15 septembre 2012

Comix Remix : L'Intégrale

La réédition ce mois de Comix Remix en intégrale nous permet de nous pencher sur cette saga plutôt surprenante.

Mister Mercure est mort. La nouvelle fait l'effet d'une bombe dans Towerville, une cité où la corporation des super-héros tente de venir à bout des clandestins, une organisation rassemblant monstres, ancien super-vilains et héros renégats.
John-John, le fils de Mercure, est envoyé bien contre son gré à l'université des juniors. Là, il devra apprendre à maîtriser ses pouvoirs.
Mais dans ce monde contrasté, où les héros devraient être sans reproches et les vilains d'abominables criminels, tout n'est pas si simple. Quelque chose, peu à peu, a pourri la corporation. L'a détournée de son but. Entre les ambitions politiques personnelles de certains, l'argent facile distribué par les annonceurs publicitaires et les vieilles rancunes, Towerville va devenir le lieu d'un affrontement gigantesque qui déterminera l'avenir de tout un peuple...
Quant au petit John-John, il devra choisir son camp et rejoindre définitivement les héros... ou les monstres.

Cette saga était sortie en trois parties il y a quelques années, Dupuis a la bonne idée de la rééditer et de nous en offrir (c'est une image !) une version intégrale. Dessins et scénario sont signés Hervé Bourhis qui nous livre donc ici un comic "french touch" et quelque peu vintage dans l'aspect graphique.
Les dessins peuvent sembler parfois un peu grossiers, mais ils ont le mérite d'installer une ambiance originale, à la fois naïve et inquiétante. Ils sont surtout lisibles et terriblement efficaces, ce qui permet de suivre sans effort une intrigue particulièrement dense, les évènements s'enchainant sans temps mort.
Le sujet, qui pourrait n'être perçu que comme une énième (et bien inutile), condamnation du totalitarisme s'avère au final astucieux et plein de petites subtilités.

Il faut l'avouer, un grand nombre d'auteurs (français, mais américains et anglais aussi parfois) pensent qu'un propos "engagé" est un passage obligé, au moins une fois dans leur carrière, et, bien entendu, le plus simple, le moins dangereux et le plus consensuel des sujets reste la condamnation, véhémente et indignée, du fascisme. Un thème un peu fourre-tout et bien pratique de nos jours puisqu'il permet à bien des gens de s'offrir à bas prix une paire de balloches en plastoc, plus vraie que nature.
Heureusement, l'on échappe ici aux portes ouvertes enfoncées à grands coups de bélier et au manichéisme hors d'âge qui sévit parfois encore dans nos planches. Le premier mérite de Bourhis tient dans le traitement qu'il réserve aux personnages. Les pires crapules peuvent avoir une faille, un côté humain, et les "héros" véritables peuvent parfois s'emporter ou paraître bien froids. Là où l'auteur réussit un réel tour de force, c'est en mélangeant intrigue politico-policière, récit super-héroïque, humour et tendresse. Un cocktail suffisamment bien dosé pour ne pas être écoeurant.

La narration est clairement une réussite, un modèle presque de finesse. Rien n'est jamais trop appuyé ou forcé, que ce soit l'émotion palpable qui naît d'un simple échange entre deux gamins, alors que des mesures anti-monstres commencent déjà à éloigner les adultes, ou le premier baiser entre deux personnages totalement improbables.
Bon, tout n'est pas parfait, l'allusion à Bush et à la manière dont il a été prévenu, alors qu'il visitait une école, pendant les attaques du 11 septembre, n'apporte rien et est même franchement maladroite. Mais mieux vaut un récit audacieux, quitte à ce qu'il soit parfois maladroit, plutôt que les balivernes sirupeuses et sans nuances dont on nous abreuve habituellement sur le sujet.
L'ouvrage se termine par un petit carnet contenant quelques croquis et une interview de l'auteur. L'on y apprend que certains auraient prêté à Comix Remix une sorte de parenté avec Watchmen. Honnêtement, je ne vois pas du tout le rapport. Voilà encore une particularité en BD, les journalistes (même "spécialisés") peuvent dire n'importe quoi (cf ce numéro de dBD par exemple), personne ou presque ne s'offusque de leurs énormités. C'est un peu comme si je disais que Stranger in a Strange Land, d'Iron Maiden, s'apparente à Fly me to the Moon, de Sinatra. J'aime bien les deux, mais pour trouver une filiation, va falloir y aller au whisky et à l'ecstasy... 

Au final, voilà un récit qui mérite largement de figurer dans une honorable bibliothèque. La sortie en tomes a apparemment été décevante au niveau des ventes, il faut espérer que l'intégrale permettra de toucher un plus large public, même si le prix (près de 30 euros) semble un peu élevé (pour 240 pages tout de même, avec hardcover).

Un vrai bon comic d'auteur, intelligent mais ni prétentieux ni ennuyeux, pas toujours "bien" dessiné mais avec du caractère.