28 janvier 2011

Iron Man Legacy : drôle d'héritage...

Début d'une nouvelle série régulière pour Iron Man dans le Marvel Heroes Extra #5.

Suite à un vol de technologie (tiens, les entreprises Stark sont aussi bien sécurisées que Renault), Iron Man se voit moralement contraint d'intervenir en Transie, un petit pays d'Europe de l'Est dans lequel se déroule un grave conflit ethnique.
La tension internationale monte rapidement, d'autant que la Latvérie de Fatalis menace d'employer la force à tout moment afin de protéger ses intérêts...

Bon, on ne va pas en dire plus au niveau de l'histoire, d'une part parce qu'elle n'a rien de bien passionnant, d'autre part parce que, finalement, il y a pas mal de choses à évoquer à propos de cette revue. Et en premier lieu, le petit speech de début. Christian Grasse a dû rester coincé dans une cheminée en voulant jouer les pères Noël car c'est Giorgio Lavagna qui s'en charge. On change de nom mais les obsessions restent les mêmes. La preuve : on nous refait le coup de l'alibi cinématographique. Quand donc les pontes de Panini (et de Marvel d'ailleurs pour une fois) comprendront-ils que ce fameux principe de soi-disant vases communicants ne fonctionne que dans un seul sens ?
Car si les lecteurs de comics vont en effet voir en général les adaptations au cinéma, l'inverse est bien plus hypothétique. D'ailleurs, tous les gens que je connais, dans mon entourage, et qui ont vu Spider-Man ou les X-Men sur grand écran, ne se sont pas mis pour autant à lire des comics. Et à l'époque, je me souviens, quand je suis allé voir Rasta Rockett, c'est pareil, je ne me suis pas abonné pour autant à Bobsleigh Magazine.
Alors, autre truc bien dans l'édito, le gars nous présente un peu les Vengeurs. Bon, on se dit que ce n'est pas une mauvaise idée pour les nouveaux lecteurs, sauf que, en fait, la description se résume à "une équipe qui combat le mal". Ah ben, on est inspiré chez les vendeurs d'autocollants ! Cette définition peut s'appliquer à quasiment toutes les équipes Marvel, voire toutes les équipes super-héroïques de tous les éditeurs. Et en plus, pour le gag... il n'est absolument pas question des Vengeurs dans le récit qui suit. Logique Paninienne.

Revenons-en au principe de cette nouvelle on-going. Il s'agit d'aventures se déroulant dans le passé d'Iron Man (ben... comme un First Class du coup, sauf que là, ils l'ont appelé Legacy. Logique Marvellienne), précisément, à l'époque où tout le monde croit encore que Tête de Fer est un garde du corps de Tony Stark (par contre, il a bien construit sa première armure en Afghanistan, pas au Vietnam. Hop, un petit coup de doublethink !).
Quel est l'intérêt me direz-vous ? Eh bien je serais tenté de dire qu'il n'y en a pas, vu que l'on sait qu'il ne se passera rien de bien méchant. Si encore les arcs étaient exceptionnels, très bien écrits, et que les auteurs en profitaient pour développer des thèmes un peu originaux, mais non. Là par exemple, en terme de guests, on a Dynamo Pourpre et Titanium Man, bref, rien que du très attendu (et c'est là que c'est con, parce que nous, on le sait que ce sont des ennemis classiques d'Iron Man, mais les prétendus lecteurs venus du cinéma, ils s'en tapent non ? Donc, s'ils existent, ça ne leur apporte rien et nous ça nous gonfle. Strike !).

Pour mettre en scène ces combats poussifs et soporifiques, la Maison des Idées a fait appel à Fred Van Lente et Steve Kurth. Pour ce dernier, rien à dire, les dessins sont tout à fait corrects. Passons du coup directement au cas de ce bon Fredo. Déjà, dans le speech final paninien, il est qualifié de "scénariste formidable". Rien de bien étonnant, dès qu'ils parlent de quelqu'un (sauf si c'est Straczynski), on a l'impression que c'est la huitième merveille du monde. Il a fait de très bonnes choses ce Van Lente, que ce soit X-Men Noir, son passage récent sur Amazing Spider-Man ou, dans un registre très différent, Super Philo. Mais, il a aussi écrit des trucs très moyens (Wolverine Legac... heu, non, Wolverine First Class) et même, parfois, plutôt nazes (ses Marvel Zombies, franchement pas les meilleurs de la série). Là, il est dans un de ses moments plutôt nazes. On peut chercher pendant des heures, il n'y a pas le début du commencement de la moindre parcelle d'intérêt dans ces cinq épisodes. On ne se marre pas, on n'est pas ému non plus, il n'y a pas de suspens, encore moins d'intérêt pratique (à ce propos, la frontière commune présentée ici entre Latvérie et Transie semble difficile à concilier avec le propre Atlas Marvel), c'est du plat dans du mou posé sur du vide.
Ce n'est pas épouvantable hein, on peut le lire, c'est juste fade et sans saveur. L'inverse de ce que l'on est en droit d'espérer d'une lecture.
Et la traduction n'aide pas, parce que, vraiment, on ne peut pas dire qu'il y ait réellement des fautes, mais les tournures de phrases sont parfois tellement merdiques que même sans les dire à voix haute, on sent qu'elles sont imprononçables et issues de l'imagination en panne d'une traductrice sans talent (non, c'est pas Geneviève, c'est l'autre). Enfin, quand je dis qu'il n'y a pas de fautes, c'est parfois limite, comme dans l'expression "creuser un trou noir". Un trou noir, ça se creuse pas putain ! ça se forme ! c'est pas un truc qu'on va faire dans le jardin avec une pelle et une pioche !
Tout cela pour dire que ce n'est vraiment pas ça qui va relancer un Marvelverse quelque peu en panne ces temps-ci (et encore moins apporter de nouveaux lecteurs à l'éditeur).

Une nouvelle série dont on n'entendra plus parler dans quelques mois, qui ne donnera rien d'intéressant, dont le premier arc est ennuyeux au possible et traduit de manière laborieuse, ça donne quoi ?
Un comic dont on peut largement se passer.

Bon Plan : Diable Blanc Comics



Avant la chronique du jour, un petit post pour vous parler d'une boutique online : Diable Blanc Comics.
Il s'agit d'un site sur lequel vous pouvez commander des comics (oui, vu le nom, on pouvait s'en douter), en VO ou VF, avec du kiosque, de la librairie et même des publications assez anciennes.
Si je vous parle de cette boutique, c'est en fait parce que son auguste propriétaire a décidé de faire un petit cadeau aux lecteurs de ce blog. En effet, à partir d'aujourd'hui et pendant trois mois, pour toute commande effectuée, les internautes se verront offrir un comic en cadeau. Pour cela, il suffira de préciser, par mail, que vous venez de ma part (inutile de faire un roman, un simple message avec vos coordonnées et l'intitulé "via Neault" par exemple feront l'affaire).
Une initiative sympathique dont vous êtes libres de profiter, histoire de découvrir des séries que, peut-être, vous n'auriez pas eu l'idée d'aborder. ;o)

24 janvier 2011

La Vengeance de Moon Knight

Le chevalier blanc revient à New York et lutte contre son côté psychopathe afin de devenir un véritable super-héros.

