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29 janvier 2015

Sidekick : simplement brillant

La nouvelle série de Straczynski vient tout juste de sortir chez Delcourt. Impossible de passer à côté car Sidekick s'avère être l'un des meilleurs comics de ce début d'année.

Un sidekick est une sorte d'acolyte servant souvent de faire-valoir. En se mettant dans de fâcheuses situations, il permet au héros principal de briller. L'un des exemples les plus célèbres est sans doute Robin, sidekick de Batman. 
C'est ce rôle particulier que J.M. Straczynski a choisi d'explorer - et triturer - dans cette série qui sera publiée en deux tomes et dont nous découvrons ce mois les six premiers épisodes.

Difficile de trouver quelque chose de terne ou mal écrit dans la bibliographie de Straczynski. Avec cette nouvelle œuvre, l'auteur confirme être sans doute l'un des scénaristes modernes figurant parmi les plus réguliers en termes de qualité. On lui doit, entre autres, Rising Stars, Midnight Nation, The Twelve, Supreme Power, Superman : Terre-Un ou encore un run mythique sur Amazing Spider-Man. Et ce nouveau titre s'ajoute encore aux réussites de ce bon vieux Joe.

Tout commence lorsque Red Cowl, protecteur de Sol City, se fait descendre par un sniper lors d'une parade. Flyboy, son sidekick, se retrouve seul et démuni. Il va devoir faire face à la perte d'un ami mais aussi à une lente descente aux enfers résultant de coups du sort et, surtout, de mauvaises décisions.
La force principale de ce récit tient dans la complexité et la finesse de la psychologie du protagoniste principal. Ce dernier va lentement passer par tous les états possibles, révélant ses faiblesses, cédant parfois à la facilité, sombrant dans la dépression et finissant par se mettre à dos population et autorités.

Sidekick s'inscrit dans la lignée des comics "sombres", où les super-héros, désenchantés, apparaissent avec leurs failles et leurs doutes. Pourtant, il se détache tout de même des productions de ces dernières années. Moins brutal qu'un Irrécupérable, moins cynique qu'un The Boys, plus abouti qu'un The Cape, Sidekick parvient à montrer l'évolution, réaliste, d'un jeune homme confronté au poids du destin, de la société et de ses choix.
C'est avec une grande subtilité que Straczynski décrit non seulement les affres du héros mais aussi certains de ses adversaires. S'il expose parfois leur manque de moralité, il tient également compte des circonstances ayant fait d'eux ce qu'ils sont. Et, bien que ce soit parfois difficile à admettre, il est vrai qu'aucun individu ne peut être réduit à son côté le plus sombre. Le savoir est une chose, parvenir à le démontrer (ce que fait ici l'auteur) tout en douceur en est une autre, qui force l'admiration.

Outre cet aspect dramatique réussi, Straczynski s'amuse également à confronter le mythe super-héroïque avec des habitudes économiques ou médiatiques modernes. Flyboy se retrouve ainsi à tenter l'expérience du "financement participatif" (ou crowdfunding) pour continuer ses activités. Et la télévision et ses hordes d'ahuris ignorants commentant des faits qu'ils ne comprennent pas est également épinglée de manière assez juste. 
Tous ces petits éléments renforcent encore la vraisemblance de l'ensemble et apportent parfois un peu de légèreté. 

Les dessins, eux, sont réalisés par Tom Mandrake. Ils sont très corrects même si l'ambition de la série ne se situe clairement pas au niveau de son aspect graphique. Ce premier tome contient une galerie de covers alternatives. Quelques coquilles ou maladresses au niveau de la VF mais la traduction reste dans les limites de l'acceptable.

Une excellente histoire, très bien écrite, qui donne l'impression de découvrir un nouvel aspect du genre super-héroïque, pourtant saturé par une production massive.
A lire absolument.

+ toute l'intelligence et la finesse de Straczynski
+ un aspect psychologique fouillé
+ tension, action et révélations se mélangent, sans temps mort
+ une narration d'une grande maîtrise
- une VF perfectible



  

04 décembre 2014

Injustice : les Dieux sont parmi nous !

Grosse sortie Urban Comics hier, avec l'adaptation BD de Injustice - les Dieux sont parmi nous qui, en plus d'être excellente, est accompagnée du jeu PC.

Des jeux vidéo adaptés en bande dessinée, ce n'est guère nouveau. A titre d'exemple l'on peut citer Halo ou World of Warcraft, tous les deux franchement décevants. Il faut dire qu'il n'est pas toujours aisé de retranscrire ce qui fait l'intérêt d'un jeu dans un récit. A plus forte raison lorsqu'il s'agit d'un jeu de combat.
C'est pourtant le pari qu'a tenté DC Comics avec Injustice. Il faut dire que le jeu contenait déjà un mode solo plutôt intéressant et un pitch de départ permettant de rendre certains personnages bien plus sombres qu'à l'accoutumée.

