10 septembre 2012

Spider-Island : Le Bilan

Le Spider-Man #3 de ce mois contient l'épilogue de la saga Spider-Island. L'Araignée de la rentrée a-t-elle repris du poil de la bête ?

Voilà un (long) moment que Amazing Spider-Man se cherche un second souffle. Après les désastreuses conséquences de One More Day, la série principale du Tisseur a évolué en dents de scie, offrant du bon (Spider-Man #143), du moins bon (le Spider-Man #145, concernant Fear Itself, ou encore le Spider-Man #147, n'offrant que peu de moments excitants) et du colmatage (le fameux One Moment in Time).
Si Spider-Island peut déjà se prévaloir d'une qualité, assez rare dans le milieu mainstream, c'est de n'avoir pas été réellement survendue. L'on n'attendait que peu de choses de la saga, et du coup, elle ne déçoit pas et offre même quelques surprises.

Attention, ce qui suit contient de nombreux et importants spoilers.
En France, Spider-Island a été publiée en quatre parties. Trois dans la revue Spider-Man nouvelle version, et une (sortie ce mois également) dans Spider-Man Universe. Pour cette dernière (la partie 3/4), sachez qu'elle n'est pas réellement indispensable. Elle contient essentiellement le tie-in Venom et un épisode sur les Vengeurs qui est amusant mais dont on peut largement se passer. 
L'essentiel se déroule donc dans le mensuel classique. Et bien que l'aspect dramatique de la menace qui pesait sur New York n'ait jamais réellement été très poussé (c'était là plus une occasion de voir Mary Jane avec des pouvoirs ou Jameson en araignée), la conclusion apporte son lot de petits changements.

Enfin, "petits", tout dépend évidemment de ce que l'on accorde comme importance à l'évolution, bien réelle, qui accompagne ce final. Tout d'abord, la relation de Peter avec Carlie Cooper se termine. Mais avait-elle vraiment commencé ? En tout cas, Parker est de nouveau célibataire. MJ, quant à elle, avoue dans un murmure qu'elle éprouve encore des sentiments pour Peter (d'autant qu'elle sait maintenant ce qu'il ressent lorsqu'il est Spider-Man). Lui évidemment, comme toujours, ne comprend rien.
Autre évolution notable (que l'on connaissait déjà puisque spoilée par Panini, cf le relaunch de la revue du Monte-en-l'air), Spidey retrouve son sens d'araignée. Cela peut sembler secondaire, mais l'on y reviendra par la suite.
La plus habile pirouette narrative provient de l'annulation du sort de Strange (censé empêcher quiconque de découvrir accidentellement qui se cache sous le masque de Spider-Man ; un pansement recouvrant les "plaies" de Civil War). Peter, tout naturellement, sans même que nous n'en ayons eu conscience, s'est arrangé pour fragiliser de nouveau sa situation.

Enfin, dans un autre registre, c'est Kaine qui crée la surprise, endossant le rôle du nouveau Scarlet Spider (cf la Saga du Clone). Débarrassé de son facteur dégénérescent, il est prêt à jouer le Spidey 2.0, la possibilité de tuer en plus.
Mais revenons à notre Spidey original. Le voilà "rétabli" (avec ses pouvoirs traditionnels au complet), débarrassé de Carlie ET de la tantine en route pour Boston (l'image est loin d'être innocente puisqu'il perd MJ, à la base, en lui préférant sa tante, qui ici s'éloigne enfin), et il doit maintenant de nouveau faire attention à son identité, toute protection magique (et surtout éditoriale) lui ayant été retirée. Si l'on ajoute à cela une Mary Jane présente et amoureuse, l'on pourrait presque croire à... un retour en arrière. Un de plus, mais celui-ci, au lieu de jeter à la poubelle la période Straczynski et les avancées de Civil War, se débarrasse, presque sans avoir l'air d'y toucher, des compromis peu reluisants de Brand New Day.

Bien entendu, pas question de se laisser duper pour autant, nous avons eu droit à trop de valses éditoriales (ou de leurres, du style Jackpot) pour réellement croire à un virage drastique. Mais, et c'est là tout de même un point positif, Marvel semble corriger petit à petit nombre de ses faux-pas. Ceux en tout cas qui avaient engendré le plus de pamphlets enflammés.
Faire du  neuf avec du vieux, changer, puis revenir sur les changements, en douceur. Ménager la chèvre, le chou et le lecteur irascible. Voilà un pari qui n'est pas facile, qui fait souvent des mécontents, mais qui, de par sa nature cyclique même, ne déçoit jamais longtemps. Le problème vient du fait qu'il n'enthousiasme pas plus et oblige à se contenter, avec nostalgie et un brin de déception, de "périodes", sans finalement n'espérer rien d'autre qu'un peu de respect pour les scénaristes qui se sont emparés avec brio du destin du Tisseur. Peut-être également pour les lecteurs, qui ont insufflé de la vie dans les planches. Et peut-être pour Peter lui-même, parce qu'il ne mérite pas de stagner et de jouer, la trentaine passée, les ados maladroits.

Spider-Island n'était pas un récit exceptionnel, mais sa conclusion permet enfin de tourner la page et de souhaiter, pour l'avenir de Spider-Man, un... jour nouveau.