Moon Knight est de retour en ville ! Et le moins que l'on puisse dire, c'est que sa rentrée est fracassante puisqu'il arrête de manière assez spectaculaire une bande de braqueurs. Cependant, la presse et les forces de l'ordre constatent que l'homme semble avoir changé. Alors que ses interventions tournaient habituellement au carnage, le justicier ne fait plus couler le sang.
Norman Osborn et Hood vont rapidement tenter de se débarrasser du gêneur, notamment en ramenant à la vie l'un de ses pires cauchemars. Une situation qui pourrait bien avoir raison de la santé mentale vacillante du héros... et de ses aussi récentes que fragiles bonnes résolutions.

Comme vous pouvez le constater dans le résumé, cette histoire se déroule avant la chute d'Osborn et la fin de Dark Reign (cf cet article). Il s'agit de six épisodes issus de la nouvelle série Vengeance of the Moon Knight, écrite par Gregg Hurwitz et dessinée par Jerome Opeña.
L'idée de départ (un Moon Knight en proie à un violent conflit intérieur) n'est pas mauvaise, mais la manière dont Hurwitz la développe laisse grandement à désirer. Un peu comme dans son précédent Foolkiller, l'auteur livre une narration confuse, abusant d'ellipses difficilement compréhensibles ou, au contraire, infligeant au lecteur des péripéties à l'intérêt douteux. Les dialogues sont également d'une pauvreté affligeante. A cet égard, les interventions de Sentry et Spider-Man frisent le ridicule et sont d'une déroutante banalité. On a presque l'impression que l'on a obligé le scénariste à les utiliser et qu'il s'est vengé en les rendant soporifiques. Ceci dit, ce serait encore lui prêter une intention et une certaine capacité à la mettre en oeuvre, ce dont je doute très sérieusement.
Sur la forme, j'avoue donc ne pas du tout adhérer au style de Hurwitz (à ce stade, il serait plus sage de parler d'absence de style). Pour ce qui est du fond, ce n'est guère mieux puisque l'on nous refait le coup de l'ex cadavre qui revient en grande forme. Le pire, c'est que Mooney s'en étonne. Pourtant, en tant qu'habitant du 616, il devrait savoir que buter définitivement quelqu'un là-bas relève de l'exploit.
Et pour couronner le tout - mais ça c'est le petit "plus" Panini - la sortie arrive un peu tard et ne peut éviter, du coup, la sensation de réchauffé.

Au final, pas grand-chose à retenir de ce récit peu inspiré et ennuyeux.
Plutôt dommage au regard du potentiel du personnage qui, malgré son statut de second couteau, finit par tomber dans les mêmes travers que les têtes d'affiche.
A réserver aux seuls inconditionnels du Chevalier de la Lune. Et encore...

20 janvier 2011

Deadpool : Wade Wilson's War

Deadpool débarque dans la collection 100% Marvel... avec une mini-série 100% barrée ?

Après un massacre épouvantable ayant eu lieu au Mexique, Wade Wilson doit s'expliquer devant le sénat des Etats-Unis. Bien que semblant vouloir collaborer, Deadpool reste égal à lui-même et son récit vire bientôt au show tragi-comique.
Les représentants du peuple américain parviendront-ils à faire le tri entre les délires du mercenaire et les bribes de vérité qu'ils contiennent ? Rien n'est moins sûr... mais quand Wade commence à parler, difficile de l'arrêter ! Il évoque ses origines, son parcours dans l'armée, l'Arme X et quelques-uns de ses collègues tueurs.
Une fois l'audition terminée, qui sait si les sénateurs auront encore toute leur tête ?

Il est peu de dire que Deadpool est globalement mis à toutes les sauces en ce moment. Il faut dire que le personnage est plutôt charismatique et permet surtout aux auteurs de donner libre cours à leurs idées les plus fantasques. L'avantage, finalement, de mettre en scène un schizophrène, amateur de flingues et de filles sexy qui plus est.
Cette fois, ce sont Duane Swierczynski (scénario) et Jason Pearson (dessins) qui s'y collent. Le résultat s'avère relativement moyen, surtout en comparaison du récent Suicide Kings, bien plus réussi. L'on a bien quelques gags et idées loufoques (Wade en Michael Jackson !), de l'hémoglobine, et une ou deux répliques savoureuses, mais ça ne va pas beaucoup plus loin. L'histoire semble finalement assez lente, voire répétitive, et, en comparaison des possibilités offertes par ce cinglé de Deadpool, l'on se dit que l'imagination n'a pas spécialement été au rendez-vous.
Niveau guests, Wade fait équipe avec Bullseye, Domino et Silver Blade. Là encore, l'on reste sur sa faim tant ces seconds rôles sont mal employés et relégués au rang de figurants. C'est bien simple, on pourrait les remplacer par quasiment n'importe qui, cela ne changerait rien à l'intrigue.

Bref, un peu d'audace et d'originalité auraient été les bienvenues, d'autant que le choix narratif (de faire tout se dérouler dans un seul lieu, en racontant les évènements précédents) n'a certainement pas aidé à apporter le vent de folie que l'on apprécie tant d'habitude.
Voilà quatre épisodes qui se laissent lire mais dont on pouvait attendre vraiment beaucoup plus. Si les ingrédients habituels sont là, la recette du jour aura du mal à séduire les gourmets.


Tiens, Wade dessine comme Spiegelman... en un peu mieux. ;o)

18 janvier 2011

En attendant que le vent tourne

Quelques enfants, une cabane et des sentiments violents et contradictoires constituent la matière première de En attendant que le vent tourne, l'une des plus belles sorties BD du mois.

Florentin, Xavier et Pierrot sont des gamins comme tant d'autres, qui profitent de l'été pour explorer les environs du petit village de Dravert. La découverte d'un vieux fauteuil et d'un pneu dans une décharge suffit pour leur donner envie d'aménager une cabane dans la forêt. Bientôt, ils trouvent l'arbre idéal. Un arbre qui permettrait d'accueillir un poste de guet et même quelques fortifications pour se défendre de leurs ennemis imaginaires.
Malheureusement, les ennemis ne resteront pas longtemps imaginaires. Parce que la nature est belliqueuse. Parce que le monde de l'enfance est violent. Parce que parfois aussi, l'on agit sur un coup de tête, sur un trop-plein de peine, sans réellement mesurer les conséquences d'actes qui semblaient bien anodins sur le moment.
Cet été là, pour les trois amis, il y aura des bleus, des bosses, quelques larmes et surtout un incendie, allumé dans le coeur de l'un d'entre eux et qui pourrait bien se propager à la réalité environnante...

Il y a des livres qui vous accrochent au premier regard, rien que par la beauté prometteuse d'une couverture ou par le mystère poétique d'un titre. C'est le cas de cette première oeuvre de Blaise Guinin, qui signe scénario et dessins, et est accompagné de Robin Guinin qui, lui, s'est chargé de la colorisation.
Dans un premier temps, l'on pourrait croire à tort que ce récit n'est destiné qu'aux enfants, pourtant, l'écriture, fine et sensible, ainsi que la thématique, universelle et intemporelle, vont vite détromper le lecteur. Avec ce mélange de nonchalance et de drame qui n'appartient qu'au monde de l'enfance, l'auteur parvient à mettre en scène, avec une grande justesse, ces petits moments qui marquent un gosse et, mieux encore, qui façonneront l'adulte qu'il deviendra. Peur, rancune, amour, timidité, les personnages, terriblement attachants, passent par le spectre de presque toutes les émotions possibles, jusqu'au dénouement final, angoissant et pourtant drôle.
Notons que les dialogues évitent l'écueil récurrent de l'infantilisation (faire parler des enfants comme nous pensons qu'ils parlent est sans doute ce qu'il y a de pire comme erreur pour un auteur), et que les textes descriptifs, bien que rares, sont également d'une grande qualité.

