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05 novembre 2014

X-Men : Schism en Deluxe

La saga X-Men : Schism sort aujourd'hui en librairie. Tout de suite, le bilan complet. 

Les mutants, sous la direction de Scott Summers, alias Cyclope, sont rassemblés sur Utopia, un ilot-nation devenu leur refuge sur la côté ouest des Etats-Unis.
Malheureusement, une nouvelle menace se profile à l'horizon. Car l'humanité continue de haïr et craindre ces êtres aux pouvoirs exceptionnels. Pire encore, alors qu'il leur faudrait être unis pour sortir vainqueurs de cette épreuve, Scott et Wolverine, en complet désaccord sur les méthodes à adopter, vont provoquer une scission au sein du groupe.
Le temps est venu pour chacun de choisir son camp...

Premier bon point, il s'agit ici des Deluxe "nouvelle version" de Panini. Exit la jaquette et la cover noire et place à une hardcover illustrée. Le tout est bien plus joli et pratique. Dommage qu'ils aient mis si longtemps à s'en rendre compte (ce n'était pas faute de le répéter régulièrement). 
Par contre, niveau contenu, c'est un peu léger pour le prix : 10 épisodes et les covers. La traduction est, elle, satisfaisante, il doit rester deux ou trois coquilles sur l'ensemble, ce qui n'est pas parfait mais très loin d'être honteux selon les normes actuelles. L'éditeur a même réussi à pondre un texte explicatif introduisant le récit. 
C'est sûr que lorsque l'on n'est plus en position de monopole sur le mainstream, ça incite à se sortir les doigts du cul.

Voyons l'histoire en elle-même. Elle est en fait composée de trois parties distinctes. X-Men : Prelude to Schism (4 épisodes), X-Men : Schism (5 épisodes) et X-Men : Regenesis (une sorte de conclusion en un épisode). 
Au scénario, l'on retrouve dans l'ordre Paul Jenkins, Jason Aaron et Kieron Gillen. Au dessin, il y a un paquet de monde, dont, entre autres, Roberto de la Torre, Carlos Pacheco, Billy Tan ou Adam Kubert.
Graphiquement, c'est plutôt agréable à regarder dans l'ensemble. Quelques pleines pages vraiment belles mais aussi quelques planches parfois un peu fades mais sans défauts majeurs.

Le scénario est, lui, assez réussi. La première partie, aux accents shakespeariens, installe une tension dramatique certaine et permet de revenir sur le passé de certains personnages (Scott, Logan ou Magnéto). Scott y est décrit comme un chef en proie au doute, écrasé par ses responsabilités et hanté par la violence des décisions qu'il se devra peut-être de prendre. 
Entre les réminiscences de Magnéto sur les camps de concentration, le sacrifice d'une mère et certains aphorismes pas dégueulasses, Jenkins (que l'on savait habile depuis ses Frontline ou sa version des Inhumains) démontre encore une fois - contrairement à ce que pensent certains - que les comics de super-héros ne sont pas voués à être caricaturaux ou niais.

La seconde partie conte l'affrontement en lui-même, avec notamment une scène très bien fichue dans laquelle Cyclope se rend à une conférence mondiale sur le désarmement, visant à supprimer les Sentinelles (des robots géants conçus pour exterminer les mutants). Evidemment, cela tourne mal et aboutit à un déchaînement anti-mutant mondial. 
L'on a droit également à une version très spéciale du Club des Damnés. Pas forcément très vraisemblable mais au moins originale.
Plus d'action donc, avec deux logiques s'affrontant. Tout comme à l'époque de Civil War, chacun pourra instinctivement, ou après mûre réflexion, soutenir un camp. L'on ne peut toutefois s'empêcher de penser que la querelle ne repose pas sur grand-chose. 
Enfin, la dernière partie entérine la séparation et détaille le choix de la plupart des mutants. Mention spéciale pour une Emma Frost toujours aussi classe et cinglante (oui, j'ai un petit faible pour la dame).

Les épisodes rassemblés ici sont donc plutôt de bonne qualité si l'on accepte de mettre de côté un aspect répétitif (on en reste encore aux Sentinelles, au Club des Damnés, à la relation tendue entre Scott et Logan...) et parfois presque illogique (l'attitude de Wolvie, alors qu'ils sont en danger, est assez étrange, surtout pour un personnage que l'on a connu plus radical).
Au niveau éditorial, si Panini montre des signes de bonne volonté, le travail rédactionnel reste encore trop superficiel : un topo de deux ou trois pages sur les personnages principaux n'aurait pas été de trop, surtout que l'ouvrage reste léger en pagination pour un Deluxe. 

