamin Spark nous menace de représailles judiciaires

Le vol paie-t-il ?
Je viens de recevoir un bien étrange mail aujourd'hui, et j'ai décidé d'y apporter une réponse publique, puisqu'il s'agit de menaces visant à faire modifier l'un des articles de ce blog.

Il y a quelque temps, l'un des rédacteurs de UMAC a consacré un article au "cas" Benjamin Spark (nous nous sommes depuis séparés de ce rédacteur, son article n'est donc plus disponible). Il s'y offusquait, avec véhémence et mon autorisation, des pratiques de ce dit "artiste".
Pour ceux qui ne connaissent pas ce douteux travail, il s'agit de piller les œuvres d'artistes véritables, sans les citer, de rajouter deux ou trois lignes de peinture (pour "salir", c'est là l'argument principal) puis de signer le tableau de son nom en le vendant à un prix particulièrement juteux.

Nous sommes tous sur ce blog passionnés par les comics et l'art en général, certains d'entre nous sont également auteurs et par ce fait attachés aux droits de ces derniers, voire même à la simple notion morale qui empêche un véritable artiste de faire un vague collage pour ensuite vendre un travail qui n'est pas le sien, sous le fallacieux prétexte de la "parodie".
Une parodie est une exception au droit d'auteur, mais elle doit avoir un but clairement humoristique et, surtout, elle ne permet aucunement l'emprunt des dessins originaux réalisés par le créateur du personnage "parodié".
La parodie n'a jamais affranchit du travail, ni même du talent.
Elle implique notamment le fait qu'il n'y ait pas de risque de confusion avec l'œuvre originale, ce qui est évidemment le cas lorsque l'on se contente de prendre un dessin d'un grand nom (Lee, Turner, Campbell...) sans le modifier et en le dégueulassant. Le quidam méconnaissant les comics sera forcément attiré par le dessin original et non par les deux pauvres traits ou mots maladroits qui sont les seuls arguments de Spark pour revendiquer la paternité d'un travail qui n'est pas le sien. 

L'article a donc été sans concession mais conforme à l'esprit de ce blog, qui s'inscrit dans la tradition de publications telles qu'Hebdogiciel, qui en son temps n'hésitait pas à descendre non seulement des œuvres, mais aussi des pratiques jugées iniques.
Cela a valu à l'hebdomadaire quelques déboires, notamment quelques procès, et c'est peut-être ce que va connaître UMAC dans peu de temps à en croire Spark.

Celui-ci nous met en effet en demeure de supprimer cet article dans les 48 heures au motif qu'il y est clairement dit que Benjamin Spark serait un plagiaire, ce qui serait de la diffamation selon le même courriel.
Dans le cas contraire, on nous menace d'une action en justice (car apparemment, monsieur Spark se souvient, quand ça l'arrange, qu'il existe des lois, puis devient amnésique lorsque celles-ci dérangent son racket).

Après réflexion, j'annonce donc publiquement que je choisis d'affronter monsieur Spark devant les tribunaux, et ce pour deux raisons.
D'une part, je suis convaincu que, sur le fond, ce pseudo-artiste est effectivement un plagiaire, et il lui sera difficile de démontrer le contraire devant un juge.
D'autre part, parce que je suis également un fervent défenseur de la liberté d'expression, notamment lorsqu'elle est basée sur des faits et des arguments précis.

Je conviens que l'article en question est rock n'roll sur la forme, même maladroit, mais il est à la hauteur de l'indignation de son auteur et des pratiques qu'il dénonce.
Si j'avais été contacté, "gentiment", pour éventuellement en modifier la forme, peut-être l'aurais-je fait, mais il n'est aucunement question d'en modifier le fond ou de le supprimer (ce qui est demandé).

Je n'ai nullement l'intention de laisser un pilleur m'intimider. S'il faut s'expliquer devant la justice, fort bien, nous verrons à qui elle donnera raison.

Une œuvre artistique résulte d'un travail personnel. L'appropriation ridicule, qui consiste à s'enregistrer par dessus un concerto de Bach en toussant, ou à déféquer sur la page 17 du Grand Meaulnes, ne fait pas d'un prétentieux un auteur.


