10 novembre 2013

Wolverine : Sabretooth Reborn

On décortique aujourd'hui le Wolverine Hors Série #6, tout juste sorti en kiosque.
Snikt !

Cet arc, datant de 2012, fait suite au Wolverine : Evolution dont Vance nous avait parlé après sa récente réédition. L'histoire a failli passer à la trappe en France, et il serait difficile d'affirmer que cela eut été une grosse perte.
En gros, Dents de Sabre est de retour, ce qui surprend notre ami Logan pourtant habitué aux fréquentes résurrections de ses ennemis et alliés. Romulus est également présent et va tenter de bousculer les souvenirs, déjà plutôt bordéliques, du Griffu. Une jolie rousse et quelques clones sont également de la partie.
Le tout est orchestré par Jeph Loeb et dessiné par Simone Bianchi.

Graphiquement, c'est plutôt joli la plupart du temps, quoique parfois difficilement lisible. L'artiste s'en sort moins bien dès que Wolvie fait tomber son masque, mais heureusement pour nous, il le porte presque tout le temps. Panini est en extase devant le résultat et prévoit de republier Evolution et cette saga au format Graphic Novel. Pas sûr que le style de Bianchi y gagne beaucoup.
Le scénario, lui, est assez décevant. Et bizarrement, bien que Christian Grasse ne soit pas connu pour la finesse de ses analyses, il parvient involontairement à en dégager les principaux défauts dans son billet final. Ce dernier affirme notamment que "l'ennemi juré de Logan ne peut pas mourir" et que la conclusion (Romulus incarcéré au Raft) est "cousue de fil blanc". 

L'on touche là à deux problèmes récurrents dans la production comics mainstream : la volonté des éditeurs de ne jamais tuer de personnages, même secondaires, et l'incessante impression de radotage qui se dégage de la plupart des séries phare. Cet arc n'y échappe pas puisque Loeb nous sert presque tous les poncifs auxquels l'on pouvait s'attendre : la mystérieuse rousse qui fait penser à Jean Grey, le complexe de l'Arme X qui semble doté lui aussi d'un facteur lui permettant de se reconstruire même après avoir été saccagé, les tirades habituelles prononcées à tout bout de champ ("je suis le meilleur dans ma partie"), la fausse mort de Creed qui était en fait un clone... bref, rien d'original.
Là où le bât blesse sérieusement, c'est quand ce manque d'originalité et cette ultra-prévisibilité ne sont compensés par rien.

Les dialogues sont d'une platitude rare, certaines répliques frisant le niveau d'une fanfic écrite par un gamin de dix ans. Il ne se passe pas grand-chose si ce n'est une longue suite de combats sans intérêt et peu dynamiques. Même la Cape et l'Epée sont relégués au rang de figurants de luxe. Et pour compléter le tout, le long monologue interne de Wolverine est aussi ennuyeux qu'un discours d'inauguration de salle polyvalente, écrit par une secrétaire neurasthénique pendant une crise de somnambulisme. Logan décrit ce qu'il se passe, se répète, évoque le "cauchemar" de sa vie en donnant l'impression qu'il parle de ce qu'il a bouffé la veille... le ratage est complet. On a même droit au héros qui se tape la nana de l'histoire en deux secondes, sans même qu'ils aient fait connaissance. Si ce n'est pas du charisme ça...

Ces quatre épisodes sont suivis d'une histoire courte encore pire, dans laquelle Wolvie est retenu dans le Mojoworld et doit tenter d'affoler l'audience. En réalité, la première planche, pastiche du genre polar noir, avec privé taciturne et bombasse appelant à l'aide, est plutôt réussie (et on se prend au jeu, en se disant "tiens, ça va être pas mal ça") mais les sept autres tournent immédiatement au n'importe quoi (et là on se dit "ah ben non, c'est de la merde aussi").
L'on est loin des grands moments du plus populaire des mutants. Ceux qui veulent le découvrir seraient bien inspirés de lorgner du côté de ses origines, de la saga Ennemi d'Etat ou encore de la mini-série Ultimate Wolverine vs Hulk, qui démontre que l'on peut faire quelque chose d'excellent à partir de deux brutes qui se tapent dessus. Encore faut-il avoir le talent pour.

Une suite de combats idiots, sans enjeux et alourdis par un texte misérable et un manque d'idées flagrant.
Wolvie mérite bien mieux.

+ Bianchi sauve le truc du désastre grâce à quelques planches sympa
- scénario quasiment inexistant
- dialogues poussifs
- thématique déjà ressassée cent fois
- épisode "bonus" indigent et sans le moindre intérêt