09 mai 2013

Spider-Man : Danger Zone



Le point sur le Spider-Man #11 de ce mois et l'arc complet qu'il contient.

La revue s'ouvre sur les Amazing Spider-Man #695 à #697, dans lesquels le Tisseur affronte deux Super-Bouffons ainsi que le Caïd. Dan Slott reste au scénario, en compagnie de Christos Gage, Giuseppe Camuncoli se charge des dessins.
Comme souvent depuis que Slott est aux commandes, il y a quelques bonnes idées mais l'histoire s'essouffle rapidement et devient même plutôt ennuyeuse (les scènes d'action étant d'une platitude assez incroyable). Mais voyons tout d'abord les quelques points positifs.
L'idée du sixième sens arachnéen perturbé au point qu'il s'affole même en présence d'une simple agrafeuse ou d'un peu d'eau renversée par terre est plutôt futée. Et Julia Carpenter et sa petite fille ajoutent une dimension dramatique bienvenue au début de l'intrigue (rappelons que Julia n'est plus l'une des Spider-Women mais la nouvelle Madame Web - et qu'accessoirement, elle ressemble de plus en plus, physiquement, à Mary Jane). Dans un autre registre, l'on retrouve également avec plaisir la journaliste Sally Floyd (déjà rencontrée dans Generation M ou le tie-in Civil War Embedded), bien qu'elle tienne ici un rôle mineur.

Intéressons-nous maintenant aux éléments moins réjouissants. Le Super-Bouffon, que ce soit dans sa version historique ou son incarnation plus récente, n'a rien de bien effrayant. Un manque de charisme encore plus criant si on le compare au machiavélique Norman Osborn. Comme précisé plus haut, les combats sont d'une rare nullité. Et certaines scènes sont d'une grande maladresse, ne serait-ce que le moment où Modell et Parker discutent et se refilent des gadgets pendant que le Caïd et ses hommes ont l'obligeance de tous leur tourner le dos et, apparemment, de devenir sourds. On a vu plus habile sur le plan scénaristique.
Un autre élément, de fond cette fois, qui commence à se révéler nuisible pour la série, tient en fait à la nature du boulot de Parker. Les Laboratoires Horizon font de plus en plus office de boîte à gadgets, voire de solution magique pour auteurs en mal d'inspiration. Quand on sait que la Maison des Idées nous a bassinés avec les soi-disant "fondamentaux" de Spidey, au point de lui refuser le droit au mariage, la voir lui fournir de telles ressources est tout de même étonnant.
L'on revient également sur l'identité de Spider-Man, redevenue secrète après le tour de passe-passe du Docteur Strange (qui avait été quelque peu éclairci dans One Moment in Time). Peter s'inquiète en effet de voir son rôle de "collaborateur" de Spidey être révélé au grand jour. Par contre, ça ne semble pas le déranger d'utiliser ses lance-toiles en tant que Parker, et ce avec une grande efficacité et au vu de tous. Là encore l'on se demande pourquoi l'équipe éditoriale de Marvel a tant tenu à rétablir l'aspect secret de cette identité si c'est pour aussi mal s'en servir et aboutir à des situations invraisemblables.

Une petite digression également sur le terme "geek" (j'ai déjà expliqué tout le "bien" que j'en pensais dans cet article), qui est ici utilisé toutes les deux pages pour désigner... deux scientifiques (Parker et Modell). Encore un bel exemple d'un terme impropre (et si vide de sens que même Slott ne le comprend pas) mais qui est employé à cause d'un absurde effet de mode. A en croire les media, il suffisait d'avoir un smartphone ou un compte facebook pour déjà être qualifié de "geek", maintenant, selon Marvel, être un scientifique suffit. Heureux d'apprendre que Galilée, Copernic ou encore Kepler étaient des geeks... toujours le dernier parchemin à la mode en poche, à écouter à fond des chants grégoriens et à jouer aux dames jusqu'à pas d'heure... bon, ils ne faisaient pas encore de cosplay, mais faut dire qu'à l'époque, question costume, ça donnait déjà dans l'exotisme irl.

On en revient à la suite du mensuel avec Avenging Spider-Man. Toujours aussi inintéressant. En plus d'un début décousu, sans aucun sens, mettant en scène l'un des pires affrontements que l'on ait pu voir dans un comic, l'on a droit ensuite au sempiternel refrain sur l'oncle Ben et la culpabilité de Parker. "Et il était merveilleux, et c'est de ma faute s'il est mort... blablabla". Pfiouuu...
Et en plus  le style particulier (à base de monovisage) de Steve Dillon n'aide pas franchement à embellir le tout. Il paraît que c'est scénarisé par Zeb Wells. Il faudra tout de même bien chercher pour trouver l'ombre d'un début d'idée personnelle dans ces pages. Pathétique.

Enfin, l'on termine par Scarlet Spider. En général, c'est très bon (cf. cette chronique), mais là, pas de bol, on tombe sur un épisode très en deçà de ce que l'on a pu lire jusqu'à présent. Pas d'humour, pas d'émotion, un long et soporifique combat sans le moindre enjeu, bref, pas le meilleur moment de Chris Yost.

Tout cela n'est pas brillant et serait même franchement inquiétant si l'on ne savait pas que les choses allaient radicalement évoluer d'ici très peu de temps. En effet, le mois prochain, un évènement (assez osé et inattendu) va mettre un terme à Amazing Spider-Man, et dès juillet, l'on pourra suivre en France les débuts de l'excellente série Superior Spider-Man (avec un Slott bien plus brillant, au moins sur les premiers épisodes).
Ce n'est donc pas le moment d'abandonner, tout va aller mieux très bientôt. En même temps, faire pire aurait été une véritable prouesse tant l'univers artistique du Tisseur est aujourd'hui en ruine.

+ les pages sont bien collées
+ c'est imprimé avec de l'encre péruvienne équitable
- Slott
- Avenging Spider-Man et sa constance dans la médiocrité
- un Scarlet Spider en petite forme
- un manque global d'inventivité, voire de rigueur dans la narration
- toujours l'impéritie de Panini, incapable, contrairement aux autres éditeurs, de pondre une simple page avec une présentation propre et un résumé des épisodes précédents