08 janvier 2014

Astonishing Spider-Man & Wolverine : Une erreur de plus




Cette mini-série en 6 épisodes, sortie fin 2013 dans la collection "100% Marvel", a tout pour être "culte" : un duo d'artistes plus que compétents, une histoire fondée sur les voyages et paradoxes temporels prétexte à de très nombreux clins d’œil au passé de nos héros et deux personnages parmi les plus charismatiques de l'univers Marvel.
Il faut préciser au lecteur que ces épisodes étaient déjà parus en France en kiosque en 2011 (dans le magazine Spider-Man à partir du n° 133). Vous pouvez en lire un aperçu avec l’article de Neault.

Ca devrait être suffisant pour plaire, voire fasciner. Pourtant, on s'y ennuie, malgré des situations hénaurmes, un humour permanent et des idées à la pelle. Jason Aaron enchaîne les situations saugrenues en limitant les explications et balance notre duo à travers les époques avec une nonchalance assez déstabilisante. A chaque fois, Logan et Peter devront s’adapter à leur environnement, y perdre tout espoir de retour à leur présent et s’établir plus ou moins durablement. Au Mésozoïque, Spider-Man, tout en cultivant une passion pour une femme inconnue, scrute les étoiles et sculpte les falaises, tandis que Wolverine enseigne aux hominiens locaux le culte de… la bière. Autre temps, autre lieu : le monde est au bord du gouffre, Fatalis est devenu tout-puissant au point de s’incarner dans une planète vivante revenant régulièrement consommer ce que la Terre a encore à offrir. Parker se morfond dans un musée des super-héros, Logan se la joue rebelle magnifique. L’un d’entre eux osera-t-il tenter le tout pour le tout avec l’arme de la dernière chance (un pistolet chargé avec la force Phénix) ? Puis les voilà séparés, plongés dans le passé de leur partenaire respectif (Logan va affronter le Spider-Man catcheur – et poseur – avant que l’oncle Ben soit tué, tandis que Parker se retrouvera face à un Wolverine à l’état bestial). Et ainsi de suite, avec, de temps à autre, l’irruption d’un duo de mercenaires temporels sillonnant les époques pour y récolter femmes et trésors divers, payés par un commanditaire dont l’identité, finalement, n’est pas une si grosse surprise pour les lecteurs aguerris.
Et achève d’enfoncer le récit.


Sous cet enrobage complexifié à outrance, jusqu'à plus soif, avec des retournements permanents et la volonté de ne dispenser que quelques éclaircissements épars, le récit s’enlise dans un entrelacs pervers mêlant quête héroïque et grande histoire d’amitié éternelle parsemées de péripéties abracadabrantes et de dialogues surréalistes. En outre, le traitement légèrement caricatural de Wolverine et Spider-Man (l'un est taciturne, boit comme un trou et défonce tout ce qu'il trouve, l'autre prend tout à la légère, aligne plaisanterie sur plaisanterie, avant de s’enfoncer dans le désespoir) a tendance à fatiguer, même s'il induit, au final, un questionnement mutuel qui leur permet de passer outre leurs différences. On perd très vite ses repères entre l’humour souvent féroce et les scènes apocalyptiques où nos héros n’arrêtent plus de sauver le monde, d’autant que rien ne nous dit pourquoi ils se mettent soudain à partager les pensées intimes de chacun. Et malgré les invraisemblances, la sacro-sainte continuité Marvel ne sera pas lésée puisque l’épilogue enchaîne sur l’intrigue lisible actuellement dans le magazine Wolverine (série Wolverine & the X-Men, où Logan entraîne ses élèves en Terre sauvage).

 
Pour ceux qui s’amuseront de voir Wolverine et Spider-Man ballottés à travers les ères grâce à des diamants temporels incrustés sur… des dents, c’est à recommander. Je dois avouer avoir connu beaucoup de bons moments mais avoir été désarçonné par un ensemble chaotique et, au final, désagréable.

+ Spider-Man & Wolverine : ensemble !
+ des clins d’œil en pagaïe au passé de chacun
+ des dessins dynamiques de Kubert
+ de l’humour, parfois féroce

- l’escalade dans le portnawak décrédibilise le script
- la gestion des sentiments très « fleur bleue »
- saoulant, à la longue