Globalement conseillé tout de même.

+ un Jenkins subtil et émouvant
+ une bonne grosse baston à l'ancienne
+ une hardcover qui ressemble enfin à quelque chose
- un dilemme moral un peu artificiel
- des menaces déjà vues 100 fois
- prix élevé, surtout sans réels bonus ni efforts concernant l'accessibilité 





01 juillet 2014

New X-Men : conclusion du run de Morrison

Dernier volume de la réédition en Marvel Select du run de Morrison, intitulé New X-Men : Planète X.

Grant Morrison fait partie de ces scénaristes qui peuvent autant enthousiasmer (We3, Joe...) que décevoir (Kill your Boyfriend, JLA...). Par contre, il faut lui reconnaître qu'il ne laisse pas indifférent et tente régulièrement des expériences, qu'elles soient ou non pleinement réussies.
Son run sur New X-Men est, avec raison, considéré comme marquant et plutôt bon. Cette réédition, en quatre volumes et à petit prix, permet de replonger dans une époque trouble - et un brin malsaine - où les mutations ne sont pas forcément synonymes de pouvoirs et peuvent presque plus relever du handicap. Le tout sur fond de drogue, d'émeutes et de complots.
Les mutants sont donc largement malmenés.

Ce dernier tome est composé de deux arcs : Planète X et Déjà Demain. Le premier voit un Magneto halluciné (et accro au kick, une drogue qui booste les pouvoirs) prendre le contrôle de New York. Le second est centré sur un futur apocalyptique sur fond de quête du Phénix.
L'ensemble est plutôt spectaculaire et graphiquement sublime. Phil Jimenez et - surtout - Marc Silvestri nous en mettent plein les yeux. Les personnages sont charismatiques et les décors crépusculaires.
Pour ce qui est du récit en lui-même, c'est un peu plus délicat.

Les tomes précédents se concentraient plus sur l'institut Xavier et les relations, parfois houleuses, entre élèves et professeurs. Morrison mettait également en place des rapports complexes entre un Scott Summers moralement torturé et une Emma Frost abandonnant parfois sa façade glaciale pour se révéler plus humaine et touchante qu'à l'accoutumée (le personnage peut être creusé en lisant cette série, consacrée à sa jeunesse). 
Cet aspect est beaucoup moins important dans ce final qui privilégie les affrontements et dénoue quelques intrigues développées sur le long terme. Il faudra donc, pour bénéficier réellement de toutes les subtilités, considérer l'ensemble du run et non les différents tomes comme des parties isolées.

Si le dernier arc, Déjà Demain, n'est pas le plus facile à suivre, ni même le mieux construit narrativement, il reste épique et étrangement envoûtant. 
Tout cela contient des références à divers évènements ou personnages (Genosha, Sublime...), et il ne sera pas forcément aisé de tout comprendre. Bien entendu, Panini ne fait pas le moindre travail rédactionnel pour faciliter l'immersion : pas de point sur la situation ni même un vague topo sur les personnages. On entend presque une petite voix cynique grogner : "Démerdez-vous, de toute façon, on ne sait même pas ce que l'on publie, alors donner des explications, y a pas de risque !"

Bon, ceci dit, si vous ne connaissez pas ce pan de l'histoire des X-Men, il est vivement conseillé de le découvrir, ne serait-ce que pour l'ambiance particulière que Morrison a su instaurer (et à condition de lire l'ensemble du run).
Les cuirs ont remplacé les tenues moulantes, les pouvoirs cèdent la place à des mutations pour le moins bizarres, voire dérangeantes, et la plupart des leaders sont en proie au doute et remis en cause par des élèves moins naïfs que par le passé.
En somme, les temps changent, et ce n'est pas plus mal.

+ le tournant, à la limite du glauque, que Morrison impose aux X-Men
+ Silvestri, magistral
+ travail sur les personnages (pour l'ensemble du run)
+ un Magneto "multifacette", fort bien écrit
- un dernier arc confus
- une prise de contrôle de New York un peu abrupte et qui aurait mérité d'être plus développée 
- Panini (même plus besoin d'expliquer pourquoi, le nom en lui-même est devenu un label, que dis-je, une ode à l'impéritie)





  

09 mai 2014

Marvel Now : Uncanny Avengers

X-Men et Vengeurs sont réunis dans Uncanny Avengers, l'une des nouvelles séries de la gamme Marvel Now.