  

09 mai 2014

M6 : "magnifique" reportage sur le phénomène Spider-Man

M6 nous a offert il y a quelques jours un reportage assez... extraordinaire sur Spider-Man. Et comme il était difficile de passer à côté de ça... petit arrêt sur images.

Les inepties à la télévision, on a l'habitude. Entre l'ahurissant reportage sur les "adulescents", qui comparait implicitement les lecteurs de BD à des demeurés dans Envoyé Spécial, en passant par des présentatrices incultes qui ahanent n'importe quoi sur la très snobinarde chaîne Canal +, on a déjà eu notre lot d'approximations, maladresses et crétineries présentées comme des vérités absolues.
Le récent reportage de M6, sur le "phénomène" Spider-Man n'échappe pas à la règle : 15 minutes consacrées à accumuler les idées reçues et vanter un aspect très secondaire du dit phénomène, difficile de faire pire.
Voyons cela en détail.

C'est anecdotique mais l'on démarre par une faute, Spider-Man étant orthographié "Spiderman" lors de la présentation du sujet. Ce n'est rien du tout, mais en général, quand on ne prête déjà pas attention au titre d'un sujet, c'est que le contenu risque d'être traité de manière très cavalière.
La... speakerine qui annonce le binz commence très fort en nous disant qu'il est "difficile d'imaginer que ce héros de BD créé en 1962 était tombé aux oubliettes".
Ah bon ? Mais, à quelle période est-il tombé aux oubliettes exactement ? Il a toujours été le personnage emblématique du Marvelverse, sa série historique compte plus de 700 numéros, et on ne parle même pas des nombreuses séries secondaires qui sont centrées sur lui. J'imagine que bien des starlettes de la télévision se feraient une joie de tomber dans les mêmes "oubliettes" dorées.

Le reportage en lui-même commence par un sujet très fort, complètement lié au "phénomène" Spider-Man : c'est l'anniversaire d'un mioche, quelque part en banlieue parisienne, et les parents ont décoré la maison aux couleurs du Tisseur. Ah ben, je m'incline devant la pertinence du sujet et le travail d'investigation. La voix off, avec un sérieux imperturbable, nous apprend que les parents se sont mis en quatre et se sont offert les services d'un "comédien" pour contenter leur rejeton. Et là... c'est une scène digne des plus grands films comiques. On voit un type se pointer, affublé d'un costume tout naze, une sorte de pyjama sorti des années 80. 
Le grand reporter qui est présent sur les lieux va interroger le comédien en pyjama et lui poser une question qui tombe sous le sens : "vous allez marcher au plafond ?" (je n'invente rien)

Jusqu'ici, c'est n'importe quoi, mais ça reste juste sans intérêt. Très vite, le reportage, totalement orienté, va pourtant insuffler avec insistance une idée reçue et éculée dans l'esprit du téléspectateur candide : la BD, c'est pour les enfants.
Par exemple, en questionnant le papa de l'heureux bambin qui a eu un comédien en cadeau. Le journaliste lui demande si cela (sous-entendu l'ambiance "Spidey") lui fait plaisir à lui aussi. Et le papa répond, très gentiment, que oui, cela lui rappelle des souvenirs d'enfance.
Nous n'en sommes qu'à la troisième minute d'un reportage qui en compte quinze et, déjà, l'idée principale est installée grâce à un goûter d'anniversaire et aux propos d'un monsieur certes sympathique mais qui avoue clairement ne pas lire de comics. 
Et si ce qui est censé nous éclairer sur le "phénomène" Spider-Man, ce sont des bambins et des adultes qui n'en connaissent rien, ça risque d'être rock n'roll.