Injustice se déroule en effet sur une Terre parallèle, où tous les héros et criminels connus sont présents. Une différence de taille va cependant bouleverser l'avenir de certains.
Alors que Loïs Lane attend un heureux évènement, celle-ci se fait enlever par le Joker. Ce dernier utilise ensuite la toxine phobique de l'Épouvantail, mélangée à de la kryptonite, pour perturber les sens de Superman qui, croyant avoir affaire à Doomsday, en vient à tuer sa femme et l'enfant qu'elle portait...
C'est le point de départ des six longs chapitres (30 planches chacun) contenus dans ce premier tome.

Le scénario, brillant en tout point, est de Tom Taylor. Les dessins, allant du correct au franchement pas brillant, sont de Jheremy Raapack, Mike S. Miller, Bruno Redondo, Axel Gimenez, David Yardin, Tom Derenick et Diana Egea. Dommage qu'il n'y ait pas de véritables grosses pointures aux crayons car l'intrigue vaut vraiment le coup.
Voyons cela en détail.
Après avoir encaissé difficilement le choc de la disparition des siens, Superman en vient à commettre des meurtres et à intervenir de plus en plus souvent dans les affaires politiques internationales. Il est suivi notamment par Wonder Woman et la plupart des autres encapés.
Batman, lui, s'oppose à ce qui semble être le début d'un règne autoritaire, voire même d'une dictature.

Le thème des super-héros influant directement sur le monde par la manière forte a déjà été largement défriché, souvent de belle manière, que ce soit dans The Authority, Supreme Power, No Hero ou Black Summer. Ici, cependant, il ne s'agit pas d'un individu isolé qui pète les plombs, ou d'une équipe de héros secondaires, mais de tous les poids lourds bien connus de DC Comics. 
L'on retrouve, outre Superman et Batman, Flash, Green Lantern, Aquaman, Green Arrow, Cyborg... et la bat-family est aussi présente, avec Robin, Nightwing ou encore Catwoman. Questions vilains, en plus du Joker, déjà cité, l'on a droit à Harley Quinn, Ares, Double-Face ou encore le Sphinx. 
Mais le casting ne fait pas tout, pour obtenir une histoire qui tienne la route, il fallait talent et savoir-faire, ce dont ne manque pas Tom Taylor, qui se révèle magistral et inspiré.

Tout d'abord, contrairement à un Civil War, excellent mais qui débutait sur une radicalisation des deux camps un peu rapide, Injustice glisse vers la confrontation avec une lente et logique progression dramatique. Les altercations se multiplient, opposant Superman à divers gouvernements ou même aux armées d'Atlantis. Toujours dans un noble but mais avec des dérives de plus en plus évidentes. 
Les principaux protagonistes se connaissent bien, s'apprécient, se respectent, et leurs divergences n'en sont que plus déchirantes. Green Lantern tente de raisonner Supes, Flash commence à douter de la légitimité des méthodes employées, même Catwoman n'en revient pas que la communication soit rompue entre Bruce et Clark, alors que les deux hommes continuent de s'estimer et de poursuivre les mêmes buts. 
Ce traitement des personnages permet de ne pas seulement assister à une suite de combats mais de profiter des liens qu'ils ont pu tisser au fil des années. 

Taylor va également explorer tout le spectre de la violence dans une habile déclinaison : que ce soit la violence aveugle des fous, celle perpétrée au nom du Bien, celle des états, celle que l'on peut libérer sous le coup de l'émotion, celle qui est purement involontaire ou même celle, plus pernicieuse, qui se cache dans les rouages de la finance. 
Loin d'un propos manichéen, l'auteur démontre l'inéluctabilité de la confrontation, l'humanité de certaines personnes pourtant vues comme des monstres, et la relativité des plus nobles idéaux.  

Autre point important, Taylor utilise au mieux ce terrain de jeu alternatif, qui permet notamment de tuer "pour de bon" certains personnages. Et là encore les tragédies sont bien amenées, surprenantes et servent au mieux l'intrigue, dont la noirceur est ponctuée de quelques jolies tirades, comme lorsque Catwoman va dire à un Bruce fou de douleur ; "Juste aujourd'hui... ne sois pas Batman. Ne sois pas le Masque. Lâche tout, juste aujourd'hui. Tu peux t'effondrer. Je te tiens.", ce qui constitue tout de même une sacrée putain de belle déclaration d'amour. Il y a tellement de gens qui donnent dans le "sois fort" et si peu qui disent "tu peux tomber, je te rattrape"...

Bref, vous l'aurez compris, c'est tout simplement une excellente saga. Pour vingt euros, vous avez déjà un comic bien épais et passionnant, mais Urban vous offre en plus le jeu PC. 
Et pour les néophytes, sachez que deux pages présentent de petits topos sur les protagonistes principaux.

Une superbe histoire, sombre, mature, touchante et maîtrisée à la perfection.
La suite sort le mois prochain.