Le professeur Xavier a été tué, les X-Men sont divisés, les mutants craints et haïs par la population. Pour remédier à la situation, Captain America a l'idée de former une nouvelle équipe de super-héros qui profiterait de la bonne réputation des Avengers mais serait ouverte aux mutants. Il choisit même d'en confier la direction à Havok, le propre frère de Cyclope, actuellement emprisonné.
De son côté, Crâne Rouge profite de la haine ambiante visant les mutants pour souffler sur les braises et tenter de bâtir un Reich mondial, rien que ça. Pour cela, il n'hésite pas à profaner le corps de Xavier pour s'emparer de son cerveau et de ses précieux pouvoirs psi...

L'on avait évoqué cette série l'année dernière (cf. cet article) à l'occasion de la sortie du premier épisode en kiosque. Avec cette fois un arc entier (et l'équipe complète) à disposition, il est possible de dresser un petit bilan.
Rappelons que l'on nous claironne que pour ce "nouveau départ" qu'est censé être Marvel Now, les séries ont été confiées aux "plus grands" scénaristes. C'est sans doute vrai pour Bendis et son All-New X-Men, ça l'est un peu moins pour Rick Remender, ici aux commandes. L'auteur exploite pourtant relativement bien les personnages et leurs relations, parfois même avec un humour bienvenu, mais ces scènes intimistes sont plutôt rares et laissent trop souvent la place à de la baston sans saveur.

L'intrigue concernant Crâne Rouge est en effet une accumulation de clichés et de lieux communs, entrecoupés par des combats sans relief. Ce n'est certes pas la faute des dessinateurs, John Cassaday et (surtout) Olivier Coipel, qui nous offrent des planches léchées et spectaculaires, mais plutôt une constante chez Remender qui, déjà sur des titres comme The End League ou Fear Agent, montrait les limites de ses capacités à renouveler le genre super-héroïque, à gérer l'action brute ou même à insuffler de la profondeur dans ses récits.
Pour un titre qui se veut un étendard, le choix d'un tel scénariste est pour le moins surprenant.
Tout n'est pas à jeter non plus. Le cinquième épisode - clairement le meilleur - creuse un peu plus les tensions qui s'installent au sein du groupe. Certains dialogues sont d'ailleurs plus inspirés et efficaces.  

Niveau casting, on a droit à Cap, Thor et (bien sûr) Wolverine pour les poids lourds. Havok, la Sorcière Rouge, Malicia, la Guêpe, Wonder Man et Sunfire complètent le tableau.
Pour l'aspect accessibilité, là encore il sera difficile pour un nouveau lecteur de comprendre quelque chose aux multiples allusions aux évènements passés (dont certains sont bien antérieurs à House of M, qui ne date déjà pas d'hier). Bien que ces publications librairie soient sur le fond une bonne idée de la part de Panini, il manque encore le soin nécessaire sur la forme. Une petite chronologie et une présentation des protagonistes auraient sans doute facilité l'immersion.
Côté bonus, l'ouvrage contient des variant covers et des études de personnage.

Une série tiédasse qui comporte de bons éléments mais est handicapée par des combats convenus et sans véritable portée dramatique.

+ un excellent Coipel
+ quelques vannes bien vues
+ casting profitant de personnages secondaires intéressants
- mauvaise gestion des scènes d'action
- enjeux et menaces déjà vus 100 fois
- aridité du traitement paninien





    

07 mai 2014

Marvel Now : All-New X-Men

Les premières séries estampillées Marvel Now débarquent en force en librairie. On jette un œil à cette nouvelle collection avec All-New X-Men.

Voilà qui ne simplifiera pas l'usine à gaz des collections paniniennes puisque Marvel Now, après avoir été un label désignant de nouvelles on-goings kiosque, est maintenant également le nom d'une nouvelle collection librairie.
Les comics se présentent sous la forme de recueils de cinq épisodes, avec hardcover, quelques bonus, le tout pour un peu moins d'une quinzaine d'euros. On notera la présence d'une introduction qui situe un peu le contexte. 
Les premiers tomes de Captain America, Superior Spider-Man et Uncanny Avengers sont déjà disponibles. Avengers, X-MenIron Man et Guardians of the Galaxy devraient suivre sous peu.
Mais pour l'instant, ce sont les mutants qui nous intéressent.