Bon, on quitte le goûter (c'est dommage, on n'a pas vu l'arrivée des invités, les jeux, les cadeaux, la prestation de l'acteur...) et on attaque les choses apparemment "sérieuses". 
La voix off nous balance tout de go que "Spider-Man fait un retour en force ces dernières années" et qu'il est omniprésent. Là encore, on aimerait savoir quand il a disparu. Ne rien connaître de son parcours éditorial ne signifie pas qu'il n'existait pas. Ce n'est pas parce que la comète de Halley n'est visible que tous les 76 ans que l'on fera croire à un amateur d'astronomie qu'elle cesse d'exister dès qu'elle n'honore plus nos cieux de sa présence (pour les journalistes de M6, c'est une métaphore, ça veut dire que ce n'est pas parce qu'un truc ne passe pas à la télé qu'il est inexistant). 
On nous "apprend" ensuite que Stan Lee a créé le personnage. Exit donc le pauvre (et pourtant essentiel) Steve Ditko. Mais bon, pourquoi s'emmerder avec ça, Ditko ne fait pas d'apparitions dans les films, lui.

On en vient à l'exposition Marvel, à Paris, où le patron des lieux rétablit la juste copaternité de Ditko. Heureusement parce qu'il se plante sur l'Hydra, en appelant cela l'Hydre. Le reportage, ultra-chaotique et sans ligne conductrice, enchaîne ensuite avec une pseudo-explication du succès du personnage. Cela serait dû à son look (ah bon ?), ses acrobaties (hmm...) mais... "pas seulement..." (voix off mystérieuse).
Le "pas seulement" est en fait censé recouvrir le processus d'identification au héros (rassurez-vous, ce n'est pas dit dans ces termes), mais une identification très particulière puisque, là encore, on parle d'enfants, un nouveau gamin proclamant que Peter Parker est un peu comme lui ("comme beaucoup d'enfants" précise encore la voix off, à croire qu'ils ont fait un sondage dans les maternelles).

Alors, petite scène à l'humour involontaire : alors que la voix off explique que Parker est souvent "chahuté" par les gros bras de son lycée, les images montrent Andrew Garfield se manger un énorme coup de poing en pleine tronche ! Du genre qui te met une distance inappropriée entre ta mâchoire et ton nez.
A partir du moment où on pisse le sang et que l'on est à moitié assommé, j'estime que l'on est un peu au-delà du "chahutage", mais bon... c'est moderne, c'est M6.

Les premières paroles sensées faisant un peu avancer le sujet proviennent d'un visiteur de l'expo qui parle des problèmes quotidiens de Spidey. On effleure donc à peine le sujet l'espace de quelques secondes, par un pur hasard et les propos improvisés d'un anonyme.
Aussitôt après, la voix off nous en assène une bien bonne : "Spider-Man séduit autant les fans de cinéma pop-corn que les collectionneurs de BD." 
Alors, "fans de cinéma pop-corn", je pense que c'est une manière gentille de dire "films de merde" (ce qui n'est pas totalement faux concernant les adaptations, mais bien trop généraliste pour ne pas avoir un effet très pervers), quant aux lecteurs, ils sont ici désignés comme "collectionneurs" d'objets inertes. 
L'intérêt des récits, le travail de scénarisation, l'évolution de la narration ou du genre super-héroïque ne sont donc jamais évoqués.

Bref passage ensuite de Xavier Fournier, qui est le seul à donner des informations concrètes sur le sujet du reportage, à savoir le "phénomène Spider-Man". Il va notamment évoquer succinctement Strange et le dessin animé des années 70.
Tout s'accélère ensuite très vite (il ne sera plus question de comics à partir de maintenant, et ils n'ont pourtant été évoqués que très brièvement par le biais d'une ancienne revue).
On nous assène que les héros n'étaient plus à la mode (quand, où, pourquoi ?), que Marvel a fait faillite (on a l'impression du coup que c'est à cause de ses personnages, alors qu'il s'agit à l'époque du plantage d'une opération purement financière de diversification, même si l'on peut également mettre en cause les frilosités d'une ligne éditoriale qui n'est ici jamais évoquée), et que le salut viendra... d'Hollywood.