+ une thématique passionnante
+ un casting top
+ accessible
+ tendu, surprenant mais toujours vraisemblable
+ un mélange idéal entre muscles et émotion
+ un bon jeu offert en prime !
- des dessins parfois perfectibles





06 septembre 2014

Y le dernier homme : la fin en novembre chez Urban Comics

Retour sur une excellente série, Y the last man, dont le dernier Deluxe sera disponible d'ici deux mois.

Vertigo est véritablement un vivier à comics cultes (cf. cette encyclopédie, consacrée au label). Y the last man fait partie de ces BD qui marquent et se révèlent rapidement addictives. 
Au scénario, Brian K. Vaughan (Runaways, Buffy, Saga). Les dessins sont de Pia Guerra
Les premiers épisodes avaient été publiés par Semic, puis Panini. Cette fois, Urban Comics nous offre une intégrale en Deluxe.
Mais voyons un peu l'histoire pour ceux qui ne connaîtraient pas.

Yorick est un jeune homme charmant, un peu glandeur et passionné de tours de magie. Le genre de type qui n'est pas franchement destiné à devenir célèbre. Pourtant, du jour au lendemain, il devient l'homme le plus convoité au monde. Pour la bonne et simple raison qu'il est - si l'on fait exception de son singe Esperluette - le seul mammifère mâle encore en vie sur la planète.
Ce monde post-apocalyptique dans lequel il va évoluer est donc entièrement constitué de femmes, ce qui a certes quelques avantages mais aussi malheureusement de gros inconvénients, surtout lorsque l'on devient la cible de groupes extrémistes.

La thématique est plutôt originale, riche, et, malgré parfois quelques épisodes un peu "en dessous", Vaughan parvient à conserver un véritable intérêt tout au long de la saga. Yorick ne manque pas d'humour, il fait des rencontres plutôt hautes en couleur et l'on a en gros de bons dialogues, de l'action qui n'empiète pas sur la psychologie des personnages, quelques histoires d'amour et une explication du phénomène qui, si elle est un peu tirée par les cheveux, n'en reste pas moins présente (tous les auteurs ne s'en embarrassent pas forcément).
Les dessins, s'ils ne sont pas désagréables, souffrent un peu du même défaut que ceux de la série Fables : une simplicité qui, en ce qui concerne par exemple les décors, confine au simplisme. Les visages manquent également de diversité, difficile notamment de s'y retrouver dans le paquet de jeunes femmes blondes qui jouent un rôle dans le récit. 

Quelques défauts donc, qu'il est légitime d'évoquer, mais surtout un véritable bon moment de lecture, encore amplifié par une fin qui n'est pas avare de surprises et de chocs émotionnels. 
Le scénariste s'offre en effet ici une conclusion forte, parfois dérangeante, amère mais terriblement réussie. Contrairement à ce que pouvait laisser présager le ton parfois léger de la série (avec notamment le duo contrasté, à la buddy movie, qui se balance des vannes, ou le graphisme, pas franchement "sombre"), ce final est une cascade de crochets au menton et de directs au bide, qui vous laissent sans voix, le souffle court et la gorge serrée.

Cette nouvelle édition, agrémentée de bonus, constitue une occasion idéale pour découvrir la série si ce n'est pas encore fait.

+ un Vaughan toujours aussi à l'aise sur les longs récits
+ une thématique originale et abordant de nombreux sujets de société
+ une conclusion couillue et émouvante
- un style graphique souvent fade





04 septembre 2014

Avant-Première : Shazam

A l'occasion du relaunch de l'univers DC Comics, Shazam a également droit à sa "renaissance".

Billy Batson est un jeune adolescent qui n'a connu jusqu'ici que familles d'accueil et foyers sociaux. Lorsqu'il est enfin adopté par les Vasquez, un gentil couple devant lequel il joue le rôle de l'enfant "modèle", il ne se fait aucune illusion.
Il a d'ailleurs bien du mal à accepter les règles de sa nouvelle famille, tout comme à se lier avec les autres enfants, pourtant sympathiques, qui la composent. 
Néanmoins, les circonstances vont faire que Billy va peu à peu se rapprocher de Freddy, un autre fils adoptif des Vasquez.
Surtout, alors qu'il aboutit dans le métro après une course-poursuite mouvementée, voilà qu'il est transporté dans un étrange lieu où il acquiert des pouvoirs magiques...

Si parfois le grand ménage imposé au DCU n'aura pas été très inspiré (cf. les débuts de la Justice League), il faut admettre que les personnages secondaires (comme Aquaman ou Catwoman) s'en sortent beaucoup mieux. C'est également le cas pour ce Shazam (anciennement Captain Marvel), écrit par Geoff Johns et dessiné par Gary Frank, le tandem déjà à l'origine du très bon Batman : Terre-Un.
Johns est d'ailleurs un spécialiste de la réactualisation des personnages, puisqu'il s'était notamment occupé de revisiter les origines de Green Lantern ou même de Superman. C'est donc dans un exercice familier qu'on le retrouve.