Si vous n'avez pas suivi les récents évènements, sachez que la mutanité traverse une sale période (encore !). Même si les effets de la magie de Wanda Maximoff se sont dissipés (cf. House of M), permettant ainsi l'apparition de nouveaux mutants, les X-Men connaissent des troubles importants. Non seulement ils sont plus impopulaires que jamais, mais ils sont en plus divisés, Cyclope ayant pris la tête d'un groupe radical souhaitant une révolution. 
Signalons que Cyclope a également tué ce père-la-morale de professeur Xavier lorsqu'il était sous l'emprise de la Force Phénix, à la fin de l'event Avengers vs X-Men. Autant dire que ce brave Scott ne s'est pas fait que des amis chez ses anciens collègues. Le personnage a pourtant gagné en épaisseur : visionnaire incompris, héritier d'un rêve qui s'écroule, son réalisme, son destin et même ses erreurs en font un être complexe, à la portée dramatique indéniable.

Ce premier arc, écrit par Brian Michael Bendis et dessiné par Stuart Immonen, débute avec un Hank McCoy à l'article de la mort, qui, désespéré par les agissements de Summers, décide de tenter de le mettre face à ses idéaux oubliés en allant chercher dans le passé la première équipe du professeur Xavier.
Ainsi, alors que Cyclope et Magneto tentent de mettre la main (parfois de manière assez brutale) sur tous les nouveaux mutants qui se signalent, les cinq X-Men originaux débarquent pour rencontrer leurs versions adultes.
Même si le coup du voyage dans le temps n'a rien de nouveau, l'idée est plutôt bonne et permet à Bendis de mettre en perspective l'incroyable évolution de certains personnages. Non sans humour d'ailleurs, puisque certains d'entre eux vont apprendre qu'ils ont viré du côté des "méchants" ou même qu'ils sont morts... plusieurs fois !

L'on retrouve ici un Bendis inspiré, peut-être pas au niveau de ses meilleures séries (cf. cette chronique), mais clairement sur une bonne lancée, contrairement à certains de ses récents travaux. Quant à Immonen, il est excellent et ses planches superbes. L'on sait que All-New X-Men fait partie, avec Superior Spider-Man, des bonnes surprises. Tout est donc parfait si l'on ne prend pas au pied de la lettre les explications fournies sur la signification du label Marvel Now. Celui-ci devait en effet désigner un nouveau départ, des séries accessibles, une nouvelle (et mythique) "porte d'entrée" dans le marvelverse. Or on se rend compte qu'il n'en est rien. 
Non seulement le "nouveau départ" est une pure vue de l'esprit (on est en pleine continuité, dans la droite ligne des évènements récents ou plus anciens) mais niveau accessibilité, on repassera.

En effet, il existe presque autant de mutants que de collections Panini, c'est dire ! Et bien entendu, Panini se garde bien de se fendre d'une ou deux pages de rédactionnel pour présenter les plus importants. On ne parle même pas de frise chronologique à la Urban, il ne faut pas rêver.
Du coup, ces comics avec un joli numéro #1 sur la tranche sont aussi faciles à aborder, pour un novice, qu'un cours de physique quantique pour un enfant de cinq ans (notez que l'exemple fonctionne aussi avec un adulte). La somme des allusions et références aux anciens évènements est énorme, sans parler de la richesse des relations (souvent houleuses) entre les personnages, que Bendis exploite parfaitement. Sans avoir suivi les derniers bouleversements, et avec si peu d'informations fournies, le nouveau lecteur risque fort, même s'il parvient à suivre l'histoire, de rater la plupart de ses subtilités.

Un bon titre, à réserver toutefois plutôt aux lecteurs familiers des mutants.

+ bien écrit
+ visuellement joli
+ un Cyclope charismatique
+ bonus (variant covers et croquis)
- un label Marvel Now qui n'a pas de sens
- absence d'effort de la part de Panini, ce qui est encore plus regrettable pour un premier numéro






15 mars 2014

Uncanny X-Men : Le Phénix Noir (collection Hachette)

Point complet sur la réédition de la saga du Phénix Noir, tirée de la série Uncanny X-Men.

La particularité de la collection Marvel Comics récemment lancée par Hachette (cf. cet article) réside essentiellement dans le fait d'avoir sélectionné des sagas récentes, publiées dans les années 2000 ou à la fin des années 90. Il y a toutefois quelques exceptions, comme le numéro qui nous intéresse aujourd'hui et qui se situe au tout début des années 80. Ce volume n'est donc pas représentatif de ce que l'on pourra découvrir par la suite, mais il est révélateur de certains points, positifs et négatifs, qu'il semble utile d'évoquer.
Voyons tout d'abord brièvement l'histoire, plutôt connue.
Jean Grey est investie de la puissance du Phénix, une entité qu'elle parvient à peine à contrôler. Après diverses intrigues impliquant le Club des Damnés, notre gentille Jean se tape un trip cosmique, butant dans la foulée la pacifique populace d'une lointaine planète et s'attirant ainsi les foudres des Sh'iars et de quelques autres races extraterrestres. Cyclope et les autres mutants vont devoir défendre l'amie qu'ils connaissaient, tout en s'interrogeant sur la menace qu'elle abrite maintenant...