Hollywood ? Le salut de Spider-Man ? Mais... jusqu'à présent, c'était niais, peu informatif, drôle, approximatif, là c'est carrément une contre-vérité, ou, pour parler clairement, un mensonge.
Ultimate Spider-Man (qui a réellement réussi à trouver un nouveau lectorat tout en plaisant aux fidèles) fut lancé deux ans avant la sortie du premier film de Raimi. Et quand ce même épouvantable étron sort sur les écrans, Straczynski est déjà aux commandes de Amazing Spider-Man. Quant aux effets des films sur les ventes de comics, ils sont inexistants (cf. cette explication, basée sur les chiffres US). 
Mais évidemment, tout cela n'a de sens que si l'on s'intéresse véritablement au phénomène Spider-Man, donc à ses fondements, ses racines, donc aux comics. La suite nous montre clairement que ce n'est pas du tout un domaine qui intéresse les journalistes de M6.

On a droit en effet à un Avi Arad qui nous explique que si Spider-Man est populaire, c'est un peu à cause de son masque (ce qui est vrai) et que grâce à lui, le "petit garçon de Bolivie" peut aussi s'identifier à lui. Encore une fois, on nous assène l'idée qu'il s'agit donc d'un produit destiné aux enfants.
Là, tout commence à devenir clair : le goûter, le costume pourri, les films, l'enfant qui s'identifie... le phénomène Spider-Man ne parle pas de Spider-Man mais du commerce fait autour de la marque. On termine d'ailleurs en apothéose par des parents achetant des trucs (une voiture "Spider-Man") dans un magasin de jouets. On a même droit à un employé du parc Disney (vêtu d'un costume potable) qui fait un gros câlin à un gosse.
La boucle est bouclée, la démonstration faite : parents, allez acheter des conneries et ne vous préoccupez pas de Spider-Man, c'est pour les (très jeunes) enfants !

Avi Arad aussi, pendant son intervention, tient des propos ahurissants. Notamment que la BD n'intéresse que les fans "purs et durs", histoire de bien installer l'idée qu'il y a là une déviance, une addiction, une tare peut-être ?
D'autres tiennent déjà les mêmes propos sur la littérature jeunesse et se font un devoir de la charcuter (cf. cet article). Les romans ne devraient plus tarder. On voit déjà avec quelle légèreté certains sont adaptés (cf. Dôme), mais peut-être avons-nous tort de nous offusquer, les livres, c'est pour les gamins, les connards et les arriérés !
Pensez, il existe des films, qu'est-ce que vous allez vous emmerder à tourner des pages ?

Que dire... que je suis offensé, atterré ? Oui, évidemment, l'on ne peut être que courroucé devant tant de légèreté dans le travail si essentiel de l'information.
Que je suis étonné ? Non. La télévision est une machine à réduire. Les passions comme les belles promesses. Le lecteur devient un benêt par la grâce d'un reportage bâclé, le journaliste met au placard travail et déontologie, et le spectateur crédule consomme sans le savoir un produit périmé qui fait fi des bases du sujet abordé.
Ne pensez pas que Spider-Man bénéficie d'un traitement de faveur. Tous les sujets sont très identiquement traités : avec mépris, insouciance et partialité. Pour faire "vite" plutôt que "bien". Pour consolider des stéréotypes plutôt que pour les mettre à mal. Pour remplir un temps d'antenne par un melliflu brouhaha ayant l'apparence du sens, l'apparence du travail, l'apparence de la réflexion. 

D'aucuns pourraient m'objecter que c'est là faire beaucoup de cas de 15 petites minutes. Je leur répondrais alors que le temps télévisuel est un temps à part, qui distend nos perceptions habituelles. Ce blog en est à sa neuvième saison, il contient 1400 articles, et ces 15 minutes ahurissantes ont sans doute eu plus d'impact, sur plus de monde, que tout le travail effectué ici. 
Et pendant que le net tend à devenir cette immense soupe, faite de liquides abscons et de petits grumeaux intelligibles qui surnagent, la télévision continue d'asséner des steaks, fades, mal cuits, empoisonnés, mais distribués avec générosité.
G.K. Chesterton a prétendu que le journalisme consistait, pour une large part, à dire que "Lord Jones est mort" à des gens qui n'ont jamais su que Lord Jones existait. Cela consiste aussi de nos jours, je le crains, à faire croire que l'on sait tout de Lord Jones, ou de Spider-Man, grâce à trois gamins et deux informations non étayées. 