Le point fort de la série tient essentiellement à la manière, touchante et subtile, dont est dépeint le jeune Batson. L'on découvre un adolescent complexe, intelligent, quelque peu renfermé, qui est sensible, droit, mais peu se révéler aussi borderline.
Le moment qui suit l'acquisition des pouvoirs est à la fois drôle et relativement réaliste. Billy, devenu adulte et presque invincible, découvre par exemple qu'il peut... acheter de la bière ! De quoi les ravir, lui et son pote Freddy.
Différentes menaces ne tardent cependant pas à se manifester, de Black Adam, dont on nous explique les sombres origines, aux incarnations des sept péchés capitaux. 

L'on navigue donc entre petites explications sur la magie, découverte des pouvoirs, scènes humoristiques et grosse baston.
Au niveau de l'impact visuel, l'on a ici du très bon Gary Frank. C'est joli, une réelle impression de puissance se dégage de certains protagonistes, et l'on a droit à quelques décors qui ne manquent pas de charme. 

Les épisodes, qui avaient été publiés à l'origine en back-up (petite série feuilletonnante, de complément) de Justice League, seront réunis dans un album librairie à paraître en novembre chez Urban Comics. Comme de nombreux titres issus du New 52, c'est très accessible. Vous me direz que c'est le but, mais il arrive pourtant que certains reboots éliminent une bonne partie de l'intérêt d'un personnage sans pour autant se débarrasser de la complexité de son univers (au niveau de la concurrence, l'opération Marvel Now n'est à ce titre pas franchement une réussite, cf. entre autres All-New X-Men). Ici, non seulement l'arc est complet, mais tous les éléments nécessaires à sa compréhension sont contenus dans le récit.

Un titre agréable, qui apporte un vent de fraîcheur sur le personnage.
Sortie : 14 novembre 2014

+ de belles planches
+ une écriture habile et efficace
+ une histoire qui ne repose pas uniquement sur l'action seule
+ parfaitement accessible





28 août 2014

Avant-Première : Superman - Identité Secrète

Un DC Deluxe indispensable sort en novembre chez Urban Comics : Superman - Secret Identity. Voyons tout de suite en quoi cette vision de Supes diffère de ce que l'on connaît.  

Les parents du jeune Kent ont cru bon de lui faire une bonne blague à sa naissance : ils l'ont appelé Clark. Comme le Superman des comics. Ce qui lui vaut bien entendu un nombre incroyable de blagues de mauvais goût. 
Parfois, Clark s'isole un peu, pour écrire, pour s'évader, comme s'il voulait s'enfermer dans une forteresse de solitude...
Et puis un jour, il découvre qu'il a des pouvoirs. Il peut voler, se déplacer à une vitesse hallucinante, soulever plusieurs tonnes !
Sa vie change. Tout devient possible.
Mais il est des secrets qui s'avèrent bien lourds à porter seul. Clark, qui découvre qu'il est épié, traqué même, va devoir choisir entre préserver ses proches ou partager avec eux ce qui fait de lui un être unique.

Cette mini-série, à l'origine publiée en 2004 en quatre longues parties, constitue une saga de près de 200 planches. Le scénariste n'est autre que Kurt Busiek (Astro City, Marvels), les dessins sont réalisés par Stuart Immonen, qui va faire preuve d'un talent extraordinaire en dépeignant un monde à la fois réaliste et d'une beauté stupéfiante. Les décors sont détaillés, les visages expressifs, les plans variés et souvent impressionnants. 
L'ambiance qui se dégage de l'ensemble fait penser à certains récits de Jeph Loeb, que ce soit évidemment son Superman : For all seasons ou le Spider-Man : Blue, pour le côté doux-amer. A cette relecture intimiste et tendre du personnage, Busiek va également associer un brin de paranoïa, Kent subissant - un peu à la manière d'un Hyperion - les manipulations et les agissements parfois douteux du gouvernement.

L'histoire, complète, suit Clark Kent de son adolescence jusqu'au crépuscule de sa vie, alors que ses pouvoirs déclinent. On le voit rencontrer sa Lois, fonder une famille, trembler pour celle-ci. Et au final, malgré quelques scènes super-héroïques classiques (Kent sauve un gamin de la noyade, il vient en aide à un avion en perdition...), l'auteur s'éloigne du schéma classique (pas de super-vilains par exemple) pour rentrer dans une thématique plus adulte, plus universelle aussi.
Peut-on mentir aux gens que l'on aime pour les protéger ? Jusqu'à quel point a-t-on le droit d'influencer ses propres enfants ? 

Dans un monde où Superman n'existe que dans les comics, Kent, pour se protéger, a choisi de s'habiller comme lui. De devenir une légende urbaine. Un sujet dont on se moque. C'est là une technique bien connue des services spéciaux du monde entier : si vous ne pouvez pas garder un secret, si c'est trop énorme pour être contenu, faites en sorte de le discréditer. Ce qui n'est pas crédible cesse d'être dangereux.
Ce que Kent a bien compris, c'est que pour vivre heureux, il lui fallait vivre caché, à l'abri de la foule et des sourires, torves et avides, des media. Là encore le genre super-héroïque pur est détourné, avec talent, pour finalement discourir sur un sujet bien plus vaste que les seuls encapés.