Cette saga, écrite et dessinée par le tandem Chris Claremont & John Byrne, est souvent qualifiée de "culte", pire encore, Marco Lupoi, imperator paninien, nous clame en introduction qu'il s'agit même peut-être de "la plus grande saga jamais racontée au sein d'un comic book". Toujours le sens de la mesure chez Panini. Alors, disons-le tout net, si c'était vrai, si c'était là le dessus du panier de la BD américaine, je n'en lirais pas. Parce que bien qu'il y ait des éléments sympathiques dans cette histoire, elle est également plombée par de nombreux défauts, certains liés au temps, d'autres aux auteurs ou encore à la VF, misérable.
Commençons par le temps, que l'on peut aisément condamner sans fâcher personne.
Depuis 1980, de l'encre a passé sur les planches, et ça se voit, tant au niveau de la colorisation que de la narration. L'ensemble est tout de même très daté, même si les dessins en eux-mêmes n'ont rien de désagréable. Le papier glacé ne fait aucun cadeau aux couleurs flashy, et nos yeux de lecteurs du 21ème siècle n'en font guère plus à la manière verbeuse et emphatique de "raconter" l'action. 
Voilà pour les douces mais inexorables blessures des Horloges.

Même en leur temps, Claremont et Byrne n'ont pas eu que des coups de génie, loin de là. Certaines scènes relèvent de la maladresse pure, comme lorsque les auteurs doivent faire passer des infos aux lecteurs et qu'ils se servent alors de Cyclope pour apprendre aux autres personnages ce qu'ils savent déjà. Pour un conteur, c'est techniquement la pire manière de procéder. C'est un détail, certes, mais qui saute aux yeux et évacue toute prétention au chef-d'œuvre.
Le scénario souffre également de longueurs, notamment dans les combats, rarement épiques, même contre la Garde Impériale. Fort heureusement, l'on trouve aussi des éléments intéressants, notamment l'aspect métaphysique du Phénix, un début de conflit entre Xavier et Summers, le dilemme moral des X-Men ou le refus de céder à la rédemption, synonyme de trop facile happy end, mais bien souvent, les bonnes idées restent à l'état embryonnaire. Ainsi, du choc psychologique résultant, pour Jean, du fait d'être responsable de milliards de morts, l'on ne sait presque rien. L'énormité du fait est complètement disproportionnée par rapport à son traitement, bien trop rapide et superficiel.

Enfin, après le Temps et les auteurs, il reste la traduction. De Coulomb.
Toutefois, avant de prélever des preuves coupables sur le texte, je voudrais préciser une chose. Cette traductrice, qui a certes un... style particulier, n'est à mon sens pas la première responsable du désastre, et c'est bien Panini, qui a validé ce ramassis de conneries, qui se doit d'être mis en cause. Ce sont les responsables éditoriaux qui doivent avoir honte de leur impéritie, pas une femme seule qu'il serait trop pratique de désigner comme la parfaite coupable. 
Ceci dit, voyons d'un peu plus près la fameuse VF.
Tout d'abord, c'est blindé de fautes en tout genre : accords hasardeux, mauvaise concordance des temps, ponctuation absurde, absence des adverbes de négation (ce qui donne, notamment à Wolverine, l'aspect d'un parfait abruti, cf. l'effet d'association expliqué dans cette chronique), presque tout y passe. Au niveau de la dégradation volontaire du texte et de l'élision sauvage, on a par exemple un très joli "peut-être" transformé en "p't'êt'". Trois apostrophes seulement ? Peut mieux faire.
Le pire, c'est cette zone étrange, ce no man's land littéraire où Panini nous convie si souvent, qui transforme un propos pourtant simple en un mauvais assemblage de mots, déposés presque au hasard dans la phrase : "Que ça arrête !", "Vous êtes eux ?", "Tu t'enfiles dans une impasse.", "Elle a fait tout cela comme en se jouant.", "La peur, c'est normal, le tout est de pas y céder, Cyclope m'a dit.", "J'ai assumé ma forme d'acier organique...", etc.
Je passe sur un "quant" employé à la place de "quand" ou encore sur le fait que Kitty Pryde soit considérée à un moment comme un homme. Et le tout est bien entendu saupoudré des expressions typiquement "coulombiennes", du style "les gonzes", "la môme Pryde", "fortiche", "rachtèque"... on s'attend à chaque page à voir surgir Edith Piaf au bras de Jean Gabin. 
Bref, l'ensemble du texte est d'une nullité crasse.