Les media télévisés ont inventé l'information fast food, celle qui n'a pas peur de l'ignorance, ne l'éclaire jamais, mais au contraire se nourrit de ses ténèbres. A nous d'apporter un éclairage autre, non pour imposer un point de vue, mais pour donner un choix. Ecrire ne permet pas d'inventer de nouveaux chemins, mais de les éclairer d'une manière différente. Et même la lueur d'une bougie vacillante vaut mieux que ces projecteurs télévisés violents qui surexposent l'anecdotique et laissent l'essentiel dans un noir aussi total que terrifiant.






08 janvier 2014

Astonishing Spider-Man & Wolverine : Une erreur de plus




Cette mini-série en 6 épisodes, sortie fin 2013 dans la collection "100% Marvel", a tout pour être "culte" : un duo d'artistes plus que compétents, une histoire fondée sur les voyages et paradoxes temporels prétexte à de très nombreux clins d’œil au passé de nos héros et deux personnages parmi les plus charismatiques de l'univers Marvel.
Il faut préciser au lecteur que ces épisodes étaient déjà parus en France en kiosque en 2011 (dans le magazine Spider-Man à partir du n° 133). Vous pouvez en lire un aperçu avec l’article de Neault.

Ca devrait être suffisant pour plaire, voire fasciner. Pourtant, on s'y ennuie, malgré des situations hénaurmes, un humour permanent et des idées à la pelle. Jason Aaron enchaîne les situations saugrenues en limitant les explications et balance notre duo à travers les époques avec une nonchalance assez déstabilisante. A chaque fois, Logan et Peter devront s’adapter à leur environnement, y perdre tout espoir de retour à leur présent et s’établir plus ou moins durablement. Au Mésozoïque, Spider-Man, tout en cultivant une passion pour une femme inconnue, scrute les étoiles et sculpte les falaises, tandis que Wolverine enseigne aux hominiens locaux le culte de… la bière. Autre temps, autre lieu : le monde est au bord du gouffre, Fatalis est devenu tout-puissant au point de s’incarner dans une planète vivante revenant régulièrement consommer ce que la Terre a encore à offrir. Parker se morfond dans un musée des super-héros, Logan se la joue rebelle magnifique. L’un d’entre eux osera-t-il tenter le tout pour le tout avec l’arme de la dernière chance (un pistolet chargé avec la force Phénix) ? Puis les voilà séparés, plongés dans le passé de leur partenaire respectif (Logan va affronter le Spider-Man catcheur – et poseur – avant que l’oncle Ben soit tué, tandis que Parker se retrouvera face à un Wolverine à l’état bestial). Et ainsi de suite, avec, de temps à autre, l’irruption d’un duo de mercenaires temporels sillonnant les époques pour y récolter femmes et trésors divers, payés par un commanditaire dont l’identité, finalement, n’est pas une si grosse surprise pour les lecteurs aguerris.
Et achève d’enfoncer le récit.


Sous cet enrobage complexifié à outrance, jusqu'à plus soif, avec des retournements permanents et la volonté de ne dispenser que quelques éclaircissements épars, le récit s’enlise dans un entrelacs pervers mêlant quête héroïque et grande histoire d’amitié éternelle parsemées de péripéties abracadabrantes et de dialogues surréalistes. En outre, le traitement légèrement caricatural de Wolverine et Spider-Man (l'un est taciturne, boit comme un trou et défonce tout ce qu'il trouve, l'autre prend tout à la légère, aligne plaisanterie sur plaisanterie, avant de s’enfoncer dans le désespoir) a tendance à fatiguer, même s'il induit, au final, un questionnement mutuel qui leur permet de passer outre leurs différences. On perd très vite ses repères entre l’humour souvent féroce et les scènes apocalyptiques où nos héros n’arrêtent plus de sauver le monde, d’autant que rien ne nous dit pourquoi ils se mettent soudain à partager les pensées intimes de chacun. Et malgré les invraisemblances, la sacro-sainte continuité Marvel ne sera pas lésée puisque l’épilogue enchaîne sur l’intrigue lisible actuellement dans le magazine Wolverine (série Wolverine & the X-Men, où Logan entraîne ses élèves en Terre sauvage).