Ce que l'on retiendra de ce récit, ce n'est cependant pas tant les pistes de réflexion qu'il offre que la nouvelle vision qu'il impose pour le personnage. Superman, trop kitsch pour être aussi iconique qu'un Batman, trop puissant pour attendrir le lecteur, devient subitement fragile, mortel, désemparé. Humain en un mot.
Cette histoire fait également partie de ces contes, simples mais pas si naïfs que ça, qui marquent et permettent de croire, au moins un peu, que la bonté existe, quelque part. Cachée peut-être, habilement dissimulée par des gens qui savent qu'elle peut faire d'eux une cible. 

Un moment magique et hors du temps.
A lire absolument.
Sortie : le 14 novembre 2014

+ un univers graphique somptueux
+ une vision intelligente et originale du personnage
+ profond, réaliste et émouvant
+ une preuve supplémentaire que les comics, même de super-héros, peuvent être brillants et dépasser largement le cadre d'un genre que certains méprisent pas méconnaissance 
        




27 août 2014

Jack Kirby : l'oeuvre d'un géant

En 2006, Panini éditait en français une anthologie d’œuvres créées par Jack Kirby pour Marvel :  20 histoires réalisées (dessinées, mais parfois aussi écrites) entre 1940 et 1978, sélectionnées par Greg Theakston, qu'on nous présente comme un spécialiste des comic-books. 

Ce très beau livre, au toucher agréable, ne se veut pas une biographie exhaustive de l'artiste et se concentre sur ses créations pour un panorama édifiant (même si uniquement au sein du même éditeur). La préface ne rappellera que quelques éléments de la carrière de Kirby : on ne saura pas grand chose de ce fils d'immigrés juifs autrichiens (de son vrai nom : Jacob Kurtzberg) qui commença sa carrière sur des dessins animés de Popeye et faillit périr lors de la Bataille de Metz en 1944. 

L'anthologie nous replonge dans les prémisses du Golden age des comics au travers du travail de celui qui devait devenir un des deux piliers de Marvel avec Stan Lee, créant les super-héros les plus célèbres de la planète. On s’aperçoit ainsi que l’homme est arrivé à force de volonté et de talent, a essuyé des échecs mais a toujours su faire face, jusqu’à ce que la gloire survienne. Si les trois premières histoires (datant de 1940 et 1941) apparaissent bien datées, on y sent, derrière les poses outrées et les visages inexpressifs, cette dynamique extraordinaire que l’artiste allait savoir instiller dans ses cases à l’avenir. Le trait est encore peu affirmé, les personnages assez sveltes avec un graphisme qui rappelle Steve Ditko. On y retrouve tout de même Cap America, dans l’aventure qui l’a vu naître – maintes fois réécrite par la suite.  Puis on saute aux années 1960 pour le gros morceau : Hulk, les VengeursThor et surtout les FF, avec l’incontournable saga du Silver Surfer

Entre 1962 pour les origines de Hulk et 1967 pour la série Thor, avec inévitablement son compère Stan Lee comme scénariste, on y trouve un dessin aux traits puissants, aux personnages plus denses, dans une mise en page demeurant classique, mais avec un souci du décor qui explose, grâce au savoir-faire accumulé dans des récits de Strange Tales : il utilisera le moindre prétexte pour laisser libre cours à son goût pour les machines compliquées, les appareillages tortueux et les armes destructrices. 
Dans le même ordre d’idées, le design de Galactus est symptomatique : en mettre plein la vue tout en donnant cette idée d’infini, d’inconcevable, d’extraterrestre (d’indicible ?). Si on peut désormais sourire devant les discours pompeux des personnages sous la plume d’un Stan Lee inspiré, la vision de certaines planches force le respect. Kirby a trouvé son style, qui colle autant aux personnages de soldats ou de lutteurs qu’aux héros virils – sans être disproportionnés, les bras et les cuisses sont massifs, les poses dynamiques, les combats dégageant une vraie impression de puissance. Autant dans la description majestueuse  d’Asgard que dans celle de la machinerie de Galactus, Kirby s’en donne à cœur joie dans la démesure. Seule faiblesse : les personnages féminins qui perdent de leur charme et semblent coulés dans un moule unique – à la différence d’un John Buscema par exemple, plus attaché aux expressions corporelles et à des attitudes plus fluides. 

La dernière partie nous montre des travaux des années 1970, avec la série des Inhumains ou celle des Eternels, dans lesquelles il a réussi à dépeindre avec maestria les Célestes, dans des histoires qu’il a lui-même rédigées. Cette fois, même les cases se plient à sa volonté de grandeur, et voir une cohorte de Célestes à l’œuvre est un spectacle impressionnant. Parallèlement, sa série sur Captain America prouve combien il est à l’aise dans l’action pure, brutale et la montée du suspense : il n’y a plus le lyrisme cher à Stan Lee, on est dans le thriller nerveux. Ses héros foncent et sont souvent montrés de face, plongeant vers nous, une main tendue prête à sortir du cadre. Des histoires fortes et des personnages aux destins hors-normes étaient faits pour être illustrées – racontées – par lui. 