Graphiquement, l'artiste a opté pour un style à la fois tendre et naïf, qui convient parfaitement à l'histoire et se révèle aussi efficace qu'esthétique. Et en plus d'être bien dessinées, les planches, bénéficiant d'une mise en couleurs habile, parviennent à rendre compte des différentes ambiances ; le calme de la forêt, la mélancolie du crépuscule ou encore la lourdeur inquiétante du ciel qui précède l'orage, tout sonne juste et flatte le regard.
Mine de rien, une fois la dernière page tournée, l'on ne peut que se rendre à l'évidence : ce livre est une pure merveille. Un peu trop court peut-être malgré ses 130 pages (car elles se dévorent vite), mais foncièrement bon. L'intrigue est simple, sans être simpliste, mais elle parlera sans doute au plus grand nombre. Surtout, les enjeux qui sont décrits sont les nôtres. Car petits ou grands, nous continuons à être maladroits, à mal agir parfois, à aimer sans oser le dire. La jeunesse des héros n'a finalement qu'un avantage ici, elle leur permet de penser qu'une fois plus grand, les bêtises s'arrêtent. On sait tous bien sûr que c'est faux, l'adulte n'étant qu'un grand enfant à la capacité de nuisance démultipliée.

Ce roman graphique est édité par Casterman. Cover souple, petit format, pour une quinzaine d'euros. Inutile de dire que ça les vaut.

Un petit moment hors du temps, arraché à l'enfance.
Doux et étrangement douloureux à la fois.

"La littérature, je l'ai, lentement, voulu montrer, c'est l'enfance enfin retrouvée."
Georges Bataille

12 janvier 2011

Green Hornet par Kevin Smith

La légende du Green Hornet reprend vie grâce au scénario d'un film qui n'a jamais vu le jour.

Il a arpenté les rues de Century City et les a nettoyées. Luttant contre le crime organisé, il avait un rêve, un but, un idéal qu'il a accompli. Aujourd'hui, le Green Hornet n'est plus et Britt Reid est un richissime homme d'affaires, préoccupé par un fils qui semble désoeuvré et aime un peu trop la fête.
C'est lors d'une réception en faveur de la réélection du maire que la tragédie frappe à nouveau la famille Reid. Après le décès de sa mère, Britt junior doit maintenant affronter le meurtre de son père. Un meurtre perpétré par une bande de ninja et... un Black Hornet.
Désemparé, ivre de douleur, Britt tente de calmer sa peine en jouant des poings dans un bar malfamé. C'est là qu'il va faire la rencontre de Kato, le vieux compagnon d'armes de son père. Là aussi qu'il va apprendre la vérité sur le passé de ce dernier.
Il a maintenant le choix. Fuir ou reprendre le flambeau en compagnie de la fille de Kato, aussi jolie qu'habile au combat...

Kevin Smith est capable du meilleur (son run sur Daredevil) comme du pire (la mini-série The Evil that Men Do, concernant Spider-Man), c'est un habitué des retards énormes (un fait assez rare pour un scénariste), mais c'est un auteur qui fait vendre, notamment parce qu'il est très apprécié dans le milieu de la pop culture. Une popularité due à quelques films bourrés de références et parfois très drôles (Clerks, Dogma, Chasing Amy...) et à une attitude pour le moins surprenante, mélange de glandeur et de rock star. Car, contrairement à Silent Bob (un personnage récurrent qu'il interprète lui-même), Smith n'a pas la langue dans sa poche et s'amuse régulièrement à provoquer fans ou journalistes. Sous son air débonnaire se cache un esprit vif et roublard, qui n'hésite pas à parler vrai, en avouant ses propres faiblesses ou en employant des expressions pour le moins... fleuries. Bref, un gars normal, pas encore aseptisé par les conventions et l'uniformisation consensuelle des commerciaux.
Pour ce Green Hornet, le gaillard ne trahit pas sa réputation. Alors que son nom est imprimé en gros sur la cover, il avoue dès la préface qu'il s'agit d'un scénario datant de plusieurs années et prévu pour un film qui ne s'est pas fait. Mieux (ou pire), il explique qu'il s'est très peu impliqué au départ sur ce projet comics, et signe même son papier en s'affublant du titre peu honorable de "prétendu scénariste de Green Hornet". Cette réserve vient du fait que, si Jonathan Lau signe les dessins, c'est Phil Hester qui a en fait adapté le fameux scénario de film en épisodes BD de 22 planches. Il n'est crédité dans l'ouvrage que pour avoir réalisé les "esquisses", mais son travail va en fait bien au-delà.

Reste à apprécier le résultat. Visuellement, c'est très beau, bien découpé, franchement agréable. Le récit est plus classique, sorte de mélange entre Dick Tracy et Batman, avec une histoire d'héritage et de vengeance à la clé. Somme toute, quelque chose d'assez convenu. Le côté rétro, forcément assumé (avec gadgets improbables et tenue quelque peu datée), est contrebalancé par un humour que l'on aurait voulu plus présent et un traitement moderne des personnages actuels, tous héritiers des méfaits ou actes héroïques de leurs géniteurs.
La fille sublime et un peu froide, le jeune premier un peu crétin qui essaie de faire de son mieux, le vieux sage nippon, rien ne nous sera épargné en terme de clichés. Et même les tentatives de mise en abyme (cf la référence à monsieur Miyagi) ne changeront rien à l'impression de déjà-vu.
C'est en fait le gros défaut de ce tome ; présenter une histoire banale et des personnages déjà maintes fois employés. La lecture n'est pas désagréable, et les dessins sont largement à la hauteur des plus ambitieuses séries, mais il sera difficile de se passionner suffisamment pour trouver la motivation d'accompagner Green Hornet dans le deuxième volume de ses si prévisibles aventures.

Un travail correct mais manquant cruellement d'imagination et d'audace.
L'alibi de l'hommage ne saurait tenir la route en face d'un ennui qui est, par nature, le pire ennemi d'une histoire et qui devrait être la première hantise des conteurs, même lorsqu'ils sont célèbres et sympathiques.


En savoir plus sur le Frelon Vert ! (série TV, Bruce Lee et vieux classiques)
La review de Comicsblog sur le Green Hornet de Michel Gondry

10 janvier 2011

Dieu le Veut

L'on s'embarque pour le temps des Croisades avec Dieu le Veut, une nouvelle série éditée par Aelement Comics.

Janvier 1271. Argan, un moine-soldat membre de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean, s'apprête à partir pour la Terre Sainte. Son maître lui a confié une épée nommée "Dieu le Veut". Cette arme semble avoir une importance particulière, mais Argan a d'autres préoccupations dans l'immédiat que de se soucier du mystère entourant sa lame. En effet, après une traversée mouvementée, il arrive enfin à destination : le Krak des Chevaliers, une immense forteresse dominant la plaine d'El-Bukeia.
Bras armé de l'Eglise, les Hospitaliers en assument la défense. Une tâche qui n'a rien d'évident puisque l'immense armée des sarrasins s'apprête à donner l'assaut contre ce poste avancé de la Chrétienté.
Il va donc falloir se battre contre un puissant ennemi, mais aussi appréhender les secrets de cet orient aussi séduisant que violent. Et peut-être découvrir également le but de factions rivales qui, dans l'ombre, se livrent à une subtile lutte d'influence...