 
Pour ceux qui s’amuseront de voir Wolverine et Spider-Man ballottés à travers les ères grâce à des diamants temporels incrustés sur… des dents, c’est à recommander. Je dois avouer avoir connu beaucoup de bons moments mais avoir été désarçonné par un ensemble chaotique et, au final, désagréable.

+ Spider-Man & Wolverine : ensemble !
+ des clins d’œil en pagaïe au passé de chacun
+ des dessins dynamiques de Kubert
+ de l’humour, parfois féroce

- l’escalade dans le portnawak décrédibilise le script
- la gestion des sentiments très « fleur bleue »
- saoulant, à la longue

10 octobre 2013

Runaways : une bonne série peut-elle survivre à Panini ?

Enfin, la suite de l'excellente série Runaways arrive en France ! Retour sur un parcours éditorial des plus confus.

Hier sortait en librairie un nouvel album inédit des Fugitifs, nom VF de l'on-going créée par Brian K. Vaughan. Si l'on y regarde bien, le lecteur français aura dû faire preuve d'une patience infinie et d'un certain goût pour les jeux de piste afin de suivre les aventures de Karolina, Nico et le reste de la bande.
La première série (de 18 épisodes, cf. cette chronique) est à l'époque publiée en Mini Monsters, une collection qui se sera surtout fait remarquer pour sa faible durée de vie et des covers qui avaient tendance à se décrocher à la première manipulation, même délicate. La suite de la série paraît en Deluxe (avec du retard, puisque entre temps, le tie-in Civil War concernant les Runaways est publié, sans que l'on puisse donc lire les épisodes dans l'ordre chronologique). Ces deux volumes (cf. tome #1 et #2) clôturent alors le run de Vaughan de très belle manière mais signent aussi l'arrêt de la série en France, car depuis, à part de nouveaux tie-ins à l'occasion d'évènements particuliers (cf. le tie-in Secret Invasion), l'on ne voyait rien venir.
En mai dernier, Panini sortait enfin (cette fois au format 100% Marvel, troisième changement) la fin de la saison 2 (par Whedon). Et c'est seulement hier que l'on a eu droit au début de la saison 3, qui date tout de même de... fin 2008 ! 

Inutile de préciser qu'avec si peu de sérieux, la série a été clairement saccagée éditorialement par Panini (qui a même trouvé le moyen d'utiliser un épisode US gratuit comme matériel payant, mais on n'est plus à ça près). Car enfin, qui a envie de suivre des comics, même excellents, avec de tels délais entre les épisodes et surtout avec des spoilers dans tous les sens ? Ainsi, par exemple, le retournement de situation qui termine l'arc Dead Wrong était évidemment connu depuis longtemps puisque le groupe a continué à faire des apparitions régulières dans les revues kiosque, et ce avec des changements importants qu'il fallait forcément expliquer.
La sandwicherie a réussi un exploit de plus : transformer l'or en merde. Pas sûr que ça ait une grande utilité, m'enfin, s'ils parviennent à vendre leur matos, on ne pourra pas dire que c'est grâce à leur clairvoyance et leur sérieux. Laissons là cette nouvelle démonstration de leur impéritie chronique et revenons-en aux Runaways.

Le scénario de ce nouvel arc est signé Terry Moore (Strangers in Paradise, Echo), les dessins sont l'oeuvre de Humberto Ramos. Visuellement, ces épisodes sont plutôt agréables même si certains personnages souffrent un peu, sur certaines cases, du style de Ramos (qui ne manque pourtant pas de qualités). Nico Minoru est ainsi parfois presque méconnaissable et perd franchement en charme par rapport à la version d'Alphona. 
L'intrigue débute alors que le groupe, quelque peu agrandi, revient à Los Angeles (cet article vous permettra de vous remémorer les personnages principaux et leurs pouvoirs éventuels). Ils parviennent à trouver refuge dans une ancienne propriété du Cercle et s'installent tant bien que mal. Malheureusement, les ennuis ne vont pas tarder à leur tomber dessus. Non seulement des extraterrestres se pointent pour embarquer Karolina, mais un sort lancé à la va-vite par Nico va causer des dissensions à l'intérieur de l'équipe.
Moore conserve ici le ton installé dès le départ par Vaughan, avec un habile mélange d'action, d'humour (petite référence à Jay & Silent Bob au début) et d'émotion. Une attention particulière a été portée sur les dialogues, vifs et souvent drôles. Quant à Klara, une petite fille venant de 1907, son arrivée apporte quelques situations sympathiques et décalées.
Mais pourquoi diable cette série est-elle si bonne ?