Son influence est définitivement majeure et se sent encore aujourd’hui, ne serait-ce que dans le dessin des ennemis bigger than life. Sans lui, la Chose ne serait qu’un tas de cailloux informe quoique doué de parole, et Captain America le héros ringard d’une époque révolue. Et puis, surtout, il a créé Galactus et son héraut, le très charismatique Surfer.

25 juin 2014

La Tour Sombre : ce qu'il faut lire avant...

UMAC lance aujourd'hui une série d'articles qui, pendant plusieurs mois, vont explorer le vaste univers de La Tour Sombre, de Stephen King. Et il nous a semblé logique de commencer par quelques conseils de "lectures préparatoires".

Si vous connaissez déjà The Dark Tower grâce à l'adaptation comics qui en a été faite alors... vous ne connaissez pas réellement cette saga. En effet, la BD ne fait que résumer, très imparfaitement, les nombreux rebondissements décrits dans les romans. Et les comics échouent notamment à rendre la profondeur des personnages et même, chose curieuse, la beauté et l'étrangeté des lieux visités (cf. cette chronique consacrée à la version comics de Magie & Cristal).
Pour découvrir réellement cette fantastique épopée, il faut donc le faire par le biais des romans. A ce jour, huit livres constituent l'intégralité de la saga (à l'origine, il n'y en avait que sept, un huitième s'est récemment intercalé entre deux anciens tomes).

Si dans l'absolu l'on peut se lancer dans cette longue lecture sans rien connaître de l'œuvre de Stephen King, il est néanmoins souhaitable, pour pleinement profiter de l'ensemble, de commencer par quelques romans qui, en apparence, n'ont pas grand-chose à voir avec La Tour Sombre.
En réalité, si l'on cherche bien, l'on peut trouver des connexions avec The Dark Tower dans pratiquement tous les - nombreux - romans du maître. Et dans quelques nouvelles. Mais tous ne sont pas d'importance égale. Si une vague allusion n'est pas cruciale, certains personnages, concepts ou évènements, développés dans certains ouvrages, le sont bien plus.
Voici donc une sélection de ce qu'il semble souhaitable de lire et de ce que l'on peut laisser de côté.

Le premier ouvrage à lire avant d'aborder l'univers de Roland Deschain est Salem. C'est assez ancien puisqu'il s'agit du deuxième roman de l'auteur, publié en 1975. Il est question d'une histoire, classique mais habilement menée, de vampires. Comme souvent avec King, les personnages sont attachants et finement ciselés. Et le quotidien d'une petite ville apparemment banale va lentement basculer dans l'horreur. 
Si ce roman est si important, c'est en fait parce que l'un des personnages va jouer un rôle important dans La Tour Sombre. Même si ce qu'il a vécu est quelque peu résumé dans la saga, il va sans dire que connaître précisément les évènements dont il est question sera donc un plus. Et le roman en lui-même aura également son rôle à jouer (les barrières entre fiction et réalité étant largement abolies dans The Dark Tower).  

Le second ouvrage est un classique puisqu'il s'agit de The Stand, traduit en français sous le titre Le Fléau.
Cette fois, l'histoire est bien plus ambitieuse et verse dans l'apocalyptique : une super-grippe décime la quasi totalité de l'humanité. Quelques survivants, immunisés, s'organisent en deux camps qui ne vont pas tarder à s'affronter...
Ce livre est doublement important. Non seulement il y est question de Randall Flagg, "l'homme en noir" qui hante les pages de bon nombre d'histoires du Kingverse, mais le fléau dont il est question a également son importance dans La Tour Sombre. Ce n'est pas forcément essentiel, mais connaître ces faits permettra d'augmenter la portée dramatique (et la magie) de plusieurs scènes. 

Enfin, dans les indispensables, il serait compliqué de passer à côté d'Insomnie.
Il s'agit probablement de l'ouvrage ayant le lien le plus direct avec The Dark Tower puisqu'il y est notamment question du terrible Roi Cramoisi, ainsi que de concepts et personnages liés directement au dernier tome de la saga. Cela pourrait presque être en fait le préambule officiel de l'épopée. 
Dans les faits, il s'agit d'une excellente histoire, basée sur un lent basculement dans une autre réalité ou, au moins, une autre perception de cette réalité. Le thème, toujours complexe, de l'avortement y est également abordé.

