05 septembre 2013

Walking Dead #18 : Lucille...

La série Walking Dead se poursuit avec la sortie, hier, du tome #18.

Après la mort de Glenn, la communauté d'Alexandria semble totalement sous l'emprise de Negan et ses hommes. Rick, qui s'est apparemment soumis aux Sauveurs, doit gérer la peur, la peine et les doutes de ses compagnons.
Carl, lui, décide de venger Glenn à sa manière, en suivant les Sauveurs jusqu'à leur repaire. Armé d'un fusil d'assaut, le jeune garçon va tenter d'apporter la réponse qui lui semble la plus évidente dans ce monde dévasté : la mort...

Nouvel opus de Walking Dead, une valeur sûre donc pour cette rentrée, malgré une certaine baisse de régime - et un manque d'innovation - depuis quelque temps.
Toujours Robert Kirkman au scénario et Charlie Adlard au dessin.
Cela se lit très bien mais, encore une fois, ronronne un peu. Negan a beau être un taré effrayant, voire surprenant parfois, il n'est rien d'autre qu'un Gouverneur bis. L'essentiel des attentes ne se situe donc pas là. Heureusement, Kirkman semble commencer à développer d'autres aspects, notamment politiques et sociétaux.

Même s'ils se rappellent de temps à autre à notre bon souvenir, nous savons depuis longtemps que les morts-vivants ne sont pas, et de loin, le sujet principal de cette épique quête pour la survie. Après la bestialité de l'Homme, mise à jour par la chute de la civilisation, l'auteur aborde maintenant sa capacité de résilience : organisation économique embryonnaire, mise en place de systèmes politiques (et même d'une... monarchie !), de moyens de production, bref, la projection dans le futur semble de nouveau possible. Même Rick y croit.

Comme on a déjà pu le faire remarquer, les possibilités narratives sont encore nombreuses pour la série. Entre les origines de l'épidémie, les éventuels autres groupes de survivants (hors des Etats-Unis par exemple), ou même quelques flashbacks sur les premiers jours de la catastrophe, il est tout à fait possible d'écrire au moins autant de tomes sans être redondant. 
Encore faut-il savoir si Kirkman pourra quitter le schéma classique qu'il a mis en place (havre de paix, arrivée d'un gros méchant, confrontation, fuite et nouvelle errance jusqu'au prochain refuge). Car la principale faille de Walking Dead, chef-d'oeuvre du genre, est probablement son auteur lui-même. Il suffit de jeter un oeil à ses autres travaux pour s'en convaincre (cf. cette chronique qui revient sur la plupart).

Or, force est de constater que ce tome n'a pas la puissance des premiers épisodes, où l'on était laissé exsangue et trépignant d'impatience toutes les 22 planches. Même humainement, l'on quitte parfois les rives de la vraisemblance pour s'engager dans les vilains remous de la facilité. Pourquoi diable, par exemple, Negan parvient-il, seul, à contrôler sa propre communauté ? Le Gouverneur dissimulait son véritable fond et était un habile manipulateur. Negan, lui, est un taré qui crame la gueule de ses propres hommes devant tout le monde. C'est certes plus trash, mais moins crédible.

Le succès de la série (et de son adaptation TV, plutôt pas mal d'ailleurs, même si très différente) ainsi que l'abondance de "produits dérivés" (jeu de plateau, romans, artbook, guide des personnages, chips au guacamole...) peuvent également avoir un effet pervers, que l'on retrouve déjà à plus grande échelle avec les adaptations de comics au cinéma : ce qui fait le succès d'une oeuvre, bien souvent, sont ses qualités intrinsèques, et ce qui fait sa perte, encore plus souvent, reste la tentation de conserver artificiellement l'intérêt du plus grand nombre, souvent à l'aide de recettes catastrophiques (et le radotage, en matière de comics, en est une toujours suremployée même si elle a fait la preuve de son inefficacité).
Tout va dépendre de la suite et de la capacité de résistance de Kirkman. Résistance à l'usure, à la facilité, aux vautours incompétents qui viennent prodiguer leurs conseils lorsque l'on devient rentable, et même un peu à Rick qui, pour ne pas devenir surhumain et ainsi faire mentir la série ("personne n'est à l'abri dans TWD"), devra bien, un jour, y passer. Espérons que ce soit avec panache.

C'était génial, c'est encore très bon, bien que beaucoup moins surprenant ou fort émotionnellement.
Une vraie avancée serait maintenant nécessaire.

+ découverte de systèmes politiques, développés par d'autres survivants, plutôt originaux
+ un joli baroud de Carl, personnage à la fois effrayant et touchant
- un schéma sans surprise et quelques longueurs
- Negan, sorte de Gouverneur en plus timbré mais moins crédible



ps : petit bonus du jour ; un très intéressant article sur la stylistique comparée, par Maurice Rouleau. Ne vous laissez pas effrayer par le titre, c'est captivant, très bien étayé, fort utile pour tous ceux qui manient la plume, et même parfois assez drôle (cf. la "froideur du concombre"). ;o)