14 février 2014

Spider-Man : The Other en Deluxe

La saga Spider-Man : The Other vient d'être rééditée il y a deux jours. Point complet sur l'histoire et le Deluxe en question.

Après une blessure par balle reçue lors d'une confrontation avec un nouveau super-vilain, Spidey se voit dans l'obligation de passer quelques tests médicaux. Les résultats sont aussi clairs que terrifiants : il est condamné. La source radioactive de ses pouvoirs semble être en train de le détruire...
Parker tente d'abord de faire le tour des génies scientifiques qu'il connaît (ce n'est pas cela qui manque dans le marvelverse) avant de se rendre à l'évidence et de profiter du temps qu'il lui reste en le passant avec sa famille.
Mais l'Araignée réserve encore quelques surprises à l'homme. S'il accepte d'évoluer, Peter pourrait renaître et découvrir enfin toute l'étendue de ses pouvoirs.

A l'époque, voilà déjà huit ans, ce crossover interne aux séries du Tisseur avait été largement survendu. C'est en général souvent le cas, quel que soit l'event (cf. cet article sur les différences entre crossovers et events), mais contrairement à House of M ou Civil War, dont les effets ne se font plus sentir aujourd'hui mais qui avaient tout de même eu un impact à court et moyen terme, The Other détient sans doute la palme du récit ayant eu le moins de conséquences. Les nouveaux pouvoirs (des dards au niveau des poignets, la capacité de voir dans le noir et celle de tirer des informations des vibrations de sa toile) ne seront quasiment jamais réutilisés par les différents auteurs.
L'intérêt de ce récit est donc ailleurs.
Signalons que J.M. Straczynski, Peter David et Reginald Hudlin sont aux commandes en ce qui concerne le scénario. Les dessins sont réalisés par Mike Deodato Jr, Mike Wieringo et Pat Lee.

La principale force de ces épisodes réside dans le fait qu'ils se basent sur l'origine mystique des pouvoirs de l'Araignée, une théorie mise en place par Straczynski lors de son long run sur Amazing Spider-Man. Cela permet d'opposer une sorte de but métaphysique au simple hasard qui, jusqu'ici, tenait lieu de point de départ aux aventures du Monte-en-l'air. Cela permettra aussi de développer divers éléments, comme la société secrète dont on parlera surtout dans la série consacrée à Araña, mais aussi un vilain assez impressionnant : Morlun.
Ce dernier fait ici son retour et offre à Spider-Man l'un de ces plus épiques combats, dans lequel il se fera même dévorer un œil ! (cf. scène #4 des combats d'anthologie).

Outre un adversaire franchement costaud, l'intrigue permet également de faire la part belle aux guests : Hulk, Strange, Black Panther ou encore Daredevil font tous une apparition. Comme à cette époque Peter et sa famille (MJ mais aussi évidemment la tantine !) vivent dans la tour des Vengeurs, l'on retrouve donc aussi Stark (qui commence à prendre Peter sous son aile, on le voit d'ailleurs travailler sur le costume que Spidey portera pendant la guerre civile, ces épisodes se déroulant juste avant) ou Captain America. Même Wolverine est de la partie. 
Les sous-intrigues, qui ne commencent pas toutes dans ce recueil et ne sont pas toutes réglées (il s'agit d'un morceau arraché à la continuité, pas d'une véritable histoire complète), sont tout de même intéressantes et exploitent au mieux la situation, que ce soit les tensions avec Wolvie ou les potins autour de Mary Jane et Tony. Tout cela contribue à donner à l'ensemble un aspect crédible et humain.

Il y a cependant parfois des scènes surréalistes, comme lorsque la tante May se retrouve aux commandes d'une armure Mark I d'Iron Man (ce n'est pas une blague !). Un peu too much. D'ailleurs, la tantine, soi-disant si fragile qu'on peut la faire crever si on lui annonce un truc en élevant un peu la voix, commençait déjà à l'époque à reprendre du poil de la bête (expression ô combien de circonstance) puisqu'elle fricotait avec Jarvis (elle traumatisera son neveu - qui n'avait pas besoin de ça - quelques années plus tard en faisant des galipettes devant lui avec le gentil pôpa Jameson, cf. cette chronique).
Mis à part l'incroyable May ("heuargh... brbll... mon cœur... argh... heu... ah non, ça va mieux... il est où Jarvis ?"), cette saga offre donc de bons moments, de l'émotion, un combat franchement éprouvant, un peu d'humour, le tout avec une flopée de personnages secondaires parfaitement employés. Il faut néanmoins attirer l'attention sur le fait que l'intérêt supposé de cette "évolution" est bien moindre qu'à l'époque, puisque l'on sait que ça n'a eu d'impact, même léger, sur rien (ce qui fait tout de même très peu).

Passons maintenant au traitement paninien de cette réédition.
Arf, misère, je ne sais plus quoi dire... c'est un peu comme un gamin qui ne fait que des conneries, au bout d'un moment, on baisse les bras en se disant "tant pis, il finira dealer ou candidat de télé-réalité".
Bon, c'est saoulant, certains vont me dire que "j'attaque" encore une fois Panini, mais on ne peut tout de même pas tout laisser passer sous prétexte qu'ils se foutent de tout. 
Déjà, on trouve bien trop de coquilles pour une réédition (surtout à ce prix !). Fautes de conjugaison ("dis" au lieu de "dit"), de concordance des temps, mots qui manquent (comme dans "il est temps pour neveu", ou encore "avec l'aide ceux pour qui"), bref, ce n'est pas (bien) relu et c'est clairement honteux. Une ou deux coquilles, ça passerait encore (ça arrive à tout le monde), mais là c'est trop en comparaison de la très faible densité de texte. Certains romans de 500 pages comportent moins de fautes.
Et en plus des conneries involontaires, on a droit aussi aux choix idiots, telle que la suppression des adverbes de négation, ce qui a des conséquences fâcheuses sur la fluidité du texte mais aussi sur l'image des personnages (cf. cet article consacré au problème des dialogues et de la dégradation volontaire d'un texte).
Alors, pas loin de 30 euros pour un truc plein de fautes, sans bonus (à part les covers, et encore, les alternatives sont réduites) ni même une introduction présentant le contexte, et avec une pauvre jaquette faisant office de cache-misère pour la hardcover uniformément noire, ben... ça ne fait pas envie.

L'histoire est sympa mais cette version est bien trop onéreuse, surtout si l'on considère le manque de travail et d'implication de l'éditeur. Les collectionneurs franchiront tout de même sans doute le pas avec néanmoins l'impression légitime de se faire un peu avoir.

+ Spidey à la grande époque de Straczynski
+ agréable mélange d'émotion, d'action et d'humour
+ un adversaire charismatique
- VF médiocre
- aucune valeur ajoutée de la part de l'éditeur