Avec ces trois romans, Salem, Le Fléau et Insomnie, vous êtes paré pour aborder La Tour Sombre dans de bonnes conditions. Disons qu'il s'agit d'un "kit" minimum. Bien entendu, d'autres peuvent encore être conseillés. 
J'ai longtemps hésité à mettre Ça (It) dans les indispensables. Pour une raison fort simple, c'est à mon humble avis LE chef-d'œuvre absolu de King, inégalé à ce jour. Tant sur le plan narratif et technique qu'émotionnel, ce roman est une pure merveille. L'adolescence (ou l'enfance) y est décrite avec le charme de la nostalgie mais aussi toute la violence de cette période cruciale. Mais, surtout, "ça" fait peur, c'est le cas de le dire.
Il y a bien quelques passerelles vers La Tour Sombre, mais objectivement, elles ne sont pas fondamentales. Sauf si l'on considère aussi le fait que King est un personnage de La Tour Sombre, et que donc lire l'un de ses meilleurs romans ne fera pas de mal. ;o)

Certains pourront s'étonner aussi de l'absence de Shining dans les romans conseillés, alors que le shining est constamment présent dans la saga. Une explication s'impose. Le shining est une sorte de clairvoyance, de télépathie, qui fait en effet le lien entre certains personnages de The Dark Tower et le roman Shining. Néanmoins, Shining (et sa récente suite, Doctor Sleep) n'ont pas de rapport direct avec la saga. Et le pouvoir en question y étant très bien décrit, il n'est donc pas indispensable de lire Shining, sauf si bien sûr, vous avez envie de lire un bon roman (ne croyez surtout pas le connaître si vous avez vu la... "version" de Kubrick, ça n'a aucun rapport, on se demande même pourquoi le réalisateur a tenu à se baser sur ce roman, dont il n'a retenu que le cadre).

Enfin, Les Yeux du Dragon, un conte très heroic fantasy, a également plusieurs liens avec le monde de The Dark Tower. Il peut néanmoins très bien se lire après, en "complément". 
Quant aux nombreux romans dans lesquels des "morceaux" de Tour sont distillés (Bazaar, Roadmaster, Sac d'Os, Rose Madder...), il vous appartient de décider s'ils vous font ou non envie.

Voici donc le tiercé (voire quarté) conseillé, dans l'ordre (de lecture, pas d'importance) : Salem, Le Fléau, Insomnie, plus Ça pour ceux qui ne sont pas trop impatients de commencer.
Cette sélection a également un autre but, quelque peu caché. En effet, Le Pistolero, le premier tome de La Tour Sombre, n'est pas un grand Stephen King. De l'aveu même de l'auteur, il faut "s'accrocher" un peu pour basculer dans l'univers de Roland et de son ka-tet. Aussi, lire quelques bons romans de King avant de vous lancer à l'assaut de son Everest vous permettra non seulement d'y évoluer avec plus d'aisance mais, certainement aussi, plus de confiance.

Tel un Pistolero, vous êtes au début de votre quête. 
Si vous faites vos premiers pas en empruntant les quatre histoires conseillées en pré-lecture, et que bien entendu vous continuez ensuite avec les huit romans de La Tour Sombre, vous voilà avec pas moins de douze très bons livres pour l'été (ou l'année à venir, suivant votre rythme). Douze est un bon chiffre, car il y a douze Gardiens qui... oh, mais je m'égare sai. J'implore votre pardon car il ne m'appartient pas de conter l'histoire de Roland Deschain de Gilead, serviteur du Blanc, descendant de la lignée de l'Eld et dernier pistolero d'un monde qui a changé. Cela a été fait, et de belle manière. Si fait, quelle heureuse rencontre que celle que pourra faire le Lecteur avec ce Conte Ultime, peuplé de mages et de robots, de démons et de chevaliers. Il y aura des pleurs, des sourires, des frissons, et à la fin, comme toujours, quelques cicatrices et un brin de nostalgie. Car l'on ne ressort pas indemne d'une telle quête.
Je vous envie, car je connais le Chemin que vous allez parcourir. Et il est plein de merveilles...
Que vos jours soient longs, vos nuits plaisantes et vos lectures agréables !





31 mai 2014

Perkeros : Comics, Finlande & Heavy Metal

On se plonge dans la vie d'un petit groupe de metal amateur avec Perkeros, la grosse et bonne surprise du mois !

Axel est un jeune étudiant, passionné de musique, qui est guitariste et chanteur dans un groupe. Son groupe. Celui pour lequel il est prêt à tout sacrifier, même sa vie amoureuse. 
Autour de lui, la jolie Lily est au synthé, Kervinen, un vieux concierge, est à la basse, et les percussions sont aux mains d'un... ours. 
Mais Axel a deux défauts majeurs. Il a un énorme trac, qui le conduit parfois à gerber sur scène au lieu de chanter, et il se met parfois à... bégayer au plus mauvais moment. Un nouveau chanteur semble donc indispensable pour que le groupe puisse prendre son envol. Mais pour cela, il va falloir mettre sa fierté de côté...

Alors, est-ce qu'une BD finlandaise peut se ranger dans les "comics" ? Sans doute, puisque de toute façon "comic" désigne en anglais n'importe quelle bande dessinée et que l'un des auteurs emploie lui-même le terme sur son blog. Et puis, quand c'est aussi bon, ce serait bête de se priver pour une simple question de géographie, non ? Car ce Perkeros est mon grand coup de cœur du mois, lu d'une traite avec un grand sourire aux lèvres (et ceux qui ont lu cet article/hommage à Iron Maiden comprendront pourquoi).
Le duo aux commandes est composé de JP Ahonen et KP Alare. Deux parfaits inconnus pour ma part, mais des mecs qui aiment le hard rock et la BD ne peuvent pas être de mauvais bougres.