Après Hoplitea et Ringhorn, Aelement lance un nouveau titre à l'ambition historique clairement revendiquée. L'auteur, Jean-Pierre Saggesi, qui signe scénario et dessins, est lui-même médiéviste et passionné par son sujet. Il explique notamment qu'au travers de diverses manifestations où il a endossé la tenue des Hospitaliers, il a pu souffrir sous la cotte de maille, sentir le poids du casque, la blessure des sangles de cuir, bref, s'investir même physiquement pour habiter son sujet de la meilleure manière possible.
Le thème abordé est des plus passionnants, non seulement parce qu'il se fonde sur des bases historiques, mais surtout parce qu'il s'intéresse à un Ordre méconnu, longtemps resté dans l'ombre des célèbres Templiers. Pour faciliter la compréhension de l'époque ou de certains termes, l'auteur a opté pour une façon de faire inattendue mais bien pensée : chaque planche est surplombée d'un petit texte d'une ou deux lignes qui, tout en s'intégrant parfaitement à la page, permet de distiller les informations sans noyer le lecteur sous une masse de définitions et de dates qui pourraient se révéler rébarbatives. Du coup, l'on apprend pas mal de choses sans jamais avoir l'impression d'assister à un cours.

Les dessins sont vraiment de très bonne facture et bénéficient d'un découpage inspiré et d'une jolie colorisation de Casp. Surtout, chaque personnage s'identifie aisément et possède une véritable "gueule" spécifique, ce qui n'est finalement pas si courant que ça et se doit donc d'être souligné.
Le récit part sur de très bonnes bases, même si, pour l'instant, l'on peut regretter, au moins pour le personnage principal, un manque d'épaisseur et de caractéristiques bien définies, voire de failles qui susciteraient l'empathie. Si les fondations de la saga sont bien posées (et de belle manière !), il reste à équilibrer le côté historique et épique par un petit soupçon de sueur, d'humanité, de gras en somme, qui donnerait un supplément de goût à une viande que l'on prend déjà un réel plaisir à déguster.
Ce premier épisode est complété par une interview et une postface de l'auteur, un sketchbook et un petit topo sur l'évolution à travers le temps de l'Ordre des Chevaliers de l'Hôpital. Des petits bonus appréciables et instructifs.

Une très belle surprise que ce comic au cadre original et à la mise en scène efficace.
La suite est attendue avec impatience.

Comic Box #68 et petit rectificatif

Le numéro de janvier/février de Comic Box est disponible en kiosque. Au sommaire, une analyse des retombées de One More Day et quelques réflexions sur l'avenir du Tisseur, l'historique de la conquête spatiale dans les comics, ou encore, entre autres, une BD des X-Men, un petit point sur l'adaptation de Walking Dead en série TV, une preview de la série Vertigo American Vampire, et quelques interviews, dont celle, très intéressante (notamment pour son point de vue sur l'évolution de l'industrie des comics), de Sal Buscema.

Mais si je vous parle de Comic Box, ce n'est pas tout à fait innocent. Il y a de cela quelques temps (cf cet article), j'avais réagi assez vivement à une réponse présente dans le courrier des lecteurs de ce magazine. J'avais notamment laissé très clairement entendre qu'une sorte de collusion de fait existait entre ce dernier et Panini. Or, après en avoir discuté avec Xavier Fournier, j'ai appris que, contrairement à ce que je pensais, il n'existe absolument pas de relation "patron/salariés" entre l'éditeur et la rédaction du magazine. Et ce pour la bonne et simple raison que Panini... ne possède pas Comic Box.
Il s'agit en fait d'un fonctionnement sous licence, qui se reconduit d'année en année, et qui est essentiellement lié à des considérations économiques. Si demain CB souhaite se retirer de ce partenariat ou aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte, c'est tout à fait possible. Le manque de critique sur les productions Panini (et notamment sur certaines adaptations navrantes) n'est donc pas lié à une frilosité mais à une ligne éditoriale totalement indépendante qui privilégie la source du matériel, le fond, plutôt que la forme de sa transposition en VF.
Une telle approche peut sembler discutable, voire insuffisante, surtout pour un magazine aussi connu et réputé, mais à partir du moment où elle est clairement assumée, elle me semble respectable.
Je suis toujours prompt à ronchonner et à pointer du doigt ce que je considère comme honteux, mais je crois sincèrement que l'on ne peut exiger des autres une rigueur que l'on ne s'appliquerait pas à soi-même. Je tiens donc à m'excuser envers les lecteurs que j'ai induit involontairement en erreur, ainsi qu'envers la rédaction de CB dont j'ai mis en cause l'intégrité de manière un peu rapide.

08 janvier 2011

Siege : Conclusion et Conséquences

Début d'année mouvementé pour les héros Marvel avec le grand final de la saga Siege.
Attention, spoilers inside !

Siege aura été un event resserré et rapide mais qui apporte son lot de petits changements voire de gros bouleversements. Rappelons qu'au départ, Norman Osborn, manipulé par Loki, décide d'attaquer Asgard contre l'avis du président des Etats-Unis. Les Dark Avengers, le HAMMER et les hommes de Hood participent à l'assaut tandis que Thor et les siens sont rapidement épaulés par les New Avengers, Nick Fury, Iron Man et plus ou moins tous les encapés de bonne volonté qui attendaient depuis longtemps l'occasion de donner une leçon à l'ex Bouffon Vert.
Bien entendu, Osborn sort perdant de la confrontation, mais sa chute est loin d'être la seule conséquence notable de l'évènement.

Avec la défaite d'Osborn prend fin la période Dark Reign. Cette dernière n'aura finalement pas été aussi sombre que l'on pouvait s'y attendre, avec des héros rebelles qui ont traversé ces moments difficiles sans trop de dégâts. A la limite, Civil War avait réussi à imposer une ambiance bien plus dramatique (rappelons-nous certaines traques sans pitié, comme celle de Julia Carpenter (cf ce Monster) ou encore la séparation forcée du couple Cage/Jones). Ici la seule véritable - et double - victime aura été le Punisher, d'abord abattu par Daken (cf The List) puis ressuscité de manière assez ridicule en Franken-Castle.
Le rapprochement entre les anciennes factions qui s'étaient opposées pendant la guerre civile était également attendu. Même si les vannes de Tony Stark sont accueillies plutôt fraîchement, cette lutte commune aura permis de mettre un point final à Civil War. En effet, avec le retrait de la loi sur le recensement des surhumains, il ne reste plus rien de cette saga. L'abrogation de la loi pose d'ailleurs quelques problèmes de crédibilité. Tout d'abord, on a l'impression que c'est Rogers qui demande cette faveur au président, mais ce dernier n'a pas le pouvoir d'annuler une loi. Et même s'il le pouvait (ou imaginons qu'il y ait eu une grosse ellipse permettant au sénat de revenir sur sa décision), en quoi l'opinion publique serait plus favorable maintenant à un retour en arrière ? Surtout après l'invasion Skrull ou encore le drame survenu à Chicago et qui a été présenté comme un nouveau Stamford.
Dans les changements "politiques" survenus dans l'univers 616, l'on peut aussi noter l'arrivée de Steve Rogers au poste de "super-flic" précédemment détenu par Osborn. Il succède ainsi à Nick Fury, Maria Hill et Tony Stark. Bizarrement, Bucky continue donc d'endosser le rôle de Captain America.

