12 juin 2012

Moon Knight : nouveau faux départ ?

Sortie demain de la nouvelle série consacrée à Moon Knight, un personnage qui a décidément du mal à se faire sa place dans le marvelverse.

Marc Spector s'est établi à Los Angeles. Là-bas, il produit une série télévisée basée sur... sa propre vie. Bien entendu, il continue à oeuvrer en tant que justicier sous le pseudonyme de Moon Knight. Et, justement, certains criminels, lassés par la surpopulation surhumaine de New York, viennent de débarquer sur la côte Ouest.
Le voilà donc obligé d'agir, inspiré par son récent statut de Vengeur et par la belle Maya, avec qui il rêve de faire équipe, voire plus...
Mais lorsque, comme Spector, l'on souffre de problèmes psychologiques importants, il n'est pas évident d'agir au mieux. Que ce soit avec les criminels ou les belles demoiselles.

Il arrive que Moon Knight soit comparé au Batman de DC, sans doute quelque peu à tort. En effet, même si Spector, comme Wayne, use et abuse de gadgets plutôt que de pouvoirs, il est évident que ce qui le caractérise le plus reste sa psyché, instable. Certes moins frappadingue qu'un Deadpool, et moins puissant qu'un Sentry, eux aussi rendus vulnérables (et comique pour le premier) par des soucis psychologiques non négligeables, il n'en reste pas moins le "cinglé" de service le plus "réaliste". Là encore, dans cette nouvelle version, écrite par Brian Michael Bendis (cf cette chronique revenant sur l'oeuvre de ce scénariste) et dessinée par Alex Maleev, l'on va s'attacher à nous décrire sa folie. Mais de manière trop superficielle.

Moon Knight n'a pas tellement de chance jusqu'ici au niveau de ses apparitions modernes. Après un excellent début par Huston et Finch, voici quelques années, la série avait peu à peu perdu de son intérêt. Pire encore, plus récemment, Hurwitz et Opeña avaient livré, pendant le Dark Reign, une histoire aussi ennuyeuse que conventionnelle sur bien des points.
Lorsque l'on annonce le duo Bendis/Maleev, du coup, l'on se surprend à rêver. Même si le tandem n'a pas forcément toujours été brillant (l'on se souvient de l'insipide Halo, ou du très fade Spider-Woman tendance semi-animation), il reste quand même auréolé d'un run légendaire sur Daredevil et d'un récent et très bon Scarlet. Et puis c'est Bendis, merde !
Donc on s'attend à un coup de génie, ou à une sombre connerie, expédiée à la va-vite par un type surchargé de boulot et à court d'inspiration. Et en réalité... le résultat est en fait mitigé.

Il faut savoir que la série a été arrêtée aux Etats-Unis après le douzième épisode. L'opus dont il est question ici en contenant sept, l'on a déjà donc fait plus de la moitié du chemin.
Mais voyons tout d'abord les points positifs, car ils existent.
Le vague vrai-faux rappel des origines de Moon Knight est plus qu'excellent et réserve la première bonne surprise du comic. Le personnage reste bien entendu ancré dans la continuité, avec des allusions au groupe des Secret Avengers (sans que cela soit gênant si l'on n'a pas lu la série). Et, joie, bonheur et crise d'apoplexie, Echo est de la partie ! Rappelons que la fascinante Maya est l'héroïne de ce qui reste, à mon sens, comme le plus beau et le plus intelligent arc jamais écrit (par l'immense David Mack) pour une série mainstream (cf cet article).
Et notons qu'il y a une ou deux répliques fort drôles. Sur autant de pages, ce n'est pas le bout du monde, m'enfin...

Dans le moins bon, il y a tout le reste, et ça fait beaucoup.
Tout d'abord, le personnage de Spector est, si l'on fait exception de sa folie et de quelques trop rares vannes, totalement lisse. Or, c'est, je le crains, le pire moyen de traiter, narrativement, une maladie, fusse-t-elle mentale : ne garder, du personnage, que cette (mauvaise) particularité. On en vient même à se demander comment Maya arrive à le trouver ne serait-ce que sympa.
La dimension purement psychologique, très importante donc ici, semble également relativement mal traitée, voire carrément maltraitée, ce qui est tout de même étonnant pour du Bendis. La folie de Spector est très aseptisée (les Vengeurs imaginaires, qui lui donnent des conseils) et finalement mal retranscrite, sans presque aucune angoisse réelle qui en ressort. Or, il ne s'agit pas d'un Wade Wilson, mais d'un type en souffrance, dont il aurait été intéressant de retranscrire les affres.
Même Maya, pourtant porteuse d'infinies possibilités, fait office de rôle secondaire.
De ce qu'il était permis d'attendre de cette rencontre entre deux êtres aussi forts que fragiles, dépassant leur handicap pour démontrer qu'ils peuvent agir, malgré lui, au mieux, il ne reste rien. Et, même d'autres développements, plus légers, comme les moeurs hollywoodiennes et les aléas de la conception d'une série TV, sont complètement inexploités.

Au final, difficile de s'enthousiasmer pour un titre qui aurait pu faire date et qui, malgré tous les atouts dont il disposait, n'a pas su convaincre en les mettant en avant.
Et si même les personnages secondaires, sous la plume de bons auteurs, ne peuvent insuffler un peu de nouveauté, alors, à quoi bon les utiliser ?

Décevant.