Une sorcière, une alien, une petite fille adorable et possédant une super-force, un ado utilisant des gadgets high-tech, le groupe est plutôt hétéroclite. Ce qui les différencie surtout d'autres jeunes de leur âge, comme les Young Avengers, c'est leur "statut social". Ils ne se revendiquent nullement comme super-héros mais souhaitent simplement vivre librement, loin des adultes qui les ont déçus. Rappelons que leurs parents étaient des criminels et qu'ils ont fugué à cause de cela.
S'ils doivent parfois faire face à des ennemis liés au passé de leurs parents, ils doivent aussi gérer au jour le jour leur situation précaire. Trouver un abri, de l'argent, échapper aux forces de l'ordre ou à Iron Man, voilà qui n'est pas évident pour des enfants livrés à eux-mêmes et déjà durement frappés par le destin (l'un d'entre eux est mort pendant la deuxième saison, une mort pour l'instant "définitive", ce qui rend leur épopée encore plus poignante).

Enfin, la série aborde, à travers ses personnages atypiques et attachants, des thèmes parfois très sérieux (le pardon, le sacrifice, l'homosexualité...) qui contrastent avec l'âge et l'aspect des protagonistes. Vaughan surtout, avec une grande intelligence, avait su instaurer un climat doux-amer et désabusé qui n'était cependant pas complètement noir, rendant ainsi la série relativement réaliste et émotionnellement forte. 
Terry Moore, dont le talent n'est plus à démontrer, semble poursuivre dans cette voie, même si l'impact de ce premier arc a considérablement été gâché comme il l'a été expliqué plus haut.
Dans l'introduction de ce tome, Panini a l'audace d'affirmer qu'il constitue un "point de départ idéal". Mieux encore, l'éditeur conseille à ceux qui voudraient en savoir plus sur les personnages de se tourner vers le précédent 100% Marvel, donc les épisodes #25 à #30 de la deuxième saison... comment peut-on écrire des inepties pareilles avec autant d'aplomb ?
Evidemment que non !

Cette série est brillante, pour la savourer, il faut la lire depuis le début (d'autant que le run de Vaughan est exceptionnel). Commencer avec la saison 3 ou la fin de la saison 2 serait ridicule, car c'est sur la durée que les personnages ont acquis une véritable profondeur. Les aborder en faisant l'économie de leurs premières aventures serait tout bonnement catastrophique sur le plan narratif. Cet arc n'est pas un début, c'est une suite basée sur des évènements qui se doivent de suivre une logique chronologique pour pleinement impacter personnages et lecteurs.
Pourriez-vous décemment conseiller à quelqu'un de regarder Watchmen en commençant le film à la quarantième minute ? Ou de suivre Game of Thrones à partir du cinquième épisode de la saison 2 ? Il en est ici de même. Et, en commençant par le début, il n'est nullement question de respecter l'auteur mais de simplement conserver notre plaisir de lecteur, ce qui semble tout de même essentiel dans une... lecture (et ce qui devrait être au centre des préoccupations de certains "éditeurs" qui parviennent à dégoûter même les plus passionnés).

Une très bonne série, commercialisée d'une manière imbécile par des incapables notoires. A lire absolument en VO si vous en avez la possibilité.

+ dialogues à l'humour souvent efficace
+ personnages touchants et réalistes dans leurs réactions
+ thèmes "sérieux" traités avec intelligence
+ graphismes agréables
+ une profondeur réelle, trop souvent absente des séries plus en vue
- Panini, dans toute sa splendeur : même si la traduction n'est pas ici en cause, la manière dont la série a été "publiée" est tout bonnement ahurissante et les "conseils" de l'éditeur sont mensongers et font fi de la plus élémentaire conscience professionnelle 




28 août 2013

Magic : La Sorcière d'Innistrad

Les habitués du célèbre jeu de cartes, ou les simples amateurs d'heroic fantasy, peuvent se jeter depuis quelques jours sur Magic : La Sorcière d'Innistrad. Quoique... il n'est peut-être pas utile de trop se précipiter.

