29 janvier 2015

Sidekick : simplement brillant

La nouvelle série de Straczynski vient tout juste de sortir chez Delcourt. Impossible de passer à côté car Sidekick s'avère être l'un des meilleurs comics de ce début d'année.

Un sidekick est une sorte d'acolyte servant souvent de faire-valoir. En se mettant dans de fâcheuses situations, il permet au héros principal de briller. L'un des exemples les plus célèbres est sans doute Robin, sidekick de Batman. 
C'est ce rôle particulier que J.M. Straczynski a choisi d'explorer - et triturer - dans cette série qui sera publiée en deux tomes et dont nous découvrons ce mois les six premiers épisodes.

Difficile de trouver quelque chose de terne ou mal écrit dans la bibliographie de Straczynski. Avec cette nouvelle œuvre, l'auteur confirme être sans doute l'un des scénaristes modernes figurant parmi les plus réguliers en termes de qualité. On lui doit, entre autres, Rising Stars, Midnight Nation, The Twelve, Supreme Power, Superman : Terre-Un ou encore un run mythique sur Amazing Spider-Man. Et ce nouveau titre s'ajoute encore aux réussites de ce bon vieux Joe.

Tout commence lorsque Red Cowl, protecteur de Sol City, se fait descendre par un sniper lors d'une parade. Flyboy, son sidekick, se retrouve seul et démuni. Il va devoir faire face à la perte d'un ami mais aussi à une lente descente aux enfers résultant de coups du sort et, surtout, de mauvaises décisions.
La force principale de ce récit tient dans la complexité et la finesse de la psychologie du protagoniste principal. Ce dernier va lentement passer par tous les états possibles, révélant ses faiblesses, cédant parfois à la facilité, sombrant dans la dépression et finissant par se mettre à dos population et autorités.

Sidekick s'inscrit dans la lignée des comics "sombres", où les super-héros, désenchantés, apparaissent avec leurs failles et leurs doutes. Pourtant, il se détache tout de même des productions de ces dernières années. Moins brutal qu'un Irrécupérable, moins cynique qu'un The Boys, plus abouti qu'un The Cape, Sidekick parvient à montrer l'évolution, réaliste, d'un jeune homme confronté au poids du destin, de la société et de ses choix.
C'est avec une grande subtilité que Straczynski décrit non seulement les affres du héros mais aussi certains de ses adversaires. S'il expose parfois leur manque de moralité, il tient également compte des circonstances ayant fait d'eux ce qu'ils sont. Et, bien que ce soit parfois difficile à admettre, il est vrai qu'aucun individu ne peut être réduit à son côté le plus sombre. Le savoir est une chose, parvenir à le démontrer (ce que fait ici l'auteur) tout en douceur en est une autre, qui force l'admiration.

Outre cet aspect dramatique réussi, Straczynski s'amuse également à confronter le mythe super-héroïque avec des habitudes économiques ou médiatiques modernes. Flyboy se retrouve ainsi à tenter l'expérience du "financement participatif" (ou crowdfunding) pour continuer ses activités. Et la télévision et ses hordes d'ahuris ignorants commentant des faits qu'ils ne comprennent pas est également épinglée de manière assez juste. 
Tous ces petits éléments renforcent encore la vraisemblance de l'ensemble et apportent parfois un peu de légèreté. 

Les dessins, eux, sont réalisés par Tom Mandrake. Ils sont très corrects même si l'ambition de la série ne se situe clairement pas au niveau de son aspect graphique. Ce premier tome contient une galerie de covers alternatives. Quelques coquilles ou maladresses au niveau de la VF mais la traduction reste dans les limites de l'acceptable.

Une excellente histoire, très bien écrite, qui donne l'impression de découvrir un nouvel aspect du genre super-héroïque, pourtant saturé par une production massive.
A lire absolument.

+ toute l'intelligence et la finesse de Straczynski
+ un aspect psychologique fouillé
+ tension, action et révélations se mélangent, sans temps mort
+ une narration d'une grande maîtrise
- une VF perfectible