Dans un registre moins joyeux, impossible de passer sous silence la mort de deux personnages importants. D'une part Loki, pour qui l'on ne se fait pas trop de souci vu son statut divin et sa place historique dans le marvelverse, d'autre part Sentry, dont la disparition se révèle bien plus inquiétante.
Après tout, Bob Reynolds n'est qu'un homme, et il se retrouve ici à l'état de squelette calciné que Thor va ensuite jeter dans le soleil. Normalement, il y a de quoi être déclaré cliniquement mort, parce que même pour nous la jouer Franken-Sentry, il faudrait encore pouvoir retrouver des morceaux à recoudre !
La disparition récente de son épouse (exécutée par Bullseye sur ordre de Norman Osborn) pourrait être un indice supplémentaire faisant pencher pour un règlement définitif du cas Sentry. Un peu dommage si c'est le cas, car ce personnage surpuissant et tourmenté avait su prendre une vraie place au sein du marvelverse et son potentiel était loin d'être déjà épuisé. Ceci dit, l'on a vu récemment qu'il pouvait se reconstituer quasiment à partir de rien et que même son épouse en venait à penser que l'origine de ses pouvoirs pouvait être de nature mystique. Le tirer des limbes de la Maison des Idées n'est donc pas techniquement totalement impossible...

Siege aura donc été fatal à certains mais la saga permet surtout le retour aux bases super-héroïques et la réconciliation de la communauté des surhumains. Bendis et Coipel auront livré un récit agréable, certes essentiellement orienté action, mais bien plus réussi dans le genre que World War Hulk.
L'on peut toutefois regretter l'éternel retour en arrière qui, avec la disparition du recensement, signe la fin d'une période certes sombre mais qui avait permis à l'univers Marvel de rentrer dans un âge adulte qui semble lui faire décidemment bien peur.


06 janvier 2011

Orgueil & Préjugés... et Zombies !

Un classique de la littérature anglaise, adapté en comics et agrémenté de morts-vivants, c'est ce que l'on découvre aujourd'hui dans Orgueil & Préjugés et Zombies.

Sous le règne de George III, l'Angleterre doit se défendre contre un terrible fléau. Le pays est en effet infesté de zombies. Tandis que les londoniens sont retranchés derrière d'immenses remparts, les campagnes environnantes sont plus ou moins efficacement protégées par l'armée. C'est à Longbourn, dans le Hertfordshire, que vivent les Bennet. Le père a depuis longtemps pris ses dispositions afin d'assurer à ses cinq filles une éducation martiale complète. Redoutables au mousquet, les jeunes femmes ont également suivi l'enseignement des meilleurs maîtres chinois et, depuis, manient le sabre avec une adresse peu commune.
Pourtant, pour madame Bennet, l'important n'est pas les hordes de monstres qui entourent leur propriété, ni même la pratique des arts martiaux. Ce qu'elle voudrait enfin, c'est voir ses filles trouver des maris, si possible argentés et de bonne naissance.
L'arrivée à Longbourn du distant et prétentieux Mr Darcy va sonner le début de chassés-croisés amoureux et de manoeuvres sentimentales qui parviendraient presque à faire oublier la menace qui plane sur le royaume...

Une petite explication s'impose quant à l'origine de cet étrange ouvrage. Au départ, l'on trouve donc Pride and Prejudice de Jane Austen, un roman sentimental plein d'humour et décrivant, avec une certaine acidité, les moeurs de la bonne société anglaise de la fin du XVIIIème siècle et du début du XIXème. En 2009, c'est Seth Grahame-Smith, producteur, amateur de pop culture et fan de films d'horreur, qui écrit non pas une parodie (l'essentiel de la trame et du texte étant respecté) mais une version assez étrange du roman, en y incluant des zombies. Un peu, pour prendre un exemple français, comme si tout à coup Luc Besson réécrivait Madame Bovary mais avec des vampires. Oui, je sais, ça ne donne pas forcément envie. ;o)

C'est donc l'adaptation, en graphic novel, du roman d'Austen revisité par Grahame-Smith que Casterman nous propose ici. Le scénario est de Tony Lee, les dessins de Cliff Richards. Ce dernier possède un élégant coup de crayon et a opté pour un noir & blanc plutôt agréable. Efficace dans les scènes de combat (le type s'est fait la main sur Buffy), il livre également des zombies qui tiennent la route et des visages et décors franchement jolis. L'on a toutefois un peu de mal à reconnaître certains personnages du premier coup d'oeil, mais rien de bien méchant.
Venons-en à l'essentiel : le récit.
En plus des morts-vivants, le lecteur aura la surprise de croiser la route de ninja (!) et autres amateurs de kung-fu. L'impression générale est assez déroutante, d'autant que l'on ne peut pas dire que la touche asiatique ni même les zombies soient particulièrement bien exploités. Tout au plus les cadavres ambulants rendent-ils encore plus ridicules et désuets les codes et préoccupations de la bourgeoisie britannique de l'époque, mais jamais ils ne suscitent un véritable sentiment de danger ou même un vague effroi. Tant qu'à détourner le matériel original, une plus grande prise de risque aurait été bienvenue.
Ceci dit, l'ensemble ne manque pas d'humour et permet de moderniser une oeuvre qui, sans cela, n'aurait sans doute pas séduit le même public. Quelques répliques cinglantes et un final plus proche de Kill Bill que de La Nuit des Morts-Vivants achèvent de donner à cette adaptation un côté décalé et burlesque sympathique mais que l'on aurait aimé voir rehaussé par une tension dramatique plus présente.

Une curiosité, certes plaisante, mais qui ne parvient pas à suffisamment lier apports récents et terreau ancien pour emporter complètement l'adhésion.

04 janvier 2011

Spider-Man : Mysterioso

Suite de la confrontation entre le Tisseur et ses plus anciens ennemis dans le Spider-Man #132.

Après les nouveaux vilains (pas toujours très réussis) de Brand New Day, la Maison des Idées fait revenir les adversaires historiques de Spidey sur le devant de la scène. Nous avons eu droit à Electro, l'Homme-Sable, c'est maintenant au tour de Mysterio de revenir taquiner l'araignée.
Rappelons que Quentin Beck est censé s'être suicidé après une dernière machination (cf ce Deluxe de la série Daredevil), mais avec un type passé maître dans l'art de l'illusion, mieux vaut ne pas tout prendre pour argent comptant. Et justement, c'est à un jeu d'esbroufe et de faux-semblants que les auteurs nous invitent, Mysterio tirant les ficelles d'une guerre de gangs opposant les survivants de la Maggia à Mr Negative et ses hommes.

Le scénario est de Dan Slott, les dessins de Marcos Martin. Rien de bien extraordinaire dans ce récit très classique, si ce n'est peut-être un Parker tout traumatisé par le fait de se faire sermonner par sa tantine. Il avoue même que déplaire à sa tante est pire pour lui que de se faire tabasser par Hulk. C'est dire à quel point il va bien psychologiquement...