Nous avions déjà évoqué la déclinaison BD de Magic, the Gathering à l'occasion d'une chronique sur la série Path of the Planeswalker qui, si elle souffrait de quelques défauts, avait le bon goût d'être disponible gratuitement (certes uniquement en webcomics). Cette fois, Panini sort, sous son label Fusion, une aventure en quatre épisodes présentant un nouveau planeswalker.
Le monde de Magic est un multivers divisé en plusieurs plans que seuls les planeswalkers peuvent parcourir. Ils ont donc un rôle spécial, même dans le jeu où ils se jouent différemment des créatures : ils possèdent des capacités spéciales pouvant être activées grâce à leurs points de loyauté mais peuvent aussi, à la différence des créatures, être attaqués directement (ce qui permet parfois au joueur étant un peu à la ramasse de souffler pendant un tour ou deux).
Là encore, avec La Sorcière d'Innistrad, c'est donc un planeswalker qui tient le rôle principal.

Dack Fayden est un mage qui peut voyager de plan en plan et s'est spécialisé dans le chapardage d'objets magiques et autres artefacts. Le dernier bibelot enchanté dont il s'est emparé lui permet notamment de retrouver la trace de la vilaine sorcière qui a détruit son vilage natal. Le voilà parti sur ses traces, bien décidé à se venger, parce que, bordel, ça ne se fait pas de buter tout le monde comme ça ! 
Et la première réflexion qui vient à l'esprit lorsque l'on referme ce comic, c'est : ouch, qu'est-ce que c'est mauvais !
Le scénario est signé Matt Forbeck. Même mon chat serait plus inspiré. On peut difficilement faire plus vide et plus cliché : un personnage principal d'une rare fadeur, une sorcière encore plus lisse, des vampires sans charisme ni panache, le tout agrémenté par une longue course-poursuite et des combats ennuyeux (le dernier, à coups de blasts magiques, est mi-comique mi-pathétique). 

Alors, bien sûr, il y a bien quelques références et noms connus : on retrouve les cathares liés à Avacyn, un baron Falkenrath, on a un petit aperçu de Ravnica, mais tout cela reste plat et totalement dépourvu de la magie qui aurait permis de rendre l'ensemble intéressant. 
Niveau dessin, c'est Martin Coccolo qui s'y colle (en collaboration avec Christian Duce). Pas de quoi pavoiser non plus : les mondes parcourus restent désespérément tristes et sans âme, les planches sont en plus souvent trop sombres, et les effets "spéciaux" (comprendre l'utilisation de la magie) sont nuls. Voilà un ouvrage qui peut prétendre au top 5 des ratages de l'année.

Le bilan est évidemment calamiteux. Certaines illustrations des cartes (réalisées il est vrai par des pointures, du genre Aleksi Briclot), associées aux citations d'ambiance, s'en sortent largement mieux que ce comic en ce qui concerne la personnalisation de l'univers Magic. C'est dire ! Ce titre n'apporte rien aux joueurs et devrait consterner les adaptes d'heroic fantasy tant l'on a l'impression que l'intrigue est basée sur un scénario de jeu de rôles rédigé à la va-vite par un enfant de cinq ans. Et encore, ça dépend du gamin. Oui, c'est dur, mais il faut bien appeler une merde une merde.
Ah, il y a des illustrations en bonus quand même. Chouette.

Du junk-comic, vite écrit, vite lu et aussi vite jeté à la poubelle.

+ un véritable espoir pour tous les auteurs sans talent : oui, il est possible d'être publié quand même
- scénario d'une platitude inouïe
- personnages creux
- dessins simplistes, planches souvent trop sombres
- l'univers Magic totalement sous-exploité
- nombreux problèmes de lettrage, le texte étant souvent bien trop proche de la limite des bulles