Du coup, sans remettre en cause la qualité de la collection Hachette, le fait que les anciennes traductions paniniennes soient reprises sans les corriger de A à Z quelques aménagements laisse un petit goût d'amateurisme dans le portefeuille. 
Il y a tout de même de bonnes surprises. Le nombre de pages est plus important pour ce deuxième volume (qui contient les Uncanny X-Men #129 à #137) et, malgré cela, des bonus sont encore présents : deux pages de présentations des personnages (pouvoirs, noms, plus quelques petites infos secondaires) ainsi que trois pages sur les auteurs (parsemées d'anecdotes éditoriales). On peut également signaler la présence d'une cover bonus, par Ross (en plus de celles des épisodes originaux) et, bien entendu, le récit est introduit par un point sur la situation.
Si vous avez opté pour l'abonnement, le troisième volume (Iron Man : Extremis) est offert (et accompagné de cadeaux ; un mug et un DVD).

Une saga qui a vieilli et qui subit en plus les affres des approximations paniniennes.
Le travail propre à Hachette reste tout à fait correct.

+ saga "historique"
+ un style graphique qui conserve son charme
+ des bonus sympathiques
+ petit prix
- une narration lourdingue, typique de l'époque
- colorisation criarde
- de bonnes idées peu développées
- une VF d'un amateurisme désespérant




  

10 novembre 2013

Wolverine : Sabretooth Reborn

On décortique aujourd'hui le Wolverine Hors Série #6, tout juste sorti en kiosque.
Snikt !

Cet arc, datant de 2012, fait suite au Wolverine : Evolution dont Vance nous avait parlé après sa récente réédition. L'histoire a failli passer à la trappe en France, et il serait difficile d'affirmer que cela eut été une grosse perte.
En gros, Dents de Sabre est de retour, ce qui surprend notre ami Logan pourtant habitué aux fréquentes résurrections de ses ennemis et alliés. Romulus est également présent et va tenter de bousculer les souvenirs, déjà plutôt bordéliques, du Griffu. Une jolie rousse et quelques clones sont également de la partie.
Le tout est orchestré par Jeph Loeb et dessiné par Simone Bianchi.

Graphiquement, c'est plutôt joli la plupart du temps, quoique parfois difficilement lisible. L'artiste s'en sort moins bien dès que Wolvie fait tomber son masque, mais heureusement pour nous, il le porte presque tout le temps. Panini est en extase devant le résultat et prévoit de republier Evolution et cette saga au format Graphic Novel. Pas sûr que le style de Bianchi y gagne beaucoup.
Le scénario, lui, est assez décevant. Et bizarrement, bien que Christian Grasse ne soit pas connu pour la finesse de ses analyses, il parvient involontairement à en dégager les principaux défauts dans son billet final. Ce dernier affirme notamment que "l'ennemi juré de Logan ne peut pas mourir" et que la conclusion (Romulus incarcéré au Raft) est "cousue de fil blanc". 

L'on touche là à deux problèmes récurrents dans la production comics mainstream : la volonté des éditeurs de ne jamais tuer de personnages, même secondaires, et l'incessante impression de radotage qui se dégage de la plupart des séries phare. Cet arc n'y échappe pas puisque Loeb nous sert presque tous les poncifs auxquels l'on pouvait s'attendre : la mystérieuse rousse qui fait penser à Jean Grey, le complexe de l'Arme X qui semble doté lui aussi d'un facteur lui permettant de se reconstruire même après avoir été saccagé, les tirades habituelles prononcées à tout bout de champ ("je suis le meilleur dans ma partie"), la fausse mort de Creed qui était en fait un clone... bref, rien d'original.
Là où le bât blesse sérieusement, c'est quand ce manque d'originalité et cette ultra-prévisibilité ne sont compensés par rien.

Les dialogues sont d'une platitude rare, certaines répliques frisant le niveau d'une fanfic écrite par un gamin de dix ans. Il ne se passe pas grand-chose si ce n'est une longue suite de combats sans intérêt et peu dynamiques. Même la Cape et l'Epée sont relégués au rang de figurants de luxe. Et pour compléter le tout, le long monologue interne de Wolverine est aussi ennuyeux qu'un discours d'inauguration de salle polyvalente, écrit par une secrétaire neurasthénique pendant une crise de somnambulisme. Logan décrit ce qu'il se passe, se répète, évoque le "cauchemar" de sa vie en donnant l'impression qu'il parle de ce qu'il a bouffé la veille... le ratage est complet. On a même droit au héros qui se tape la nana de l'histoire en deux secondes, sans même qu'ils aient fait connaissance. Si ce n'est pas du charisme ça...