Un autre moment plus drôle ; Parker au volant, qui fait même allusion à sa tentative avortée de devenir chauffeur de taxi (cf Spider-Man #117). Si vous êtes observateur, vous aurez l'occasion de voir, dans l'épisode final (concernant le fan de Jameson), qu'une autre allusion aux exploits de pilote de Peter est habilement glissée dans la pièce spéciale où le type punaise ses journaux. Heureusement dans New York, conduire n'est pas vraiment indispensable, surtout lorsque l'on peut en plus se balader d'immeuble en immeuble au bout d'une toile.
Pour ce qui est du reste, il n'y a pas vraiment de quoi s'enthousiasmer. L'intrigue est plutôt convenue, les combats ennuyeux et le côté kitsch de l'ensemble (la palme revenant au robot-Silvermane) n'aide pas vraiment à faire décoller le tout.

La revue se termine avec deux courts épisodes, dont l'un est consacré à Mysterio. Ce dernier tente de percer le secret d'un trucage qu'il compte utiliser pour nuire à Spider-Man. Bof, rien de bien folichon encore une fois. Et surtout, contrairement à ce que l'on pourrait penser, cela n'explique en rien les origines du personnage.
La seconde histoire courte est centrée sur Jameson qui, lui, s'en sort plutôt pas mal dans son rôle d'éternel râleur.

Niveau traduction, c'est du Panini, donc on retrouve les bourdes habituelles, du style "numéro n°7" ou encore "c'est du chiquet" (employé deux fois à la place de "chiqué").
Ce début d'année se révèle plutôt poussif pour un Monte-en-l'air qui a perdu son côté dramatique post Civil War et n'a pour autant pas retrouvé l'humour et la fraîcheur de ses débuts.


02 janvier 2011

Univers Marvel & autres Comics : Relaunch

De retour, prêt et armé pour une sixième saison, avec, histoire de rattraper le retard, quelques chroniques concernant les sorties marquantes de ces dernières semaines.

Eh bien finalement, après deux longs mois salutaires, me revoilà, même si le rythme de publication sera sans doute moins intense que par le passé. Je vais radoter en remerciant une nouvelle fois, et le plus chaleureusement possible, toutes les personnes qui m'ont témoigné intérêt et sympathie pendant cette période disons... un peu "creuse". C'est en partie grâce à ce soutien inattendu que je suis revenu sur ma décision de ne plus m'exprimer sur le net. Et puis aussi parce que je suis incorrigible et que l'envie de parler de mes nombreuses lectures est revenue, peu à peu, jour après jour, avec une insistance grandissante. ;o)
Mais passons à l'essentiel.
Tout d'abord, je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année. J'espère qu'elle vous apportera de chaudes lectures et de belles rencontres. Ou inversement.
Sachez que 2011 correspond, dans l'astrologie nöltèsque, à l'année du Canard Mécontent. Signe d'eau (ou plutôt de glaçons dans le whisky) et de plume, le Canard Mécontent est également le saint patron des scribouilleux, des auteurs irascibles et de la chevrotine. On lui rend hommage un peu n'importe quand, grâce à divers breuvages que les disciples consomment régulièrement (bière, vodka, soupe à la tomate en période maigre). Une personne du signe du Canard Mécontent est aisément reconnaissable à son élégance naturelle et à sa propension étrange à l'emploi de gros mots connus d'elle seule.
Parmi les Canards Mécontents célèbres, l'on peut citer Howard the Duck, Leonard de Vinci, Evelyne Dhéliat ou encore Kool Shen. C'est dire si l'année qui vient a du potentiel !
Surtout, un Canard Mécontent peut montrer les dents (oui, de nos jours ils en ont), jouer du poing, faire les gros yeux, ça ne l'empêche pas d'être un canard avant tout. Avec une sensibilité propre, une cravate ridicule et un badge-smiley un peu triste. Et puis, finalement, un canard, c'est un peu foutu comme tout le monde. Quand on lui tire dessus, il prend ça mal. Surtout lorsque les exploits des chasseurs ne visent pas à remplir leurs assiettes mais juste leurs ego, trop faibles pour exister sans une comparaison qu'ils pensent flatteuse.
Cette année, les canards, courroucés ou à l'apparence tranquille, vont tenter de démontrer qu'ils sont plus résistants qu'il n'y paraît, qu'ils ont aussi des munitions, et que pour les faire taire, il faut plus que de vieux tromblons. La preuve que les palmipèdes sont en vogue, Glénat vient de lancer une intégrale Carl Barks mettant bien sûr à l'honneur Donald Duck, l'oncle Picsou et toute la bande de Donaldville. Le premier tome (de plus de 380 pages) est déjà disponible. La collection complète en comprendra 24 (!) et est agrémentée d'une foule d'infos et de petits bonus. Si avec ça 2011 n'est pas l'année du Canard, c'est à y perdre ses plumes !

Laissons de côté ce magnifique interlude astrologique et animalier pour en venir au sommaire du jour. Pour que ce relaunch puisse être relativement consistant, il fallait rentrer tout de suite dans le vif du sujet. Voici donc le menu de rentrée (avec du bon, du moins bon et de l'excellent) :

- Locke & Key : un hit de plus chez Milady avec une série d'une rare qualité, écrite par le fils d'un très célèbre romancier.
- Dracula : l'adaptation du chef-d'oeuvre de Bram Stocker chez Fusion. Le dentu parvient-il à conserver son mordant ?
- Peter & Max : premier roman en français issu de l'univers de Fables, l'ouvrage est écrit par Willingham himself.
- Blackest Night : Panini va tenter de suivre l'évènement avec des revues DC de plus en plus disparates et à l'agonie. Premières impressions.
- Dernière Station avant l'Autoroute : du polar bien de chez nous, consistant et glauque, et adapté du roman éponyme d'un ex flic.
- Suicide Kings : Deadpool fait son show dans Marvel Icons.
- Flash Rebirth : nouvelle revue lancée à l'occasion du retour d'un bolide bien connu. La vitesse est-elle encore attractive ?


Eh bien voilà, je crois que la sixième saison est lancée. ;o)
Les plumes sont acérées, les flingues chargés et la passion intacte dans nos yeux. Impossible de savoir ce qu'elle nous réserve (encore que, j'ai quelques idées en tête), mais il y a fort à parier que nous aurons droit à de belles choses, à des moments enthousiasmants, et puis aussi à quelques déceptions, à du travail bâclé par certains éditeurs qui maltraitent les livres plutôt qu'ils ne les servent. Et s'il ne faut pas hésiter à s'enthousiasmer lorsque les oeuvres sont admirables, il est important aussi de ne pas cautionner une soupe, fade et tiède, que l'on voudrait parfois nous imposer et nous survendre à coups de superlatifs trop passe-partout pour être honnêtes.


Bonne(s) lecture(s) et merci d'être encore là. ;o)
Guns & Apple Pie !

Locke & Key : vieille demeure et serial-killer

Quand le fils d'un géant de la pop culture se lance dans les comics, cela donne Locke & Key. On embarque immédiatement pour la Nouvelle-Angleterre.