Le récit se concentre donc, comme on l'a compris, sur les déboires et petits succès d'un groupe de passionnés qui tentent de percer dans le monde de la musique, en écumant les bars pour accumuler un peu d'expérience et de public. Mais, et c'est là où ça devient intéressant, l'histoire va bien plus loin que ce simple cliché et parvient à se transformer tour à tour en love story contrariée, en métaphore brillante sur le pouvoir de la musique et même en récit fantastique à tendance horrifique.
C'est riche, très riche. Et bien foutu.

Niveau dessins, c'est aussi beau qu'inventif. On ressent "physiquement" la puissance des riffs et des mélodies inspirées lors des concerts : rarement un objet pourtant silencieux aura été aussi loin dans l'évocation du son et des sensations qui vont avec (je n'ai volontairement pas mis ce genre d'exemple dans les photos qui illustrent cet article, car en général, il s'agit de doubles-pages, précédées par une construction et mise en condition complexes, qu'il vaut mieux découvrir lors de la lecture) . 
Pourtant, inutile d'être un mélomane (ou un metalleux) pour apprécier ces 180 pages. Le propre d'une bonne histoire est de transcender son sujet, et Perkeros y parvient de bien des manières. L'humour tout d'abord est constant. Certaines répliques fusent avec brio et intelligence et nous cueillent lorsque l'on s'y attend le moins. Et le personnage principal est un monument de savoir-faire : passionné, maladroit, buté, parfois de mauvaise foi, il n'en est que plus humain, réel et sympathique.

Quant aux références musicales, elles existent et sont loin d'être dégueulasses. Elles sont même parfois utilisées pour balancer des vannes. Par exemple quand le leader du groupe annonce qu'ils vont faire un "petit Ace of Base pour se chauffer", avant de se reprendre et de préciser, paniqué "Ace of Spades ! Spades !"
Il faut connaître Motörhead et le groupe précité pour apprécier la vanne, mais avec la tronche des personnages en plus, elle est purement magique. ;o)
Il y a bien sûr également quelques "reprises" dans l'ouvrage, notamment de Protest the Hero et Pain of Salvation. Pas la peine de s'attendre à trouver ces groupes sur NRJ ou dans les "tops" de D17, c'est un peu trop "pointu" on va dire. Ne comptez pas sur moi pour vous classer ça dans l'une des 8547 catégories de metal (mathcore mélodique, post-hardcore, death progressif et j'en passe), perso, je n'utilise que deux catégories : "putain, ouaiiiiis !!" et "beurk" (je gagne en clarté ce que je perds en précision), et les deux groupes sont, chez moi, dans la première.

Rassurez-vous, il y a aussi (pour les besoins de vannes, souvent) des références à des trucs plus connus, comme Britney Spears (je ne sais pas pourquoi, mais dès que l'on veut vanner en musique, on pense à elle). Les termes techniques (djent, tapping, outro...) sont rares et relativement compréhensibles dans le contexte, même si les musicos risquent de savourer différemment. 
Mais ce qui emporte vraiment le morceau (c'est le cas de le dire), c'est cette facilité à rendre tout crédible, d'une situation dramatique à un moment de doute, en passant par un questionnement amoureux ou même un trajet (très rock n'roll aussi) en scooter. On est dedans, du début à la fin (et pourtant, je rappelle que le batteur est un ours !). 

D'un point de vue pratique, c'est du grand format avec hardcover. Et pour le prix très raisonnable de 17 euros ! (180 pages tout de même)
On trouve à l'intérieur un petit fascicule qui présente les membres du groupe et liste leurs sources d'inspiration ou leurs formations antérieures (Kervinen étant le plus vieux, on va remonter jusqu'à Simon & Garfunkel, King Crimson ou Genesis). 
La traduction est nickel à part deux "kestu" et "kesta", qui n'ont pas lieu d'être (en quoi un "qu'est-ce tu" serait moins signifiant ?). Vraiment pas grand-chose à reprocher sur l'ensemble.

Une excellente BD, véritable hommage graphique à la musique en général et au metal en particulier.
Drôle, beau, original, intelligent : un putain de "perfect" !

+ de superbes planches qui permettent de rendre compte de la puissance magique de la musique
+ des personnages attachants et bien pensés 
+ un humour imparable, qui tape fort et juste, en se moquant même des a priori véhiculés au sein du milieu metalleux
+ un mélange des genres bien dosé
+ des références pointues qui ne nuisent cependant pas à la compréhension de l'ensemble
+ une adaptation française de qualité
+ heavy metaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaal !!
- le côté fantastique light remplacé sur la fin par des monstres qui n'étaient peut-être pas indispensables