Ces quatre épisodes sont suivis d'une histoire courte encore pire, dans laquelle Wolvie est retenu dans le Mojoworld et doit tenter d'affoler l'audience. En réalité, la première planche, pastiche du genre polar noir, avec privé taciturne et bombasse appelant à l'aide, est plutôt réussie (et on se prend au jeu, en se disant "tiens, ça va être pas mal ça") mais les sept autres tournent immédiatement au n'importe quoi (et là on se dit "ah ben non, c'est de la merde aussi").
L'on est loin des grands moments du plus populaire des mutants. Ceux qui veulent le découvrir seraient bien inspirés de lorgner du côté de ses origines, de la saga Ennemi d'Etat ou encore de la mini-série Ultimate Wolverine vs Hulk, qui démontre que l'on peut faire quelque chose d'excellent à partir de deux brutes qui se tapent dessus. Encore faut-il avoir le talent pour.

Une suite de combats idiots, sans enjeux et alourdis par un texte misérable et un manque d'idées flagrant.
Wolvie mérite bien mieux.

+ Bianchi sauve le truc du désastre grâce à quelques planches sympa
- scénario quasiment inexistant
- dialogues poussifs
- thématique déjà ressassée cent fois
- épisode "bonus" indigent et sans le moindre intérêt  




01 novembre 2013

Wolverine : Evolution



Amis lecteurs, prenez cet article comme un avertissement, une mise en garde : ne vous fiez pas aux belles couvertures et aux éditions luxueuses ! Car malgré l’expérience que je pensais posséder, je me suis fait avoir.
La lecture de l’album en fut affectée : en effet, croyant détenir une histoire inédite, je me suis retrouvé avec la réédition d’un arc déjà publié dans la série officielle de Wolverine. Ca m’apprendra à ne pas suivre l’actualité des comics !
Sinon, qu’en est-il ? Car tout le monde n’a pas suivi les aventures du mutant griffu au travers de tous les épisodes de ses séries.


Jeph Loeb nous propose de suivre le duel interminable entre Logan et sa Némésis, à l’époque où Creed était plus ou moins toléré dans l’Institut Xavier (cela se passe peu de temps après la phrase fatidique prononcée par la Sorcière Rouge, « No more mutants », qui annonça le glas de l’espèce homo superior, désormais réduite à deux centaines d’individus de par le monde). Et pendant tout le premier épisode, on naviguera entre les passes d’armes sanglantes de ces deux combattants hors pair et des cauchemars récurrents dans lesquels Wolverine observe des êtres hybrides à la semblance de garous et dans une époque qu’il sait reculée.
Evidemment, ces visions qui deviennent de plus en plus pressantes vont petit à petit altérer son présent et l’amener à poursuivre son adversaire sur différents lieux chargés de sens (de sa cabane au Canada jusqu’au Wakanda – assonances non voulues mais c’est sympa tous ces « a » !). Chaque fois, alors qu’il croit avoir le dessus, un élément extérieur l’empêchera d’en finir avec Dents de sabre ; de même, chaque fois que son ennemi l’a à sa merci, il se réveille en un autre lieu après avoir continué à rêver de ces êtres mi-hommes mi-bêtes qui se sont mêlés à l’espèce humaine. Un point commun à tout cela : un individu, dans l’ombre, qui est le chaînon manquant entre lui, Creed et des créatures telles Félina, Féral ou WildChild et que tous craignent à un point inimaginable. Le destin de Logan est donc de partir à la recherche de celui qui détient le secret de sa nature, quitte à se débarrasser une fois pour toutes de Dents de sabre.