Tyler, Kinsey et Bode viennent d'emménager dans un immense manoir appelé Keyhouse et situé dans la petite bourgade de Lovecraft. Pourtant, les trois enfants de la famille Locke n'ont guère le coeur à profiter de leur nouvelle demeure. Car s'ils ont quitté leur ancienne vie, c'est pour tenter de laisser derrière eux l'horrible souvenir du meurtre de leur père. Ce dernier a été massacré par l'un de ses anciens élèves, un gamin violent à l'esprit dérangé.
Ce sont les adolescents, Tyler et Kinsey, qui souffrent le plus. Bode, plus petit, explore son nouveau terrain de jeu et, surtout, trouve l'espoir de revoir son père d'une manière totalement inattendue. Le petit garçon a en effet découvert que les portes de Keyhouse sont dotées de propriétés exceptionnelles. En franchissant l'une d'entre-elles, il a quitté son corps un bref instant et a pu se déplacer comme un fantôme. Après la première frayeur passée, Bode souhaiterait bien partager son secret avec son grand frère et sa soeur, malheureusement ceux-ci ne se préoccupent guère de ce qu'ils pensent être un trop-plein d'imagination quelque peu morbide.
Les Locke vont de toute façon rapidement se détourner des mystères de leur logis et être préoccupés par une épouvantable nouvelle qui les glace d'effroi : l'assassin qui a déjà frappé la famille vient de s'enfuir de l'institution dans laquelle il était interné. Et comme s'il était guidé par une force maléfique, le tueur est déjà sur le chemin de Lovecraft...

Attention, voilà une excellente série qu'il ne faut pas rater si l'on apprécie un peu le mélange entre paranormal et thriller tendu. Le scénario est de Joe Hill, un auteur qui a déjà un roman et un recueil de nouvelles à son actif mais qui est surtout connu pour être le fils de l'illustre Stephen King. Il est peu de dire que la filiation lui aura profité car le fiston semble aussi à l'aise que son célèbre pôpa pour ce qui est de camper des personnages crédibles et profonds. Une ou deux cases et quelques lignes de texte suffisent pour que le lecteur puisse s'attacher aux protagonistes et éprouver une empathie totalement essentielle à ce genre de récits.
Hill revisite le thème de la maison hantée de manière originale, en y associant un serial-killer et un système de clés et de portes tout à fait prometteur. La narration est remarquable d'efficacité et maintient le lecteur en haleine jusqu'à la fin de ces six premiers épisodes.
La partie graphique a été confiée à Gabriel Rodriguez, un dessinateur chilien franchement doué. Le style est doux, très agréable, les décors sont souvent fort beaux et les visages expressifs. Les scènes choc sont bien amenées et les plans se révèlent variés et bien pensés. Difficile donc de trouver le moindre défaut à ce titre percutant et bien réalisé où stress et émotion se côtoient.

L'ouvrage est publié chez Milady et contient une galerie d'illustrations et une préface de Robert Crais. La traduction de Maxime Le Dain est exemplaire, sans maladresses ou aspérités qui pourraient nuire à l'immersion.
Pour l'anecdote, une adaptation de Locke & Key en série TV (produite par Spielberg) est déjà en chantier aux Etats-Unis.

Un nouveau poids lourd chez Milady, un éditeur qui confirme encore une fois la grande qualité de ses adaptations.
A posséder absolument, ne serait-ce que pour profiter des débuts d'un King (enfin, d'un Hill) à la hauteur du talent de son père, ce qui n'est pas peu dire.

Dracula version Comics

Le plus célèbre des vampires débarque chez Fusion pour une adaptation en graphic novel du roman de Bram Stoker.

Jonathan Harker se rend pour affaires en Europe de l'Est. Après être passé par Munich puis Vienne, il laisse derrière lui les grandes villes pour entrer dans des contrées isolées, de plus en plus sauvages. Il arrive bientôt en Transylvanie, une terre parsemée de vieilles croyances et de ce qu'il pense encore être de sottes superstitions. Pourtant, d'étranges évènements vont vite troubler la sérénité du pauvre Harker. Le comte Dracula, son hôte, se révèle impressionnant et animé de bien curieuses intentions. L'homme possède un magnétisme animal, un regard aussi glacial que cruel et se met parfois, une fois la nuit tombée, à escalader les parois de son château, comme un lézard !
Harker en vient à craindre pour sa vie lorsque le comte lui fait rédiger plusieurs lettres antidatées annonçant son retour. Bien pire encore, il se rend compte que c'est peut-être une monstrueuse menace qui pourrait fondre sur l'Angleterre par sa faute...

Si Bram Stoker n'a pas inventé le mythe du vampire, c'est bien évidemment lui qui lui donne ses lettres de noblesses et le fait entrer durablement dans l'Imaginaire populaire. On doit notamment à l'écrivain plusieurs spécifications "techniques" qui contribueront grandement à définir le vampire, comme la capacité de se transformer en chauve-souris ou l'absence de reflet dans les miroirs (une absence tout à fait possible et expliquée de nos jours par la psychologie sous le terme d'hallucination négative).
Se lancer dans l'adaptation d'un tel monument n'a forcément rien d'aisé. C'est ici Leah Moore et John Reppion qui se sont associés pour écrire le scénario. Les auteurs ont choisi de conserver le côté épistolaire du roman, ce qui est une idée pour le moins contestable, notamment parce qu'elle donne à l'ensemble un côté plat et affreusement lent. Les dialogues sont extrêmement rares et les faits sont exposés grâce à des extraits de lettres ou journaux intimes. Cette fausse fidélité aux écrits de Stoker place finalement ce comic dans une position scabreuse, n'assumant pas totalement son potentiel graphique et se révélant trop "écrit" pour une BD tout en ne l'étant pas suffisamment par rapport au matériel d'origine dont il ne sait pas se détacher.
C'est presque donc une version illustrée du roman que l'on découvre et non une relecture de l'oeuvre.

Plus de réussite toutefois du côté des dessins de Colton Worley. Le talent de l'artiste est incontestable. Il livre des peintures souvent sublimes, dans un style réaliste. Les planches les plus envoûtantes se trouvent dans la première partie du récit et parviennent à créer une ambiance gothique et crépusculaire du plus bel effet. La suite, bien que loin d'être laide, est plus banale. Surtout, là encore à cause de choix narratifs malheureux, l'ensemble manque de dynamisme et l'ennui guette. Un comble pour une histoire censée inspirer la terreur.

Au final, le résultat est certes esthétique mais profondément ennuyeux. Les scénaristes, peut-être rendus fébriles par l'ampleur de la tâche, semblent s'être embarrassés d'un respect excessif de l'oeuvre qui les a empêché de se l'approprier réellement et, surtout, de transformer la logique romanesque en écriture propre à l'art séquentiel.

Un échec, lourdingue et malhabile, qui parvient à rendre soporifique l'un des plus inquiétants monstres de la littérature.
Décevant.

Blackest Night : début en demi-teinte

Le gros évènement de DC Comics arrive en France, dans le DC Universe #59. Cette Blackest Night parviendra-t-elle à sauver l'univers DC du marasme dans lequel il semble stagner en France ?