Comme à son habitude, Loeb s’applique à insérer de nombreux personnages plus ou moins connus (des X-Men à Alpha Flight, en passant par Black Panther) dans un récit qui est censé les lier entre eux. Pour ce qui est de la mythologie développée autour de Logan et de cette race étrange à laquelle il serait lié, elle est intéressante et rappelle certaines tendances lisibles dans le run de Straczynski sur Spider-Man. Cependant, Loeb reste volontairement évasif et l’album (6 épisodes) s’achève de manière très frustrante.
C’est un peu la même sensation avec les combats : Simone Bianchi offre des planches de toute beauté et, si les gros plans sur les visages sont somptueux, il n’en va pas de même avec les plans moyens, aux traits approximatifs et parfois grossiers. Les affrontements sont brefs et l’impression de sauvagerie est souvent parasitée par la finesse des détails : les pages sont souvent belles, fouillées mais collent mal aux péripéties du « Meilleur dans sa partie ».
Reste un bel objet, sobre et élégant, complété par une galerie de couvertures somptueuses pour un récit ambitieux mais inachevé, tirant trop en longueur et articulé très artificiellement. Une semi-déception donc.

+ c’est beau
+ c’est élégant
+ c’est Wolverine contre Dents de Sabre !
- c’est du déjà vu
- c’est frustrant et parfois incompréhensible

08 août 2013

Wolverine 1 : Un vent nouveau (qu'ils disent)



Variant cover par Coipel
Voilà que l’opération Marvel Now relance (encore) la série du mutant griffu. Vu que j’ai laissé tomber la production du tout-venant de chez Panini, voyons ce que donne la série, seuls fascicules que je continue à acheter parce que… eh bien parce que.

Mon libraire préféré, pas du tout anéanti par ma décision de quitter le giron de Marvel (il sait qu’en revanche j’y reviendrai à chaque édition d’album et fourbit déjà ses arguments de vente, le bougre), m’avait mis de côté l’édition collector, avec une illustration signée Coipel, pas mal du tout. J’ai hésité tout de même devant le prix et puis… bon, ben il a de la chance d’être sympa.

A l’intérieur, trois épisodes : deux pour la suite de Wolverine & the X-Men rédigée par un Jason Aaron qui se lâche complètement (le côté farfelu atteignant des sommets lors du recrutement d’un nouveau prof par une Kitty Pryde blasée). Nick Bradshaw suit le mouvement en soignant ses détails et on finit par se faire à ces personnages qui semblent tous avoir rajeuni et à ces couleurs vives donnant un aspect un peu cartoon à l’ensemble. Pourtant, les dangers planant sur l’Ecole Jean Grey sont toujours présents et on peut mal digérer l’écart entre ces graphismes sucrés et la cruauté ou la perversité des adversaires. Et alors que le Club des Damnés junior fomente une énième revanche sanglante, l’arrivée d’un spectacle itinérant d’un genre particulier promet quelques moments très excitants. Las, l’épisode suivant (Wolverine & the X-Men #20) choisit un autre centre d’intérêt, multipliant un peu trop les points de vue sur l’école : Angel, toujours en train de se chercher une identité et un but, décide d’aider les nouveaux mutants à s’intégrer. La presque totalité de l’épisode le met aux trousses d’une jeune requin-garou (?) qui a bien du mal à accepter la réalité de ses pulsions et transformations. En outre, les dessins de Sanders paraissent assez grossiers et rétrogrades, ce qui nous laisse penser à un épisode bouche-trou rythmé par quelques dialogues savoureux. Sinon, Angel développe de nouveaux pouvoirs et le final réserve une suite prometteuse quoique fleurant le déjà-vu.

Reste le plat de résistance, le nouvel arc de la série principale (qui en est donc à son 5e volume) : Hunting Season est donc confié aux bons soins du duo britannique Paul Cornell & Alan Davis (avec toujours Farmer à l’encrage). Les habitués de Clan Destine et d’Excalibur retrouveront la « patte » Davis, ses silhouettes élégantes, sa mise en page dynamique, ses visages expressifs (quoique les hommes aient une fâcheuse tendance au faciès légèrement prognathe) dans une ligne claire et parfaitement intelligible qui se prête bien aux déferlements de puissance. Si le script ici pique la curiosité par sa radicalité et son refus de la facilité (pas de « voix off », pas de retour en arrière explicatif), il ne permet pas d’en dire davantage tant on manque d’éléments : la première case nous montre Logan en très mauvaise posture et le récit se permet quelques instants de violence gratuite assez originaux, même pour un Wolverine. Ecrit comme un épisode de feuilleton télévisé, il n’y a guère de « gras » : pas de dialogue inutile, pas de changement de lieu, pas d’intrigue secondaire, pas d’intervention d’un tiers ; juste Wolverine et un ennemi qu’il refuse de reconnaître comme tel. Et beaucoup de victimes. 

A suivre donc.


+ des finales prometteurs
+ beaucoup d’humour
+ beaucoup de violence
+ des dessins agréables et intelligibles (Bradshaw, Davis)
-  un épisode décevant
-  un sentiment de déjà-vu