Difficile de faire comme d'habitude en commençant par un petit résumé de l'intrigue. Difficile parce que pour l'instant, elle se résume à vraiment pas grand-chose. On se recueille devant des tombes, on palabre, on évoque les pertes passées, et puis des anneaux noirs sont dispersés, un peu trop vite pour réellement faire monter la pression.
La revue propose en fait un prologue, les deux premiers Blackest Night (dont le numéro #1, plus volumineux), Green Lantern #44 et le JLA #38.
Au scénario, l'on retrouve un Geoff Johns finalement peu convaincant sur ces seuls épisodes. Au dessin, Ivan Reis et Doug Mahnke se lancent dans une démonstration efficace et lumineuse. Le dernier épisode voit James Robinson prendre le relai, secondé par Mark Bagley au dessin, dont le style sympathique convenait mieux à un Ultimate Spider-Man qu'à une épopée cosmique, surtout après la prestation de Reis.

Malgré les critiques dithyrambiques et le bon accueil général réservé au crossover (notamment en terme de ventes aux Etats-Unis), j'avoue avoir une petite réserve sur ce début d'event. D'autant qu'un Meltzer, sur Identity Crisis, avait su embarquer le lecteur dès les premières planches, et ce même si l'on était peu familier des protagonistes. C'est ici loin d'être le cas. Ce n'est bien sûr que le début, mais l'idée, pour ces premières planches, semble plus forte que sa mise en oeuvre.
Le grand nombre de personnages concernés nuit également un peu à leur développement, d'autant que le récit ne parvient pas non plus à prendre un réel virage épique. L'on passe de moments "mous", qui auraient pu en apprendre plus aux nouveaux venus sur les forces en présence, à des scènes vite expédiées et peu impressionnantes au regard de leur signification. Cette première approche n'égale en tout cas pas Green Lantern Corps : Recharge ou The Sinestro Corps War, qui permettaient d'accéder facilement aux concepts des différents corps, des anneaux et du spectre des émotions.
La traduction, parfois maladroite, de Laurence Belingard ne doit pas franchement aider non plus. On sent en tout cas que ça "accroche" sur pas mal de dialogues et d'expressions, rajoutant un manque de fluidité à l'ensemble.

Pour le moment, l'on reste sur sa faim, le potentiel métaphysique de Blackest Night n'étant que très légèrement survolé, un peu comme si, malgré un bon concept de départ, tout crossover mainstream était condamné à sombrer rapidement dans la facilité et les ornières.
A surveiller tout de même, histoire de voir si la plus sombre des nuits finira par s'illuminer...

Dernière station avant l'autoroute

Adaptation BD d'un polar écrit par un ex flic, Dernière Station avant l'Autoroute surprend, accroche et laisse parfois le lecteur sur une faim peut-être pas si involontaire qu'il n'y paraît.

Flic de nuit. Plus qu'une profession, un sacerdoce. Une fonction qui bouffe tout ; la vie privée, la santé, le moral. Même en étant commandant, il faut se taper le sale boulot. Etre là quand des squatteurs crament dans un putain d'immeuble désaffecté, compter les membres quand des tonnes de cadavres s'empilent suite à un épouvantable accident...
Le soleil n'est jamais nulle part. A la place, il y a cette nuit éternelle et glauque, qui pue le mauvais whisky et le tabac froid. Au début, on se demande comment tenir. A la fin, on se demande surtout pourquoi.

Voilà un récit brut et dérangeant, autant par le propos sous-jacent que le parti pris de l'auteur. L'histoire est tirée d'un roman de Hugues Pagan. L'homme est un ancien professeur de philo, ancien flic également, ayant bossé à la criminelle, aux RG, puis ayant basculé dans l'enfer de la nuit. Là où les flics sont essorés, rincés, transformés en spectres au regard vide. Pour Pagan, tout bascule en 1988, lors de la catastrophe ferroviaire qui ensanglante Lyon. Il passe treize heures à identifier des cadavres déchiquetés, dans l'odeur des tripes et des excréments. Il côtoie l'indicible, frôle la limite... pète les plombs. Et on les pèterait à moins. Pour le remercier, sa hiérarchie lui offrira une mutation en guise de sanction. Parce qu'il sait écrire, et malgré une grosse déprime et une envie d'en finir, il va exorciser ses démons en les projetant sur les pages ou les écrans (c'est à lui que l'on doit notamment le concept de Mafiosa, une série TV qui fait plutôt bonne figure parmi l'habituelle ridicule production franchouillarde).
Bref, quand le salut d'un homme coïncide avec un vrai plaisir de lecteur, autant s'en réjouir.

Mais nous parlons ici d'une adaptation. Le scénario est écrit par Didier Daenincks, les dessins sont de Mako, le tout est publié dans la collection Rivages/Casterman/Noir, dans laquelle l'on peut trouver le très bon Shutter Island par exemple.
Niveau dessin, le style est plutôt agréable, réaliste mais teinté d'une sobriété bienvenue. L'on regrettera cependant une ou deux cases où les personnages flirtent avec des proportions quelque peu hasardeuses. Le travail du scénariste n'a pas dû être des plus simples. Tout d'abord, il faut jongler avec le support bien particulier de la bande dessinée et quelques tirades très "écrites", permettant de rendre certains instants plus dramatiques, drôles ou poétiques. Mais ce qui convient à un roman ou une nouvelle ne fonctionne pas toujours dans un registre graphique. Pas sans une certaine redondance en tout cas, ou parfois même un contraste assez malheureux. Un exemple : une observation amusante du narrateur qui "pense" à un moment : "sa jupe s'arrêtait là où d'autres commencent". Voilà une jolie tournure et une élégante manière de dire les choses, mais cela renvoie du coup le dessin à une illustration fade et molle, manquant même d'audace vu le contexte. Or la BD, c'est un équilibre. Une alchimie. Et à trop courir derrière le texte, l'on peut rapidement vider le dessin de tout son potentiel.
L'intrigue policière, elle, n'est pas secondaire, comme j'ai pu le lire ici ou là, mais bien totalement absente. Il est même fait allusion, dans certains résumés trouvés sur le net, à une histoire de disquette dont il n'est pourtant jamais question. Tout est centré sur le devenir du personnage principal, certes parfois un peu caricatural, mais après tout, les caricatures sont souvent issues d'une vérité. Flic est un métier qui laisse des traces. Ici, elles sont visibles et ce n'est pas un mal. Si l'alcoolisme et l'envie de s'en loger une dans la tronche sont abordés, ce n'est pas un effet de style, c'est une triste réalité, plus présente que l'on ne voudrait bien le croire.

Contrairement à ce que les premières pages laissaient augurer, il s'agit plus d'une sorte de violente introspection que d'une véritable fiction policière. Il faut un moment avant d'être embarqué dans cet univers moite et âpre, mais une fois pris à la gorge, l'on est plutôt agréablement surpris. Notamment par le refus de céder à certaines facilités. Ici, pas de héros, de happy end ou de complot déjoué à la dernière seconde. Juste la réalité, sinistre et banale, avec ses moments de spleen et ses injections d'adrénaline. La cover en prend un supplément de sens : montrant un type dont on ne voit pas le visage, avec un flingue à la main et une bouteille à ses pieds, elle suggère un regard bas, qui nous cache confortablement l'identité de ceux qui, pour nous protéger et assurer un semblant d'ordre, sont jetés dans un enfer dont, souvent, ils ne peuvent sortir que par l'oubli nauséeux consécutif à l'addiction ou l'acte ultime.

Une BD troublante, faisant volontairement fi des règles "admises" du polar, et laissant élégamment le lecteur combler des interrogations qui n'ont, de toute façon, pas de réelles réponses.